Nouveautés jazz janvier 2013

Mélanges

 Quand Sonny Rollins rencontre les compositeurs français

Lionel Belmondo, saxophoniste ténor et flûtiste, a voulu suivre la voie ouverte par Sonny Rollins en 1957 en construisant un répertoire pour trio, saxophone, contrebasse (Sylvain Romano) et batterie (Laurent Robin). Un format difficile qui demande à chaque musicien un engagement total et au leader un sens de la construction et de l’imagination pour éviter les pièges de l’ennui, de la répétition et de l’inutilité d’un tel pari. C’est un pari, et même risqué. Il s’en sort par le répertoire fait, comme le titre l’indique « Lionel Belmondo plays European Standards », de compositions de Bach, Fauré, Tchaïkovski, Shubert (il s’agit ici de Franz Peter), Chopin et même Wagner et Holst. Une manière de renouveler le matériel, de donner des idées aux musicien(ne)s pour sortir des ornières actuelles. Pourtant, le terme de « standards » ne convient pas. Le jazz utilise les airs populaires pour les transcender, les faire entrer dans une nouvelle dimension. Là, les thèmes ne sont pas connus du grand public. Continuer la lecture →

Du côté des nouveautés en jazz

Un groupe, un guitariste israélien et la suite….

Un autre retour, le groupe Quest qui avait marqué de son empreinte la fin des années 1970 et le début des années 1980. un groupe qui avait su synthétiser le free-jazz, John Coltrane bien sur, Bill Evans, Albert Ayler, Wayne Shorter, Miles Davis pour créer un « son » reconnaissable entre tous. Dave Liebman, sopraniste sans égal, une des grandes voix d’aujourd’hui, Richie Beirach, pianiste à la fois aventureux et classique, Ron McClure, bassiste conservant envers et contre tout le tempo nécessaire à la création et Billy Hart, batteur superbe, sorte de synthèse d’Elvin Jones et de Tony Williams ont construit ce quartet et une connivence résultat de longues années de pratique commune. Leur album précédent pour « out here », « Quest », faisait la démonstration de leur capacité à continuer de créer. Celui-ci a une ambition différente, rendre hommage à Wayne Shorter compositeur, grand compositeur que ce saxophoniste. Dans la production actuelle, cet album sort la tête de l’eau musicale et il continue à faire la preuve que ces quatre là ont eu raison de reconstruire leur groupe sans regarder vers leur passé glorieux – ce qui n’est pas facile notons-le en passant. Ils donnent pourtant l’impression de n’être pas totalement libre dans ces compositions qui ne font pas totalement partie de leur monde. Une des raisons c’est que la méthode de composition de Wayne Shorter, faite de glissements successifs, apparaît un peu trop. Le titre nous l’indique avec quelque humour, « Circular dreaming », un processus de rêves circulaires, une bonne définition de la musique de Wayne Shorter. Ce qui n’empêche de goûter le projet et… le groupe !

Nicolas Béniès

« Circular dreaming », Quest, Enja/Harmonia Mundi. Continuer la lecture →

Le saxophone dans deux états

Rendez-vous avec deux saxophonistes d’aujourd’hui.

Sébastien Jarrousse, au ténor comme au soprano, se situe pleinement dans la lignée du Coltrane avec son quartet historique, Elvin Jones, batteur, McCoy Tyner, pianiste, Jimmy Garrison, bassiste. Influence matinée – patinée ? – de celle de Wayne Shorter comme l’indique le titre de l’avant dernière composition qui clôt cet album. Sans imitation servile, simplement la reconnaissance d’une esthétique. Il fait la preuve, avec son quartet, qu’il est possible de creuser cette voie et de trouver sa voie. Il tombe un peu moins du côté du hard bop que dans ses enregistrements précédents. Continuer la lecture →

Jazz, des coffrets nécessaires.

Deux géants un peu trop ignorés.

Les hasards de l’édition, ou volonté délibérée ?, deux géants du jazz bénéficient d’une édition dans la collection « The quintessence » que dirige Alain Gerber aux éditions Frémeaux et associés. Dans l’imagerie des passionné(e)s de jazz, ils apparaissent comme situés sur des planètes différentes, « Cannonball » Adderley, saxophoniste alto, et Bill Evans, pianiste. L’un et l’autre ont su s’imposer sur la scène du jazz et, à leur manière, ils ont contribué à la révolutionner dans cette fin des années 50. Ils ont été à la fois éclipsés par l’ombre porté du génie hors norme de ce temps, John Coltrane qui les a influencés, tout comme il a subi leur influence. Tous les trois ont fait partie de ce sextet qui marque l’année 1959 via la réalisation de cet album, chef d’œuvre d’entre les chef d’œuvre, « Kind of Blue » – voir « Le souffle bleu » pour plus de détails -, sous la direction de Miles Davis et direction convient bien, même si Bill Evans a beaucoup travaillé les compositions qui, pour certaines d’entre elles, portent son empreinte, en particulier ce « Blue in Green » que Alain Gerber a repris dans ce double album consacré à Bill. Continuer la lecture →

Nouveautés jazz, rentrée 2012 (2)

Entendre le murmure du temps…

Au saxophone ténor

Lenny Popkin, né en 1941, est saxophoniste. Ce devrait suffire pour le définir. Ajouter qu’il a fait partie des élèves de Lennie Tristano – comme Lee Konitz ou Wayne Marsh -, pianiste aveugle promoteur du free jazz à partir de la grammaire et du vocabulaire parkérien ne peut qu’ajouter au mystère. Qu’il ait constitué un groupe avec la fille de Tristano, Carol – batteure – ne peut que laisser rêveur. Pour construire des filiations imaginaires, d’autant plus fortes qu’elles sont imaginaires. Une sorte de mémoire ambulatoire comme possible délimitation du jazz. Continuer la lecture →

Des nouvelles du jazz, rentrée 2012

Comment se porte le jazz en cette rentrée 2012 ? La nouveauté – au sens fort du terme – vient du label créé par Jean-Jacques Pussiau, « Out Note Records ».

Musique d’hier et de demain.

Le changement, c’est maintenant ? Demain ?

Une réponse nous est apportée par un batteur, belge de surcroît et membre du trio (20 ans d’existence !) « Aka Moon », Stéphane Galland. Le titre de son album, « Lobi », est tout un programme, presque une philosophie. « Lobi » est un mot Lingala (langue du Congo) signifiant tout à la fois hier et demain. Une manière aussi de dire aujourd’hui, le présent fait de passé et de futur. Il propose une musique singulière faite d’emprunts à toutes les cultures – on dit « musiques du monde » dans les bacs des disquaires pour les fondre en un ensemble hétéroclite comptabilisant des biens différents – pour concevoir une musique informelle furieusement de notre temps. Il n’oublie pas que le jazz est capable de transcender toutes les influences et il s’en sert pour offrir une sorte de panorama musical qu’il sait « coller » et quelque fois « fondre » dans un ensemble déséquilibré mais qui donne l’impression de tenir debout.

Pour ce projet un peu fou, il a trouvé un producteur, Jean-Jacques Pussiau, capable de le mettre en scène et…de la publier. Continuer la lecture →

Conserver notre patrimoine

A TRAVERS NOTRE HISTOIRE TROP SOUVENT OCCULTÉE

Conserver notre patrimoine.

Le présent a souvent comme conséquence des commémorations qui visent à reconstruire un passé fantasmé. La période de l’Occupation – 1940-1944 – est très révélatrice. Dans un premier temps, elle fut purement et simplement ignorée, occultée. Tous les Français avaient été résistants à un régime du Maréchal Pétain considéré comme traître et au nazisme. Les matérialistes – ils ne sont pas nombreux – se demandaient comment ce régime avait pu survivre aussi longtemps dans un environnement hostile. Seulement par la répression ? Continuer la lecture →

Une exposition à la Cité de la Musique, un catalogue et un coffret de cinq CD, actualité de Django Reinhardt pour le 60e anniversaire de sa mort le 16 mai 1953. Il avait 43 ans.


 

A DJANGO REINHARDT, POUR L’ETERNITE

Django, un nom qui sonne comme une charge, comme un défi. Et il a dû en relever. Le premier, sa roulotte s’enflamme en 1928. Il perd l’usage de deux doigts de la main gauche alors qu’il déjà guitariste et banjoïste dans les orchestres musette. Il lui faudra réapprendre, ou plutôt apprendre à jouer de la guitare en abandonnant le banjo, sans se servir de ses doigts paralysés, l’auriculaire et l’annulaire. En naîtra une technique particulière qui ne doit rien à personne et tout à la rencontre des cultures, celle des Manouches, ces tsiganes du Nord – il est né en Belgique le 23 janvier 1910 -, et le jazz. Il racontera à Charles Delaunay, son mentor, son impresario, son producteur – le fils de Robert et Sonia avait créé le label Swing, le seul label consacré uniquement au jazz et la revue Jazz Hot -, cet éblouissement dû à l’écoute de Louis Armstrong, grâce à sa rencontre avec le peintre Emile Savitry. A son tour, il influencera touts les guitaristes et même l’inventeur du saxophone ténor, Coleman Hawkins, avec qui il enregistra. Continuer la lecture →

A propos du jazz en France, retour sur des concepts,

Modernité et identité

 

Le jazz arrive en Europe avec la fin de la première guerre mondiale. En 1917, débarque avec les troupes américaines, le premier jazz-band1, celui de Jim Europe2 Reese La diffusion de cette musique syncopée sera rapide. Elle correspond aussi à la naissance d’un nouveau type d’établissement dont le Casino de Paris sera l’emblème. En 1925, La Revue Nègre, avec Joséphine Baker – danseuse nue – et un certain Sidney Bechet dans l’orchestre, fera sensation et suscitera la levée de boucliers des « bien pensants » – comme d’habitude. Le Parlement autrichien, en 1926, délibérera sur le « cas Joséphine Baker ». Fallait-il ou non lui permettre de se produire ?3 Continuer la lecture →

Chroniques de disques de jazz

Concert de jazz chez soi.

 

L’enregistrement permet d’inviter chez soi – et même de partager avec d’autres – des musicien(ne)s de jazz. Le disque est essentiel pour la connaissance de cette musique. Pour les découvertes, il est nécessaire de passer par la case concert. Mais une fois cette case remplie, les échos de cette musique vivante se trouve cristallisés dans la galette que vous prenez en mains, qu’elle soit vinyle ou CD. Quitte à être qualifié de ringard, je déconseille fortement le MP3 qui écrase le son. Il faut de l’espace pour que vive la musique, pour qu’elle prenne de l’ampleur. Sinon, l’auditeur a l’impression d’entendre toujours la même chose… Continuer la lecture →