Les Américains en stage à Paris
David McCullough est un historien réputé aux États-Unis. Il est aussi journaliste et ses biographies de Harry Truman – l’homme lige de la pègre de Kansas City – et de John Adams ont été couronnées du prix Pulitzer. Le voyage à Paris est son premier livre traduit en français. Le bandeau fera sûrement réagir : « et la France créa l’Amérique » et pas seulement à cause de La Fayette. McCullough raconte l’histoire d’amour entre la France et les Américains. Au XIXe siècle, l’élite intellectuelle américaine se cherche un modèle. Peintres, écrivains, scientifiques, médecins, politiciens se sentent
obligés de venir en stage dans la ville-lumière. L’historien dresse à la fois l’influence exercée par la culture française sur son pays et un portrait, superbe et passionné, de Paris à
l’époque capitale du monde, maîtresse des élégances.
N. B.
Le voyage à Paris. Les Américains à l’école de la France, 1830-1900, D. McCullough, traduit par P.-E. Dauzat, Vuibert.
Archives de catégorie : Histoire
Une autre manière de combattre
LE TÉMOIGNAGE COMME COMBAT
Yves Blondeau, dans Rester debout, a rassemblé les témoignages de 37 témoins et acteurs de la Résistance, connus comme Serge Ravanel, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, et d’autres,
plus anonymes, comme les survivants du groupe Manouchian. Le parcours du combattant est différent suivant les individus, les formes de la prise de conscience sont tributaires du
contexte et des aléas, la manière de résister est liée à sa place dans la société, l’unification passe par une référence commune aux valeurs, celles portées par le CNR en particulier. Ce patrimoine doit être défendu parce qu’il est vivant, actuel.
N. B.
Les communismes
POUR UN PREMIER BILAN DU XXe
Le court XXe siècle,1914-1989, pour citer Eric Hobsbawm, a été
souvent qualifié « siècle communiste ». L’effondrement de
l’URSS, le passage au capitalisme rapide des anciens pays de
l’Europe de l’Est comme de la Chine ont été très peu analysés. Le bilan et du stalinisme et du xxe siècle n’ont pas
encore été tirés. Georges Vidal dans cette Histoire des communismes au XXe siècle propose d’ouvrir ce chantier. Il
envisage la diversité de ce phénomène et découpe cette histoire en plusieurs périodes. Le débat pourrait s’engager sur
des bases sérieuses.
N. B.
Histoire des communismes au xxe siècle, G. Vidal, Ellipses
LES DROITS DE L’HOMME À LA QUESTION
La religion des droits des droits de l’homme.
Au commencement était la Révolution française, celle de 1789. Valentine Zuber, dans « Le Culte des droits de l’homme » explique, décrit la genèse de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Faisant œuvre d’historienne, elle poursuit sur cette lancée en rappelant les réactions suscitées lors du Bicentenaire, en 1989. Cette commémoration avait montré un très fort refus du fait révolutionnaire et un rejet de cette déclaration.
Elle en arrive à sa thèse centrale : la victoire sans appel
de la défense des droits de l’homme, avec toutes ses limites et ses ambiguïtés, se traduit par la sécularisation de la foi. La croyance dans les droits de l’homme est une des composantes actuelle de la laïcité. Ce « culte » est révélateur d’une société qui a épuisé ses idéologies. Ces droits sont le pendant d’un libéralisme effréné qui provoque une montée des
éclatements sociaux et des communautarismes reposant sur des dogmes religieux. La politique, au sens de projet de société, recule, s’évanouit et le futur n’existe plus.
Elle en conclut que « le culte des droits de l’homme »
est préférable à l’emprise des religions sectarisées, sans
être une manière de lutter contre les communautarismes qui marquent notre monde.
Cette conclusion ouvre grande la porte à d’autres réflexions sur des reculs idéologiques du mouvement ouvrier, comme l’idée même du socialisme permettant d’ouvrir une alternative de transformation sociale face au capitalisme.
Les droits de l’homme représentent un succédané à l’absence de valeurs communes. Les solidarités collectives ont tendance à disparaître, comme les services publics, laissant les individus isolés et sans perspective d’ensemble.
Le mouvement ouvrier devrait ouvrir le chantier d’une refondation idéologique.
Nicolas Béniès
Le Culte des droits de l’homme,Valentine Zuber, Gallimard/Bibliothèque des Sciences humaines.
Annonce de mon prochain livre, « Le souffle de la liberté »
Je publie le 16 mai « Le souffle de la liberté » sous titré « 1944, le jazz débarque » (C&F éditions) pour faire à la fois œuvre de mémoire et éviter les commémorations et participer à l’histoire du jazz après « Le souffle bleu ».
Il est en souscription sur le site
http://cfeditions.com/souffle1944
Je le présenterai le 11 juin de 18h à 19h30 au Café Mancel.
Nicolas.
JAZZ, suite des aventures du Bird
Les aventures d’un génie (suite)
L’Oiseau vole toujours plus haut.
Charlie Parker, « Bird », l’Oiseau, fait l’objet d’une intégrale dont nous avons rendu compte au fur et à mesure de sa parution. Sous la direction de Alain Tercinet, auteur d’une biographie de Charlie Parker « Parker’s Mood », éditions Parenthèses collection Eupalinos, cette fausse-vraie intégrale en est à son 7e opus et couvre la fin de l’année 1949, début 1950.
Parker revient de son unique périple européen (fin du volume 6) et participe, avec Lester Young et la troupe du JATP – Jazz At The Philharmonic de Norman Granz – à un concert le 18 septembre 1949, au Carnegie Hall. Il vient de se faire remarquer par des déclarations à l’emporte pièce telles que « le bebop n’a rien à voir avec le jazz » et « je n’ai jamais été influencé par Lester Young ». La jam session qui ouvre cet opus fait la démonstration contraire. Tercinet a retenu le montage du LP d’origine qui faisait succéder Lester et Parker pour permettre aux oreilles des auditeurs de se rendre compte de la filiation. Tous les enregistrements réunis ici font la preuve de la connaissance de la mémoire du jazz et du blues. Il peut citer les standards mais aussi le « West End Blues » de Louis Armstrong. Continuer la lecture
Un travail de mémoire.
« Swing », guitare électrique, « Soul »
Le travail de mémoire est toujours renouvelé. Chaque nouvelle pierre vient restructurer l’édifice. Travail nécessaire qui permet de lutter contre les clichés, les idées toutes faites. Les souvenirs sont menteurs. Ils recèlent une part d’émotions qui les rend suspects. Pour chacun(e) d’entre-nous ils revêtent une importance liée à nos sensations. Ils représentent la part d’impalpable de nos expériences. Ils nous construisent mais nous empêcher de les confronter à la réalité historique pour les mettre en perspective, leur donner du sens.
Ce travail de mémoire va de pair avec une appropriation du patrimoine. Le jazz apprend à se servir de cette mémoire pour construire un futur. Connaître le passé, les traditions pour les bousculer tel le sens d’une entrée dans la modernité. Les tenants du post modernisme prétendent rompre avec le passé sans analyse de ce passé, sans en tirer le bilan, sans en appréhender la force, la présence. C’est une erreur mortelle. Les êtres humains font leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas librement déterminées. Continuer la lecture
Le coin du polar
Un vrai-faux polar et roman d’une génération.
Gérard Delteil est un auteur connu qui a voulu élargir sa palette. Il passe allégrement du polar à des enquêtes en passant par des livres pour la jeunesse et le documentaire.
« Les années rouge et noir », allusion à Stendhal comme aux communistes et anarchistes qui peuplent les « 30 glorieuses », cette période de l’Histoire marquée par une croissance continue et une inflation permanente comme par la Seconde Guerre Mondiale, la Collaboration et la Résistance. Une gloire éphémère marquée par un immense mouvement social, celui de mai 68 qui changera la donne en signant l’entrée dans une révolution esthétique et culturelle. Continuer la lecture
Fin d’un monde
Le temps des guerres et des révolutions
La guerre de 1914-18 est restée dans toutes les mémoires. Elle fait l’objet cette année d’une commémoration qui cherche, comme souvent derrière ces cérémonies du souvenir, à occulter la recherche des causes de cet événement majeur pour en rester à l’émotion. Les discours oscillent entre la valorisation de l’unité nationale et la dénonciation de la guerre sans s’interroger sur les raisons et les conséquences de ce tremblement de terre qui a vu, via la révolution russe d’octobre 1917, la naissance de ce « court 20e siècle ». Dans le même mouvement, les révolutions esthétiques se sont succédé. Le surréalisme, le jazz, le dadaïsme et… la photographie. « 1914-1918, la violence de la guerre » est une compilation de photographies réalisées principalement par deux sous-officiers au début de la guerre, devenus officiers. Ils ne racontent pas la guerre mais mettent en scène les tranchées et ces soldats qui souffrent au-delà de tout respect humain. Leur travail a, peut-être, inspiré Tardi. Cette succession de clichés fait témoignage de la place désormais importante de la photographie. Ils ouvrent la voie à tous les artistes qui suivront. Il faut lire et regarder cet ouvrage avec ces deux entrées, la représentation de la violence de cette Grande Boucherie et l’accession de la photographie à un nouveau statut.
Cette guerre a permis aussi une transformation fondamentale
dans les rapports entre les hommes et les femmes. Dans la guerre, les femmes deviennent les productrices de richesses. Elles font tourner la machine économique. Il faut enlever des têtes les clichés traditionnels : elles ne sont pas seulement infirmières. Dans un premier temps, elles se situeront du côté de l’Union Sacrée contre l’ennemi pour, un peu plus tard, faire partie, des pacifistes. Le syndicalisme au féminin sera aussi de la partie pour imposer un salaire minimum aux femmes. A la fin de cette guerre, elles seront sommées de retourner dans leur foyer. Elles n’obtiendront pas le droit de vote contrairement aux femmes américaines ni des droits nouveaux. Pourtant, surgira, dans ces années 1920, la figure de la « garçonne » qui marquera un nouveau pas dans la lutte pour la reconnaissance des droits. « Combats de femmes 1914-1918 » fait partie de ces ouvrages essentiels qui permettent un travail de mémoire en luttant contre les oublis du souvenir.
Nicolas Béniès.
« 1914-1918. La violence de la guerre », Stéphane Audoin-Rouzeau, Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA
« Combats de femmes, 1914-1918. Les Françaises, pilier de l’effort de guerre », dirigé par Évelyne Morin-Rotureau.
Une histoire nécessaire.
Quand l’Histoire vient à la rencontre de l’actualité.
Les manifestations récentes de droites traditionalistes et souvent extrêmes toujours réactionnaires ont surpris. Danièle Tartakowsky avec « Les droites et la rue », revient sur cette présence. Le recul du regard historique permet de commence à comprendre le phénomène et les stratégies mises en œuvre. De 1935 – on n’a pas fêté comme il se devait le 80e anniversaire du 6 février 1934 – à 1968, les droites ont disparu de la rue qu’elles avaient occupée depuis 1880. La période récente, « postmoderne », a valorisé les traditions, les conservatismes et a ouvert la porte à cette poussée vers le passé recomposé…
N.B.
« Les droites et la rue. Histoire d’une ambivalence de 1880 à nos jours », Danièle Tartakowsky, La Découverte, 221 p.
