Voir le monde

Barbey d’Aurevilly, romancier.

Réactionnaire et romantique, dandy et royaliste.

Barbey d’Aurevilly (1808 – 1889) est de ces romanciers troubles dont la France a le secret. Royaliste, partisan de l’ordre, journaliste pro Napoléon III, il est en même temps sulfureux par ses outrances, par sa description des corps en fusion, par son langage cru, par sa radicalité littéraire. Dandy, il se réclamait de Lord Byron qu’on lisait dans le texte en ces temps du 19e siècle. Il est aussi un enfant de ce siècle secoué par les révolutions. 1830 et 1848 resteront inachevées instaurant le pouvoir de la bourgeoisie que ce nobliau normand exécrait, comme Balzac son contemporain. A l’instar de Dumas, dans « Le Chevalier Des Touches », il jouera avec le temps, reconstruisant un passé qu’il a décomposé, comme un espace-temps spécifique, son Cotentin natal qu’il rêvera à l’aide de ses souvenirs. Il parlera d’évocation pour défendre sa notion floue du temps. Continuer la lecture

Le coin du polar, mars 2013

Un sauvage qui ne l’est pas…

Comment s’appeler « Sauvage » lorsque le but est de glander le plus possible loin des enquêtes de terrain ? Élisa Vix a voulu jouer de l’oxymore pour faire sourire tout en construisant une intrigue qui oblige le lecteur(e) à poursuivre les investigations malgré cette figure de « détective » qui repousse au loin toute possibilité d’identification. Un peu « macho », un peu fainéant, un peu « mauvais père », un peu compassionnel et pas plus sympathique pour autant. Un inspecteur « normal », un peu trop. Continuer la lecture

Histoires de chansons françaises.

Le jazz a un tournant, panne d’inspiration de Gainsbourg…

Frédéric Régent poursuit Serge Gainsbourg, dans le volume 2 de cette « Intégrale Serge Gainsbourg et ses interprètes » qui couvre des années étranges 1960 – 1962. Étranges par la nouveauté que représente le « phénomène yé-yé ». Le succès de Johnny Hallyday, des « Chaussettes noires », des « Chats sauvages » éclipsent totalement les chanteurs dits « rive gauche » – à cause de l’emplacement des cabarets où ils et elles se produisent -, la chanson française qui devra, de nouveau, se renouveler. Gainsbourg suivra les rythmes du temps, de ce temps pour faire vivre ses textes. Continuer la lecture

Imagination et prévision

Quand un roman noir d’anticipation percute l’actualité de la guerre.

Le titre, « Un escalier de sable », m’avait laissé rêveur. C’est sans doute pour cette (mauvaise) raison que je l’avais laissé de côté. Par hasard, je l’ai retrouvé. Il était enfoui sous une masse d’autres livres plus récents et se trouvait abandonné. Marché sur une pile de livres ressemble à un escalier de sable impossible à franchir. Un escalier en forme de mirage… Continuer la lecture

A propos d’idéologies

Itinéraire

Pierre Stambul, dans ce gros livre Du refus d’être complice à l’engagement, retrace sa prise de conscience des réalités du conflit israélo-palestinien. Il critique ses positions passées pour construire des outils théoriques et pratiques de compréhension des causes profondes de cette guerre. Les droits des Palestiniens ont été bafoués, piétinés pour construire l’Etat d’Israël et l’idéologie sioniste s’est toujours refusée à reconnaître cette spoliation de départ. Une idéologie qui tend à gommer la mémoire en construisant un monde sans rapport avec la réalité d ela construction de l’Etat d’Israël. Déconstruire cette idéologie est uen nécessaité et l’auteur s’y emploie.

Ce livre est celui de l’itinéraire d’un « baby boomer » – et beaucoup se reconnaîtront dans les « effets générationnels » -, avec sa spécificité « juive » et sa volonté de construire un autre monde.

N.B.

« Israël/Palestine. Du refus d’être complice à l’engagement », Pierre Stambul, préface de Michel Warschawski, Acratie, 597 p

 

Idéologie quand tu nous tiens…

« Totalitarisme » est employé à toutes les sauces et à toutes les sauces idéologiques. Il a un mérite, visible dans les programmes d’Histoire, il s’oppose presque naturellement à « libéralisme ». Une opération de promotion réussie. Comment enseigner l’Histoire, interroge Roger Martelli dans « Pour en finir avec le totalitarisme », avec ce faux concept qui bloque toutes les compréhensions des sociétés aussi différentes que l’URSS et l’Allemagne nazie ? Abandonner ce faux concept permet de se poser d’autres questions comme celle de l’alliance libéralisme et remise en cause des libertés démocratiques. A lire pour changer les programmes…

N.B.

« Pour en finir avec le totalitarisme », Roger Martelli, La Ville Brûle, 159 p.

 

 

Culture se conjugue au pluriel

Comment aborder l’art africain ?

Titrer un « beau » livre, « L’art africain fait penser que Ezio Bassani, l’auteur, ne manque pas d’air. Un Européen, même spécialiste universitaire reconnu, n’a pas les outils théoriques esthétiques nécessaires pour appréhender ces cultures multiples du continent africain, aussi multiples que celles de l’Europe. Il s’agit de cultures étranges aux yeux d’un occidental pétri de traditions écrites, la transmission est ici fondamentalement orale. Pendant longtemps, ces « œuvres » ont été considérés comme des témoignages ethnologiques et enfermés, sans classement, dans des musées dits « ethnologiques ». Différencier ces sculptures, ces figures en l’occurrence, revient à considérer que l’art africain – il faut utiliser le pluriel – existe bel et bien, ouvrant la porte à une échelle des valeurs. Continuer la lecture

La pauvreté et les inégalités en France

Chômage de masse, pauvreté et accroissement des inégalités

Depuis la fin des années 1980, une nouvelle réalité a éclaté, la pauvreté prenait de l’ampleur. On parlera de « nouvelle pauvreté ». Michel Rocard, Premier ministre en 1989, créera le RMI qui donnera naissance à de nouvelles études. Le chômage de masse en était la première cause. Les statistiques allaient enregistrer des nouveautés comme le chômage de longue durée se traduisant par la précarité sociale, la descente vers la mise au ban de la société. Les organisations caritatives ne pouvaient connaître qu’un accroissement de leurs missions dans un contexte où les dépenses sociales subissaient une cure d’austérité. Continuer la lecture

Biographie de Stivell

Musique et révoltes.

Ecrire une biographie d’Alan Stivell – une grande première -, lui qui a fait découvrir la harpe celtique au monde entier, travail que son père avait commencé, suppose de faire référence à toutes les luttes sociales, linguistiques et de libération qui a secoué cette région depuis plus de 40 ans. Laurent Bourdelais, poète et professeur d’histoire s’y est essayé. Un hymne à la Bretagne, au Morbihan plus spécifiquement vient sous la plume de cet enfant qui n’est pas de ce pays. Pour découvrir à la fois les textes, le contexte social de ces années là et pour (re)faire connaissance avec le musicien.

 

N.B.

« Alan Stivell », L. Bordelais, Editions Le Télégramme, 334 p.

Enquête sociétale

Recompositions de la famille.

Eric Garnier a présidé l’Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL) et a voulu, par ce livre de témoignages et d’analyses, participé à la mise en évidence d’un changement de nos sociétés via une nouvelle définition de la famille. Ressort de cette étude que l’homoparentalité est une réalité de plus en plus acceptée, même si l’homophobie continue d’exercer ses effets. Une manière de prendre part au débat actuel sur le mariage pour tous tout en évitant les dérapages sur la liberté de conscience.

Nicolas Béniès.

« L’homoparentalité en France. La bataille des nouvelles familles », E. Garnier, Editions Thierry Marchaisse, 349 p.

 

Bd et journalisme

Voir les États-Unis.

Loin de toutes les images d’Epinal, loin des batailles politiciennes, les Etats-Unis vivent les effets d’une crise profonde qui déstructure totalement les solidarités existantes et attaquent les valeurs sur lesquelles reposait cette société. Deux types de journalisme se complètent. L’un utilise sa plume, Chris Hedges, l’autre son dessin – Joe Sacco est connu pour ses reportages en BD – pour décrire la réalité de cette Amérique rarement présentée dans les média français. Ils découpent leur patient au scalpel en 3 temps, les spoliations, la destruction, l’esclavage et deux « jours », de siège et de révolte pour mener un réquisitoire en bonne et due forme contre ce capitalisme appelée par certains libéral alors qu’il est tout simplement sauvage et…imbécile. La révolte gronde dans cette société étasunienne. Une bonne nouvelle.

N.B.

« Jours de destruction, jours de révolte », C. Hedges, J. Sacco, co-édition Futuropolis/Gallimard.