A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Pandémie, guerre et marchés financiers

Financiarisation quand tu nous tiens !

Inflation ou marchés financiers déboussolés ?

Depuis plus de 30 ans, les marchés financiers ont étendu leur domination au détriment des États et du bien être des populations. Les décisions prises dans les années 1980 par les gouvernements de déréglementation, notamment dans le domaine financier, montrent toute leur nocivité.

Pendant que les Bourses des pays développés oscillent au gré des annonces de la guerre de Poutine en Ukraine, descente le 24 février, puis remontées en réponse aux possibles pourparlers de paix fin mars, les prix du pétrole et plus généralement de l’énergie comme les matières premières sont orientés à la hausse déterminant une montée des prix jamais vue depuis 1985, de l’ordre de 4,5% en France. Pourquoi cette envolée ? Est-ce de l’inflation ? Continuer la lecture

Voix du 20e siècle


Mickey Baker, l’inconnu célèbre

Mickey Baker ? Le nom ne vous dit peut-être rien ? Et le film « Dirty Dancing » (danse lascive) sorti en 1987 – et un remake en 2004 non plus, pour le thème « Love is strange » chanté par Mickey and Sylvia – Vanderpool pour son nom complet – au milieu des années 50 et qui servait au lancement de la mode disco ? L’auteur d’une méthode de guitare jazz d’une simplicité pour la technique et laisse la porte ouverte au feeling et à l’écoute pour appréhender cette musique ? L’arrangeur de tous les enregistrements réalisés dans les années 60 par tous les « yéyé » ? Pour cette dernière question, vous avez des excuses, son nom ne figure sur aucune pochette et pourtant son travail est immense. C’est lui, comme tous ses collègues, qui arrive à faire sonner la musique, à habiller une mélodie pour qu’elle prenne de la consistance et vienne à nos oreille en parlant à notre cerveau. Une voix de l’au-delà qui se raconte en composant un blues qui tisse les composantes de son existence mais aussi des États-Unis, de la France et de l’industrie phonographique.
« Alone » – seul – est le titre qu’il a choisi. Une vie se déroule et s’enroule à l’Histoire, aux formes de résistance des Africains-Américains – lui est métis – face au racisme, composante de cette société. Il décrit aussi la drogue, l’alcool pour s’accommoder de cette existence. Continuer la lecture

Polar historique et sanglot d’amour

1951, la guerre n’est pas finie

François Médéline est un amoureux des paysages de la Drôme. Il a raison. Il les décrit avec une plume habile qui leur rend tous leurs mystères et leurs profondeurs. « Les larmes du Reich », titre de roman, sonnent comme un, avertissement. Les apparences, des premières pages, sont trompeuses. L’inspecteur Michel est-il vraiment celui qu’il dit être ? Pourquoi recherche-t-il activement une petite fille et sa mère ? D’où lui vient l’argent qu’il dépense à flot continu ? Pourquoi supprime-t-il les témoins potentiels ?
Des questions multiples qui trouvent leur origine dans la déportation des Juifs, de ces Juifs, Juives français.e.s qui se sont découverts juifs au moment des rafles, notamment celle dite du Vel’ d’Hiv. Ielles n’avaient pas cru aux avertissements. Comme en Allemagne. Ce polar est aussi une grande histoire d’amour, contre tout ce monde nazifié de la guerre et des camps de concentration, une histoire qui ne peut que mal se terminer.
Un roman qui plonge dans le contexte du début des années 1950 dans lequel les traces de la guerre restent encore présentes. L’auteur se sert aussi des chansons de l’époque pour les titres de ses chapitres. Une réussite.
Nicolas Béniès
« Les larmes du Reich », François Médéline, 10/18

Polar biomédical

Trésor des Appalaches.

Une contrée étrange, un monde replié sur lui-même, un environnement abrupte dans lequel la solidarité est vitale. Au sein du parc national des Great Smoky Mountains – des montagnes brumeuses – un laboratoire de recherches réside chargé d’étudier insectes et plantes. Une jeune chercheuse aime grimper aux arbres qui défient le ciel et se trouve un bon jour, au sein des White Oak (Tennessee), « suspendue » – titre du roman -, blessée et dans l’incapacité de redescendre. Quel est son agresseur et pour quelle raison lui a-t-il tiré dessus ? Les détectives, une infirmière et un ranger chargé de surveiller les animaux, les ours, les sangliers et la propriétaire du restaurant aidé d’un marginal. En arrière fond les truands du coin contents d’aider le vieux docteur à la retraite. Un microcosme étrange et vivant.
L’intrigue autour des myxomycètes qui se trouvent en relativement grand nombre dans cette région à condition de les découvrir, et de leurs propriétés curatives. A la clé des sommes fabuleuses et une grande notoriété.
Carolyn Jourdan, l’autrice, diplômée en génie biomédical et en droit explique à la fois les vertus de ces myxomycètes et les questions juridiques autour de cette découverte mais aussi les structures privées – qui veulent faire du profit – et associatives qui veulent diffuser ces remèdes pour le plus grand nombre.
Une expédition dans ces contrées ignorées et touristiques, une description de la vie d’un laboratoire en pleine nature, la vie d’un ranger en butte aux restrictions budgétaires de son administration et d’une infirmière fuyant les grandes villes pour retrouver ses racines, thèmes qui se bousculent quelque fois mais l’intérêt est toujours sollicité.
Nicolas Béniès
« Suspendue », Carolyn Jourdan, traduit par Valérie Révolu, Éditions Diagonale, Belgique

Appel aux esprits tambours

Mystères du monde

Peut-on faire cohabiter mondes réels et mondes rêvés ? Le fantastique envahi la réalité de tous les jours. Approcher la musique via les chants de divination d’où qu’ils viennent, du vaudou haïtien à la Sibérie en passant par Bali et beaucoup d’autres cultures peut être un chemin de connaissances et une possibilité de guérir un monde hanté autant par les pandémies que par la guerre et qui semble, pour le moins, en sursis.
Anne Pacéo, battrice, compositrice et chanteuse répond par la positive dans « S.H.A.M.A.N.E.S » qui commence par une invite : « Wide Awake », complètement conscient, préambule nécessaire pour entrer dans des mondes parallèles. Elle sait nous entraîner en un ailleurs rempli de possibles. En compagnie de Isabel Sorling et Marion Rampal vocales, Christophe Panzani, saxophone, clarinette, Tony Paeleman aux claviers, Benjamin Flament, métallophone se dessine d’autres univers. La réalisation de cet album a bénéficié du soutien du festival Jazz sous les Pommiers lorsque Anne y était en résidence.
Le seul reproche, un trop plein qui nuit à la lisibilité de l’ensemble. Trop de Shamanes nuit au shamanisme. Le bouillonnement, malgré tout, est une composante nécessaire. Une nouvelle voie s’ouvre ici, les tambours parlent de nouveau. Il faut les entendre.
Nicolas Béniès
« S.H.A.M.A.N.E.S », Anne Pacéo, Jusqu’à la nuit/L’Autre Distribution

Jazz et ailleurs, Marjolaine Reymond se ballade entre les frontières

Se poser dans le temps

L’album « Splendour of Blood » de la vocaliste Marjolaine Reymond ouvre plusieurs pistes et posent des questions sur notre place dans le monde, notre aller-retour perpétuel entre passé et futur pour construire notre identité. Les mémoires du passé sont présentes, ici le judaïsme dans toutes ses incomplétudes musicales et les musiques dites contemporaines du groupe des Six – à commencer par Germaine Taillefer que l’ordre alphabétique rejette à la fin, mais aussi Darius Milhaud dont les accointances avec le jazz sont connues – à Luciano Berio, lui aussi influencé par le jazz, le free cette fois toutes ces traces sont utilisées pour construire une voie inédite, une sorte de synthèse pour construire la bande son du présent, un présent tourmenté, bousculé. Christophe Monniot, saxophoniste – sopranino pour cet opus – est responsable des arrangements pour composer un écrin à la voix. Un septet, un sextet, deux quintettes et un quatuor à vent pour les interludes partagent l’environnement de la chanteuse.
L’amour fou, forcément fou – hors l’amour passion, pas d’amour – peut-il offrir une utopie pour ce monde engoncé dans la marchandise ? C’est le thème partagé des poésies reprises en un ensemble qui projette d’autres significations comme les références bibliques, « Sang Passion » pour le bouillonnement, « Sang Genèse » pour introduire les débats enflammés, « Sang Sacrifice » pour les renoncements liés à la passion et « Sang Éternité », pour un amour qui ne saurait finir.
Un chant étrange qui semble à la fois surgir du passé et s’engage dans l’avenir. Comme si toutes les mémoires, du passé et du futur, faisaient corps pour secouer une torpeur de mauvais aloi. Il faut écouter Marjolaine Reymond, une voix capable de marier toutes les voix.
Nicolas Béniès
« Splendour of Blood », Marjolaine Reymond, Label Kapitaine Phœnix/L’Autre Distribution

Olivier Calmel et ses violoncelles

Dialogues avec le passé pour le présent

Olivier Calmel, pianiste et compositeur, a construit un ensemble qui tient à la fois du jazz, de la musique de chambre et de bien autre chose encore. Il ne se refuse rien. Même pas de faire dialoguer Stravinsky et Bartok sous l’égide de Ligeti, pour un savant mélange de toutes ces influences. D’autres musiques, d’autres compositeurs sans doute plus secrets, plus oubliés surgissent à nos oreilles comme Michel Warlop, violoniste et compositeur un peu oublié – mort à 36 ans en 1947 – voulant réaliser la synthèse des musiques et ayant presque réussi.
« Métamorphoses », titre de cet album, dit bien la volonté du compositeur et de ses acolytes, réunis sous le nom de Double Celli, Johan Renard au violon, Frédéric Aymard au violon alto, Xavier Philips et Clément Petit au violoncelle, Antoine Banville à la batterie, d’offrir d’autres visages au présent sans renier le passé. Une musique qui se veut joyeuse, dansante pour donner aux instruments à cordes l’impression de se transformer en d’autres voix, pour faire de l’ensemble un big band en miniature qui se donne de nouvelles apparences. On en redemande.
Nicolas Béniès
« Métamorphoses », Olivier Calmel et Double Celli, Label Klarthe Records

Jazz. Mémoires vivantes

Sur les bords du monde.

Le TransEuropeExpress Ensemble, orchestre franco allemand, enregistré sur un label hongrois, a voulu dépasser ses frontières ou plutôt les éclater. « On the Edges 1 » se trouve sous le sceau du Maghreb, « Maghreb express » traduit le leader de l’orchestre le pianiste, compositeur et arrangeur Hans Lüdemann. Pour réaliser ce projet, il a invité Majid Bekkas enraciné dans la tradition Gnawa et musicien accompli tout comme Yves Robert au trombone, Silke Eberhard, saxophone alto, clarinette, basse clarinette, Alexandra Grimal, saxophone ténor, soprano, Régis Huby, violon, Ronny Graupe, guitare, Sébastien Boisseau, contrebasse et Dejan Terzic, batterie, percussions.
Une musique qui déborde, brassant les mémoires, les cultures pour construire une chaîne de vies, d’échanges pour lutter contre tous les rejets, tous les racismes. La volonté de transgression est manifeste pour faire sauter tous les verrous et se transporter vers un projet universel de dépassement des préjugés, pour faire dialoguer toutes les identités et les dépasser. « On the Edges » Sur les bords mais aussi à l’avant garde pour faire émerger une culture universelle.
Nicolas Béniès
« On the Edges 1 », Hans Lüdemann, TransEuropeExpress Ensemble featuring Majid Bekkas, BMC Records

Des nouvelles du monde

Nouvelles en revue

« Graminées », un nom de famille en botanique pour signifier l’étendue des sujets, géographiques notamment, brassés, se veut le réceptacle d’auteurs et d’autrices du monde à l’exception de la France. Pour ce numéro 3, « Promesse(s) », la Malaisie ouvre le feu d’artifices – « Le Mur » de Ho Sok Fong – et le Canada lui fait vivre ses derniers soubresauts – « La dernière femme sur terre » de Carleigh Baker – en passant par le Kenya, l’Ouganda et la Nouvelle-Calédonie entre autres.
Non seulement une manière de voyager mais aussi de découvrir des paysages extérieurs comme intérieurs poésies fantastiques ou quotidiennes ou les deux mêlées pour offrir de la littérature. L’art de la nouvelle est contraint. Peu de mots pour évoquer contexte, personnages et situations. Problème que le traducteur ou traductrice se doit aussi de résoudre pour le public français. Il fallait donc bien leur faire la part belle. Iels sont interrogé.e.s pour expliquer leur choix et leur manière de faire. Les illustrateurs et illustratrices sont aussi présenté.e.s pour permettre de les retrouver dans d’autres compagnonnages.
Un objet artistique original pour s’apercevoir des richesses de notre humanité.
Nicolas Béniès
« Graminées. Nouvelles étrangères », N°3, « Promesse(s) », décembre 2021

L’extrême droite comme objet d’étude pluridisciplinaire

Un essai nécessaire et stimulant

« Les masques de l’extrême droite » est à la fois une mise en garde contre les illusions des discours, des costumes – dans tous les sens du terme – et des transformations des apparences autant physiques, le choix des couleurs par exemple, que de la rhétorique, le choix des mots pour masquer l’orientation inchangée de l’extrême droite. Le rapport à Poutine – dont ne parle pas Raphaël Llorca, la guerre intervient après la publication du livre – clarifie la stratégie de Marine Le Pen comme d’Eric Zemmour. Continuer la lecture