Jazz accompagné

Jeux de rencontres

Un groupe qui prend comme nom « Golan » ou « Al Joulan » en arabe fait clairement référence à ces populations syriennes et druzes habitant sur le plateau pour affirmer, quelle que soit l’intention de l’auteur, le bassiste Hubert Dupont en l’occurrence, une volonté de rendre visible ces Palestiniens dont les droits sont, chaque jour, bafoués.
Cette intention ne dit rien de la musique. Hubert Dupont a voulu composer une musique hybride qui tient du jazz pour permettre la créativité des musicien-nes qu’il a choisi et qu’ils l’ont choisi.
Haïfa est une curieuse ville même pour Israël. Les ports sont toujours plus ouverts au monde que les villes de l’intérieur. Celui là a joué un rôle dans la route de la soie qui passait par Samarkand et Boukhara. Le brassage de culture est important, entre ces israélien-nes, palestiniens, druzes… qui se revendiquent de la religion chrétienne pour simplifier. La ville est à l’image de ce Moyen Orient en train de sombrer.
Visiter Haïfa la nuit, comme le propose le compositeur est un enchantement. La nuit surgit les musiques, les rythmes entremêlées de ces cultures cousines qui n’arrivent pas à se reconnaître le jour. Les oppositions deviennent des fantômes incapables de s’imposer. Ils reviendront dés le jour levé… Continuer la lecture →

JAZZ en fonds sous marins bretons

La Bretagne comme si vous y étiez…

Deux compositeurs ou metteurs en images se partagent cet album qui se veut tout autant une ode à la Bretagne, terre de naissance et au jazz, à l’enfance disparue et à la musique de demain sinon d’aujourd’hui. Guy Le Querrec, photographe de jazz bien connu – qui expose -, habille le livret de ses descentes dans les paysages comme les visages pour illustrer une mémoire d’un passé présent tandis que Christophe Rocher met en musique, pour son groupe Nautilis, la même volonté d’une construction mémorielle pour exprimer le présent en l’ouvrant à toutes les perspectives d’avenir.
Un mélange qui ne pouvait qu’ouvrir la porte aux jeux sur les mots et les réminiscences de ces comptines qui fabriquent les madeleines de tout enfant, à commencer par le titre de l’album : « Regards de Breizh », un regard qui se construit aussi par l’écoute.
Une musique qui se veut résolument de notre temps à la fois mélancolique – la mort d’un passé qui laisse quelques traces – et la vision d’un avenir non encore déterminé. La Bretagne comme il faut la voir et l’entendre. Sans oublier les influences de Portal, Sclavis et de beaucoup d’autres. Le jazz comme on l’aime avec sa tradition, sa mémoire toujours bouleversées pour les garder vivantes, pour éviter de les enfermer dans un panthéon.
Nicolas Béniès.
« Regards de Breizh », Ensemble Nautilis/Christophe Rocher-Guy Le Querrec, Innacor Records

JAZZ, un art du duo

Pigeon, vole !

14494860_1223134427761319_5594691557829475587_nL’art du duo est compliqué. Il faut pouvoir s’affirmer tout en écoutant l’autre sans répit. La moindre faille et c’est l’atterrissage forcé dans des conditions difficiles avec le risque de l’écrasement. Lorsque « ça » plane, c’est la réussite. Il arrive que l’auditeur, le troisième nécessaire dans ce couple dont l’écoute fait vivre une fois encore la musique, en vitesse de croisière décroche ou se plonge dans d’autres univers. Pour lutter contre la somnolence qui gagne le voyageur de tout transport aérien, le duo est obligé de s’engager au-delà de ses propres forces.
« Volons » est le credo de cet album du duo composé de Julien Soro, saxophoniste alto – cet instrument de cirque dont le jazz a fait un instrument de l’élite – et Raphaël Schwab, contrebassiste. Dépassons les catégories, allons voir là bas, plus haut si ne se profile pas le Bird en train de musarder ou d’autres musiques tout aussi vénérables ou jeunes de manière à construire un autre monde, une autre manière d’entendre.
La comédie musicale rencontre le tango qui se marie avec la valse, sans oublier les autres musiques arabo andalouses et celles dites contemporaines. Le jazz sublime toutes ces facettes pour cette musique qui veut tournoyer dans l’air d’un temps trop souvent barbare pour apporter un brin de fantaisie et d’ouverture vers les autres.
Répondons à l’appel : volons !
Nicolas Béniès.
« Volons », Schwab/Soro, Neu Klang, rens. www.neuklangrecords.de

JAZZ

L’art du trio

0008172263_10Le trio saxophone/Basse/batterie a connu ses heures de gloire avec Sonny Rollins, Joe Henderson, Warne Marsh et quelques autres. Comment le renouveler ? Comment ne pas répéter ce qui s’est déjà fait et de manière tellement aboutie.
Il faut prendre des chemins de traverse sans oublier le passé. Faire jouer les mémoires en même temps que la musique, c’est une des leçons importantes du jazz, pour faire surgir autre chose, des combinaisons originales. Jérôme Sabbagh, saxophoniste ténor et soprano, Allison Miller, batteur et Simon Jermyn, bassiste électrique s’y essaient se servant de leurs arrière-fonds culturels différents dans le creuset que représente encore New York pour le jazz. Le premier vient de France, le deuxième de Washington D.C., la capitale et le troisième d’Irlande et le tout veut faire « maigre » – « Lean » le nom aussi du management actuel qui veut supprimer la mauvaise graisse soit le nombre de salariés – pour provoquer, avec le peu de notes nécessaires mais des rythmes étranges, l’émotion et embarquer l’auditeur vers d’autres rivages. Le dernier thème, « Fast Fish » fait référence à la baleine blanche, « Moby Dick » et à Melville pour se situer dans la quête du Graal, de l’utopie de la fraternité. Plus encore aujourd’hui qu’hier. Sans oublier les réminiscences de cette cornemuse tout autant écossaise qu’irlandaise. Continuer la lecture →

JAZZ et jazz

Une rencontre inespérée.

1473061932824Émile Parisien devrait faire attention. Il est trop sollicité. La création s’use à force de trop s’en servir. Pourtant ce nouvel album, « Sfumato », tient de la réussite. Par la présence de Joachim Kühn, pianiste mais aussi pourvoyeur d’idées, de mises en place décalées et recalées. Du coup, tout le monde – Manu Codjia, guitariste, Simon Taileu, contrebasse et Mario Costa, batteur dans la lignée de Daniel Humair ici peut-être à cause de Joachim – trouve sa place. Les invités, Vincent Peirani à l’accordéon qui n’oublie pas qu’il a réalisé des duos avec le saxophoniste et Michel Portal à la clarinette basse apportent ce qu’il faut à l’atmosphère étrange de cette suite divisée en trois parties, en forme de musique de films noirs, « Le clown tueur de la fête foraine ».
Un des albums qu’il faut écouter en cette rentrée.
Nicolas Béniès.
« Sfumato », Émile Parisien quintet, ACT distribué par Harmonia Mundi.

JAZZ et musiques de la Syrie

Pour la liberté !

pochette-almot-jpeg-768x669La Syrie est sous les bombes. Encore et encore… L’opposition démocratique a fait sienne ce slogan, la mort plutôt que l’humiliation, « Almot Wala Almazala » dans l’original et qui sert de titre à cet album. La musique de la flûtiste franco-syrienne, Naïssam Jalal et son groupe « Rhythms of Resistance » – Mehdi Chaib saxes, Karsten Hochapfel, guitare et violoncelle, Matyas Szandai, contrebasse, Arnaud Dolmen ou Francesco Pastacaldi à la batterie – veut s’inscrire dans ce combat. Les compositions mêlent adroitement airs du Moyen-Orient, fulgurances du free jazz – totalement adaptés à l’évocation de ces assassinats collectifs – et jazz plus ou moins déjà entendus. Mehdi Chaib sait se servir de toutes ces traditions pour construire ses improvisations en contre point à la violente douceur de la flûte.
Elle ne trouve pas « la touche pause de son cerveau » pour rendre leur place aux martyrs de la révolution syrienne et à Alep tout en voulant construire un monde fraternel dans cet enfer qu’est devenu ce pays au centre des bouleversements géopolitiques.
La référence à Daniel Bensaïd est bien trouvée comme cet oxymore – celui de Daniel – « une lente impatience »…
Peut-être à cause de la guerre elle-même et de ces bombardements incessants, la musique manque quelque fois sa cible en étant par trop répétitive. Il n’empêche, cette musique, cette flûtiste, le groupe se doit d’être entendu.
Nicolas Béniès
« Almot Wala Almazala », Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance, Les couleurs du son, distribué par l’autre distribution

le JAZZ comme synthèse

Une musique émancipée ou qui émancipe?

illust1_zUn groupe qui s’appelle « Free Human Zoo » et qui se permet de pratiquer l’oxymore : un zoo en liberté est-ce un zoo ? Est-on en liberté dans un zoo ? ne peut pas être fondamentalement mauvais ou alors il n’y a plus de morale. Qui intitule son album « Freedom, Now » comme une référence à Max Roach et à son album Candid des années 1960 affichant cette revendication qui s’inscrit dans le combat général pour l’émancipation, se doit de composer une musique à cette hauteur. Une hauteur d’homme pour raconter des « petites » histoires qui ne font pas forcément la grande mais savent parler des émotions.
Quatre suites se partagent cet album, dédié à un instrument, à la passion, à Aldo Romano – ce printemps que tout le monde se devrait de connaître – et « à nos chers petits disparus » pour embarquer l’auditeur dans un voyage dans toutes les musiques, entre rock et jazz principalement sans éviter les autres pour les inclure dans un maelström qui vise à briser les cloisons habituelles, à éviter le catalogue et la mise dans des cases. Une musique mécanique quelque fois comme une évocation de Carla Bley ou des baloches d’antan. Une musique ouverte sur le monde, un monde en train de basculer qui devrait autoriser toutes les expérimentations y compris les plus folles. Le risque de rater le coche est, de nos jours, de plus en difficile et la création de plus en plus risquée. Continuer la lecture →

JAZZ et la musique de Berlin

Du Kapital à l’Internationale.

das-kapital-eisler-explosionDas Kapital est, normalement, un trio. Daniel Erdmann aux saxophones, Hasse Poulsen à la guitare et Edward Perraud à la batterie explosive, construisent une musique qui sait parler de mémoires, la mémoire des grands compositeurs de Berlin dont Hanns Eisler notamment mais aussi celles du jazz – les deux ayant partie liée si l’on repense à ces années 20 et 30 – pour se créer une place originale. Les entendre est non seulement un plaisir mais aussi un questionnement sur notre monde bizarre, en passe de basculement comme celui des années 30 justement.
En 2013, le trio tentait une expérience inédite, rencontrer un grand orchestre, le Royal Symphonic Wind Orchestra Vooruit pour célébrer le 100e anniversaire du bâtiment Vooruit construit en 1913 par la « coopérative socialiste ». Neuf compositions de Eisler ont été arrangées pour trio et grand orchestre et le résultat est là : rendre vivante une musique issue de Schönberg – Eisler fut son élève – et des luttes de la classe ouvrière. Eisler a participé aux expériences de Brecht d’un théâtre de combat.
Le tout se termine avec l’évocation de l’Internationale composée par Pierre de Geyter, un natif de Gand… Ne passez pas à côté, ce serait dommage. Cette musique sait parler. Elle suscite des vagues de mémoire qui servent de points de repères. La génération d’aujourd’hui qui ne connaît sans doute pas ces thèmes – ce « United Front » est important pour ce qu’il représente – devrait se plonger dans cet album.
Nicolas Béniès.
« Eisler explosion », Das Kapital, Das Kapital Records, L’autre distribution

A propos de la « Beat Generation »

Retour d’expo, traces discographiques et littéraires.

Beaubourg a proposé une exposition sur la « Beat Generation ». Pas totalement réussie, elle avait pourtant le mérite de remettre dans l’actualité ces écrivains et poètes. Une « génération » qui fait partie de notre patrimoine ne serait-ce que par la création du terme « Beatnik » pour signifier une profonde révolte de la jeunesse face à cet ordre dit « établi » qui brisait tous les élans créatifs et d’espérances d’une vie moins routinière. Ce terme, qui a marqué la fin des années 1950, marquait une nouveauté, la place des « teens », des ados. Ces années 1950s verront l’avènement du rock, que les amateurs de jazz ont trop souvent rejeté sans comprendre la révolte dont il était porteur. Elvis Presley en sera la figure tutélaire. Il ne rejetait ni le blues, ni la « country » mais en faisait une dialectique pour construire une nouvelle voie. La mémoire du futur s’assoit sur celle du passé…
Les termes ensuite évolueront pour figurer des changements, changements de forme. Il sera question, plus tard et dans le contexte des mobilisations contre la guerre du Vietnam, de « Hippie ». Comme le note Alain Blum dans le coffret Frémeaux, « Beat Generation, l’anthologie musicale », on avait aussi, dans les ghettos noirs, de « Hep Cat » ainsi que, dans cette jeunesse débridée, de « Hipsters ». Il fallait dans cette fin des années 30 – il faut entendre Cab Calloway inventeur du « Za-Zu-Za » qui donnera « Zazous » – « être hip » pour être dans le coup.

Un duo emblématique
Le groupe, le duo, emblématique de cette fin des années 30 est celui constitué par Slim Gaillard et « Slam » Stewart, bassiste chantonnant à l’octave de son jeu d’archet cependant que Slim s’active principalement à la guitare mais aussi au vibraphone, au piano, aux saxophones… Continuer la lecture →

Pontoise le 27 septembre 2016

Pour cette deuxième séance autour du cinéma, du jazz et de la comédie musicale…

220px-hellzapoppin_movieAprès « Stormy Weather », suite de superbes numéros joués uniquement par des Africains-Américains, c’est au tour de « Hellzapoppin' », Hell pour enfer, un terme qui est suggéré mais jamais prononcé. La censure a failli interdire le film pour cette raison. Le succès de la comédie musicale à Broadway, 1404 représentations, un succès – le moyenne dans ces années 1930, 30 représentations – qui tient au duo comique Ole Olsen et Chic Johnson. Ils tiennent le haut du pavé dans ces années là.

Drôle d'affiche

Drôle d’affiche

Le film, sorti le 26 décembre 1941 – au moment même de l’entrée en guerre des Etats-Unis après Pearl Harbor, marquera le zénith et la fin de la carrière du duo. Après la guerre, il sera remplacé par celui formé par Abbott et Costello. Pour la petite histoire qui marque cette période qui s’ouvre après la seconde guerre mondiale et se clôt à la fin des années cinquante, Charlie Parker mourra chez la baronne Nica en regardant un sketch de Abbott et Costello.
Encore une autre histoire, qui fait rire – un peu jaune mais bien dans la lignée du film -, En 1942, l’Academy Award – les récompenses pour les meilleurs « nominés » – décerne le prix du « Best Song » – la meilleure chanson – à « Big Foot Pete »… qui a été coupée au montage, Universal décidant qu’elle allait figurer dans une autre production, « Keep ‘Em Flying », de la même époque, de Abbott et Costello… Une manière de marquer la page…
Ole Olsen par terre et Chic Johnson debout à droite.

Ole Olsen par terre et Chic Johnson debout à droite.

Le film ne fait aucune référence à la guerre. Logique en fonction de la création de la
Ne pas oublier Martha Raye... Superbe danseuse et burlesque...

Ne pas oublier Martha Raye… Superbe danseuse et burlesque…

pièce dans le milieu des années 30. Par contre les citations de « Citizen Kane » se multiplient. Il faut dire que Olsen et Johnson sont des proches amis de Orson Welles. Comme le comédien Gus Schilling – qui interprète le chef d’orchestre, un virtuose…du comique facial, dans la lignée des grands artistes du « Vaudeville » et du cinéma muet.
hellzapoppin-film-images-192d8422-28ed-487c-a022-f85bd76e640Nous sommes au cinéma. Pas vraiment un scoop. Mais du cinéma dans le cinéma, ce n’est pas commun. Comment construire un scénario ? Quels en sont les ingrédients ? Pas seulement des gags, dit le réalisateur, mais aussi une histoire d’amour. Il faut une histoire d’amour… Elle sera court-circuitée continuellement, avec un art de l’ellipse plein de références aux autres comédies musicales. Pour s’en rendre compte il regarder « Singin’ in the rain », de 1952, dans lequel Stanley Donen et Gene Kelly rendent hommage à ces comédies musicales. C’est le même effet de reflet mais considéré autrement. Il faudrait comparer les deux versions. D’autant que la guerre est passé par là. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
le spectateur est trimballé dans les endroits où se fait le cinéma. Dans les coulisses, dans la salle du projectionniste, personnage essentiel pour faire voir – dans tous les sens du terme – le film en train de se parcourir. Discussion autour du scénario, projection qui fait place à une autre projection, une mise en abyme en quelque sorte, d’un film qui se regarde filmer… Une mise à distance qui permet le rire.
Utilisation de la magie. C’est la grande époque de ces magiciens qui font disparaître et que la magie du cinéma rend non crédible.
En même temps, le spectateur qui n’en peut mais est pris à partie ou comme témoin. La distance précédente se traduit par des interjections pour réveiller l’attention, mettre l’accent sur le non sens.
Un des échos de cette même époque se trouve dans l’œuvre d’Adolfo Bioy Casares, « L’invention de Morel » (paru en 1940) qui fait du cinéma non seulement une représentation de la vie mais la vie elle-même par un dialogue amoureux entre le spectateur et la comédienne principale. Une histoire d’un amour fou mais aussi une manière de lutter face à la solitude et à la mélancolie tout en barrant la route à la vieillesse et à la mort.
La séquence de la danse

La séquence de la danse

Ce film, dans la lignée de ceux des Marx Brothers, des comédies musicales est une sorte de quintessence de ce cinéma devenu parlant à la fin des années 20. Le « chanteur de jazz » où le jazz ne fait aucune apparition – nous sommes, comme souligné la semaine dernière – à l’âge du jazz – est un des premiers films parlants pour les séquences chantées par Al Johnson, un fils de « Cantor » – dont « Swanee »…
Les jeux de mots, les références sont multiples et ont des origines diverses. On ne comprend pas tout. Mais ce « non sens » a eu des descendances françaises avec Pierre Dac et Francis Blanche. Esprit qui se retrouvera dans « L’os a moelle ». Pierre Dac donnera des conseils et serait l’auteur de certains sous titres.

Slim Gaillard (1916-1991)

Slim Gaillard (1916-1991)

Une séquence de ce film permet de se rendre compte à la fois de la place du jazz et de la danse. Une danse qui sera copiée dans la plupart des films musicaux qui parleront du jazz. On en trouvera un écho dans le film de Scorcese « New York New York’ au début. C’est la fin de la seconde guerre mondiale et le retour des soldats ressemblent à celui de la première guerre mondiale tel que « Stormy Weather » le représente. Scorcese, qui connaît sur le bout des ongles son histoire du cinéma, y fait une référence sensible. Avec le goût supplémentaire de la mélancolie. Et un passage à la couleur et au Blanc plutôt que Noir…
Slam Stewart en 1946

Slam Stewart en 1946

Cette séquence est à noter. C’est la seule où des musiciens, acteurs, danseurs – actrices, danseuses – Noir-es envahissent l’écran, sous la conduite du duo Slim Gaillard (guitariste, chanteur, pianiste étrange, vibraphoniste, joueur de bongo suivant Jack Kerouac qui le raconte dans « On The Road », ‘Sur la route’)/Slam Steward, bassiste jouant avec un archet, fait rare dans le jazz où on joue plutôt pizzicato et il double à l’octave en fredonnant, d’où son surnom de « bassiste fredonnant », la danse acrobatique se déchaîne. Un exemple de leur succès qui influencera les rockers à commencer par Little Richard et Elvis Presley. « Flat Foot Floogie :

normajazzmen

Slam Stewart (1914-1987)

Slam Stewart (1914-1987)

Comme c’était la mode à Hollywood à cette époque – et ce sera encore le cas après la guerre avec le film « New Orleans » -, les Noirs sont domestiques et habillés comme tel. La cuisinière sera Norma Miller, le cuistot trompettiste en l’occurrence cornettiste de l’orchestre de Duke Ellington, Rex Stewart – sans lien de parenté avec Slam, le batteur CC Johnson… Au départ, raconte-t-on, le corps de ballet devait danser sur « Jumpin’ at the Woodside » – l’orchestre de Count Basie – mais il y aurait eu un refus à cause des droits. Ce serait l’orchestre de studio de Universal qui serait entendu dans le film.
Le titre « Hellzapoppin' » pourrait signifier « Hell in poppin' », l’enfer s’éclate. Plus logiquement, à mon sens, c’est le nom de la danse débridée que donne les danseurs et danseuses dont Norma Miller.
norma_millersUn mot sur la danseuse Norma Miller qui, à 93 ans, continue une sorte de carrière. Elle fut surnommée « Queen of Swing » dans ces années là. Elle faisait partie du groupe de danseur-es du « Whitey’s Lindy Hoppers », engagée par le créateur du groupe et chorégraphe Herbert « Whitey » White – même s’il était Noir.
Nicolas Béniès.

Compléments :
D’abord sur le groupe de musiciens non crédités au générique.
Slim, Slam – personne à ma connaissance disait le bassiste chantonnant un octave au-dessus de son jeu à l’archet, ne se prénomme comme ça -, Rex Stewart, comme noté dans le texte ci-dessus, trompettiste/cornettiste chez Duke Ellington mais CC Johnson est en fait Sonny Greer, le batteur/percussionniste de ce même orchestre Ellington qui a eu une influence plus importante que la plupart des critiques ne l’ont vu abusés par sa manière de jouer en public, démonstrative, utilisant différents objets – à la mode aujourd’hui – et par les enregistrements qui ont du mal à saisir ces instruments étranges qui ont longtemps résisté à l’enregistrement -; le clarinettiste est un virtuose de l’instrument Buster Bailey; Vic Dickenson est le tromboniste, élégant, raffiné, rustique quelque fois il est le grand oublié de cette histoire spécifique pour le jazz du trombone à coulisse.

Nous avons suivi, difficilement – le dieu de la technologie n’était pas avec moi – le chemin tracé par Slim Gaillard qui fut l’un des héros de « In The Road » de Jack Kerouac. A travers Dean, Jack décrit l’aura de guitariste, pianiste, vibraphoniste et joueur de bongo…

Nous avons écouté le premier succès de Slim & Slam, en 1938, Flat Foot Floogie

Le deuxième succès, non écouté, Tutti Frutti, toujours en 1938

Le 22 avril 1946, Slim enregistre un chef d’œuvre, Opera in Vout

En 1945, ce « slim’ jam » avec Bird and Diz

Cette même année 1945, le chef d’œuvre, Koko, une composition de Charlie Parker, avec Diz

Et, pour finir Leo Watson avec le Vic Dickenson septet, 1946

et ce Laughin’ in rhythm (1952) qui a influencé Henri Salvador