A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Prolégomènes d’une œuvre

Beckett avant la consécration, incertitudes, hasard et nécessité.

Saluel Beckett correspondance tome 1Samuel Beckett tient une place similaire à celle de Maupassant dans la littérature du 20e siècle. Un des créateurs du théâtre de l’absurde – que personne n’a su réellement définir, tellement notre environnement est dominé par l’absurdité – avec « En attendant Godot », il a su, pour son œuvre romanesque, s’inspirer de Joyce et de Proust tout en les digérant pour arriver à son propre univers. Les « Lettres 1 » permettent de cerner la trajectoire du jeune Beckett. Elles couvrent les années « 1929 – 1940 ». Il découvre « Ulysse » de Joyce, écrit des poèmes, des essais et se balade entre toutes les langues – il en parlait 5 couramment – pour forger des mots valises comme sa propre mémoire. Une somme épistolaire mise dans son contexte par les responsables de cette édition.
N.B.
« Lettres I, 1929 – 1940, édition établie par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck, traduit de l’anglais par André Topia, Gallimard, 803 p.

Une œuvre originale.

Inclassable, Maupassant reste une référence.

Maupassant vontes et nouvellesGuy de Maupassant(1850-1893) fut entièrement de son temps. Toutes ses « Nouvelles et Contes » – 281 sur un total de 300 – réunis dans ce « Quarto » en témoignent. Ses romans, il en publie 6, sont plus ambitieux tout en digérant l’air du temps, de son temps, cet esprit tellement volatile que Hegel nomma « Zeitgeist » pour en faire un concept de l’esthétique. La guerre de 1870 est omniprésente dans ses conséquences, dans l’amertume qu’elle véhicule comme le souvenir de La Commune que toute la bourgeoisie française voudrait oublier. Un nouveau monde est en train d’éclore, le monde bien représenté par Jules Ferry, à la fois l’Ecole pour tous – pour toutes, il faudra attendre – et la colonisation. La IIIe République est remplie, c’est un sujet en tant que tel, de scandales. Continuer la lecture →

Basculement d’un monde

La crise systémique du capitalisme ouvre une période d’incertitude

Le monde qui s’est construit depuis la fin de la seconde guerre mondiale est en train de sombrer. Le capitalisme connaît une période de mutation fondamentale. Il est obligé de se révolutionner pour continuer à vivre. Les formes anciennes ne sont plus adaptées à la nouvelle réalité du monde. Les crises s’emmêlent. Crises financière, économique, sociale mais aussi culturelle, écologique avec une mention particulière pour la politique. L’action politique n’est plus légitime faute d’un récit d’avenir. Les politiques économiques d’austérité bouchent le futur. Elles sapent la légitimité des États.
nouvellesguerres« Nouvelles guerres », titre de l’Etat du monde 2015, insiste sur les causes de ces guerres « non classiques » comme celles du Moyen-Orient, « fusionnant totalement le social et le politique » et « dérivent d »un échec de l’Etat » comme l’écrit Bertrand Badie. Il ouvre ainsi la porte à de nouvelles réflexions. Les auteurs insistent sur les crises sociales, notamment à la montée des inégalités, comme vecteur de ces nouvelles guerres qui ne pourront être gagnées que sur le terrain politique et social.
« L’économie mondiale 2015 », du CEPII et « L’économie française economie20152015 » de l’OFCE font la preuve que les prévisions deviennent aléatoires tellement les facteurs géopolitiques se mêlent à l’analyse de la conjoncture économique. Les risques sont visibles, de la déflation – le CEPII préfère parler de « lowflation » -, de la crise financière et d’une dépression toujours à l’horizon.
Dans ce monde en mutation, « les pays émergents » donnent l’impression de résister à la crise en connaissant des taux de salamacroissance importants. Peut-on déterminer une homogénéité des « BRICS » – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud ? Pierre Salama dans « Des pays toujours émergents ? » répond à cette question et à d’autres dans ce petit livre issu de la collection « Doc en poche » de la Documentation française. Une synthèse qui permet de comprendre les transformations dans la division internationale du travail et, par-là même d’appréhender la dimension de la crise actuelle.
Nicolas Béniès
« « Nouvelles guerres. L’état du monde 2015, sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal, La Découverte ; « L’économie mondiale 2015 », CEPII, « L’économie française 2015, OFCE, Repères/La Découverte ; « Des pays toujours émergents ? », Pierre Salama, Doc en poche/La documentation française.

Un Marx tendance Karl

Lecture(s) de Marx.

Daniel Bensaïd (1946-2010) s’était lancé, en 2009, dans l’écriture de cette introduction, qui se veut ludique, à la pensée de Karl Marx. Il s’est fait aider par Charb qui construit des contrepoints plus qu’il illustre. Elle est aujourd’hui rééditée. On a souvent l’occasion de le dire dans ces colonnes, Marx fait un retour en force dans ce monde peuplé d’incertitudes. Un Marx étrange qui se trouve souvent interrogé par les transformations actuelles du capitalisme. Comme l’avoue Étienne Balibar dans sa préface à la réédition de « La philosophie de Marx » (La Découverte/poche) ce travail de synthèse publié en 2001 n’aurait pas été possible aujourd’hui. Bensaïd contourne l’obstacle en répondant à quelques questions clés pour ouvrir quelques pistes et alimenter la réflexion. Marx ne peut être qu’un point de départ. Le Capital, comme le note l’auteur, n’est pas abouti, il constitue un « work in progress » qu’il faut faire vivre en confrontant méthode et concepts à la réalité du monde.
N.B.
« Marx [mode d’emploi], Daniel Bensaïd, illustrations de Charb, La Découverte/Poche.

Le coin du polar

Traumatismes

Commémoration du 100e anniversaire de l’ouverture de la première boucherie mondiale oblige, les auteur(e)s de polar se penchent sur cette période pour insister, chacun(e) à leurs façons sur les traumatismes de la guerre et l’impossibilité de rompre avec ses souvenirs. Comment se réinsérer ? Comment vivre ? Ces questions ne sont pas propres à la guerre de 14-18.
Thierry Bourcy, par l’intermédiaire de son « grand détective » Célestin Louise, a fait revivre les sang, la boue, les meurtres dans les tranchées. L’ensemble de ces enquêtes a fait l’objet d’un folio/Policier spécial « Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 ». Dans « Le crime de l’Albatros », l’action se situe au Printemps 1919, six mois après la signature de l’Armistice. Un producteur de cinéma russe, ce nouvel art qui commence à faire florès comme le jazz, est retrouvé mort. Le passé militaire d’Alexandre Mekinoff est la clé de cette affaire. Une replongée dans les champs de bataille…
Elizabeth Speller, pour son premier roman « Le retour du capitaine Emmett », conte, à son tour, l’enquête d’un survivant sur son ami d’enfance qui se serait suicidé. La prise de conscience est d’abord celle de l’enquêteur, prise de conscience de son propre vécu. Son environnement est composé de morts ou de handicapés. Comment se construire un avenir ? UB roman qui se veut complet avec une histoire d’amour, de réinsertion mais un peu trop bavard et un épilogue qui ne s’imposait pas. Le lecteur avait compris. Elle insiste, par contre justement, sur les fusillés soi disant déserteurs de ceux qui avaient affiché leur peur ou qui avaient fui ou s’étaient révoltés. Les cours martiales ne chômaient pas.
Odile Bouhier, poursuivant sa saga de la construction de la police scientifique à Lyon, met en scène les effets déstructurants de la guerre sur des personnalités. Pas vraiment d’histoire dans « La nuit, in extremis » mais des descriptions quasi cliniques des traumatismes post guerre. Dans le même mouvement, elle prend en compte les progrès de la science pas assez rapides cependant pour sauver les patients. L’enquête est plus sur le commissaire Kolvair, un des héros récurrents de cette série, que sur le meurtrier lui-même. Le meurtre oblige le commissaire à prendre la mesure des marques de la guerre sur sa personnalité.
A lire pour éviter de commémorer sans réfléchir…
N.B.
« Le crime de l’Albatros », Thierry Bourcy, Folio/policier ; « Le retour du capitaine Emmett », Elizabeth Speller, traduit par Bella Norac, 10/18 ; « Minuit, in extremis », Odile Bouhier, 10/18 Grands détectives

A l’automne, les festivals de jazz se ramassent à la pelle… (2)

Ne dîtes jamais « jamais » !

Nevers, dans la Nièvre, se trouve aussi en Bourgogne. Mais ce n’est pas de vin dont il s’agit même si l’ivresse sera là, mais de jazz. Pour la 28e année s’organise dans cette ville un festival de jazz, « D’Jazz Nevers Festival » au programme pléthorique. Roger Fontanel, organisateur, ne recule devant rien. Des séances de cinéma gratuites, des concerts, des conférences – sur la première guerre mondiale -, des rencontres avec le (les ?) public(s), des initiatives vers le jeune public, des expositions… Le jazz envahit Nevers qui ne pourra jamais dire jamais au jazz…
En une semaine, j’ai compté 38 possibilités d’entendre ou de voir du jazz et des musicen(ne)s, une sorte de record. Ce n’est pas là l’essentiel. Continuer la lecture →

A l’automne, les festivals de jazz se ramassent à la pelle… (1)

Le fil à couper le jazz

Cet automne est nonchalant sinon fainéant. Il rechigne à se montrer préférant se faire brûler la politesse par un soleil qui vient de l’été pour des journées que la chaleur rend maladives. Le calendrier se trouve confronté à des embûches nouvelles et ne sait trop comment s’affirmer. Ce temps – qu’il fait – est révélateur de l’ambiance. Personne ne sait où il se trouve ni comment il s’appelle !
Pour les festivals de jazz, il en va de même. Ils ne sont plus réservés à la période estivale. La concurrence était trop rude. Il fallait contourner l’obstacle. Boris Vian disait justement pour aller dans le mur prenons plutôt un hélicoptère.
Ils ont donc investi l’automne. Un moyen aussi de faire jouer des musiciens intermittents du spectacle qui ont besoin de se produire pour bénéficier de ce système en train d’être remis en cause, celui des allocations chômage. Ils et elles ont d’ailleurs bien conscience que le patronat et le gouvernement se servent d’eux pour restructurer l’ensemble de pôle emploi.
fil_oise_14_120x150« Jazz au fil de l’Oise » fête sa 19e édition. Il irradie sur tout le département du Val d’Oise, de Auvers-sur-Oise à Vauréal, avec comme partenaire principal la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et des théâtres pour accueillir des « vedettes » du jazz. Gregory Porter, vocaliste qui fait un malheur et qu’il faut aller entendre, réellement une grande voix, fait partie de cette petite cohorte de jazzmen qui arrivent à vendre des disques. Il ne faudrait pas rater la rencontre du saxophoniste ténor Joe Lovano, un condensé du jazz actuel avec le trompettiste superbe d’élégance et de mémoire, Dave Douglas ni celle de Michel Portal et Bojan Z., deux vieux amis au demeurant ou Terrasson/Belmondo. Continuer la lecture →

Saga birdienne

Rendez-vous avec Charlie Parker.

Un rendez-vous attendu. Réaliser une « Intégrale Charlie Parker » tient à la fois de la gageure – dés le volume 1, Alain Tercinet, responsable de cette édition nous mettait en garde sur cette impossibilité – et de l’évidence. Pour éviter la critique de surfer sur le succès assuré parce que personne ne doute du génie parkérien, il fallait… Alain Tercinet et cette connaissance intime du Bird.
parker8Pour ce volume 8, « Laura », on retrouve Parker entre mars et septembre 1950. Comment fait-il pour créer continuellement ? C’est une tornade, un tsunami, un souffle bleu, libre et révolté qui pousse compagnons de sa route, musicien(ne)s et auditeur(e)s vers le soleil, vers les cieux pour atteindre une autre dimension, un autre univers. Cet homme est un boulimique de musique, de nourriture, de drogues et, tout simplement de vie, de naissances à répétition. Il arrive, à chaque fois, à éviter la répétition. Continuer la lecture →

L’économie française en 2015

Stagnation ou dépression

Le gouvernement français table, dans son projet de budget pour 2015, sur une croissance de 1%. Soit, dans tous les cas de figure, une très faible augmentation des richesses produites. Cette hausse ne permettra pas de baisser le nombre de chômeurs. Si elle a lieu…
Les estimations de croissance du PIB, pour 2014, tournent autour de 0,4% sans tenir compte des incertitudes géopolitiques, « les nouvelles guerres », ni des risques d’éclatement des « bulles » spéculatives diverses qui se sont construites dans la plupart des pays capitalistes développés, à commencer par la Grande-Bretagne, grâce à la création monétaire sans frein. Continuer la lecture →

Quinzième festival villes des musiques du monde.

Musiques et mémoires.

ville sdes musiques du monde, 15eCe festival a une volonté : faire découvrir tout à la fois, des lieux – ici « Congo square », une place de la Nouvelle Orléans -, des musiques pour faire œuvre de mémoire. Ce travail de mémoire est fondamental. Il faut savoir retrouver le passé pour construire un avenir. Si les musiques veulent se régénérer, elles se doivent de déterminer leur parcours. Continuer la lecture →