L’Algérie et la France ont une histoire commune, souvent occultée. Il fallait réaliser une « Histoire de l’Algérie à la période coloniale », soit de 1830 à 1962 pour mettre en perspective les questions d’actualité, faire référence au temps long et pas seulement à la conjoncture, pour éviter que l’émotion ne prenne la place de l’analyse. Ce gros livre – qui vient de reparaître en Poche – réunit surtout des historiens français et algériens (et de quelques autres nationalités) pour dessiner les contours d’une histoire mouvementée qui se découpe en plusieurs période, qui met l’accent sur des acteurs clés, sur l’ordre colonial, sur, évidemment, la guerre d’indépendance elle-même et ses conséquences dans les deux pays. Un livre qui fait date et ouvre des perspectives pour des études futures. Une histoire jamais finie…
N.B.
« Histoire de l’Algérie à la période coloniale », sous la direction de Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault, La Découverte/Poche, 717 p.
Archives de catégorie : Histoire
Un Atlas historique, géographique et politique.
Un Etat palestinien est-il possible ?
Un Atlas qui dessine le territoire de la Palestine est un outil essentiel pour appréhender à la fois les difficultés des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens et celles de la formation d’un Etat palestinien. On le sait, la question des frontières est essentielle pour délimiter le territoire de cet Etat. Les auteurs offrent aussi une image de l’Histoire de ce Moyen Orient en butte à toutes les occupations, des organisations politiques à travers notamment l’itinéraire de Yasser Arafat. On fera juste le reproche d’avoir dessiné un peu sommairement un lobby juif qui n’a pas la puissance qu’on lui prête et cache la politique mise en œuvre par les gouvernements des États-Unis.
N.B.
« Atlas des Palestiniens. Un peuple en quête d’un Etat », Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Sid-Ahmed Souiah, Éditions Autrement.
Une mise en perspective nécessaire sur les peintres mexicains
Les restes d’une exposition.
Que reste-t-il d’une exposition lorsqu’elle ferme ses portes ? Le catalogue. Lorsqu’il est signé Serge Fauchereau et qu’il porte sur « Les peintres mexicains 1910-1960 », il devient indispensable. Des muralistes, seuls Diego Rivera et Frida Kahlo sont connus et ont fait l’objet de l’exposition. La biographie de Frida – tout le monde l’appelait par son prénom -, de Hayden Herrera, historienne de l’art vient compléter le catalogue. Les autres peintres, les autres styles ? Leur interdépendance, leur place ? Ce livre vient combler un vide. Serge Fauchereau fait ici un travail de synthèse qui nous ouvre des portes.
« Les peintres mexicains, 1910-1960 », S. Fauchereau, Flammarion ; « Frida, biographie de Frida Kahlo », H. Herrera, Flammarion.
A propos de l’AACM, de Chicago et d’un label, RogueArt.
Une suite de « En passant par Chicago«
Les années 1960 allaient voir la dernière (en date) révolution esthétique du jazz – et des autres anti arts pour signifier les arts vivants -, appelée « Free Jazz ». On parlera aussi pour signifier la même révolution de « New Thing », la nouvelle chose sur laquelle, dans Les Cahiers du Jazz (première formule), allait gloser Georges Pérec suivi et précédé par beaucoup d’autres. De nouveau, pour décliner la chose nouvelle, s’écrira que le jazz est mort remplacé par cette « New Thing ». Le jeu sur les mots à certes son intérêt – il peut faire rire aux larmes – mais ne remplace l’analyse de la chose elle-même.
Free et le reste
Depuis, le free jazz à alimenter une sorte de « Mainstream », un terme difficilement traduisible. Ou il suppose toute une explication. Toutes les révolutions esthétiques du jazz se fondent en un grand ensemble évolutif qui forment un corpus, un patrimoine qui devient celui du jazz et des jazzmen. Une sorte de référence commune. Qui a fait disparaître le free jazz englouti dans ce courant principal.
Le « free jazz posait des questions redoutables quant aux frontières, au périmètre du jazz. Continuer la lecture
Un témoignage
Sur les rapports parti/syndicat.
Un des débats récurrents dans le monde syndical depuis la Charte d’Amiens de 1906 et le stalinisme porte sur les rapports entre parti de gauche et syndicats. L’affirmation de l’indépendance syndicale de la FEN – ou de FO – souffrent de quelques arrangements. De ce point de vue, le témoignage de Jean Battut est inestimable. Le titre dit le projet « Quand le syndicalisme enseignant rencontre le socialisme ». Secrétaire du SNI de la Nièvre (1963-69) et, de 1969 à 1971, secrétaire de la F.D.G.S de la Nièvre, il a œuvré pour que le projet du PS s’inspire de celui porté par la majorité UID de la FEN, appelé l’École Fondamentale. A partir des notes qu’il a envoyées à F. Mitterrand de 1975 à 1979 se trouve une partie de cette histoire tumultueuse sans qu’il soit possible d’en déduire une inféodation du PS à la FEN ou de la FEN au PS. Une conclusions étrange mais fondée. Jean Battut ne cache rien de l’essentiel. Une contribution à l’histoire du mouvement ouvrier.
Nicolas Béniès.
« Quand le syndicalisme enseignant rencontre le socialisme, 1975-1979. Notes régulières transmises par la FEN et le SNI à François Mitterrand », Jean Battu (préfaces d’André Henry et de Guy Georges), L’Harmattan.
De l’Histoire des idéologies à la sociologie…
Une carte ? Des cartes !
A quoi sert une carte ? A alimenter un GPS ? Un moyen de retrouver un chemin ? une connaissance du monde ? Jerry Broton, à travers cette « Histoire du monde en 12 cartes » répond que la cartographie est intimement liée à l’époque. Continuer la lecture
Docu fiction
Travail de mémoire.
Faudrait-il créer, grâce à Roger Martin, une nouvelle catégorie, le « roman pédagogique » ? « Dernier convoi pour Buchenwald » se veut le parcours d’un individu, Robert Danglars, militant trotskiste, instituteur dans le malstrom des années d’après Front Populaire qui voit la formation du PSOP de Marceau Pivert. L’espérance a du mal à se frayer un passage. Déporté en 1944 dans ce camp de la mort, il vivra les expériences du convoi, des camps français et des formes d’organisation de tous ces camps. Les « politiques » avaient pris tous les postes de responsabilité. Narrateur de ce récit, il pratique le retour en arrière permis par un changement de typographie. Pour lutter contre la seule description, l’auteur a habillé l’Histoire d’une intrigue policière. Un travail de mémoire nécessaire et qui résiste à la « prise de tête » comme diraient nos élèves. A conseiller sans modération.
N.B.
« Dernier convoi pour Buchenwald », Roger Martin, Le Cherche Midi, 428 p.
Article publié dans l’US Mag de septembre 2013
Histoire culturelle des Etats-Unis, une leçon de dialectique
L’Afrique et l’Amérique, un choc !
Le jazz, musique forgée par les Africain(e)s déporté(e)s aux États-Unis pour devenir esclave, est le résultat dialectique d’un choc de cultures ou plutôt d’un choc d’acculturations. Les Européen(ne)s arrivé(e)s sur le sol américain en quête de liberté exportaient dans le même temps leur propre culture. Ces origines diverses de plusieurs strates d’immigration expliquent les spécificités des villes américaines, des accents qui se retrouvent dans la musique. Boston, pas exemple, fut contaminée par l’accent irlandais. Les Africain(ne)s étaient porteurs de cultures spécifiques, orales celle-là, aussi différentes que celles des Européens. Les nations africaines ont leur existence même si les Etats construits par les colonisateurs ne correspondent pas aux Nations anciennes. Les grands propriétaires terriens, esclavagistes – et pas seulement dans le Sud des États-Unis, dans le Nord aussi – avaient comme politique de séparer les familles, les ethnies pour éviter les révoltes. Du coup, à l’intérieur de ces grandes propriétés fermées, c’est un mouvement d’acculturation qui s’est enclenché. Un mouvement qui a duré. Une des résultante fut le vaudou comme synthèse des grands mythes de cette Afrique mais, du coup, l’Afrique se faisait rêve d’un eldorado, d’un Éden passé. Continuer la lecture
A propos d’une histoire culturelle des Etats-Unis
« Tracer » la route.
Et si l’histoire des États-Unis s’écrivait plus à travers les chansons, les blues, le jazz ? La route, la voiture a toujours été synonymes de liberté dans ce pays marqué par le mythe de « la frontière », aller plus loin pour éviter l’asservissement, devenir son propre maître. Un mythe sur lequel s’est construite à la fois l’utopie et la culture. Les « westerns », la conquête de l’Ouest en sont des avatars. La réalité est pourtant loin de ce rêve. Dans cette formation sociale, le capitalisme ne s’est pas heurté aux modes de production antérieurs. Cette colonie de peuplement a importé le capitalisme des pays d’Europe. En même temps que le mouvement ouvrier. On ne se souvient pas suffisamment que, dans les années 20-30, le socialisme est une idée forte et influence la plupart des intellectuels. Il faudra la « chasse aux sorcières » de l’après seconde guerre mondiale dans le cadre de la guerre froide pour éradiquer cette alternative, avec l’aide indirecte du stalinisme. Continuer la lecture
Le coin du polar…historique.
La Toscane corrompue… en 1895.
Un grand détective auteur d’un livre de recettes de cuisine… italienne – pardon des régions de l’Italie -, à grandes moustaches blanches qui enquête en Toscane chez le Baron Roccapendente où il est invité, ce n’est pas commun. Pelligrino Artusi n’est pas seulement une figure de roman. Il est né le 4 août 1820 en Emilie-Romagne. A l’ouverture de cette première aventure, pour les lecteurs français, il est âgé de 75 ans. En cette année 1895 donc, l’Italie existe sur le papier depuis 20 ans et l’unification est loin d’être réalisée. Les vieilles familles – « Le Guépard » raconte sous une autre forme cette même histoire – sont ruinées. Les enfants ne s’en rendent pas compte. Ils ont conservé » la morgue de leur caste sociale alors qu’ils n’en ont plus les moyens. Sous une forme plaisante, sans se prendre au sérieux, Marco Malvadi, chimiste, chanteur lyrique, spécialiste du Baroque et finalement écrivain, met en scène ces personnages en train de quitter la grande scène du monde. Tout commence par l’assassinat du majordome en passe de quitter ses fonctions. On saura le pourquoi comme il se doit à la fin. Continuer la lecture
