Marjolaine Reymond en Aphrodite ?

Poésie et musique ? Quel ménage !

Marjolaine Reymond n’est pas une inconnue, mais reste trop souvent ignorée. Elle se veut à la fois chanteuse, vocaliste serait peut-être plus juste, compositeure et créateure d’univers. Elle se refuse à considérer des frontières entre musique contemporaine – elle a chanté Berio, Stockhausen, Kagel, Cage eux-mêmes influencés par le jazz -, jazz et la simple musique des mots, la plus difficile à atteindre. André Breton rêvait d’une fusion entre poésie et musique pour atteindre d’autres cieux, les plus inaccessibles. Continuer la lecture

Nouveautés en jazz, octobre 2013

Rencontre de mondes sous le signe de la révolte.

Hubert Dupont – on dirait un pseudo -, contrebassiste de jazz, chercheur de musiques qui pourraient représenter l’esthétisme d’un 21e siècle en panne de grandes créations collectives. Les utopies de transformation sociale ont disparu du paysage emportées par le tsunami postmoderne.

Le jazz lui-même, et pour la première fois de sa relativement courte histoire, se trouve englué dans la redite. Il fallait en sortir. Les musiques dites du monde – disons plus exactement les autres cultures dont la culture arabo-andalouse riche d’une tradition millénaire – peuvent représenter une porte de sortie qui pourrait être une entrée vers de nouvelles structures. Renaud Garcia-Fons – tiens, un autre bassiste – regarde aussi de ce côté.

Hubert Dupont a décidé de célébrer les noces du jazz – dont il conserve la forme – et des révolutions arabes qui, même si elles marquent le pas, retournent en arrière, en Égypte, en Tunisie, ont quand même changé la face du monde.

Pourront-elles changer le visage de ce siècle nouveau qui a toutes les couleurs du gris ? C’est le pari qu’il voudrait relever avec ses compositions réunies dans cet album Jasmin, les couleurs de cette révolution.

Il s’est entouré de Naïssam Jalal à la flûte, de Youssef Hbeisch aux différentes percussions pour couleur cette couleur singulière, de Nelson Veras à la guitare, plus vigoureux qu’on ne pouvait s’y attendre et de Denis Guivarc’h au saxophone alto qui montre ce qu’un Breton se doit d’attendre de ces rencontres de culture. Le tout est une musique qui doit beaucoup aux rythmes de cette musique arabe d’aujourd’hui et de toujours. Le jazz vient donner un supplément de pulsation sans changer fondamentalement la donne. Dans son genre, c’est une réussite.

Nicolas Béniès.

Jasmin, Hubert Dupont, Ultrack.

Attention : Concert de sortie de l’album, mercredi 9 octobre 2013, à 21 h, au Studio de l’Ermitage, 8 rue de l’Ermitage, Paris 20e

Aspects de la guitare contemporaine, en jazz (?)

Où est passé Chet Baker ?

Joe Barbieri est guitariste et un peu vocaliste. Pour le 25e anniversaire de sa mort, il a voulu rendre hommage à Chet Baker. « Chet Lives », titre de cet album. Pour le rendre vivant, il faut un peu le bousculer. Le meilleur hommage est celui qui refuse toute copie.

Giuseppe – c’est son prénom – est né à Naples en 1973 et a dû entendre parler du séjour mouvementé de Chet en Italie. Cette histoire a été racontée dans un livre paru en 2004, « Un été avec Chet », signé par Massimo Basile et Gianluca Monastra (traduit en français par Clément Baude, Galaade éditions). Continuer la lecture

Autour de quelques nouveautés en jazz

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L’actualité discographique autorise une sorte de cartographie lunaire du jazz, des jazz peut-être…

Du funk ? En voilà !

Nils Landgren, tromboniste suédois a constitué un groupe, « Funk Unit », au titre explicite, mêlant rap et une forme de jazz portée, en leur temps, par les « Crusaders ». Référence revendiquée. Il a invité, sur cet album « Teamwork », deux des créateurs, Joe Sample, piano et claviers (ici au Rhodes, un instrument bavard qui fait des dégâts… Mais que Joe sait dompter) et Wilton Felder, saxophone ténor. Dans ses albums précédents, il avait déjà joué avec ces musiciens. L’autre influence se trouve chez James Brown et les musiciens qui s’en réclament – ils l’ont accompagné – Maceo Parker et surtout Fred Wesley à qui Nils fait penser. Ils jouent du même instrument !Une musique dansante, sans état d’âme et qui atteint son but. Si vos invité(e)s restent assis(e)s c’est qu’ils et elles sont malades…

Nicolas Béniès.

« Teamwork, Nils Landgren Funk Unit, ACT distribué par Harmonia Mundi. Continuer la lecture

Impressions de Jazz Sous les Pommiers, 4 – 11 mai 2013, 32e édition.

Un bon cru

Sur le terrain de la fréquentation, un succès. Beaucoup de concerts complets, beaucoup de monde. Logique, conjonction du 8 (mercredi) et de l’Ascension (le jeudi 9) ont permis une affluence souhaitée après les pluies de l’an dernier et un déficit important. Cette année, le temps, sans être réellement printanier – plutôt primesautier – n’a pas mis trop de sable dans les rouages. Même ma conférence sur « lorsqu’une chanson française devient standard du jazz, que reste-t-il de nos amours »1 a vu une affluence « normale », entre 30 et 40 personnes et ce, un vendredi à 15h30 alors que le festival brillait de tous ses feux. Certains étaient venus – comme ce photographe dont je ne connais pas le nom – pour fermer les yeux, goûter à d’autres cieux que ceux du travail à faire. C’est vrai que les photographes ont de moins en moins la vie facile, restriction des temps – 10 mn au début -, surveillance tatillonne, obligation de se justifier à tout moment et, last but not least, aller de concert en concert pour ne pas rater le moment où ils et elles peuvent « faire » leur métier. La pression, le stress est partout. Continuer la lecture

Nouveautés jazz, les saxophonistes

Nouveautés jazz, via les saxophonistes.

Céline Bonacina, saxophoniste baryton pourrait passer pour un oxymore. Un si grand saxo pour une petite bonne femme. Les clichés ont la vie dure. Les musiciennes de jazz, et ce depuis que le jazz existe, ont pratiqué tous les instruments. La voir jouer de ce merveilleux instrument est un plaisir sans partage. Elle a de l’énergie à revendre. Elle a su écouter et digérer l’art particulier de Hamiet Bluiett pour devenir elle-même. Pour cet « Open Heart » – une sorte de devise, un cœur et un esprit ouvert, ne rien s’interdire, pour créer – elle est en compagnie de son batteur habituel, Hary Ratsimbazaty et de Kevin Reveyrand à la basse électrique plus des invités, Himiko Paganotti, vocaliste, Pascal Schumacher vibraphoniste et Mino Cinelu, percussionniste un peu perdu de vue ces derniers temps. Continuer la lecture

Nouveautés en jazz, les pianistes

A travers les nouveautés en jazz, via les pianistes.

Ludovic de Preissac a constitué un sextet qui devient septet avec le rajout du saxophoniste Sylvain Beuf en deux plages, pour donner vie à ses compositions qui baladent l’auditeur du Sénégal – « Ouakam’s Trip » – à Troyes – « Et de trois, on n’y revient » – , la ville d’élection du pianiste en passant par un portrait d’une photographe, « Alexia », la gamme pentatonique, celle du blues, le gospel, la salsa… pour indiquer l’éclectisme des références et la volonté de « coller » toutes ces cultures. La synthèse est plus difficile. Elle n’est pas encore à l’ordre du jour. Le « bebop » dans son vocabulaire est ici présent – le premier thème « Ouakam’s Trip » démarque très largement une composition connue du be bop -, comme l’influence des grands pianistes de la période dite « hard bop », celle marquée par Bobby Timmons ou Wynton Kelly. Il faut écouter le saxophoniste Michaël Cheret, le trompettiste Michel Gontard et le tromboniste Michaël Joussein pour comprendre le titre de cet album inscrit dans notre air du temps, « L’enjeu des paradoxes ». La démonstration s’organise dans les oppositions apparentes sans tenter de les organiser en une nouvelle manière de construire un autre rapport aux traditions. Les jazz affirment leur présence.

« L’enjeu des paradoxes », Ludovic de Preissac, Frémeaux et associés.

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Nouveautés jazz (2)

 

Renouveau du troisième courant.

Le sous titre de cet album, « Amadeus & the Duke » m’a fait irrésistiblement penser à Boris Vian qui vouait une admiration éperdue (et justifiée) à Duke Ellington – il faut se souvenir que « L écume des jours » est construit sur des compositions du Duke – et qui affirmait « Mozart m’emmerde » (c’est aussi quelque fois justifié). Raphaël Imbert, saxophoniste, clarinettiste basse et un peu pianiste a voulu les réunir. « Heavens », c’est le titre de cet album. Aux cieux sans doute le Duke, toujours habillé avec soin, a rencontré celui qu’on présente comme débraillé, Mozart. Il n’est pas sur que leur rencontre n’ait pas été exempte d’une certaine rancœur ou compétition. Tous les deux avaient le souci de la performance. Une bien bonne chose contrairement à ce que disent beaucoup de bien-pensants. Et Boris Vian était passé par-là, bien sur qu’il aurait mis un peu d’huile sur ce feu. Pour dire que les collages ne sont pas aussi faciles qu’il le semble au premier abord. Continuer la lecture