A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture

Comment mobiliser les masses ?

Peut-on faire jouer aux relations publiques un rôle progressiste ?

Un petit livre de Simon Tremblay-Pepin, Intrigues, petit manuel pour une critique des relations publiques, qui mérite bien son titre. C’est d’abord un vrai manuel dans sa deuxième partie, où il passe en revue les grands auteurs d’intrigues, à commencer par le duc de Saint Simon dans ses mémoires, pour aborder la théorie des « pseudo-événements » de Daniel Boorstin, et celle de la manipulation des signes vus par Jean Baudrillard qui tendra à s’éloigner de toute réalité en s’enfermant dans le seul langage des signes. Il évoque la plupart des penseurs de cette discipline pour se permettre de construire une théorie et une pratique alternatives de communication au service d’une entité à définir, peut-être de la vérité toujours difficile à approcher. Continuer la lecture

Le côté émotif de Sherlock Holmes

Qu’allait-il faire dans cette galère ?

Il faut avoir une sacré dose de haine envers Sherlock Holmes pour le lancer dans une aventure perdue d’avance : innocenter le capitaine Dreyfus. Une affaire sans doute plus connue de ce côté ci du Channel que de celui de Holmes. Il se heurte comme tous les enquêteurs – appelés dreyfusards alors qu’il recherche la vérité – à la « raison d’État » représentée par son frère Mycroft essayant à toute force de la justifier en reprenant les arguments de la hiérarchie militaire française, l’antisémitisme en moins. Holmes, comme d’autres, essayera de la faire évader et, comme toutes ces tentatives, ce sera un échec. Continuer la lecture

Jaune est sa couleur


Une vie, une contrée, une écriture

« L’arbre de l’homme », le titre du roman de Patrick White (1912-1990) – seul écrivain australien à a avoir eu le Prix Nobel de littérature en 1973 -, résume bien la démarche de l’auteur. Un homme, jeune, arrive dans une contrée quelque peu désertique. Il s’y arrête à cause d’un arbre décharné qui porte le poids des ans. Son cheval est fatigué de tirer la carriole dans laquelle se disperse les faibles possessions de l’homme qui s’appellera disons Stan Parker. Il s’installe, construit sa maison, épouse Amy sans jamais avouer à voix haute – mais peut-être n’a t’il pas les mots pour le faire – ni son amour, profond et réciproque, ni son désir ni son besoin de tendresse. Continuer la lecture

Mais qui est Faraday ?

La fée électricité ? Ou sorcière ?

« Le laboratoire des ombres », titre évocateur du thème central de ce roman signé David S. Khara, science sans conscience n’est que ruine de l’âme comme aurait dit un auteur du passé. C’est aussi un vrai laboratoire dans lequel l’auteur nous fait pénétrer, celui de Faraday qui, à Londres ici en 1841, poursuit empiriquement ses recherches sur l’électricité pour en faire un outil au service de tous.
Il présente ses recherches au public par des conférences et note toutes ses recherches sur de petits carnets. L’un d’entre eux sert de fil conducteur à cette enquête menée par le seul agent des services spéciaux à cette époque, un dénommé Gaston. Les débuts de la recherche du groupe qui veut supprimer les grands de ce monde grâce à l’utilisation des découvertes de Faraday fait penser à une nouvelle version de James Bond. Les références sont là. Le chef du service veut se faire appeler « M »… Continuer la lecture

Alliance Mirbeau/Delaunay, paroles et musique

Un objet artistique non identifié

Le prendre, le toucher, le regarder pour considérer l’objet. La présentation dit qu’il a été produit artisanalement par Jean Rochard – créateur du label Nato du nom d’un chef amérindien – sans doute aussi amoureusement pour aboutir à ce résultat, un livre disque. Ce n’est pas une première, les tentatives ont existé et se sont souvent révélées décevantes.
« L’homme des Damps » est une réussite parce qu’il fête l’insolence, la révolte et les révoltés, brise la bienséance pour mettre en lumière Octave Mirbeau et son actualité. Ses œuvres démontrent l’analyste fin et sans pathos des ressorts cachés de la société capitaliste – et pas seulement celle de son temps, la fin du 19e – qui se cache sous les oripeaux d’une idéologie du bon sens, forcément celui de la classe dominante pour cacher un darwinisme social – les plus pauvres sont à éliminer – de tous les instants. Pierre Michel, le président des amis d’Octave Mirbeau, prend de la place pour expliquer « Pourquoi il faut lire Octave Mirbeau ». Et c’est convainquant. Continuer la lecture

Souvenirs scintillants d’amour

L’amour pour toujours
Nikos Kokantzis a voulu léguer son histoire pour que « Gioconda » – titre aussi de ce récit -vive dans l’éternité de l’écriture et pour aussi faire un travail de mémoire pour rappeler les déportations de Juifs. A Thessalonique, capitale de la Macédoine grecque, la communauté juive était la plus importante du pourtour de la Méditerranée. Elle sera quasi totalement exterminée. Nikos, le goy, et Gioconda dans leur 15 ans vivront une histoire d’amour incandescente, d’âmes et de corps dans l’environnement de la guerre. En 1943, les Italiens seront remplacés par la Gestapo et les brimades iront rapidement crescendo jusqu’au camp d’Auschwitz.
Il reste une question à laquelle Nikos Kokantzis ne répond pas : pourquoi cette famille juive a-t-elle attendu au lieu de fuir ou de se cacher ? Question subsidiaire pourquoi avoir refusé la proposition de la mère de l’auteur de cacher la jeune fille ? La réponse tient dans la responsabilité des dirigeants de la Communauté juive qui a fait confiance aux nazis contre toute raison sans échapper pour autant à la déportation et à la mort.
« Gioconda » est une ode à l’amour. Un amour forcément éternel sublimé par le contexte, par les souvenirs, par les regrets de n‘avoir pu empêcher la fin tragique de la communauté et de Gioconda en particulier. L’auteur a réussi à nous communiquer la sève de la jeunesse, l’angoisse, comme le bonheur aux gestes difficiles, adolescents, la découverte des corps, du sien et de l’autre pour s’ouvrir sur la symphonie corps et âmes.
Les illustrations de Anne Defréville pour cette réédition renforcent le mystère de ces deux êtres unis pour toujours.
Nicolas Béniès
« Gioconda », Nikos Kokantzis, traduit par Michel Volkovitch, Édition de l’Aube

Quelque part dans le faux-vrai pour dire sans dire

Autobiographie à deux sujets pour parler de soi sans vraiment se dévoiler

Alain Gerber, à l’aube de ses 80 ans, a voulu retracer son itinéraire profondément ancré dans le jazz. La plupart de ses romans, à commencer par Le faubourg des coups de trique (Livre de poche), utilise les rythmes, le découpage du jazz, en privilégiant la voix intérieure, la nôtre, celle que nous entendons, si différente de notre voix « extérieure » qui, elle, participe au jeu social. Son premier roman, La couleur orange, devait beaucoup à La Nausée, même si le début faisait la démonstration d’une voix singulière, ajoutant simplement « tu sais » : « La couleur, tu sais, orange », titre inspiré d’une composition de Charles Mingus pour situer là encore l’importance du jazz. Critique de jazz, son titre de gloire – gloire très relative -, directeur de la collection « Quintessence » (Frémeaux et associés), il est aussi batteur amateur. Continuer la lecture

Découvrir Dorothy West

Décrire le racisme

Tony Morrison, prix Nobel de littérature 1993, s’est beaucoup battue pour faire reconnaître les écrivaines Africaines-Américaines, jouant de sa notoriété pour détendre ces artistes. Les femmes sont enfouies dans des références masculines toujours mises d’abord en avant. Notre patrimoine est commun et ne peut être amputé de moitié et quelque fois plus de cette moitié.
Dorothy West a fait longtemps partie de cette cohorte. Elle commence pourtant à publier, comme le rappelle la traductrice Arlette Stroumza, à 14 ans ses histoires dans des revues, au début du 20e siècle et participera, dans les années 20, au mouvement « Harlem Renaissance » aux côtés de Langston Hughes et de Zora Neale Hurston, redécouverte un temps par son autobiographie « Des pas dans la poussière », retournée dans l’ombre depuis.
En 1948, Dorothy West publiera « The Living is Easy » – non traduit en français – qui lui permettra d’avoir un début de visibilité. Continuer la lecture

(Re)découvrir Frédéric Mistral.

Mirèio -Mireille – est un poème épique, une ode à la Provence et à sa langue qu’il revisite et, comme tout poète qui se respecte, permet de lui donner un statut et une grammaire. Walt Whitman, avec « Feuille d’herbe’, avait été prescripteur, dans ce même moment du milieu du 20e siècle, de l’Anglais américanisé qui se séparait du britannique.
Mistral est habité, comme Marx et Engels qui écrivent « Le manifeste du Parti Communiste », par l’utopie révolutionnaire de 1848, vague qui touche toute l’Europe, un soulèvement qui transforme le regard et le monde. Lamartine écrira, à propos de la première édition du poème, « la grande nouvelle : i, poète épique est né ». Continuer la lecture