Appréhender le jazz ? Est-ce possible ?

Une vague moderne et solidaire pour la créativité individuelle.

Il est des anniversaires qu’il faut savoir fêter surtout lorsqu’il s’agit d’un jubilé. L’AACM, Association for the Advancement of Creative Musicians, est née à Chicago en 1965 sous la férule du pianiste Muhal Richard Abrams qui avait, déjà, une carrière derrière lui. 1965, il faut s’en souvenir, c’est aussi une sorte d’apogée du « Black Power » via toutes les associations et organisations qui gravitaient autour de cette revendication, en particulier Malcom X et les « Black Panthers ». La répression, l’oubli est aussi tombé sur cette donnée, a été sanglante. Les forces de police n’ont pas fait dans la dentelle et ont tué ou emprisonné une grande partie de ces militants.
Cette association se proposait d’offrir aux musicien-nes-s des rencontres, des discussions pour leur permettre de trouver leur propre voi(e)x. De « faire » communauté, collectif tout en préservant le champ des possibles de l’individu. Une sorte d’anarchisme mariant la fraternité et des formes de société secrète. La plupart des musicien-ne-s de jazz d’aujourd’hui sont passé(e)s par cette école ouverte et sans structure. A commencer par Anthony Braxton mais aussi la flûtiste Nicole Mitchell qui fut la dernière présidente en date de cette association. Continuer la lecture →

JAZZ, sans un mot, un jazz Babel ?

Un jazz mondialisé ?

Alex Maksymiw, guitariste et leader de ce groupe pour cet album « Without a Word », sans un mot ce que permet la musique, est, peut-être le prototype d’un musicien de jazz de nos temps étranges. Né à Toronto de parents ukrainiens, il a fait ses études à Amsterdam, joué dans des grands orchestres comme Amsterdam Jazz Orchestra ou le Village Vanguard Orchestra – créé par Thad Jones et Mel Lewis, il continue, chaque lundi à se produire au Village Vanguard de New York sans ses créateurs – ou d’autres, à cheval sur les deux continents, européen et américain. Comme Mike Stern, guitariste un temps de Miles Davis, il se trouve au confluent de toutes les influences. Il a du mal, la pression est forte, à se sortir du langage et de grammaire du be-bop tout en subissant les vagues venues du free jazz et de Coltrane en particulier en passant par Miles ou le jazz fusion via John McLaughlin. Pat Metheny et John Scofield sont aussi présents dans le style du guitariste. Continuer la lecture →

JAZZ ( ?), de l’inattendu

Le jazz européen existe-t-il ?

Le magazine « Jazz thing », une revue allemande de jazz, avait lancé, pour son Centième numéro, en septembre 2013, une série « European Jazz Legends » qui a couvert 11 numéros. Pour donner corps à ces portraits, pour montrer la réalité d’un jazz européen aux côtés d’un jazz américain aux influences réciproques, la revue a organisé avec la ville de Gütersloh (dans le Land de Rhénanie du Nord) une série de concert.
Celui d’Enrico Pieranunzi – avec Jasper Somsen à la basse, musicien hollandais et André Ceccarelli, batteur – est le troisième de la série enregistrée en août 2015. Un choix d’évidence. Le pianiste a accompagné, dialogué avec la plupart des musicien(ne)s de notre temps – du sien, il est né en 1949 à Rome – tout en développant un style original qui doit beaucoup, mais aussi le cas de Chick Corea et de beaucoup d’autres des deux côtés de l’Atlantique, à Bill Evans comme à Thelonious Monk.
« Tales from unexpected », contes de l’inattendu soit des histoires venues d’ailleurs pour faire rêver les adultes en construisant des mondes différents par des réponses surprenantes. Une sorte de règle du jeu de sa musique : la surprise comme moyen d’aborder sur des rives inconnues. Pour la découverte.
Il propose une sorte de suite, en 4 parties, « Improbable », pour signifier à la fois ce qu’il veut faire de sa musique et avertir sur notre présent.
Enrico fait, à l’évidence, partie des créateurs. Qu’il faut écouter avec attention.
Cet album, qui se termine par l’interview du pianiste, en anglais comme il se doit et en public.
Il n’épuise pas un débat aux multiples facettes : existe-t-il un « jazz européen » qui transcenderait les frontières actuelles ? Quels sont les liens avec le jazz américain dans ce contexte de mouvement de mondialisation ? Et, au-delà de ces différences étranges, de quoi parle-t-on lorsque s’utilise la catégorie « Jazz » ? Le jazz sera-t-il la musique du 21e siècle ? Tout est en transition dans ce monde dominé par l’incertitude.
Nicolas Béniès.
« Tales from the unexpected. Live at the Theater Gütersloh », Enrico Pieranunzi, Intuition distribué en France par Socadisc.

JAZZ, une nouvelle chanteuse

« Sans Elle » chante-t-elle ?

Décider un jour de chanter est déjà un « challenge » comme on dit aujourd’hui et prendre comme nom de scène « Sans Elle » en est un autre. Pourtant, cet album « Beyond » – « au-delà » des apparences, du présent ? – fait la preuve qu’elle est bien là. Responsable de certains arrangements, pianiste et claviériste pour un thème, « In Between », un entre-deux qu’il faut visiter, elle prend sa place comme chanteuse sur des thèmes qu’elle a écrit et composé. A la fois un compliment et un reproche, une certaine répétition de climats en résulte. Chanter les thèmes des autres – ou des standards – permet aussi de faire preuve de créativité et peut éviter une légère lassitude de l’auditeur.
Une voix qui veux faire le lien entre ces chanteuses britanniques enfermées un peu trop dans un son qui ne connaît pas les outrances sinon des transgressions dans les glissements quelque fois ahurissants et les celles plutôt engagés dans la musique qu’on appellera française faute de mieux représentée par Nicole Croisille. Avec ce qu’il faut de références prises à la fois dans les musiques du monde – les percussions sont souvent présentes – et la grande variété française, du côté Nougaro plutôt sans cette rage qui dominait ses prestations. Il manque « Sans Elle » un peu de cette révolte qui fait réagir l’auditeur. Une incursion dans la musique qui fait bouger termine l’album qui pourrait indiquer d’autres directions possibles mais il faudrait qu’elle pose sa voix (If you were mine).
Quelques thèmes retiennent l’attention comme « Tout et son contraire » qui pourrait permettre d’ouvrir une nouvelle voie dans la chanson française et faire un tube si les programmateur(e)s savent entendre.
Mention spéciale à Leonardo Montana, pianiste dans la plupart des plages et Sergio Cruz pour les arrangements, Damian Nueva Cortés aux basses, Archibald Ligonnière à la batterie et Fabian Suarez aux percussions.
Un album qui se laisse écouter et permet de découvrir une nouvelle voix.
Nicolas Béniès
« Beyond », Sans Elle, Say Yay ! www.sanselle.com

Jazz, nouveautés

Des endroits qui se veulent en expansion

Olivier Bogé, pianiste, guitariste, chanteur et surtout saxophoniste/compositeur, se veut de son temps. A la fois pour son trio, Nicolas Moreaux contrebassiste et Karl Januska batteur et pour les auditeurs. Il utilise donc toutes les techniques actuelles. Il est à la fois binaire comme l’exige les auditeur(e)s et « classique » par l’ajout de Manon Ponsot violoncelliste et de Guillaume Bégni corniste. Ses compositions sont intelligentes et devraient impulser des développements pour les faire vivre et convaincre.
Il n’en est rien. Elles se laissent aller sans susciter ce sentiment d’urgence sans lequel il n’est pas de jazz. Mais ces « Expanded Places » sont ailleurs, ailleurs que dans la pulsation de cette musique. Dans ce cas, il s’agit de construire non seulement des endroits mais un nouvel univers en expansion.
Je me dis que ces compositions pourraient servir à d’autres. Pour créer d’autres possibles, pour cultiver d’autres champs. Les musiciens sont honnêtes et jouent avec cette virtuosité caractéristique de notre époque. Seulement, la mayonnaise ne prend pas. Les ingrédients refusent de se coaguler… Il y manque le « je-ne-sais-quoi » qui fait toute la différence.
Nicolas Béniès.
« Expanded Places », Olivier Bogé, Naïve.

Plus fort que le « Third Stream »…

Thierry MaillardThierry Maillard, pianiste et compositeur, nous avait habitué à marier le jazz et la musique classique via des quatuors à cordes. Il s’inspirait d’une vogue qui fut celle du milieu des années 50 et qui perdura dans certains endroits comme le Conservatoire de Boston avec Ran Blake, pianiste superbe qu’il ne faut pas ramener uniquement à ce troisième courant.
Third Stream, troisième courant une dénomination pour signifier la volonté de ses défenseurs de fusionner, « coller » serait sans doute plus juste, musique classique – baroque surtout qui partage avec le jazz l’absence de définition précise – et jazz. John Lewis, pianiste, compositeur et fondateur du Modern Jazz Quartet (MJQ pour les intimes) illustra tout au long de sa vie cette tendance. Les échecs furent nombreux mais il en ait de magnifiques. La musique ne se mesure pas à sa capacité de réussite mais à l’exploration des possibles. Continuer la lecture →

Un batteur et deux fils de… au théâtre de Caen.

Au théâtre un samedi soir (le 7 novembre à 20 heures en l’occurrence),

Jack DeJohnette aime à construire des trios. Celui de Keith Jarrett est évidemment le plus connu mais Keith a décidé de vivre sa vie en solo et le batteur se trouve orphelin.
Une année, à Coutances, il était venu avec John Scofield, guitariste – il vient de sortir un album Impulse avec le saxophoniste ténor Joe Lovano, « Past & Present », hommage mémoire à son fils mort du cancer à 26 ans tout en retenue et en référence au passé de John et de Joe, quelque chose comme une définition du présent avec ce qu’il faut d’orteils dans l’avenir –
et l’organiste Larry Goldings influencé par Larry Young aussi pianiste remarquable. Un trio de virtuoses. l’attente était grande. Nous fûmes déçus. Un rendez-vous manqué. Je les avais interviewé tous les trois. Larry descendait de l’avion qui le ramenant de Los Angeles à Paris. Un décalage horaire impossible à combler en si peu de temps. D’autant qu’il avait été surpris du temps qu’il fallait pour arriver jusqu’à Coutances. Surprise partagée par John. Ceci explique cela, un concert où les trois n’arrivaient pas à se fondre en un…
Ce samedi soir le trio change. Le batteur est en compagnie de Ravi Coltrane, saxophoniste ténor et soprano – il ne joue pas comme son père qu’il a très peu connu, il a été élevé par Elvin Jones et son épouse japonaise – et Matthew Garrison, bassiste (électrique) et fils de Jimmy, contrebassiste du quartet historique de Coltrane (John) aux côtés de Elvin d’abord puis de Rashied Ali.
Les « fils de » bénéficient à la fois de la notoriété de leurs géniteurs et ont du mal à se faire un prénom. Consciemment ou inconsciemment – c’est pire – la comparaison est « tuante ». Les « fils de » ne jouent pas comme leur père ou mère. Le contexte n’est pas le même.
Jack-DeJohnette-Trio-Ravi, Matthew GarrisonIl faut donc les découvrir pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils devraient être en fonction de leurs ascendants. Le génie n’est pas génétique. Il dépend de beaucoup d’autres facteurs.
La difficulté de ce type de trio repose sur les épaules du saxophoniste. Il faut qu’il fasse la preuve qu’il est capable de se passer d’un piano pour créer.
Les trios historiques sont ceux surtout de Sonny Rollins, un grand spécialiste et ceux de Joe Henderson. Il faut avoir entendu « The Art Of The saxophone » (Blue Note) pour comprendre les capacités d’invention nécessaires pour éviter la monotonie et l’ennui.
Ravi Coltrane devra relever le gant.
Nicolas Béniès.

Après le concert.

Décevant, très décevant. Jack DeJohnette refait, une fois de plus, la démonstration qu’il est un grand batteur. So What comme aurait dit son ancien employeur, Miles Davis. L’âme avait déserté la scène et les deux fils de… étaient incapables de trouver une place dans de déluge de technique. Jack a oublié la leçon que lui avait donné Miles Davis à Pleyel en 1969. Après un solo de batterie grandiloquent et inutile, le chef – j’y étais – lui avait envoyé une serviette à la figure le priant d’échanger sa place avec Chick Corea. Jack qui a commencé comme pianiste ne s’est pas trouvé déstabilisé ni Chick Corea bien que, vraisemblablement, cet échange d’instruments n’était pas prévu. Jack a évité les coups de poing…
La leçon est fugitive. Dommage. Ou, autre hypothèse, boosté par la succès du film « Whiplash », il n’a pas résisté à la démonstration de batterie pour indiquer qui est le meilleur.
Toutes hypothèses confondues, ce fut un dur moment à passer et à attendre le facteur déclencheur d’une entente entre les trois musiciens. DownBeat, la revue de jazz américaine, de ce mois de janvier 2016, fait un compte rendu élogieux du concert de Jack et de ses deux malheureux complices dans un club. Possible. Face au public d’un club américain, les musiciens de jazz sont plus respectueux. Il est possible aussi que l’auteur de l’article n’ait pas voulu se mettre à dons le maître…
Nicolas Béniès.

PS Vous pouvez désormais me retrouver sur Radio Bazarnaom, sur le net et sur la radio (voir le site de la radio).

JAZZ Deux chanteuses françaises contemporaines

Deux voi(e)x

Virginie Teychené s’était faite remarquer par un premier album, « Portraits » (2007) puis « I Feel So Good » (2010) et « Bright and Sweet », tous les trois salués par la critique. Une voix virginie Teychenéflexible, des influences revendiquées prises dans les grandes chanteuses de cette musique et un répertoire bien choisi expliquent cette unanimité.
Il lui était difficile de se renouveler. Ce quatrième album, « Encore », sans ponctuation – un clin d’œil – tourne autour de la mémoire transportée par des chansons de toujours dont celle qui ouvre l’album « Jolie Môme », un tour de force il faut bien le reconnaître. Reprendre les paroles et changer insensiblement la musique pour faire surgir d’autres réminiscences. Chansons aussi de Teychené qu’elle propose ou d’autres venant de pays qui sont presque les nôtres comme celles du Brésil ou de Brubeck revu par Nougaro et transformé par le quartet, Gérard Maurin, contrebasse et guitares, Stéphane Bernard, piano, Jean-Pierre Arnaud, batterie et Olivier Ker-Ourio, harmonica.
Le décalage est trop grand entre les compositions personnelles et ces chansons qui ont façonné une partie de notre vie. Un écart ressenti par le jeu même de la superposition de passés et de présents. Difficile d’éviter l’effet souvenir.
Il manque un petit je-ne-sais-quoi, peut-être la révolte, la volonté de renverser la table avec tout ce qu’il y a dessus… Mais, en public, il n’est pas impossible que d’un seul coup ce quelque chose apparaisse comme par magie. Alors ne la manquez pas.
Nicolas Béniès
« Encore », Virginie Teychené, Jazz Village, Harmonia Mundi. Elle est en tournée. Le 5 novembre à Valognes, le 13 et le 14 à Béziers, et le 27 à Cannes…

Anne Carleton est autant musicienne que plasticienne, peintre. Avec « So High » elle a voulu tutoyer l’immensité du ciel, suivre les traces d’Icare même si cette expérience s’est mal terminée. Anne CarletonElle s’oriente résolument vers le rêve pour bousculer les possibles, en faire surgir d’autres, éviter de se retirer en soi-même en faisant partager des expériences, de sons, de couleurs. Elle a voulu s’entourer d’autres voix. Celle d’Edgar Morin mais aussi celle de l’environnement carcéral (pour le dernier thème, « Le miracle », un titre caché).
Eric Moulineuf, piano, Olivier Moret, contrebasse, Emma Piettre, violoncelle, Doo, sound design l’entourent pour servir son projet. Ils y arrivent de temps en temps. L’émotion envahit la pièce, semble ne pas pouvoir y tenir. Pour d’autres, l’ennui. Qu’elle me pardonne mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée la voix de Morin. Elle ne se fait pas comprendre…
Une volonté de partir ailleurs, de trouver de nouveaux sons, de nouvelles possibilités qu’il faut saluer mais en restant sur les mêmes tonalités, sur ce murmure il manque la force qui est celle du jazz, la révolte ouverte, revendiquée. Ce n’est pas qu’elle est absente mais elle ne s’incarne pas dans une pulsation.
Nicolas Béniès.
« So High », Anne Carleton, Quart de Lune/Rue Stendhal

Jazz, Le volume 10 de la fausse-vraie intégrale de Charlie Parker

JAZZ

L’Oiseau en liberté et il vole haut

Mars 1951, Charlie Parker, 31 ans, connaît une vie tranquille, heureuse du moins apparemment. Il a emménagé avec « Chan » dans un quartier mi-ukrainien mi-loubavitch. Il joue à la perfection le rôle d’un père de famille de cette fameuse « classe moyenne » dont on parle beaucoup aux États-Unis à cette époque entre deux procès du sénateur McCarthy et de sa commission des activités « unamerican ».
Il se fait quand même arrêter pour possession de drogues et écope d’une peine de prison avec sursis. Il perd, de ce fait, sa carte de musicien et ne peut plus jouer dans les clubs de New York mais il peut enregistrer et se produire ailleurs.
Ce volume 10 couvre un an de la vie de l’Oiseau, mars 1951 à mars 1952. Il vole de plus en plus haut et semble avoir acquis une maîtrise époustouflante. L’ouverture se fait, ici, au Birdland avec Diz – Gillespie -, Bud Powell au piano qui fait preuve d’une invention qui aurait dû déstabiliser les deux compères, Tommy Potter à la contrebasse et Roy Haynes à la batterie plutôt dans la lignée de Max Roach. Laissez-vous porter par la musique. Bird and Diz prennent leur temps, développent leurs idées. On voudrait qu’ils n’en finissent plus… Continuer la lecture →

BLUES.

Une saga moderne. 1962, la découverte du blues en Europe.
Deux concerts inédits à Paris de l’American Folk Blues Festival

Back to the future. En 1962, deux fous furieux allemands – oui, même dans ce pays, il en existe –, Horst Lippmann et Fritz Rau, décident d’organiser une tournée de musiciens pas comme les autres, des bluesmen et une chanteuse de rhythm and blues, au moins connue comme tel à cette époque, Helen Humes. Pour l’Histoire, retenons que Helen fut la chanteuse de l’orchestre de Count Basie à la fin des années 1930. Cette tournée porte un nom devenu célèbre, « American Folk Blues Festival », soit AFBF pour les intimes. Pour ce faire, ils ont même créé une agence de spectacles. Ils vont aussi co-organiser avec Norman Granz les « Jazz At The Philharmonic », JATP pour les afficionados.
A cette époque, le blues a mauvaise réputation. Aux Etats-Unis d’abord. Les musiciens de jazz et plus généralement la population africaine-américaine rejettent cette musique qui fait référence aux racines africaines et à l’esclavage. Le blues est confiné dans ce que les « tourneurs » appellent le « Chitlin’ circuit », celui des bars et des boîtes de nuit considérés comme mal famés et sont fréquentés par la population des ghettos. Continuer la lecture →

Histoire à écrire.

Du Rock, du Rhythm and Blues ou du blues ?

Le titre, en ces temps de controverses moraniennes – néologisme qui gagnerait à être utilisé, formé à partir de Nadine Morano, comme équivalent à la bêtise raciste -, fait problème : « Race Records, Black rock music forbidden on US Radio, 1942 – 1955 ». Levons une ambiguïté. Les hommes marketing aux Etats-Unis se sont aperçus dans les années 20, grâce au succès d’un 78 tours de Mamie Smith, « Crazy Blues » en l’occurrence, qu’il existait un marché spécifique, celui des populations noires des ghettos. Ils se sont précipités sur ce filon en créant des sous marques pour gagner ce public. Ils ont ainsi créé les « race series » destinées au public noir.
Après la guerre, période traités surtout par ce coffret de trois CD, en 1946 le terme de « race series » a été abandonné remplacé par celui, plus neutre, de Rhythm n’ Blues. Là encore, il s’agissait de viser la population des ghettos noirs. Se sont créée deux « hit parade » – pour parler en Français -, l’un pour le RnB, l’autre pour le public caucasien, les variétés.
Pour dire que le rhythm n’ Blues n’est pas un genre musical mais une création des industriels de l’entertainment – comme on dit aux États-Unis – pour cibler un créneau du marché.
Dans ces années 1950, le rock envahira toutes les chaînes de radio. A l’exception des DJ des radios en direction des ghettos noirs, les grands musiciens noirs qui font encore danser aujourd’hui seront ignorés, dans une large mesure, du public blanc. Mais pas interdits contrairement à ce que dit le titre de ce coffret.
Ce coffret permet de les redécouvrir. Et se rendre compte que le courant passait entre musiciens. Elvis Presley notamment fut toujours attentif à « Beale Street », le ghetto noir de Memphis où il était né. Ces musiciens noirs seront aussi influencés par les blancs. La musique ne connaît pas ces frontières de « race ». Le terme, soulignons-le en passant, a plutôt une signification sociale aux Etats-Unis. Blessure toujours ouverte de l’esclavage.
Tous les musicien(ne)s réunis sont à citer. Il faut aller les découvrir. Certains d’entre eux sont plus connus que d’autres. C’est le cas de Wyonnie Harris ou de Howlin’ Wolf, Muddy Waters ou Big Maybelle mais tous les autres sont à entendre. Et si vous voulez organiser une soirée dansante, ce coffret vous servira de guide…
Nicolas Béniès.
« Race Records, black rock music forbidden on US Radio, 1942 – 1955 », livret signé par Bruno Blum, Frémeaux et associés.