A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Les femmes, grandes oubliées de nos livres d’Histoire.

Pour une histoire «ouverte »

les-fran-aises-au-coeur-de-la-guerre_9782746738959Mis à part quelques égéries, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette – pour qui je garde une secrète admiration pour cette héroïne inventée -, les femmes ne font pas partie du paysage de l’Histoire. L’Histoire est souvent masculine. Les hommes font l’Histoire. Les femmes sont reléguées dans les histoires.
Une erreur profonde.
Qui commence à être corrigée. Les ouvrages se multiplient. L’un des derniers en date, « 1939-1945, Les Françaises au cœur de la guerre », réalisé en collaboration entre les éditions Autrement et le Ministère de la Défense, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau, permet de revisiter tous les grands thèmes de cette Histoire y compris celle de la Shoah, de ces « femmes juives en France ». Un nouvel éclairage de la vie au quotidien comme celle de la Résistance ou plus encore les conséquences de la politique de Vichy.
Les têtes de chapitre donnent une idée des sujets traités. « Subir l’Occupation », comment vivre ou survivre, comment se soustraire au type de rapports sexuels voulus par les autorités d’Occupation, à la politique familiale de Vichy et à la « Fête des Mères » instituée par le maréchal Pétain ? Comment les femmes se sont organisées face à l’occupant ? Elles militent, elles font partie des organisations de la Résistance. La Libération, « fête folle », se traduira par le doit de vote mais la libération dans la vie de tous les jours attendra…
Les auteur(e)s constatent aussi que les Résistantes disparaissent assez rapidement du paysage politique alors que les associations de Résistants fleurissent et vont occuper une très grande partie du terrain.
Les auteur(e)s ne font pas l’impasse sur les « oubliées de l’art » dont « les femmes remarquables dans le cinéma français sous l’Occupation ou Marlène Dietrich… Toute une histoire restés dans l’ombre…
L’iconographie, superbe comme souvent dans ce type d’ouvrage, se compose de plus de 200 photos et de documents d’époque. Elle appelle à poursuivre ce travail d’archives pour retrouver les traces de ces existences, de ces parcours.
Pourtant les figures de Résistantes existent – comme celle de Joséphine Baker – mais elles ont eu tendance à occulter la réalité de la volonté de survivre, de se libérer de toutes ces femmes qui ont voulu prendre en mains leur destin. Il fallait revenir sur cette période pour comprendre notre passé commun, pour que notre patrimoine s’enrichisse de cette Histoire. Pour comprendre aussi que le combat pour les droits de femmes est un combat pour les droits de tous les êtres humains.
Ce livre là ouvre des perspectives de travail à tous les historiens et pas seulement aux historiennes !
Nicolas Béniès.
« 1939-1945, les Françaises au cœur de la guerre », Ministère de la Défense/Autrement, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau.

Une représentation de la folie du monde

Ensemble sans le savoir…

Les plus de 1500 pages qui constituent la trilogie de Hugh Howey – voir notre recension des deux premières parties – intitulé « Silo » a eu un énorme succès aux États-Unis. Un peu moins en France si j’en crois les réactions de la presse.
Pourtant, c’est une « Exofiction » – titre de cette nouvelle collection chez Actes Sud, un titre bien trouvé – qui parle d’un monde qui ne se comprend plus, qui vit divisé à la recherche d’un nouvel Éden. L’horizon de tous ces habitants est fermé, fermé par les pouvoirs destructeurs d’un despote. La fille de Thurman le dictateur, Anna, a décidé à la fois par amour pour Donald et pour répondre à une aspiration de liberté qui devrait faire partie de chaque être humain(e) de défaire le projet fou de son père. Un oedipe revu et corrigé en quelque sorte. Dans le tome 2, elle a donné à Donald tous les pouvoirs en le faisant passer pour son père, pouvoirs dont il ne saura pas se servir dans un premier temps. Cette responsabilité lui fait peur. Il essaiera de prendre contact avec les autres silos, pour les sortir de leur isolement. Il découvrira aussi que la terre ne se limite pas à la seule vision de notre petit coin mais qu’elle est plus vaste, plus résistante aussi. L’avenir ne peut pas être écrit par un dictateur qui voudrait avoir le droit de vie et de mort sur tous ces sujets.
Hugh Howey, dans le premier tome « Silo », nous avait présenté la vie dans un silo, le silo 18 mais il faudra attendre le tome 2, « Silo, Origines », pour le savoir. Les luttes ont lieu, l’espoir apparaît et disparaît. La lutte des classes se mène dans un cadre national, pardon d’un silo, et oppose les travailleurs et les concepteurs dans ce contexte précis. Le tome 2 remontait aux origines de la construction de ces silos et les raisons de cette structure particulière. Le tome 3, « Générations », en apprend davantage sur les objectifs de ce Thurman. La résistance éclatée s’organise, la dictature aussi. Les assassinats sont voulus et organisés. La guerre change de niveau. Une sorte de « nouvelle guerre » pour sauver le genre humain. La place des femmes est fondamentale. Juliette est une grande figure comme Charlotte. Ces femmes ne se laissent pas abattre. Elles luttent et elles existent.
Hugh Howey est un curieux auteur. Il s’est lancé sur le Net et les lecteur(e)s ont répondu. L’interaction auteur/lecteur(e)s a permis cette construction bizarre. Cette trilogie est une sorte de conte moderne totalement en phase avec notre monde qui se conjugue à la fois sur le mode de la barbarie et sur celui d’un désespoir qui voudrait se transformer en espoir. Juliette représente cette donnée. Elle trimballe un désespoir total et est mue par un total espoir de trouver un autre monde, un endroit où aller où l’herbe est plus verte. Le sentiment de culpabilité, de l’autre côté – du silo 1, le poste de commandement secret – de Donny, diminutif de Donald, est tel qu’il ne peut pas vivre.
Ces individualités sont bien mises en situation. Le contexte est important. Chacun(e) fait partie d’un groupe. L’auteur n’oublie pas la montée des intégrismes, des croyances, des dogmes pour se fermer les yeux face à une réalité qui dérange. Ces croyants sont prêts à tuer pour rester dans leur monde imaginaire.
Le silo 1 pourrait faire penser aux Etats-Unis, à leur place dans le monde, une place difficile à tenir. Le reste, à notre monde éclaté qui ne sait plus se construire un avenir et qui s’enferme dans des micro identités fantasmées. Pour en sortir, il ne reste que le combat collectif, de convaincre que l’avenir existe et qu’il peut être commun… Vaste programme !
La fin, qui n’en est pas une, se veut la lueur d’un espoir qui pourrait renaître…
Une trilogie à lire de toute urgence. Une fois ouvert, vous aurez envie de rester.
Nicolas Béniès.
« Silo. Générations », Hugh Howey, traduit par Laure Manceau, Actes Sud/Exofictions. Le premier tome vient d’être réédité en poche dans la collection Babel.

Le coin du polar (2)

Brighton microcosme de la Grande-Bretagne.

Peter Guttridge fut d’abord critique de « littérature policière » pour se transformer en écrivain de cette littérature souvent présentée comme « de gare ». Rien de plus faux. Cette littérature est vivante. Elle phagocyte toute la littérature, imposant ses règles. Une victoire à la Pyrrhus qui la fait disparaître comme genre.
guttdridgeDans cette trilogie, « Promenade du crime », « Le dernier roi de Brighton » et « Abandonnés de Dieu qui vient de paraître, Guttridge en administre la preuve une fois encore. Les intrigues permettent de renouer les fils de la mémoire, de l’Histoire de ce pays qui fortement tendance à les oublier pour construire une histoire mythique. Des réécritures multiples.
Pour ce faire, l’auteur avait besoin d’une unité de lieu. Ce sera Brighton. Une station balnéaire du Sud de la Grande-Bretagne présentée comme un haut lieu des mafias et du grand banditisme. S’y affrontent les prétendants à la « royauté » de la truanderie. Les familles locales sont concurrencées par les mafias de l’Europe de l’Est. Le combat est forcément sanglant… Brighton se trouve ainsi promu au rang de microcosme de ce Royaume-Uni soumis à « Tina », un acronyme bien connu de Thatcher. Cette société fonctionne suivant les « lois », les dogmes, du libéralisme le plus forcené.
En bon scénariste, il pose dans « Promenade du crime » les questions dont les réponses se trouvent dans ce dernier opus, « Abandonnés de Dieu », des réponses sur un double terrain. Celui de l’actualité : Robert Watts, chef de la police en juillet 2009, se trouve piégé par on ne sait qui dans l’assaut d’une maison où devait se trouver les criminels. Patatras, ils ne sont pas là, Un carnage a lieu et des émeutes suivent. Il est obligé de démissionner. Sa partenaire, l’inspectrice Sarah Gilchrist est entraînée dans le scandale. Elle garde son poste mais se trouve en butte à l’hostilité de ses collègues. Aucun flic ne voudra témoigner. La corruption bat son plein, le pendant du libéralisme.
En même temps resurgit un crime du passé. En 1934, un tronc de femme avait été retrouvé dans une malle. Qui est-elle ? Pourquoi a-t-elle été assassinée ? Les interrogations du présent et du passé se rejoignent dans la recherche de Bob Watts de son identité.
Surgit une image de la Grande-Bretagne façonnée par la première boucherie mondiale. Les soldats engagés en resteront traumatisés. Les « Bobbies » comme les autres. Je ne sais si c’est un effet des commémorations de cette guerre mais les polars se succèdent sur cette période. Ces chocs expliqueront la place spécifique des groupes fascistes en Angleterre qui auront pignon sur rue.
Guttridge se sert des manuscrits du père de Watts qui se fait appeler Victor Tempest pour son œuvre littéraire du côté polar bien entendu, pour les retours en arrière. Tous – presque tous – les mystères trouvent une solution. Une « conclusion » qui oblige à relire les deux tomes précédents pour y trouver les indices.
Une sorte de synthèse du polar d’aujourd’hui.
Nicolas Béniès.
« « Abandonnés de Dieu », Peter Guttridge, traduit par Jean-René Dastugue, Rouergue Noir. Les deux précédents volumes, « Promenade du crime » et « Le dernier roi de Brighton » ont paru dans la même collection.

Le coin du polar

Être flic en Thaïlande, mission impossible !

John Burdett, ancien avocat, a créé un personnage au nom imprononçable, Sonchaï Jitpleecheep, qui se veut flic dans une Thaïlande complètement corrompue. Le chef de la police, le supérieur de Sonchaï, Vikorn est la tête pensante de tous les trafics. On se croirait à Kansas City (Missouri) dans les années 1930, ville ouverte à tous les trafics. Les quatre enquêtes précédentes, parues chez 10/18 en poche, ont toutes traitées d’un sujet particulier.
burdettC’est encore le cas pour cette cinquième. « Le pic du vautour » conduit Sonchaï sur les traces de jumelles, chinoises de Hong Kong, à la tête d’un trafic très lucratif et où les morts sont nombreux, le trafic d’organes. La concurrence, sur ce créneau, est féroce. Il faut soit éliminer les concurrents pour être le maître. L’enquête de Sonchaï n’a pour but de lutter contre ce trafic mais de permettre à son chef d’en devenir le pivot.
Sur un mode plaisant et souvent drolatique John Burnett décrit les comportements de ces occidentaux venus pour le tourisme sexuel. Il faut dire que Sonchaï est aussi, avec sa mère, à la tête d’un lieu de plaisir. En même temps, il donne à voir – et un peu à comprendre – ces pays que la corruption fait vivre. Elle arrive à maintenir un désordre social précaire.
Cerise sur le gâteau, Burdett se moque franchement de tous ces « spin doctors » américains qui se croient capable de tout comprendre. Vikorn s’est entouré d’un staff de ces trois « conseillers » pour faire plaisir à ses alliés obligés chinois mais il les tournera en ridicule. Une vraie farce presque réelle.
Une fois encore, l’auteur a réalisé le tour de force de nous faire rire, sourire tout en présentant le contexte du drame de ces pays, de ce pays, la Thaïlande. On se souvient peut-être que les envoyés du FMI – habillés comme des G Men, costumes noirs et chemises blanches –, lors de la crise financière de 197-98, avaient voulu lutter contre la corruption et, après des menaces de mort suivies de quelques effets, avaient préféré repartir pour Washington… Pour indiquer que Burdett n’exagère pas. Le métier de flic honnête – une catégorie qui n’existe pas – est impossible.
Nicolas Béniès.
« Le pic du vautour », John Burdett, traduit par Thierry Piélat, 10/18.

Crise du rouble, chute des matières premières

Une crise oubliée, la crise de l’économie russe.

La Russie chancelle malgré ses interventions répétées en Ukraine. Les perspectives de croissance tournent autour de zéro jusqu’en 2017. Le rouble a été attaqué sur les places financières depuis le début de l’année 2014. Malgré les interventions répétées de la BCR – Banque Centrale Russe -, la monnaie russe a perdu 40% par rapport au dollar. Plus encore, entre le 3 et le 7 novembre 2014, plus de 8%.
Jusque là, la BCR et le gouvernement de la Fédération de Russie pratiquaient à la manière de feu le serpent monétaire européen du temps de l’ECU, une marge de fluctuation dans laquelle le rouble pouvait fluctuer par rapport aux autres monnaies, dont le dollar. La spéculation a été trop forte, la méfiance généralisée des marchés financiers a eu raison de cette marge malgré une intervention massive de la BCR qui a utilisé les deux seuls instruments possibles : le rachat massif de sa devise en vendant des devises étrangères qu’elle conservait sous forme de réserves et la hausse du taux directeur de l’intérêt. Continuer la lecture →

Paris, capitale du jazz.

Viva Ella !

En cette fin des années 1950, début des années 60, le jazz est omniprésent dans la capitale française. Tous les jazz. Du traditionnel, Claude Luter faisait danser la génération qui répondait aussi à l’appel du rock, le bop restait présent, Lester Young enregistrait son « dernier message » avant d’aller mourir aux Etats-Unis, Sidney Bechet était une grande vedette de variété, le Free Jazz s’annonçait timidement avant de prendre toute la place et les concerts se multipliaient à l’Olympia en particulier. Franck Ténot et Daniel Filipacchi, grâce à la popularité de leur émission « Pour ceux qui aiment le jazz » sur la toute jeune radio Europe n°1, organisaient les concerts de 18 heures et minuit. Comme le rappelle Michel Brillié dans ses notes de pochette de cette collection « Live in Paris », Bruno Coquatrix, directeur de l’Olympia, avait besoin d’argent. Ces concerts de jazz venaient à point. Reconnaissons que le jazz lui devait bien ça. Le public avait cassé l’Olympia en 1955, pour la première fois – malheureusement ce ne sera pas la dernière – lors d’un concert de…Sidney Bechet.
Michel Brillié et Gilles Pétard avaient, pour Body and Soul, construit cette collection « des grands concerts parisiens ». Certains d’entre eux avaient déjà été publiés, d’autres sont inédits. Frémeaux et associés les repropose et il ne faut pas fuir son plaisir.
ellaLe dernier en date retrace les venues successives de Ella Fitzgerald de 1957 à 1962. Le personnel est remarquablement stable, sauf pour les extraits du concert de 1957. Norman Granz forcément co-organisateur avec Ténot et Filipacchi, inscrivait ces prestations dans une tournée de ses JATP.
Paul Smith partage le piano avec Lou Levy, Gus Johnson est le batteur de toutes ces performances, Jim Hall ou Herb Ellis sont les guitaristes. On se souvient de l’enregistrement réalisé en public à Berlin en 1960, « Ella in Berlin, Mack the Knife », dans lequel elle improvise sur ce thème de Kurt Weil en oubliant les paroles et chantant qu’elle a oublié les paroles… Pour cette réalisation, un Grammy Awards ! Elle avait répété cet oubli à Paris un peu avant et récidivera après.
Que dire de plus. Sinon la joie de retrouver Ella à un de ses sommets. Une joie sans mélange. Qu’il faut partager.
Nicolas Béniès.
« Ella Fitzgerald 1957 – 1962 », Live in Paris, la collection des grands concerts parisiens, coffret de trois CD, Frémeaux et associés.

Vibrer avec Doriz

Le vibraphone de Dany Doriz à des sauces différentes.

Deux albums de Dany Doriz, vibraphoniste en ligne directe hamptonienne (Lionel bien sur) et directeur du Caveau de la Huchette, un club sis 5, rue de la Huchette, qui fête ses 60 ans, viennent redonner une actualité à ce jazz qui se veut swinguant, populaire et dansant. Il a toute sa place dans nos cœurs et dans nos corps.
dany doriz et scott hamiltonLa rencontre avec le saxophoniste ténor Scott Hamilton promettait. Elle ne tien pas ses promesses, faute peut-être de répétitions. Ces deux musiciens possèdent beaucoup de choses en commun. Ils jouent dans le même style. Scott Hamilton avait surpris au début de sa carrière. Il se présentait comme un Ben Webster moderne. Il illustrait le « mainstream », une sorte de courant principal et ce en pleine vogue du free jazz. Jacques Réda, il m’en souvient, avait apprécié cet air frais.
Dans ce « Scott Hamilton plays with The Dany Doriz caveau de la Huchette orchestra » la magie n’opère pas. Pourtant, les musicien(ne)s réunis ici ne déméritent pas. Que ce soit Dany Doriz, Philippe Duchemin au piano, Patricia Lebeugle à la contrebasse ou Didier Dorise à la batterie sans que personne ne trouve vraiment sa place. Le batteur semble en décalage et Scott Hamilton donne l’impression de compter les points. Il reste une version de « Que reste-t-il de nos amours » qui fait irrésistiblement penser à celle de Guy Lafitte dans un album consacré à Trenet. Même l’apport de Ronald Baker à la trompette ou Marc Ducret à la guitare pour quelques titres n’arrivent pas à sauver l’ensemble.
Qu’on ne se méprenne pas, la musique est agréable mais il manque l’étincelle attendue d’une telle rencontre.
dany doriz bbLa réussite est au rendez-vous du « Dany Doriz Big Band ». Par on ne sait quel sortilège tous les musicien(ne)s – et ils sont tous là à l’exception de Philippe Duchemin et Marc Ducret « remplacés » respectivement par Patrice Galas qui double piano et orgue et par Manu Dibango, au saxophone, très à son aise – retrouvent leur place. Le batteur est en face et fait effectivement penser à Sam Woodyard pour mener à la baguette ce grand orchestre. Les thèmes viennent soit du grand orchestre, mais aussi du sextet, de Benny Goodman, soit du Bechet français, soit, évidemment, de Lionel Hampton ou encore Duke Ellington ou Count Basie et sont appropriés par l’ensemble. En prime, « Dany Blues Big Band » qui provient d’un enregistrement de 1966.
Une musique allègre, gai qui fera danser. Que demander de plus.
Nicolas Béniès.
« Scott Hamilton plays with the Dany Doriz caveau de la Huchette orchestra », « Dany Doriz Big Band featuring Manu Dibango and Ronald Baker », Dany Doriz, Frémeaux et associés.

Du jazz de toujours…

Une manière de faire et souvent de bien faire…

Drôles d’oracles

oracles du phonoUn groupe qui s’appelle « Les oracles du phono » ne peut que jouer un jazz que l’on dira d’hier si ces musiciens n’arrivaient pas – par un miracle qui ne doit rien au pape – à le rendre au présent. C’est leur musique. Ils s’y sentent à l’aise et ça s’entend. Ils ont décidé de reprendre quelques thèmes du jazz de ces années 1920-30 peu joués, peu sollicités. Il apparaît que c’était dommage. Le titre générique de cet album l’indique, « Cryin’ for the carolines » signé notamment par Harry Warren soit un des grands compositeurs de Broadway.
Leur redonner vie permet à Nicolas Fourgeux, saxophone alto, ténor et clarinette et ses compagnons – Jacques Sallent au cornet, Vincent libera au trombone, Jean-Pierre « Max » Carré au banjo, Mathieu Branconi au sousaphone et, en invité, Stan Laferrière à la batterie – de faire œuvre de mémoire en même temps qu’ils font la preuve de leur amour pour ces compositions. L’autre invité, indispensable pour faire surgir le plaisir en même temps que le rire pour imposer la distance et l’ironie nécessaire, Daniel Huck est toujours le scatteur fou et saxophoniste alto pour donner à ces airs d’hier un parfum d’aujourd’hui.
Une musique du plaisir par des musiciens qui en prennent autant qu’ils en donnent.
Nicolas Béniès.
« Cryin’ for the carolines », Les oracles du phono, Frémeaux et associés.

Pour le mélange passé/présent

Un groupe français, « Les Mains Sales », fusionne les présents.

« Les mains Sales » ? Un nom curieux pour un groupe qui se veut franchement moderne. Référence, bien sur, à la pièce de Sartre qui parle de la responsabilité et de la liberté assumée, consciente. Sartre qui, de nos jours, n’est pas vraiment en odeur de sainteté, si le Pape François peut me permettre cette image.
Cet emprunt est parlant. Il signe la volonté de ce groupe, un quartet qui s’étend, revenir aux sources, ne pas oublier le passé pour construire un présent multiple. Alix Logiaco, piano, Antoine Brochot, basse, Sébastien Grenat, batterie et Léo Sevyor, vocaliste, veulent rompre avec les facilités d’aujourd’hui, la musique électronique qui passe en boucle et évite d’évoquer les grands musiciens du jazz qui ont échafaudé les soubassements du hip hop.
Ils ont choisi d’une part de publier des EP – en CD, un équivalent du 45 tours d’antan – de 4 titres, une bonne idée pour éviter d’émousser l’attention de l’auditeur tout en présentant leur travail.
Le dernier EP, « Expansion », se veut ce lien entre passé et présent par l’intermédiaire d’une reprise du rap mais surtout par le brouillard de jazz qui fait l’originalité de ce groupe. Dans le même temps, ils s’élargissent par l’adjonction d’une chanteuse, Kelly Carpaye pour un premier titre qui devrait faire un succès, « Perfect land », un titre dans la lignée, ironiquement, du thème de la pièce de Sartre.
Les paroles sont explicites. Elles font le plus souvent référence au jazz, à Miles Davis en particulier, pour regretter les orientations actuelles du hip hop. A juste raison, le jazz est mémoire et elle est nécessaire pour jeter un orteil dans le futur.
Une nouvelle voie ? Pour ce qui est des supports ils sont bien dans l’air du temps, CD et Vinyle.
Nicolas Béniès.
« Expansion », Les Mains Sales, coproduction avec le label Back To Paradise, www.lesmainssales.fr

Hommes et problèmes du jazz

Un classique.

La France et le jazz, une histoire d’amour. Dans aucun autre pays, mis à part les Etats-Unis bien sur, le jazz n’a eu autant d’influence et de présence. Les surréalistes, à commencer par Michel Leiris, ont fait de cette musique-art-de-vivre l’étendard de leur révolte dans l’entre-deux-guerres. Charles Delaunay a créé le label « Swing », le seul label uniquement consacré au jazz en même temps que la revue Jazz Hot. Il faut aussi le premier discographe.
André Hodeir hommes et problèmes du jazzAndré Hodeir (1921 – 2011), après le seconde guerre mondiale, en 1954, a publié un essai qui reste un grand texte sur le jazz comme sur la modernité « Hommes et problèmes du jazz » – première édition chez Flammarion – que les Parenthèses vient de rééditer. Il n’était plus disponible en français alors qu’il connaît des rééditions successives de l’autre côté de l’Atlantique. C’est la première analyse musicologique à partir des enregistrements, seule façon d’aborder l’histoire du jazz. André Hodeir fut d’abord violoniste sous le nom de Claude Laurence pendant la période de l’Occupation puis compositeur et, enfin, écrivain.
NB
« Hommes et problèmes du jazz », André Hodeir, éditions Parenthèses.