A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Le jazz comme vecteur de la fraternité

Une initiative singulière
Des fanfares en Seine Saint-Denis !

flyerDans le cadre des Villes des Musiques du Monde , une association qui avait présenté à Marseille la Cité des Marmots, il est organisé une FOLIE DES FANFARES
en partenariat avec l’ambassade des États-Unis, les 28 mai – là c’est trop tard -, le 4 juin à Aulnay-sous-Bois au centre social Le Gros Saule avec Cap to Nola, les Fabriques Orchestrales Juniors d’Aulnay-sous-Bois et le 11 juin à Paris à partir de 14h au Parc de la Villette avec toutes les Fabriques Orchestrales Juniors et Adultes.
Des concerts gratuits sous le signe du funk pour une première édition
Lors de l’édition 2014 du Festival Villes des Musiques du Monde dédiée à La Nouvelle-Orléans, était accueilli The Chosen Ones, Brass Band composé d’adolescents scolarisés de la « Landry- Walker High School »,  un lycée entièrement « black » situé dans un quartier dévasté post-Katrina. L’idée a germé d’importer en France cette manière à la fois d’aborder la musique tout en permettant aux élèves de créer. La même tentative vient d’être faite avec l’écriture collective d’un livre, toujours pour les collégiens de Seine Saint Denis. « Fabriques Orchestrales Juniors », tel est le nom de ce projet qui se traduit par la participation de ces collégiens dans ces concerts gratuits.
Un binôme franco-américain, Wilbert Rawlins, directeur des programmes musicaux de l’ensemble des collèges de La Nouvelle-Orléans et Bruno Wilhelm, compositeur, ont pris en charge cette initiative musicale et d’échanges entre des collégien-nes des deux côtés de l’Atlantique.
 Le projet Fabriques Orchestrales Juniors vise un public d’adolescents qui n’ont jamais joué de musique. Quatre fanfares de jeunes débutants dans les villes de La Courneuve, Drancy, Aubervilliers et Aulnay-sous-Bois ont été constituées. Les jeunes apprendront la musique de façon collective selon des méthodes pédagogiques s’inspirant de celles utilisées à la Nouvelle-Orléans. Grâce à celles-ci, l’ambition de « Villes des Musiques du Monde » est de former les jeunes sur une période de trois années.
Les concepteurs insistent sur l’oralité comme mode d’enseignement et de transmission.
Le collège de Marciac, avec son atelier « Jazz », avait inauguré des modalités nouvelles d’enseignement pour lutter contre le « décrochage ». Cet atelier avait permis de former de futurs musicien-nes.
Souhaitons à ce projet un grand avenir, qu’il fasse tâche d’encre pour montrer que la musique, le jazz, si elle n’adoucit pas les mœurs est un grand vecteur de fraternité.
Nicolas Béniès.
 Rens. 01 48 36 34 02 – www.villesdesmusiquesdumonde.com

Le processus de l’émancipation

Comment « faire » de l’Histoire ?

Riot SarceyMichèle Riot-Sarcey s’est lancée dans une vaste entreprise. Redonner vie à des concepts oubliés, la fraternité, la liberté via une méthode historique qui vient de Walter Benjamin et des concepts élaborés par Michel Foucault pour redonner vie aux « vaincus », aux oubliés. La fabrique de l’Histoire offre un récit « en continu », sans ruptures. Surtout sans révolution. la révolution française de 1789 marque l’entrée dans un nouvel ordre du monde. Désormais la légitimité vient du peuple et non pas de Dieu. La Nation apparaît avec son cortège de réécriture de l’Histoire pour la faire remonter à l’époque féodale. La monarchie n’a pas besoin du concept de Nation. Le Roi est l’oint de Dieu. La force de l’Église vient de ce rapport direct avec Dieu et par-là même avec le pape. Comme 1848, une révolution à l’échelle de l’Europe qui pouvait emporter la bourgeoisie notamment en Allemagne. « Le manifeste du Parti Communiste » de Marx et Engels est écrit dan ce contexte de rupture. « Un spectre hante le monde, la communisme » avaient-ils prévenu dans un bel élan. 1848 n’a pas vraiment été analysé et Riot-Sarcey en fait un des moments du processus de libération et d’émancipation. Celle de 1871 ira plus loin encore.
« Le procès de la liberté » se veut « une histoire souterraine du 19e siècle en France », une histoire forcément tourmentée dont le « héros est l’ouvrier », pour citer Benjamin et qui n’est pas déterminée. Elle veut mettre au jour le processus qui conduit à cette aspiration de la liberté et de la démocratie. Les vainqueurs, la bourgeoisie, ne sont pas les seuls à avoir construit l’environnement économique, social, politique. Les masses en mouvement ont fortement contribué à cet édifice. Elles ont empêché le capitalisme de suivre sa pente en la descendant. Le passé est trop souvent décomposé et recomposé pour les besoins idéologiques du présent, pour donner un sens à cette histoire « pleine de bruits et de fureurs menée par un imbécile » pour citer Shakespeare.
Le champ des possibles est très étendu. Le déterminisme est une invention de l’empirisme. Les « vaincus » de la guerre de classe orientent les sorties, la forme du capitalisme. La liberté est grande. C’est la grande leçon de ce livre.
Nicolas Béniès.
« Le procès de la liberté, une histoire souterraine du 19e siècle en France », Michèle Riot-Sarcey, La Découverte. Paris, 2016, 355 p.

ça va mieux ?

La crise entre parenthèses

L’analyse de la conjoncture ne peut se limiter à un seul pays. La croissance de l’économie française a enregistré un léger mieux au premier trimestre de 2016, suivant les estimations de l’INSEE provoquant un tonnerre de cocoricos. Pourtant, la situation de l’économie mondiale reste dominée par deux dangers principaux : le ralentissement de l’économie américaine et la politique monétaire de la FED comme de la crise ouverte en Chine.

En convalescence ?
L’économie française « va mieux » et ce n’est pas seulement François Hollande qui l’affirme mais aussi l’INSEE dans son estimation de la croissance du PIB pour le premier trimestre 2016. qui avait prévu 0,4%, et ce serait – l’estimation peut-être revue – 0,5. Pas de quoi fouetter un chat ? Que nenni prétend Michel Sapin, le ministre des finances, c’est une très bonne nouvelle qui a été associée à la baisse du nombre de chômeurs de la catégorie A… pour grossir les catégories B et C, une manière de passer du chômage à la précarité.
La hausse limitée de la croissance s’explique par l’augmentation de la consommation des ménages, +1,2%, moins par celle de l’investissement des entreprises. Pourtant, les marges brutes des entreprises – les profits – se sont bien redressées par l’action sous l’effet du CICE et du « pacte de responsabilité » mais sans action sensible sur l’investissement productif…faute de demandes solvables suffisantes. Il faut rajouter que la consommation des ménages n’avait guère progressé après les attentats de novembre 2015. Un rattrapage a eu lieu, en même temps que les soldes au premier trimestre de 2016. Ce résultat risque d’être une exception. D’autant que la zone euro connaîtra une faible croissance de l’ordre de 1,6%, suivant selon la Commission Européenne, et se trouve minée par la récession en Grèce et en Espagne. La politique d’austérité est sur la sellette malgré les injonctions de Bruxelles pour encore plus baisser les retraites et compresser les minima sociaux. Une politique qui se traduira par la poursuite du processus déflationniste malgré la politique expansive de la BCE. Continuer la lecture →

Le coin du polar

Fiction et réalité

Naples, un personnage mystérieux
Maurizio de Giovanni est napolitain. Ce n’est pas un vain mot. Naples est là devant nous, ses rues sales et étranges, ses constructions, ses palais provenant de rois normands, ses places, ses populations. Maurizio joue avec elle. Dans « La méthode du crocodile », il a créé un deuxième personnage, Giuseppe Lojacono, un inspecteur venant de sa Sicile natale. C’est à travers que la ville se montre. Pour raconter des histoires, ces deux-là n’étaient pas suffisant. Il en fallait un troisième. Ed McBain est venu à son secours. Ses personnages principaux étaient New York et un commissariat où s’agitaient des inspecteurs avec comme tête de proue Carella. Pour Maurizio, ce sera Lojacono. Autour de lui des figures étranges, au passé sulfureux, aux destins difficiles et aux amours contrariées.
La collectionneuse de boules de neigeCette saga commence avec « La collectionneuse de boules à neige », une histoire d’amour brisée par les barrières de classes sociales. L’auteur frappe juste tout en faisant la part belle aux environnements personnels. Le dernier opus, « Et l’obscurité fut », nous fait rester dans ce commissariat de Pizzofalcone pour suivre Et l'obscurité futles vies de ces policiers et policières aux prises avec leur réalité, familiales, sexuelles… Des êtres humains à part entière et pas des super héros. Qui sont aussi policiers. Une drôle d’enquête qui met en scène des familles recomposées, des faillis qui ne veulent pas l’avouer et des enfants qui trinquent comme s’ils portaient toute la responsabilité de la misère du monde. Dans les mailles de cette intrigue, une sorte de poème en prose sur le « joli » mois de mai, sur cette chaleur étouffante qui enserre Naples sans la laisser respirer même pas la nuit. Le monde est scandaleusement barbare. Il appelle la révolte !

Le vrai du faux
atlas-du-crime-parfait_9782746743748La réalité dépasse la fiction entend-on souvent. Vrai et faux tout à la fois. Comment faire la part de la légende dans les escroqueries ? Un escroc entremêle le faux et le vrai pour aller dans le sens des désirs du « pigeon », dans le sens de ses croyances. C’est, en général, un subtil analyste. « L’atlas du crime parfait » de Fabrice Colin répertorie tous les corps tordus, toutes les machineries pour aboutir à extorquer de l’argent ou des renseignements. Il en est d’évidentes, d’autres plus construites. Les premières ressortent du marché de l’art et les deuxièmes du monde de la finance avec, notamment, la dite « pyramide de Ponzi ». Une sorte de vision de nos monde successifs.

Hommage.
soleil de nuitJo Nesbo, auteur norvégien internationalement reconnu, peut-être en panne d’idées, a décidé de rendre hommage à ses maîtres, les créateurs du genre à commencer par Hammett et Chandler. Il en est à son deuxième. Le titre générique de cette série : « Du sang sur la glace ». Il reprend une intrigue et la déplace des États-Unis vers les paysages froids de la Norvège. Une sensation de déjà lu contrebattu par ces noms imprononçable, des environnements blanchis par la neige. « Soleil nuit » est plus réussi que le premier. Mais ce n’est pas vraiment les mondes durs et malades de Jo Nesbo…
Nicolas Béniès.
« La collectionneuse de boules à neige », Maurizio De Giovanni, 10/18; « Et l’obscurité fut », Maurizio de Giovanni, Fleuve noir; « L’Atlas du crime parfait », Fabrice Colin, Autrement; « Soleil nuit », Jo Nesbo, Série noire/Gallimard.

Formes d’émancipation

La question noire aux États-Unis.

« Les êtres humains font leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas librement déterminées », avait conclu Marx au terme d’une argumentation serrée pour à la fois démontrer que le déterminisme n’existe pas, que la décision individuelle structure notre vie, que le champ des possibles peut-être immense même s’il est limité par les structures de la société héritées du passé, par le mode de production.
Aline HeigAline Helg, historienne, met en pratique cette dialectique pour dresser une sorte d’inventaire des voies et des moyens mis en œuvre par les esclaves africains pour se sortir de leur condition, pour s’émanciper. Elle combat les préjugés. Le premier voudrait que les Africains déportés sur le sol américain pour travailler comme esclaves aient attendu l’abolition de l’esclavage, après la guerre de Sécession (1861-1865), pour devenir des hommes libres et le deuxième, à l’opposé, de se révolter contre l’oppresseur pour s’auto-libérer collectivement.
On sait les voies de la Providence impénétrable, ceux de l’émancipation le sont tout autant. Revenant à la « découverte » de l’Amérique en 1492 – en fait Christophe Colomb cherche la route des Indes et atterrit du côté de l’Amérique latine -, elle passe en revue tous les chemins qui ont permis la libération. Jusqu’en 1838, année où les différentes Assemblées coloniales britanniques abolirent définitivement l’esclavage » résultat à la fois de l’évangélisation des esclaves, de leurs révoltes qui partent de Saint-Domingue, que Bonaparte ne pourra réprimer, pour s’étendre à toutes les Amériques et d’une convergence de revendications entre les luttes des esclaves et celles des abolitionnistes blancs. Aline Helg montre, à travers le cheminement des acteurs, que les révoltes proviennent d’une faille dans la domination des planteurs qui permet d’espérer la victoire ainsi que, en deçà de ces mouvements collectifs, l’existence de stratégies individuelles pour échapper à cette condition d’esclave.
Des villes ont été construites par d’anciens esclaves soit des « marrons » – ceux et celles qui se sont enfui(e)s et n’ont pas été repris(e) – soit des hommes libres qui ont acheté leur liberté. Son travail, pionnier, permet de se rendre compte de la lutte pour la dignité, avec des limites. Elles tiennent aux structures sociales qui freinent la capacité d’initiative individuelle. « Plus jamais esclaves ! » est un de ces romans « vrais » qui à la fois permettent de comprendre la mémoire de ces Etats-Unis et, plus généralement des Amériques et une saga de ces hommes et de ces femmes décidé-es à s’émanciper. Le sous-titre dit bien le souffle qui anime l’historienne : « de l’insoumission à la révolte, le grand récit d’une émancipation (1492-1838) ». » Continuer la lecture →

JAZZ, perdre pour retrouver, à propos du Dave Brubeck quartet

Hommage vivant

BreitenfeldTitrer un album « Breitenfeld » tient de la gageure. D’autant que, si vous n’ouvrez pas le « digipack » – un mot curieux, n’est-il pas ? – vous ne savez pas quelle sauce musicale vous allez goûter. La page 4 de couverture, soit l’envers du CD, donne une indication précieuse. Quelques titres titillent l’oreille : « The Duke » – et vous pensez à la rencontre Miles Davis/Gil Evans, vous n’avez pas tort -, « Emily » évoquent un vague souvenir. Plus important, « Toutes compositions Dave Brubeck », incite à s’interroger.
Pierre Fénichel, contrebassiste et arrangeur pour l’heure, a voulu rendre vivant un couple étonnant et un peu renversant, Dave Brubeck, compositeur de toutes les métriques étranges et son saxophoniste alto d’ami, Paul Desmond, celui par qui le scandale du succès est arrivé. C’est Paul et non Dave l’auteur de ce « Take Five » de renommée mondiale, un thème inhabituel dans cette fin des années 50, tellement qu’une partie des « vieux » musiciens refusera de faire l’effort de pénétrer dans ce nouvel univers. Pour dire que l’entrée dans la modernité sépare les générations. La facilité apparente de ce thème a suscité bien des ambiguïtés. Le reproche de « commercial » a été rapidement accolé à toute cette musique. Breitenfeld – le nom d’état civil de Paul Desmond – ne méritait pas autant d’honneurs ni d’indignités. Le Paul savait franchir tous les monts sans apparaître fatigué, accoudé qu’il était au piano de Dave, un verre de whisky virtuel à la main. Il savait faire surgir de son saxophone un son à nul autre semblable même si l’influence profonde de Johnny Hodges réapparaissait de ci de là.
« Breitenfeld » est, bizarrerie supplémentaire, le disque d’un trio et un trio étrange. Contrebasse/batterie/guitare. Pierre Fénichel s’est adjoint le batteur Cédric Bec pour lui faire jouer des métriques inspirées de celle de Brubeck sans que ce soit totalement celles de Brubeck et encore moins celles de Paul – l’arrangeur s’est refusé « Take Five » – et un guitariste, Alain Soler, de ceux qui voudraient élargir les horizons en dynamitant toutes les traditions. Le résultat : un vent frais, celui de la mémoire du jazz, mémoire en activité pour tisser les liens entre passé et futur. Une manière de servir et de se servir des compositions de Brubeck – ce n’est pas la première fois pour ces musiciens – pour exprimer leur propre conception tout en faisant la démonstration qu’on aurait tort de sous estimer ou même d’ignorer cette partie du jazz. Continuer la lecture →

JAZZ, Louis Moreau Gottschalk, ancêtre du jazz ?

Un passé plein d’avenirs

Stanchev/Quelle idée a germé dans la tête de ces deux musiciens, Lionel Martin, saxophoniste itinérant, navigant entre tous les styles, toutes les époques, et Mario Stantchev, pianiste bulgare d’origine et désormais lyonnais de rendre hommage à ce concertiste étrange, compositeur bizarre né à la Nouvelle-Orléans, Louis Moreau Gottschalk (1829-1869) ? Des liens invisibles existeraient entre la métropole lyonnaise et la Nouvelle-Orléans de ce 19e encore marqué par l’esclavage ? Ce fils de financier juif londonien et d’une créole est une sorte de synthèse entre les cultures européennes – les Créoles de la Nouvelle-Orléans sont issus de famille française – et africaines. Il pourrait être un ancêtre du jazz. « Jazz before jazz » dit le titre de cet album, comme si cette musique sans nom bouillonnait déjà dans les bayous et dans toutes ces plantations du Sud comme dans les villes en formation du Nord des États-Unis désunis. Les esclaves sont présents au Sud comme au Nord notamment dans les ports, partout une forme de ce jazz du futur émergera. Continuer la lecture →

Rendez-vous à Coutances

Le jazz au temps du Front Pop.

Le 3 mai 1936, deuxième tour des élections législatives. La Parti Socialiste est en tête. Un nouveau gouvernement est possible. Léon Blum, futur Président du Conseil, attend. Respectueux des institutions, il ne veut pas prendre la pouvoir mais l’occuper. Les grèves se déclenchent, joyeuses. La danse est omniprésente. On danse dans les usines devant les machines, devant les étals morts des grands magasins, dans les rues. Au son de l’accordéon à qui il arrive de prendre des accents nouveaux. Tony Murena, Gus Viseur entre autres, le feront sonner swing.
On chante. Tout va très bien madame la marquise, une manière de conjurer le sort. De vouloir être heureux.

C’est difficile. Le patronat n’aime pas les danses. Ni le jazz, musique de « Nègres » comme on dit à l’époque soit pour la valoriser, soit pour la dévaloriser. Les mots, comme les insultes ont une histoire, un contexte. Continuer la lecture →

Sur la littérature américaine

De Philip Roth aux révoltés d’aujourd’hui

Philip Roth, né le 19 mars 1933 – au moment où Roosevelt pris ses fonctions de Président -, a décidé, en 2015, d’arrêter d’écrire. Une décision salutaire. Beaucoup de romanciers n’arrive pas à quitter la scène à temps. Tout le monde n’a pas la chance de mourir jeune et de conserver une image positive pour les générations futures…
Claudia Roth Pierpont, journaliste et sans lien de parenté avec l’écrivain – il lui aurait dit « Vous ai-je épousé sans m’en souvenir ? » – en a profité pour l’interroger longuement. Le résultat, un essai biographique, « Roth délivré, un écrivain et son œuvre » pour mêler réalité et fiction, faits réels et leur transformation dans l’imagination d’un romancier à l’ironie et à l’humour féroce. Chaque intitulé de chapitre est une référence au titre d’un roman. L’auteure utilise la technique rothienne. Cette distance renforce l’argumentation de la biographe spécialiste du monde de Roth. Continuer la lecture →

Le coin du polar

Révoltes
jules_durandbLe Havre, 1910. La CGT a décidé la grève générale dans ses orientations. Jules Durand est charbonnier sur le port. Militant cégétiste, il est accusé de meurtre dans le cadre d’une grève. La guerre sociale ne connaît pas de limite. Le patronat décide de supprimer un élément gênant. Aidé des juges et des notables, il fait condamner sans preuve cet homme coupable de s’être opposé au pouvoir de ces patrons sans foi ni loi. Condamnation à mort, pas moins. Indignation des salariés. La CGT mène l’enquête avec l’aide de l’Humanité et de Jaurès. Cette lutte des classes exacerbée expliquerait-elle la boucherie de la première Guerre Mondiale pour gagner cette guerre sociale ? Un bon polar historique avec tous les ingrédients qu’il faut. Histoire vraie pourtant, un peu oubliée certes que raconte Roger Colombier dans « Jules Durand : une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918) ». Pour parfaire le noir, Jules libéré en 1918 terminera sa vie dans un asile d’aliénés… Continuer la lecture →