Une histoire partagée

Un pan de l’Histoire de France.

Une exposition, « Vies d’exil, 1954-1962 », le catalogue au titre plus explicite « Algériens en France, la guerre, l’exil, la vie » et le témoignage bouleversant et dur, sans pathos mais d’une profonde humanité, de Monique Hervo, « Nanterre en guerre d’Algérie » permet de reprendre les fils de notre histoire, liée à celle de l’Algérie dont on fête le cinquantième anniversaire de l’indépendance. L’histoire de l’immigration algérienne en France reste à faire. Elle a, à la fois, façonnée la France et l’Algérie. La guerre contre le colonialisme français s’est aussi mené sur le territoire français. Les luttes entre le MNA, le FLN, les supplétifs harkis ne sont pas seulement des morceaux d’Histoire, elles fortement présentes. Les traces de ce passé inondent encore notre actualité. Les éditions Autrement font œuvre utile par ce « Beau livre », à la riche iconographie. Benjamin Stora et Linda Amiri brossent un portrait de ces travailleurs immigrés, de leur famille, de leur division politique, dont l’industrie française avait grand besoin. Continuer la lecture

Conserver notre patrimoine

A TRAVERS NOTRE HISTOIRE TROP SOUVENT OCCULTÉE

Conserver notre patrimoine.

Le présent a souvent comme conséquence des commémorations qui visent à reconstruire un passé fantasmé. La période de l’Occupation – 1940-1944 – est très révélatrice. Dans un premier temps, elle fut purement et simplement ignorée, occultée. Tous les Français avaient été résistants à un régime du Maréchal Pétain considéré comme traître et au nazisme. Les matérialistes – ils ne sont pas nombreux – se demandaient comment ce régime avait pu survivre aussi longtemps dans un environnement hostile. Seulement par la répression ? Continuer la lecture

Réflexions sur le jazz

Où en est le jazz ?

Les grands festivals bourgeonnent au printemps – l’Europa djazz du Mans et Jazz sous les Pommiers de Coutances – fleurissent l’été, pour se faner à l’automne et redonner vie à ce poème immortel devenu standard du jazz, « Les feuilles mortes » ou « Autumn leaves » en passant de cette langue brûlante de Jacques Prévert, à celle ensoleillée du noir de la mélancolie de Johnny Mercer, pour se lancer enfin à l’assaut de l’hiver, « saison de l’art lucide » disait Mallarmé. Tous les festivals de jazz – et ils sont nombreux, plus de 800 recensés en France – font la preuve de la vitalité de cette musique, de son présent multiforme. Un présent éclaté entre les styles, entre les références. Chaque groupe, chaque musicien est en recherche de sa définition dans des mondes changeants. Comment construire son univers lorsque tout s’écroule autour de soi, en particulier les utopies de transformations sociales. Un monde qui ne sait plus pourquoi il se perpétue. Comme si le capitalisme triomphant de l’après chute du Mur de Berlin (novembre 1989) donnait des signes de confusion mentale, se trouvait sénile parce que trop développé, parce que sans contre pouvoirs ni au niveau des nations ni au niveau international. Que la seule diplomatie qui surnage est la « diplomatie de connivence ». Un monde, pour le dire encore un peu autrement, sans projet, sans avenir, sans futur. Il ne vit que sur des idéologies qui engloutissent les concepts. L’idéologie du progrès – la pauvreté, les inégalités qui s’approfondissent –, de la performance – la culture du résultat à court terme -, contre le progrès et la performance. Les exemples pourraient se multiplier. Le libéralisme a complètement faussé toutes les donnes, inversé les sens des termes aidé par l’insistance sur la seule communication.
Toutes les disciplines artistiques – à commencer par le jazz, musique de l’instant puissamment en relation avec le « Zeitgeist », l’esprit des temps pour employer un concept issu de la philosophie hégélienne – ne peuvent qu’en souffrir. En découle des éclatements puissants qui se traduisent par des « collages » nécessaires pour essayer de continuer de créer. Il n’est pas question d’avancer dans les arts, l’histoire des arts n’existe pas à proprement parler, il ne peut s’agit que de création, de naissance sinon de renaissance – peut-être faudrait-il un « r » majuscule » – pour construire un anti-art spécifique de ce 21e siècle, comme fut le jazz pour le 20e. En cela la situation du jazz sert de révélateur des impasses actuelles, impasses qui peuvent revêtir les couleurs de l’arc-en-ciel. Pour dire qu’il en est de sublimes. Continuer la lecture

Des mots et des musiques oubliées

BOUM ! SURPRISE-PARTIE

Danse-t-on encore la valse, le rock, la java ? Sans parler de la polka, du tango ou de la mazurka ? Ou encore le cha-cha-cha, le mambo, la rumba, la samba ? Là je réponds oui même si ces danses issues de la tradition afro-cubaine ont changé de nom et s’appellent plutôt salsa, elles restent de nos temps. Elles ne peuvent pas vieillir. Elles proviennent du sang, de la sueur, du rire et des larmes d’une multitude de populations se retrouvant sur une terre d’exil qu’elles n’ont pas choisie mais qu’elles ont fertilisé, dans tous les sens du terme. Continuer la lecture

Marx, le capitalisme et les crises, annexe 3 non publiée

______________________annexe 3______________

La théorisation de la mondialisation par Ulrich Beck

(critique des thèses de « Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation » (Alto/Aubier)

Ulrich Beck est un penseur ambitieux. C’est plutôt une bonne nouvelle. Il veut, dans le sens que lui donnait Wright Mills, redonner de la place à « l’imagination sociologique » pour construire, c’est le titre du chapitre premier, « Une nouvelle Théorie Critique » et dessiner les contours du monde qui nous attend. Il veut démontrer – quelque fois seulement indiquer, avec des concepts en construction – que le monde, l’humanité est entrée dans une phase de transition entre la Première et la Deuxième Modernité – les majuscules sont de lui. La première était celle du siècle des Lumières, la Deuxième serait celle du « cosmopolitisme » adapté à la mondialisation. Le nationalisme méthodologique comme le socialisme ou le communisme et même le néo-libéralisme ont vécu. Il faut changer de paradigmes pour changer de monde. Il insiste sur la nécessité de l’idéalisme, d’une théorie qui permette d’appréhender ces métamorphoses. En fait, toute sa rhétorique est construite sur la nécessité de choquer pour faire réfléchir, pour lutter contre le post modernisme refusant tous les systèmes d’explication, sans vouloir pour autant construire une « Grande Théorie », référence je le suppose, à celle de Marx. Continuer la lecture

Anthropologie ?

Lectures du jazz.

Le jazz est une musique qui n’a pas de nom. Elle n’est pas la seule. La musique baroque est dans la même absence de case. Comment les définir ?

Le jazz donc, faute de mieux et par habitude. Les champs du jazz sont extensibles. Quelquefois au-delà du raisonnable. La bossa nova par exemple, inventée par Carlos Jobim et Vinicius de Moraes comme la samba de la fin des années cinquante est loin (et tout proche, Jobim a souvent reconnu sa dette vis-à-vis du jazz dit de la « West Coast »1) du jazz. C’est tellement vrai que Stan Getz, saxophoniste ténor surnommé « The Sound », joue jazz cependant que Jobim et Jao Gilberto se réfèrent au rythme – au beat – singulier de la Bossa. Une vidéo existe où l’on voit Gerry Mulligan, saxophoniste baryton, compositeur, initiateur du « pianoless quartet » (avec Chet Baker dans le milieu des années cinquante), s’essayer au phrasé de la bossa… sans succès. Pour indiquer que, même si le jazz ne se définit pas, des frontières peuvent se rendre visibles. Continuer la lecture

Aspects de la crise

Crise du travail ou crise du capitalisme ?

Le chômage de masse, son accroissement sans frein, la pauvreté qui en découle pose des questions de fond sur les modalités actuelles du fonctionnement du mode de production capitaliste.1 Les théorisations les plus étranges apparaissent dont la moindre n’est pas celle de la «fin du travail » qui fait florès, tout en déplaçant la problématique. Le problème principal ne serait plus la réalisation du plein emploi, la lutte contre le chômage, mais la définition d’un revenu pour tous, séparé du travail salarié. Cette thèse présente un autre intérêt, pour les tenants du libéralisme, elle fait du travail non-salarié, le travail «indépendant », la forme de travail de l’avenir. Dans le rapport du Plan, « Le travail dans 20 ans »,2 sous la direction de Jean Boissonnat, il était proposé de remplacer le contrat de travail à durée indéterminée – la base du droit du travail – par un contrat d’activité. Les auteurs du rapport ne cachaient pas qu’il faudrait mettre « à plat » tout le droit du travail pour le restructurer de fond en comble. Les libéraux ont applaudi. Dans leur optique le droit du travail représente des « rigidités », empêche l’élargissement de la flexibilité et donc, pour eux – mais ils ne l’ont jamais démontré – les créations d’emploi. Continuer la lecture

Marx, le capitalisme et les crises, annexe 2 au deuxième mouvement non publiée

 

 

La fin du capitalisme vue par Hardt et Negri.

Hardt et Negri sont les deux théoriciens à la mode sur les campus américains. Leur vision du monde est discutée partout dans le monde, sauf en France. Quelques sociologues s’y réfèrent pourtant et relaient leurs analyses.

Avant de les critiquer reconnaissons leur un mérite, rendre à Marx ce qui revient à Marx, une place essentielle dans la capacité à analyser les modalités de fonctionnement de nos sociétés. Ses thèses, et une fois encore la crise actuelle le dévoile, restent nécessaires, ses concepts et sa méthode à condition de les relier à la réalité actuelle du capitalisme. Ce mode de production évolue et nous avons la nécessité de forger de nouveaux concepts. Ainsi, l’Etat est absent du Capital, alors que le fonctionnement du capitalisme le met au premier plan en termes de » définition d’une stratégie permettant l’accumulation du Capital. Disons-le d’emblée, en renvoyant à la partie de ce deuxième mouvement concernant l’Etat, c’est ce manque qui se manifeste de manière éclatante dans les manières d’appréhender le capitalisme par ces deux auteurs. Il faut dire qu’ils semblent être rejoints par Immanuel Wallerstein partant pourtant d’autres points de départ. (Cf. « Comprendre le monde » sous-titré « Introduction à l’analyse des systèmes-monde, Repères/La Découverte). Il est, peut-être révélateur d’un courant qui considère que cette crise marque la fin du capitalisme. Il faudrait dire d’un certain capitalisme… Il n’est pas besoin d’avoir une vision catastrophiste – la crise finale – pour le comprendre. Ces économistes semblent partager la vision de cet économiste de l’école autrichienne, Joseph Schumpeter – le créateur des cycles Kondratieff -, partisan du libéralisme économique, pourfendeur de Marx, qui, dans le gros de la crise de 1929, écrivait, dans « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » (traduction française, Payot) que le capitalisme était mort. A son corps défendant, disait-il, le socialisme semble le système de l’avenir. Cet avenir qui lui donnera tort… Wallerstein me semble révélateur d’un courant qui considère que cette crise est profonde et peut-être de même nature que la crise de 1929. De ce point de vue, je ne peux leur donner tort. Continuer la lecture

Contribution pour l’année sociale 2002 (parue chez Syllepse)

Réforme de l’État, libéralisme et démocratie

La « réforme de l’État » fait partie des débats récurrents en France comme dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Elle se présente comme une refonte de l’administration, de la gestion. Les feux de l’actualité lui sont refusés. Elle est difficile à comprendre. Contrairement à la décentralisation – les lois datent de 1982 -, elle ne se traduit pas des changements visibles. Pas de nouvelles structures territoriales – comme les conseils régionaux -, pas de nouvelles lois sinon celles portant sur l’aménagement du territoire proposant des « contrats de plan » et des nouvelles entités, comme les « pays » ou les  « communautés d’agglomérations ».

Les gouvernements changent, les politiques étatiques restent. La « réforme de l’Etat » – Michel Rocard, du temps où il était Premier ministre parlait de la « modernisation de l’État » – en fait partie. Il ne s’agit pas d’une politique conjoncturelle, mais bien d’une restructuration d’ensemble touchant à la forme même de l’État. Continuer la lecture