Interview de Charlie Haden dans La Gazette Mosaic

Charlie Haden
Exclusive interview with FBPO’s Jon Liebman
September 5, 2011

The source of this thoroughly disarming 2011 interview with Charlie Haden is a site called For Bass Players Only, but John Liebman’s conversation with Haden speaks to many more who care about music and one of its most distinguished practitioners and human beings.

Charlie recounts his early years in Oklahoma on his family’s radio show, and then his cross-country travels that encompassed, of course, Ornette Coleman, but also the Liberation Music Orchestra and Quartet West. -Nick Moy Continuer la lecture

Université populaire Jazz, le 5 avril 2017

Bonjour,

Ah la west coast, ses villes – Los Angeles, San Francisco – son soleil mythique, ses plages belles par définition : Hermosa Beach est le lieu du Ligthouse où se produisent Howard Rumsey et ses groupes pour des jam sessions forcément endiablées qui drainent toute la jeunesse.
Nous avons entendu ses groupes issus soit de l’orchestre de Woody Herman soit de celui de Stan Kenton. Ces Big Bands ont fait l’objet de la dernière session en même temps que les chanteuses qui ont marqué l’orchestre de Stan Kenton.
Je n’ai pas fait mention des arrangeurs, pièce importante de ces ensembles. Un travail de l’ombre. Désormais, ils et elles sont crédité-e-s au générique. Une bonne chose.
L’arrangeur du concerto de la fin de tous les concertos est un Sicilien d’origine, Pete – Pietro – Rugolo. Il a le sens de l’humour mais aussi une connaissance approfondie des compositeurs de la musique contemporaine, Stravinski et surtout Berg et Schönberg tout en ayant été l’élève de Darius Milhaud – un des seuls de la bande des quatre qui a fait le voyage dés les années 20 à Harlem pour découvrir ce que Hughes Panassié, plus tard, bien plus tard, appellera le « vrai jazz. Continuer la lecture

Jazz. Queens ?

La comtesse aux pieds nus

Rhoda Scott, née le 4 juillet 1938, organiste, s’est fait remarquer – et toute la presse s’en fait l’écho – en jouant pieds nus. Plus agréable pour elle, sans doute. Le reste, son jeu, sa capacité de création, a été oublié. Elle a constitué son « Lady Quartet » : Sophie Alour, au saxo ténor, Lisa Cat-Berro au saxo alto et Julie Saury à la batterie, une manière de faire reconnaître la place des femmes toute l’année et pas seulement le 8 mars. Elle ne s’est pas arrêtée là, pour cet album au titre revendicatif, « We free Queens » – référence à un album de Roland Kirk, « We free Kings » – et aux invitées prestigieuses, Géraldine Laurent au saxo alto et Anne Paceo à la batterie. Un homme a trouvé grâce, Julien Alour, trompettiste… Une musique classique noire, de la grande, avec ce qu’il faut d’ancrage dans notre présent. Pour danser…
NB
« We free Queens », Rhoda Scott Lady Quartet, Sunset Records/L’autre distribution.

Université populaire jazz le 22 mars 2017

Bonjour,

Une date anniversaire d’un temps révolu qui laisse planer une odeur de révolte dans un environnement « chamboule tout ». Nous vivons un présent inédit même s’il est angoissant.
Revenons à nos moutons… les musiques.

Julie London en 1958

Une journée en suffisant pas, les femmes sont encore sur le devant de la scène. Au sens figuré et au sens propre. D’abord pour une chanteuse qui, sous une forme fantomatique sort d’un 33 tours dans le film « The Girl can’t help it » – « La blonde et moi », le film qui révéla Jayne Mansfield -, sorti en 1956, Julie London. En 1955, elle avait sorti un album promis à un grand succès, « Cry Me A River », avec Barney Kessel à la guitare. C’est sur ce thème qu’elle sort du disque dans le film précité (photo ci-contre) et vient envahir le living room de l’imprésario Tom Miller (incarné par Tom Ewell) qu’elle vient de quitter. Frank Tashlin, le réalisateur, se moque des liens entre la pègre et le show biz dans ce film plus subtil qu’il ne le semble au premier abord, la poitrine de Jayne faisant obstacle à la compréhension des mâles… Continuer la lecture

Sonny Rollins à propos de son album Freedom suite (1958)

Sonny Rollins, dans la Gazette de Mosaïc – une petite compagnie spécialisée dans la réédition de coffrets richement documentés – réagissait à un article sur les liens jazz/mouvements pour les droits civiques. (La Gazette du 5 mars 2017). Comme concluait Cuscuna, il devrait écrire son autobiographie…

It was quite distressing to see that the JazzTimes article on protest music in jazz jumped from Louis Armstrong’s “(What Did I Do to Be So) Black and Blue” and Billie Holiday’s “Strange Fruit” right to 1960 and Max Roach’s We Insist! The Freedom Now Suite. Well, before that was Freedom Suite.

Sonny Rollins réagit à un article publié dans la revue de jazz américaine, « JazzTimes » sur la musique de protestation allant de louis Armstrong jusqu’à le disque publié par Candid en 1960 signé par Max Roach, nous insistons ! Liberté maintenant suite. Comme conlut Rollins, avant il y eut « Freedom suite »…

I had an activist grandmother, and when I was a little boy, 3, 4, 5 years old, she used to take me on marches up and down Harlem for people like Paul Robeson and segregation cases on 125th Street. That was just a part of my upbringing. Later, when I was playing music and making a little name for myself, I was able to record “The House I Live In,” which was very much a civil-rights anthem at the time. And I made an early record with Miles Davis, “Airegin,” which was Nigeria spelled backwards. It was an attempt to introduce some kind of black pride into the conversation of the time. That was my history.

Il avait une grand mère militante qui l’amenait dans des marches pour Paul Robeson – un chanteur de Negro Spirituals mondialement connu, membre du Parti Communiste Américain et comme tel blacklisté – et contre la ségrégation sur la 125e rue – Harlem. Une part de son éducation. Il a enregistré, plus tard lorsqu’il s’est fait un nom dans la musique, « The House I Live In », un véritable hymne des droits civils en ce temps – années 1950. Il a composé « Airegin » pour Nigeria, qu’il a enregistré avec Miles Davis. C’était un tentative d’introduire la fierté noire. C’est mon histoire… (traduction personnelle, NB)

The record Freedom Suite was made in the beginning of 1958. It was a trio recording with Max Roach and Oscar Pettiford, and it was an important album. The producer, Orrin Keepnews, took a lot of heat for that record. I made a statement [about civil rights on the back cover of] that record, and he even had to say at one time that he wrote the statement, which is ridiculous. But he wanted to record me on his Riverside label, and that was the piece that he had, and he accepted it.

L’enregistrement de « Freedom Suite » (Liberté) a été réalisé début 1958. Un trio, lui (Rollins) Max Roach (Batteur, dr) et Oscar Pettiford à la contrebasse (b) pour cet album important. Orrin Keepnews, le producteur des disques Riverside, a subi des pressions pour cet enregistrement. Sonny avait fait un commentaire sur les droits civils sur la pochette (l’envers comme il se doit ) et Orrin, sans même lui dire, l’avait change en écrivant d’autres notes de pochette ridicules. Mais il voulait m’enregistrer sur Riverside et il avait accepté cette suite.

I took some heat for it as well. I was playing a concert in Virginia, something at a school down there, and I remember being confronted—not in a hostile or violent way, just verbally—about why I made this record, and so on and so forth. There were a lot of those [incidences]. It wasn’t a big deal for me, because as I said, it was quite normal. I was born into a family that was always very cognizant of those things. I do remember that the controversy was slightly scary—but not too much, because I was a big, strong guy, and when you’re young you think you’re indestructible. But in retrospect it was a little scary, yes. And it was also one of these situations where some people talked with me about it and some people didn’t, but it was always there, hanging over everything. Especially at that time; 1958 was pretty early on in the consciousness of the civil-rights movement.

J’ai aussi subi des pressions. Lors d’un concert en Virginie, je me souviens d’avoir été confronté à des violences verbales sur les raisons pour lesquelles j’avais fait ce disque. Il répète qu’en ce temps, 1958, c’était les débuts de la prise de conscience du mouvement des droits civils.

So it wasn’t like something that nobody knew about; it was a controversial record. They actually changed the title to Shadow Waltz [when the album was reissued by the Jazzland label in the early 1960s]. “The Freedom Suite” took up one half of the album, and the other half was standard compositions. So they took a name from the other half of the record.

Un disque controversé. le titre en était changé « Shadow Waltz » au lieu de « Freedom Suite » dans la réédition « Jazzland » en 1960.

Anyway, it’s history—but it is history. And that’s why I was distressed to see it omitted from the list. In the modern jazz era, that was the first record that reflected the civil-rights period. That was the first that I know of. It was an important thing, a groundbreaking record. I just don’t want to be written out of history.

De toute façon c’est de l’histoire, et c’est pourquoi je suis déçu qu’il soit omis d ela liste. Dans le jazz moderne, c’est le premier disque qui reflétait la période des droits vils. Le premier à ma connaissance (dit Sonny)…

(Traduction et compression personnelle, NB)

Université populaire Jazz, le 8 mars 2017

Bonjour,

Surprise ! Dans le cadre du thème de cette année, la « West Coast », les projecteurs sur les femmes de ce style qui n’existe pas, allant des chanteuses aux instrumentistes ou l’inverse.
Exceptionnellement, nous démarrerons à 18h15 pour finir à 19h45.

Les femmes du jazz west coast participent de la même épopée des autres femmes du jazz et d’ailleurs. Certaines peuvent être très connues de leur vivant mais, une fois mortes, elles disparaissent de tous les cadrans.
Je citais, dans un texte que vous trouverez sur ce blog, le cas de Augusta Holmes, une anglo-française qui composa l’ode à la révolution française en 1889, des chansons… Une fois morte, au début du 20e siècle, elle a disparu de toutes les anthologies et autre histoire de la musique. Elle a été re découverte récemment.
Pour la west coast, les chanteuses eurent leur heure de gloire. Une fois disparue qui connaît encore Lucy Ann Polk, Frances Faye, June Christy, Chris Connor et même Anita O’Day, inspiratrice des deux dernières citées et de la west coast rêvée…
Les instrumentistes sont, sans doute, encore moins bien lotie pour ce qui est de la mémoire. Qui se souvient de ce Big Band uniquement de femmes : International Sweethearts Of Rhythm dans le quel jouait du piano Lorraine Walsh devenu Geller de par son mariage avec le saxophoniste alto, de le côte ouest, mais parkérien en diable, Herb Geller ? Qui connaît encore Clora Bryant, trompettiste et chanteuse ?
Qui se souvient du scandale provoquée par Mae West dans ce Hollywood coincé des années 30. Sa conduite, libre – comme un homme ! – suscita le courroux de ces mêmes hommes ? Qui se souvient aussi que Mae West (je n’ai pas eu le temps de vous la faire écouter) avait enregistré avec l’orchestre de Duke Ellington en 1934, pour la radio, ce « My Old Flame », un des thèmes des « Musicals » notamment « Gay Divorcee » avec Fred et Ginger

Et toutes celles, oubliées dont personne ne se soucie, celles qui, pourtant, forment le patrimoine, la moitié, de l’humanité, du jazz pour ce qui nous concerne ?
Plus encore, toutes celles qui se sont – ou ont été – effacées par leur mari, leur compagnon, où sont elles ? Comment les découvrir ?
Les rapports de domination de sexe ont des conséquences dramatiques pour notre propre histoire, pour notre mémoire.
Il est nécessaire de réévaluer cet apport et pas seulement un jour de l’année. Reconnaissons que c’est difficile. Le mâle tend à prendre toute la place…
(à suivre. J’essaierai de mettre après notre rendez-vous quelques extraits musicaux)

D’abord cet orchestre (Big Band) uniquement féminin « International Sweethearts of Rhythm », en 1941 ou début 42
Don’t get it Twisted

Lorraine Geller, née Walsh, qui a participé au Sweethearts of Rhythm, le groupe qui a succédé au précédent. Morte à 30 ans
Everybodys-Blues a été enregistré en 1954

Betty Bennett, chanteuse, n’a pas beaucoup de trace sur le net… Pourtant…
Treat me rough

Une autre grande chanteuse qui a eu beaucoup de succès sur cette West Coast quoique née à Brooklin (NYC),
Frances Faye
Its allright with me

Lucy Ann Polk fut la chanteuse de l’orchestre de Les Brown où elle succédé à Doris Day. Ici en 1958, avec Marty Paich (p) et Howard Roberts (g)
Wrap-Your-Troubles-in-Dreams

Clora Bryant, trompettiste et chanteuse, ici en 1957
Man-With-The-Horn

Peggy Lee, et son grand succès, « Fever » de 1959 avec James Bond (b) et Al « Tootie » Heath (dr)

Chanteuse et siffleuse, Debby Moore, en 1959, avec Harry Edison (tp)
Why Dont You Do Right


Nicolas.

Voir : Les femmes du jazz.

JAZZ: Elvin Jones !

Batteur de génie 

Elvin – son seul prénom suffit, le deuxième était Ray, 1927-2004 – est connu comme le batteur du quartet historique de John Coltrane qui a révolutionné dans les années 1960 les mondes du jazz. Aujourd’hui – en 2017 – peu de saxophonistes échappent à l’emprise coltranienne. Il faut se souvenir que certains se sont perdus dans Coltrane. Art Pepper le raconte mais aussi « Tina » – surnom qui venait, semble-t-il de sa petite taille, Harold pour l’état civil – Brooks à la fin de sa vie n’enregistrait plus jouant comme Coltrane. Le « comme » est à prendre au sens fort. Art Pepper demandait à ses interlocuteurs lors de son dernier retour, à la fin des années 1970, s’ils reconnaissaient le son de son saxophone alto comme étant le sien, celui qu’il avait avant le pénitencier et la chute dans Coltrane.
Souvent, est oublié le batteur. Alain Tercinet pose la question à la fin du livret dans le volume « The Quintessence » consacré à Elvin Jones : « Sans Elvin Jones, Coltrane aurait-il été Coltrane ? », question rhétorique : on ne peut pas revenir en arrière. Mais les indices ne manquent pas. Lorsque Elvin n’est pas là, comme, par exemple les faces enregistrées par Trane avec Roy Haynes – qui ne démérite pas -, la magie n’est pas là, celle de la transgression, celle de la liberté, celle qui conduit tout droit dans les nuages, dans les rêves, dans l’impossible.
L’alchimie de la rencontre est l’un des secrets les mieux gardés du jazz. Les couples sont nécessaires au dépassement de l’un et de l’autre. Des exemples ? Stéphane Grappelli et « Django » Reinhardt, Billie Holiday et Lester Young, Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie et bien d’autres encore. « Diz » le dira dans une interview à Jazz Hot. J’avais mon style, Bird avait le sien notre rencontre a été l’étincelle du génie. Ce ne sont pas les termes exacts mais l’idée est celle là. On pourrait appliquer cette équation à tous les couples… du jazz ! Continuer la lecture

UP Jazz, retour sur la session du 18 janvier 2017

Bonjour,

Sur l’air de « Airegin », une composition de Sonny Rollins reprise par Art Pepper, j’ai brodé sur le retour à l’Afrique existant dans la communauté noire américaine dans les années 1920. Caroline Rolland-Diamond, in « Black America » page 91, note, après bien d’autre l’importance du mouvement créé par Garvey : « A peine installé sur le sol new-yorkais, l’UNIA – Universal Negro Improvement Association – commença son ascension fulgurante et constitua en quelques années le plus vaste mouvement panafricain de l’histoire. Attirant plusieurs millions de Noirs défavorisés, ouvriers, domestiques, métayers ou travailleurs agricoles, l’organisation atteignit l’apogée de sa popularité en 1921-22 avec plus d’un millier de sections locales aux Etats-Unis, au Canada, aux Antilles, en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe et même en Australie. L’organisation périclita dés 1927 lorsque Garvey fut déporté en Jamaïque après sa condamnation pour fraude postale. »
Si j’ai rappelé Garvey, ce mouvement de retour à l’Afrique, à propos d’Airegin (enregistré en 1959) c’est par un esprit d’escalier dont je ne suis pas fier et ne vous l’ai pas expliqué. Au milieu des années 50, et plus encore à la fin de ces mêmes années, le mouvement noir se trouve, avec Elijah Muhammad (Elijah Poole pour l’état civil) un ancien partisan de Garvey – il a créé les « Blacks Muslims » et Nation Of Islam – lié à un retour aux thèses garveyiste. Plus encore, Malcom X, au prix de ruptures difficiles – son passé d’ancien délinquant, d’anciens Black Muslim – diffusera un message de fusion des luttes et de solidarité avec les revendications des pays du tiers monde notamment africains.
Je voulais souligner que la composition de Rollins fait partie des prises de conscience de ce moment, des luttes de libération nationale et s’explique par ce contexte spécifique.
Aucune confusion de ce point de vue avec le Liberia, de ce retour concret sur la terre africaine qui fut un échec : les anciens esclaves étaient devenus américains.
Rançon de l’improvisation.
Désolé de toutes ces confusions.
Commencer l’année 2017 par des excuses, pourquoi pas…
A bientôt.
Nicolas.

Référence du livre de Caroline Rolland-Diamond, « Black America. Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (19e-21e siècle), La Découverte, Paris, 2016

Jazz, Déjà la fin ? La saga Bird tire sa révérence.

Un patrimoine vivant et toujours en devenir.

Dans « Le Sax » – « The Horn » dans l’original -, John Clellon Holmes décrit les derniers instants de Charlie Parker par l’intermédiaire de son personnage, Edgar Pool, qui emprunte aussi quelques traits à Lester Young réunissant ces deux créateur soumis au dur régime d’une société excluante, surtout les génies par définition dérangeants de l’ordre naturel des choses de ce monde capitaliste et conservateur. Un bon génie est un génie mort ! John Clellon marque les étapes de cette descente aux enfers qui connaît quelques rémissions, le génie refusant de rentrer dans sa bouteille. Les doutes sur sa capacité de continuer à créer, les drames personnels – pour Bird, la mort de sa fille Pree -, l’alcool, la drogue qui demandent leur tribut sans parler des ennuis d’argent faute d’assurer les engagements, les engueulades avec les patrons de clubs, la désespérance… Continuer la lecture

UP Jazz du 18 janvier 2017

Spécial Art Pepper

« Straight LIfe » – la composition la plus célèbre de ART Pepper – sert de titre à son autobiographie écrite par Laurie Pepper à partir des souvenirs de Art. Laurie reprend aussi des témoignages de membres de la famille, des musicien-nes et de Lester Koenig, père putatif du saxophoniste. Les éditions Parenthèses ont publié la traduction de Christian Gauffre précédée d’une sorte d’introduction de Philippe Carles qui raconte comment, sur les instigations de Jean-Louis Comolli, il a compilé les journaux américains pour trouver des traces d’Art Pepper. Il en avait – je m’en souviens aussi – écrit 16 pages, avec pour seule photo celle d’un Art Pepper en haut d’une route de Los Angeles ou de San Francisco – la même photo que celle figurant sur l’édition française, éditions Parenthèse. Seize pages qui tenaient plus du polar que du jazz mais qui donnait envier d’entendre Art Pepper. Des bruits ont couru comme quoi Art aurait de mandé une traduction. C’était le temps où plus personne ne parlait de lui, enfermé qu’il avait été dans le pénitencier de San Quentin.

Édition américaine.

De 1960 – l’album Contemporary « Intensity », beau titre pour un musicien qui allait se retrouver derrière les barreaux – à août 1975, l’album Contemporary de nouveau, « Living legend », rien, aucun album en studio. Art Pepper racontera qu’il avait subi l’influence de Coltrane, qu’il s’était perdu, au sens fort, dans Coltrane, qu’il était devenu Coltrane et jouait du saxophone ténor. Il a fallu qu’il lutte pour redevenir lui-même en commençant par reprendre le saxophone alto.
Il faut dire que, né en 1925 – sa mère a 14 ans, son père alcoolique et violent, il sera élevé par sa grand-mère paternel, une Allemande dira-t-il – il jour de la clarinette à 9 ans et du saxophone alto à 13. Dés ce moment, il jamme sur Central Avenue, la rue du jazz dans ce Los Angeles d’avant la seconde guerre mondiale. Il deviendra professionnel à 17 ans. Orchestre de Stan Kenton où il fera ses classes, comme beaucoup de musiciens de ces années d’après guerre touchés par la grâce de Charlie Parker et de Lester Young.
Sa sonorité sera un mélange des deux, comme, là encore, beaucoup se saxophonistes. Il se dégagera de ses influences pour se trouver via une sonorité spécifique. (à suivre)
Nicolas Béniès.