A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Université populaire Économie le 3 janvier 2017

Bonjour,

L’année commence tôt ou plus exactement, les vacances se terminent tôt dans cette année grosse de tous les dangers.
Le président Hollande nous a présenté dans ses vœux de président sortant en endormant sur des résultats présentés comme bons. La baisse du chômage, la croissance… A croire qu’il n’a pas lu la dernière note de conjoncture de l’INSEE titrée – à croire que les statisticiens nationaux viennent écouter mes cours… – « La croissance à l’épreuve des incertitudes », incertitudes qui dominent un monde que plus personne ne comprend.
Le processus de mondialisation – la démondialisation est un thème uniquement idéologique pour couvrir le retour de l’État-nation sous sa forme répressive – se poursuit même atténué par un protectionnisme quasiment impossible. Seuls les flux migratoires font peur. La libre circulation des hommes, des être humain-es est restée un vœu pieu contrairement à la libre circulation des capitaux. Actuellement, il n’est pas de mots assez durs contre les accords de Schengen sans s’apercevoir – ce monde est décidément Alzheimer -, sa s se souvenir qu’ils promouvaient une Europe forteresse contre l’immigration. Aujourd’hui, c’est le retour aux frontières nationales… Une régression économique et sociale.
Trump aux commandes avec son équipe de militaires envieux, d’extrême-droite et de banquiers laisse planer une énorme menace sur le monde. Poutine, voulant lui aussi légitimer son pouvoir dictatorial déguisé en démocratie, se lance dans une couse poursuite à la puissance dont la Fédération de Russie n’a plus les moyens. Il compte sur… Trump pour lui donner l’illusion d’être redevenu e maître de l’URSS…
Les déstructurations géo politiques se surajoutent aux effets profonds de la crise systémique ouverte en août 2007, cette crise qui n’a reçu aucune réponse.
Il faudrait pourtant s’attaquer à la crise écologique, aux mutations climatiques. Désormais la réalité de cette conjonction de crises s’impose. la prise de conscience est massive… sans être suivie d’effets de la part des gouvernants. Les solutions sont à portée de mains à condition de sortir de l’idéologie libérale liberticide. L’expérience a été faite de sa nocivité. Il faut désormais trouver, comme on dit, d’autres paradigmes, d’autres théories, forger une autre idéologie.
Paradoxalement, dans ce moment de vide, de crise idéologique qui laisse les capitalistes sans vision globale, la gauche pourrait imposer des réponses liées au changement social en forgeant une vision liée à la compréhension de la crise. Au lieu de suivre cette voie, elle s’enferme soit dans le libéralisme – Vals ou Macron « qui n’est pas de gauche et pas de droite » – soit dans le retour à l’État-nation.
Le discrédit du politique est profond. Les gouvernants ne sont plus légitimes. les partis ne représentent plus l’instrument essentiel pour « faire » de la politique. Faute de développer une vision d’avenir. Ils s’enferment dans le passé sans voir ce qui est en train de se transformer. Une forme de capitalisme est en train de sombrer. la défendre est une erreur, s’en servir pour promouvoir une autre société, plus égale, plus fraternelle, plus libre, ^plus humaine est un des solutions praticables.
Sans cette vision, la crise politique, de légitimité ne peut que s’approfondir. Le « mouvementisme » – « En marche », « La France insoumise » et d’autres moins visibles mais qui existent – est une réponse provisoire. Il faudrait tout changer. Le « bouscule tout » a déjà commencé mais il faudrait qu’il prenne en compte les structures, le système et pas seulement les représentations ou les êtres humain-es.
La démocratie est en sursis. Personne officiellement ne la remet en cause. Ce n’est pas la peine. Elle se suicide…
La guerre au Moyen Orient pose la même question. Les printemps arabes n’ont pas été soutenus. L’opposition démocratique a Bachar El-Assad a été livrée à elle-même sans moyens. Les « dictatures démocratiques » – tentons cet oxymore – sont en train de s’installer, en Turquie, en Russie, sur le continent africain… Les lois ne sont plus appliquées sans réactions de la part des puissances occidentales. le libéralisme économique a besoin des dictatures. Elles lui permettent d’imposer ses dogmes.
Bref un monde, celui qui fut le nôtre, est en train de basculer… (voir évidemment « Le basculement du monde ». Je le présenterai le samedi 21 janvier au Brouillon de culture à Caen.)

Vous ai-je souhaité une bonne année ?
Nicolas Béniès qui vous donne rendez-vous le mardi 3 janvier. A 17h30 au Panta Théâtre.

UNE VIE DANS LE SIÈCLE

Pionnière de la littérature féministe, noire-américaine, Zora Neale Hurston

Zora Neale Hurston

Le nom de Zora Neale Hurston ne dit sans doute rien au lecteur. Pourtant Toni Morrison fait clairement référence à son autobiographie, « Des pas dans la poussière », dans son dernier roman, Paradis,(1) qui se déroule dans une petite bourgade du Sud des Etats-Unis gérée et habitée par des Africains-Américains ressemblant à celle où est née Zora. Alice Walker, l’auteure de La Couleur Pourpre, a fait placer une pierre tombale à l’endroit approximatif où elle repose.(2) Toutes les romancières américaines paient leur dette à cette pionnière qui a payé le prix élevé de cette liberté, de cette volonté de construire sa propre vie, son œuvre. Continuer la lecture →

Polar, Pour commencer l’année 2017

Le retour de Lacenaire.

« Les enfants du Paradis » doit vous servir de boussole. Le film de Prévert et Carné mettait en scène ce Paris des années Louis-Philippe, ce roi-bourgeois de nos livres d’Histoire caricaturé par Daumier sous forme de poire, un roi qui maniait aussi la répression contre les Républicains et les anarchistes. Le film racontait les saltimbanques mais présentait aussi ce criminel étrange aux mœurs révoltantes pour les biens pensants, Lacenaire, poète et écrivain. Continuer la lecture →

JAZZ, un curieux album

Le jazz peut-il se raconter ? Se dire ?

Alexandre Pierrepont suit les pas de Michel Leiris, comme un passage de témoin. Anthropologue et ethnologue, il se projette dans le « champ jazzistique » – pour reprendre le titre de son premier ouvrage, aux éditions Parenthèse – pour construire son imaginaire à force de mots. On dira poète pour aller vite. Les mots sont souvent traîtres, ils disent et se reprennent en confinant la chose ou l’être à sa dénomination. Il arrive que, comme chez Alice, la résistance s’organise en sortant des mots avec d’autres mots ou la musique.
La musique est ici construite, improvisée par le batteur Denis Colin. L’autre protagoniste de cette aventure. Il fait aussi sortir la batterie – instrument emblématique du jazz rappelons-le – de son strict rôle qui lui est assigné pour aller voir ailleurs si elle ne peut pas bâtir d’autres mondes, d’autres ambiances. Continuer la lecture →

Exercice de style. A propos des comédies musicales. Réflexions sur la culture

Les comédies musicales ne sont plus ce qu’elles étaient.

Elles ne disent plus Noël ou Bonne année. Elles ont arrêté le temps pour nous faire entrer dans une époque révolue, disparue, engloutie. Elles ne nous parlent plus, elles s’agitent encore mais vainement. La recrudescence actuelle de ces « musicals » n’est que bouffonnerie. Ce « retour » exprime la tare de notre époque, le « c’était mieux avant ». Avant quoi, on ne le saura jamais. Avant aujourd’hui qui est déjà hier.
Le passé décomposé et recomposé touche tous les domaines. Sur le terrain culturel, la répétition ne se fait ni en farce ni en tragédie mais sous le règne intransigeant de la marchandise. Elle exige la répétition. La culture, la création semble avoir déserté pour laisser le champ libre au raisonnement capitaliste, celui du retour sur investissement. Pour parler vulgairement, il faut que « ça » rapporte. La culture sait résister via le raisonnement de service public. Il ne suffit pas. Il faut ouvrir les portes, les fenêtres pour laisser entrer l’air frais du large. Paris, comme capitale culturelle mondiale avait su capter tous les talents, réunir génies de la peinture, de la littérature et de la musique – en particulier le jazz. Paris le devait à sa capacité d’accueillir tous ces exilés, tous ces migrants. Continuer la lecture →

JAZZ, Rattrapages : qu’il est difficile de commencer 2017 sans avoir, un peu, soldé 2016

Oiseau pour qui chantes-tu ?

Hermeto Pascoal, brûleur de chandelles par tous les bouts s’il en fut, musicien hors norme né au Brésil concepteur de collages culturels les plus divers, free-jazzman à ses heures, patriarche d’une famille de musiciens venants d’horizons différents laisse un patrimoine en forme de montagne, un héritage qui attendait Didier Labbé et cet album « o grito de passarinho » pour revivre vivifié par les compositions du quartet. Continuer la lecture →

JAZZ, Rattrapage (encore…)

La bande à (et de) Bonnot

Laurent Bonnot, bassiste électrique de cette Fender Bass (du nom de son inventeur, dans les années 1950 utilisée pour une des premières fois par Monk Montgomery), a réuni, autour d’un rêve d’ermite, quelques figures du jazz français pour les faire se dialoguer. Il s’est réservé un double rôle, compositions (sauf une de Pierre Perchaud) et assise rythmique pour indiquer les métriques qu’il juge nécessaires. Il prend, ce faisant, la place du batteur qui disparaît. Continuer la lecture →

JAZZ, Rattrapages (toujours..)

Échos du 20e siècle.

Le 4 décembre 1999 – un quasi anniversaire – se retrouvaient sur la scène du jazz club de Neuburg – en Allemagne – le « Birdland », Lee Konitz, saxophone alto comme toujours et Kenny Wheeler, trompette et bugle (flugelhorn sonne mieux) pour un échange en forme de mémoires. L’un arpente le monde de Lennie Tristano (Lennie’s, une des compositions de Lee Konitz), l’autre celui de la scène britannique des années 60 et d’Anthony Braxton pour se libérer de tout le poids du passé et pénétrer de plein pied dans le 21e siècle. Saxophoniste et trompettiste savent que le dialogue produit des étincelles. Surtout à ce niveau. « Olden Times » est le titre choisi par les producteurs, une composition de Kenny Wheeler, qui résument à la fois le projet – un solo du trompettiste faire écho à des compositions multiples, presque un quiz – et le temps qu’il a fallu pour faire paraître cet album. Continuer la lecture →

JAZZ , Ménage à trois.

Chansons réelles ?

Lorsqu’un pianiste compositeur rencontre une chanteuse, italienne de surcroît, de formation classique et de jazz – plus tard comme il se doit – sur des paroles de la compagne du pianiste ça donne un album au titre étrange sans doute pour interpeller un monde plus étrange encore « Is It Real », est-ce réel ? Une interrogation de chaque instant devant les bouleversements dont nous sommes souvent les spectateurs.
Les textes s’appuient sur des musiques qui se veulent simples – quelque fois un peu trop sans aspérités et sans souffle – pour permettre les improvisations des participants, de ceux qui racontent des histoires courtes et là quelques réussites émergent donnant à la chanteuse la possibilité de se mettre en valeur. Il arrive que, à force de vouloir coller trop de musiques diverses, l’auditeur perde le fil qu’Ariane ne leur tend plus.
Le pianiste/compositeur, Olivier Hutman, la chanteuse Alice Ricciardi, le saxophoniste Olivier Témine, le guitariste Gilad Hekselman, le bassiste Darryl Hall et le batteur Gregory Hutcherson forment cette entité pour donner vie à ces chansons trop réelles pour être vraies.
Nicolas Béniès.
« Is It Real ? », Olivier Hutman meets Alice Ricciardi, Cristal Records, distribué par Harmonia Mundi.
Concert de sortie le 18 janvier 2017 au New Morning