Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Continuer la lecture

Jazz. En direct du Brésil

Tromboniste et Carioca, Raul de Souza, entre samba et jazz.

RaulRaul de Souza est né en 1934 à Rio de Janeiro. Il a donc 81 ans. Il part, une fois encore, sur les routes pour une tournée internationale sur la base des compositions de cet album, « Samba jazz » toutes de sa plume. Ce trombone à coulisses est un curieux instrument. Il sonne fortement les temps dans ses premières années à la Nouvelle-Orléans – il faut entendre Kid Ory figure importante du style « tailgate » – pour s’émanciper via Jack Teagarden ou Dickie Wells et devenir un soliste sans attache par la grâce de Jay Jay Johnson.
Raul de Souza connaît visiblement cette histoire. Son trombone sait se faire mémoire du jazz en y mêlant celle de la samba, de la bossa nova, de l’air respiré à Rio. La poésie, la grâce de Jobim, les mots de Vinicius de Moraes se retrouvent en train de jongler avec la dureté, la hargne, la colère de Sonny Rollins et du jazz en général.
Dans cet album, « Brazilian Samba Jazz », il permet aussi de découvrir des musiciens de la génération d’aujourd’hui qui lui donnent la réplique dans ce dialogue intergénérationnel nécessaire pour permettre au patrimoine de vivre avec de nouvelles couleurs.
Pourtant, à vouloir un peu trop jouer sur la nostalgie et les ballades les compositions n’arrivent pas à de détacher les unes des autres. Un peu plus de violence, de révolte ouverte – le trombone est l’instrument pour ce faire – n’aurait pas desservi le propos. Cocktail qui aurait permis de se rendre compte que coller jazz et samba n’est pas une sinécure surtout lorsqu’il s’agit de tempo.
Ces réserves ne doivent pas empêcher d’entendre ce musicien et ses compagnons qui expriment un aspect de la réalité culturelle. Il faut ajouter qu’un label qui a décidé de s’appeler « Encore Merci » ne peut pas être fondamentalement mauvais…
Nicolas Béniès.
« Brazilian Samba Jazz », Raul de Souza, Encore Merci distribué par Rue Stendhal

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Continuer la lecture

JAZZ, Les aventures de l’Oiseau se poursuivent

Parker 11e (clap de fin 1952)

Intégrale Charlie Parker volume 11A l’écoute de ce coffret, le 11e donc que consacre Frémeaux (et surtout Alain Tercinet), « This Time the Dream’s on Me » aux aventures de Charlie Parker, Bird, deux évidences s’imposent. La première est connue et je ne fais que la rappeler tellement elle pourrait s’oublier, le Bird est la figure du génie de ce 20e siècle. Un génie de grande envergure. Une fois encore – je me répète, je le sais bien – Julio Cortazar, dans « L’homme à l’affût », avait saisi la singularité du créateur et de celui-là en particulier. La deuxième évidence en découle. Elle se trouve aussi chez Cortazar. Le temps avec Parker se distend, s’étend, se transforme, s’accélère. Né à Kansas City en 1920, il s’impose en 1945 sans contestation possible. L’éclosion d’un génie déjà sur de ses possibilités et capacités. Son champ s’élargit. Il s’envole. L’enthousiasme, l’allégresse de la découverte baignent les enregistrements.
En 1952, là où nous amène ce volume, c’est déjà la fin de cette jeunesse. L’art de Parker se stabilise. Devient adulte. Les envolées sont plus maîtrisées. Il s’impose. Personne, à cette époque, n’est capable de le suivre dans les stratosphères où il a pris position. Il a des émules, des suiveurs, des copieurs. Il suscite des réflexions mais aussi la nécessité de définir de nouveaux territoires, lunaires et ensoleillés, là où il ne règne pas. Miles Davis, absent pendant cette année essaiera, à partir de 1954, de fréquenter d’autres contrées. Continuer la lecture

Jazz, Volume 2 de la collection Quintessence consacrée à Sonny Rollins pour les années 1957-1962

Sonny Rollins, l’inclassable new-yorkais

Sonny Rollins 2 Fremeaux.Walter Theodor – pour l’état civil – Rollins est l’une des incarnations du jazz. Ses méandres, ses oxymores, un moderne/traditionnel, ses retournements, sa volonté de vouloir toujours être ailleurs dissimule sans doute, comme Alain Gerber le laisse entendre dans son essai « Un ailleurs où aller » – qui ouvre le livret du volume 2 -, un manque de confiance en soi comme la nécessité de ne pas se laisser embaumer, enfermer dans une case. Il aurait pu refaire, sa vie durant, les improvisations de l’album « Saxophone Colossus » dont ce « Blue Seven » contenu dans le volume 1 de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber et enregistré le 22 juin 1956 pour le label Prestige. Il refusa pour continuer à vivre et à créer. A surprendre. Pour ce faire, il se tourna le dos. Continuer la lecture

Le temps de lire, la sélection livres de Nicolas BENIES

Un polar israélien.

une proie trop facileLa littérature israélienne forcément contestataire des pouvoirs, surtout ceux de « Bibi », le premier ministre de droite qui est obnubilé par la guerre pour faire passer sa politique antisociale. Lui aussi a déclaré la guerre et d’abord aux Palestiniens pour leur refuser leurs droits… Le « terrorisme » – un terme à la mode qui permet de couvrir toutes les atteintes aux droits démocratiques – sert de paravent.
Yishaï Sarid s’est fait connaître en France grâce à ce merveilleux roman « Le poète de Gaza » (Actes Noirs) paru en français en 2011. Actes Sud récidive, toujours dans sa collection Actes Noirs, en publiant son premier roman, « Une proie trop facile » qui joue sur les apparences pour décrire un Israël de l’an 2000. Les références datent un peu mais l’écriture recouvre le tout. Une écriture simple, descriptive qui cache l’essentiel, les non-dits sur les quels repose cette société israélienne enfermée dans la guerre qui arrive mal à cacher ses divisions.
« Moi, je milite pour une cuisine simple » fait-il dire à un des personnages. Une cuisine simple est difficile. Il faut choisir avec soin les ingrédients sinon elle est banale et c’est raté. Une bonne définition de cette écriture. Simple et peu banale.
« Une proie trop facile », Yishaï Sarid, Actes Noirs/Actes Sud, 341 p., 22,50 euros Continuer la lecture

Appréhender le jazz ? Est-ce possible ?

Une vague moderne et solidaire pour la créativité individuelle.

Il est des anniversaires qu’il faut savoir fêter surtout lorsqu’il s’agit d’un jubilé. L’AACM, Association for the Advancement of Creative Musicians, est née à Chicago en 1965 sous la férule du pianiste Muhal Richard Abrams qui avait, déjà, une carrière derrière lui. 1965, il faut s’en souvenir, c’est aussi une sorte d’apogée du « Black Power » via toutes les associations et organisations qui gravitaient autour de cette revendication, en particulier Malcom X et les « Black Panthers ». La répression, l’oubli est aussi tombé sur cette donnée, a été sanglante. Les forces de police n’ont pas fait dans la dentelle et ont tué ou emprisonné une grande partie de ces militants.
Cette association se proposait d’offrir aux musicien-nes-s des rencontres, des discussions pour leur permettre de trouver leur propre voi(e)x. De « faire » communauté, collectif tout en préservant le champ des possibles de l’individu. Une sorte d’anarchisme mariant la fraternité et des formes de société secrète. La plupart des musicien-ne-s de jazz d’aujourd’hui sont passé(e)s par cette école ouverte et sans structure. A commencer par Anthony Braxton mais aussi la flûtiste Nicole Mitchell qui fut la dernière présidente en date de cette association. Continuer la lecture

JAZZ Deux chanteuses françaises contemporaines

Deux voi(e)x

Virginie Teychené s’était faite remarquer par un premier album, « Portraits » (2007) puis « I Feel So Good » (2010) et « Bright and Sweet », tous les trois salués par la critique. Une voix virginie Teychenéflexible, des influences revendiquées prises dans les grandes chanteuses de cette musique et un répertoire bien choisi expliquent cette unanimité.
Il lui était difficile de se renouveler. Ce quatrième album, « Encore », sans ponctuation – un clin d’œil – tourne autour de la mémoire transportée par des chansons de toujours dont celle qui ouvre l’album « Jolie Môme », un tour de force il faut bien le reconnaître. Reprendre les paroles et changer insensiblement la musique pour faire surgir d’autres réminiscences. Chansons aussi de Teychené qu’elle propose ou d’autres venant de pays qui sont presque les nôtres comme celles du Brésil ou de Brubeck revu par Nougaro et transformé par le quartet, Gérard Maurin, contrebasse et guitares, Stéphane Bernard, piano, Jean-Pierre Arnaud, batterie et Olivier Ker-Ourio, harmonica.
Le décalage est trop grand entre les compositions personnelles et ces chansons qui ont façonné une partie de notre vie. Un écart ressenti par le jeu même de la superposition de passés et de présents. Difficile d’éviter l’effet souvenir.
Il manque un petit je-ne-sais-quoi, peut-être la révolte, la volonté de renverser la table avec tout ce qu’il y a dessus… Mais, en public, il n’est pas impossible que d’un seul coup ce quelque chose apparaisse comme par magie. Alors ne la manquez pas.
Nicolas Béniès
« Encore », Virginie Teychené, Jazz Village, Harmonia Mundi. Elle est en tournée. Le 5 novembre à Valognes, le 13 et le 14 à Béziers, et le 27 à Cannes…

Anne Carleton est autant musicienne que plasticienne, peintre. Avec « So High » elle a voulu tutoyer l’immensité du ciel, suivre les traces d’Icare même si cette expérience s’est mal terminée. Anne CarletonElle s’oriente résolument vers le rêve pour bousculer les possibles, en faire surgir d’autres, éviter de se retirer en soi-même en faisant partager des expériences, de sons, de couleurs. Elle a voulu s’entourer d’autres voix. Celle d’Edgar Morin mais aussi celle de l’environnement carcéral (pour le dernier thème, « Le miracle », un titre caché).
Eric Moulineuf, piano, Olivier Moret, contrebasse, Emma Piettre, violoncelle, Doo, sound design l’entourent pour servir son projet. Ils y arrivent de temps en temps. L’émotion envahit la pièce, semble ne pas pouvoir y tenir. Pour d’autres, l’ennui. Qu’elle me pardonne mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée la voix de Morin. Elle ne se fait pas comprendre…
Une volonté de partir ailleurs, de trouver de nouveaux sons, de nouvelles possibilités qu’il faut saluer mais en restant sur les mêmes tonalités, sur ce murmure il manque la force qui est celle du jazz, la révolte ouverte, revendiquée. Ce n’est pas qu’elle est absente mais elle ne s’incarne pas dans une pulsation.
Nicolas Béniès.
« So High », Anne Carleton, Quart de Lune/Rue Stendhal

Rendez-vous à Crest du mardi 4 août au samedi 8 août 2015

Bonjour,

affiche du 40e Crest jazz vocalCrest Jazz vocal fête cette année son quarantième anniversaire. Une date. Crest ? La question m’est posée tous les ans comme si cette ville de la Drôme – est-ce à cause de son député-maire ? – ne restait pas imprimée dans les esprits d’une année sur l’autre. Bizarre non ? Pourtant, depuis plus de 10 ans, j’annonce ce festival dans toutes les publications auxquelles je collabore à commencer par l’US Mag – supplément festivals – et la Revue de l’École Émancipée. Rien ne semble y faire.

Je fête moi aussi un anniversaire cette année. 10 ans que je donne des conférences dans le cadre du festival. Plusieurs cycles se sont succédés. « Le jazz et la France, une histoire d’amour » dans un premier temps avec, lors de la conférence sur Django, un couple avec enfants d’Allemands qui voulaient voir et entendre… Django Reinhardt ! Personne n’a osé leur dire qu’il était mort, à 43 ans, en 1953. On ne sait jamais. L’annonce brutale de la mort du génie de la guitare de jazz aurait pu les traumatiser. Ensuite « Les femmes du jazz » ont permis à un public qui les ignorait de découvrir la face cachée du jazz pour se réapproprier la partie du patrimoine oublié. Il n’était pas – le public – responsable. Mis à part les vocalistes, les femmes n’attirent pas l’attention. Pas seulement dans le jazz bien sur. c’est un phénomène de société. Certaines peuvent être très connues, adulées de leur vivant, une fois mortes elles disparaissent purement et simplement des anthologies ou ne sont pas considérées à l’égal des hommes.

Billie Holiday en pleine action...

Billie Holiday en pleine action…

Seule Billie Holiday – c’est le centenaire de sa naissance – semble résister. Malgré tout, on ne peut guère parler d’une profusion d’articles. Morte en juillet 1959 à 44 ans, elle suscite encore des titres type Paris Match en fonction de sa biographie. « Billie, une diva sulfureuse » titre ainsi « Télérama » de cette fin juillet. Pas entièrement faux bien sur. A prendre « sulfureuse » dans le sens de « révoltée », « inadaptée ». Au sens strict, Billie – comme Lester Young – ne fut jamais du monde. Cette distance qu’elle entretenait à grands coups d’alcools et d’autres substances lui a donné la possibilité de s’évader pour créer son propre univers. Il ne faut pas s’y tromper. Comme le disait justement Baudelaire, « Un imbécile qui se drogue reste un imbécile »… Ici il faudrait prendre la question à l’envers pour la mettre à l’endroit. Si Billie buvait, c’est qu’elle refusait au départ ce pochette du dvd the sound of jazzmonde là, violent, délirant, fou. A l’évidence la folie n’était pas de son côté. Il faut se servir de sa biographie pour explorer cette passion dévorante qui fut la sienne de créer par son art particulier du découpage rythmique, de cette manière de travailler les mots, par cette émotion qu’elle savait si bien communiquer.
couverture du livre de Lee Server.Elle n’était pas la seule dans son cas. Lee Server, dans sa biographie de Ava Gardner – qui porte ce titre, traduction française aux Presses de la Cité -, insiste aussi sur l’alcoolisme de la jeune femme, manière de se sortir du show biz et de l’ambiance des studios, sans compter le sexisme et le reste.
Billie fut aussi en butte au racisme en plus d’être une femme… Elle est tombée sur des truands qui la battaient. Elle semblait en avoir besoin comme résultat d’une enfance passée dans une sorte de « maison de correction », chez les « sœurs » – bonnes seraient sans doute trop dire. Un sentiment de culpabilité s’est développé expliquant ses choix étranges dans la gente masculine.
Le titre de Télérama – et je suis convaincu que Michel Contat auteur de l’article mais sans doute pas du titre serait d’accord – aurait dû être : « Billie, un génie de la musique », un titre à faire peur…

Pour les 10 ans de conférences, je fêterai à mon tour le centième anniversaire de la naissance de Billie (voir l’article que je lui ai consacré sur ce même blog)…

Comme à l’habitude ces conférences auront lieu à la médiathèque départementale de la Vallée de la Drôme, à Crest, place Soljenitsyne, du mercredi au vendredi, 15h30 à 16h30 et le samedi deux heures. Le mardi – voir ci-après pour le détail – un film « L’homme au bras d’or » d’Otto Preminger (1955) d’après un roman de Nelson Algren, plus connu en France comme l’amant américain de Simone de Beauvoir. Leur correspondance a été publiée en Folio (Gallimard) et le Nouvel Observateur – devenu L’Obs désormais – avait publié une photo de Simone à Chicago dans la tenue d’Eve, une nouvelle image de l’auteure du « Deuxième sexe ». De quoi susciter de nouveaux commentaires… Pour ce film, il faudra redonner à Nelson Algren toute sa place dans le renouveau littéraire de Chicago dans les années 50. La ville renaissait au sens strict après le traumatisme profonde de la crise de 1929. La grande ville industrielle et financière du Midwest avait été au cœur de la crise.

Images de Chicago

Images de Chicago

Ensuite, 40e oblige, j’ouvre un nouveau cycle sur « Les villes du jazz », villes qui déterminent un jargon, un environnement. Longtemps, les villes américaines, les quartiers, les « endroits » – comme le Texas par exemple qui avait son accent – se sont définis par leur manière de parler. Certaines ville étaient marquées de l’empreinte des migrations venues du Nord de l’Europe, d’autres par celui des « WASP », d’autres encore – parmi les communautés rejetées – par la Sicile ou le sud de l’Italie, sans parler de l’immigration juive d’Europe de l’est et cet accent yiddish qui perdura, ni des Africains-Américains comme il faut dire désormais. Obama, à propos des émeutes récentes et des crimes commis par les policiers blancs ou des tenants de la « suprématie blanche », a osé prononcé le terme banni « Nigger » qui ne connaît pas d’équivalent en français. La traduction, Nègre, est la même que pour « Negro ». Or la charge symbolique, un terme n’a pas véritablement de synonyme, est énorme. « Nigger » est une insulte.
La première ville est la 3e ville, par sa population, des États-Unis, Chicago et la première grande ville américaine – il faut mettre New York, tant cette Ville-Monde n’est pas seulement américaine, de côté. J’ai déjà écrit une introduction que vous pouvez trouver sur ce blog.
Il faut dire, presque en forme d’introduction, que les Obama sont omniprésents. Les restaurants indiquent que « ici a mangé Barak ou Michelle ou les deux », les lieux de leur première rencontre – plusieurs peuvent être répertoriés -, peut-être, je n’ai pas vérifié, leur premier baiser… Michelle a été « travailleuse sociale » dans cette ville, Barak aussi semble-t-il. C’est comme ça que Sarah Paretsky – voir plus loin – a rencontré Barak et est devenu, un temps, son agent(e) électoral(e). Elle aussi a été travailleuse sociale.

Nelson Algren, auteur de l'Homme au bras d'or.

Nelson Algren, auteur de l’Homme au bras d’or.

Le mardi, comme à l’habitude, ce sera un film. « L’homme au bras d’or », de Otto Preminger inspiré d’un roman de Nelson Algren qui porte le même titre.

Mercredi commencera donc par Billie Holiday

Jeudi par l’évocation de Chicago, la sociologie, l’architecture font partie des grandes affiches de la Ville. Sans oublier le blues. Big Bill Broonzy fera partie des grands initiateurs dans la lignée de Robert Johnson qui unifié les blues existants avant les années 1936-37 moment où il enregistre toute son œuvre. Il trouvera la mort dans l’année qui suivra. Il disait avoir dîné avec le diable qui lui aurait donné la capacité de séduire les femmes et de jouer de la guitare, manière d’abolir la réalité mais aussi d’inverser la donne du monde des Blancs en faisant du diable un personnage sympathique. Dans les années d’après seconde guerre mondiale Chicago sera la ville où naîtra le blues électrique avec Muddy Waters en particulier.
Il faut dire que cette ville possède deux ghettos – qui se déplacent dans le temps et dans l’espace en fonction des nouvelles migrations -, l’un pour les nouveaux arrivants, l’autre pour les anciens. Les clubs de blues et de jazz ont proliféré. Moins aujourd’hui. Les clubs ferment comme partout. Il reste le « Buddy Guy Legend » – Buddy Guy l’un des grands bluesmen de ce temps -, situé dans le quartier « qui craint » sans que cette légende soit confirmée par mon expérience personnelle. Il accueille beaucoup d’étudianbts blancs et de chanteuses de blues blanche. Signe des temps sans doute. « House of blues » est l’autre grand club de blues. Au moment où j’y étais, c’était plutôt le hard rock qui dominait. L’intérieur est superbe avec des tables incrustées de bouchons de bouteilles de bière…
Les clubs de jazz sont encore nombreux mais disséminés.
Il faut dire que cette ville donne l’impression de vivre sur trois étages. Les routes se superposant.
Les gratte ciels sont imposants et le Chicago Mercantile Exchange comme les buildings des banques font peur. Sans doute pour décourager les cambrioleurs…
C’est une ville « noire ». Cette population a su très tôt s’organiser et élire rapidement un maire noir. Il faut dire aussi que c’est à Chicago que les premiers syndicats ouvriers ont été créés. Les Hobos – travailleurs itinérants des chemins de fer et Chicago est un nœud ferroviaire – ont su très tôt trouver des structures collectives pour se défendre, s’informer et se former.

Reproduction d'un 78 tours Okeh

Reproduction d’un 78 tours Okeh

Sans oublier la littérature. Des auteurs de polar sont visés à la ville. W.Richard Burnett, véritable historien de Chicago et de ses gangs à commencer par le « Grand Homme », Al Capone (nom jamais cité). Il raconte la ville des années d’avant la crise de 1929. La crise économique touchera aussi les gangs qui avaient réinvestis dans des activités « légales ». Il faudra aller à Kansas City – Missouri – pour retrouver une croissance économique illégale. Ce sera notre prochaine ville (pour l’an prochain).
Les gangs, contrairement à une idée reçue, n’ont pas existé seulement à Chicago même si les agences de voyages proposent de faire le tour des quartiers des gangs. Les quartiers anciennement italiens.
L’auteure récente la plus importante, Sarah Paretsky a su imposer une privée Vic Warshawski.Sarah Paretsky, auteur de polar, créatrice d'une détective privée, a une place à part dans l'histoire des femmes et du polar. Elle a été la première à s'imposer. Elle sait, comme personne décrire sa ville. Si vous voulez connaître Chicago il faut lire cette auteure. Traduite en français au Seuil. Sarah Paretsky, auteur de polar, créatrice d’une détective privée, a une place à part dans l’histoire des femmes et du polar. Elle a été la première à s’imposer. Elle sait, comme personne décrire sa ville. Si vous voulez connaître Chicago il faut lire cette auteure. Traduite en français au Seuil.

Vendredi par les vocalistes. Chicago en connaîtra des sublimes à commencer par Dinah Washington, surnommée « Queen of the blues », Ruth Jones pour l’état civil. Elle avait commencé à enregistrer aux côtés de Lionel Hampton en 1943.

et samedi, en forme d’apothéose, sur le jazz moderne. Mais pas forcément post moderne…

A vous voir, si vous passez par là.

Nicolas BENIES.

Jean-Baptiste Point du Sable, Haïtien, homme libre l'un des fondateurs de la ville. Jean-Baptiste Point du Sable, Haïtien, homme libre l’un des fondateurs de la ville.

Deux festivals de jazz

JAZZ
Le printemps est là !

« Banlieues bleues » à peine terminé en ce début du mois d’avril – un festival qui a tenu quelques-unes de ses promesses – que s’ouvre « europa djazz », ex festival du Mans. Depuis quelques temps déjà, il prend ses aises sur presque toute l’année en multipliant les initiatives surtout en direction des collégiens et des lycéens et en organisant concerts, conférences. Se prépare aussi « Jazz sous les Pommiers » à Coutances, qui suit une voie semblable. Ces deux festivals de nos printemps – le premier fête sa 36e année, l’autre sa 34e – se sont imposés comme des lieux incontournables pour les musicien(ne)s d’aujourd’hui. Ils réussissent un tour de force : présenter à la fois des figures connues, quelque fois des légendes comme Pharoah Sanders qui se produira à Coutances le vendredi 15 mai, ou des inconnu(e)s qu’il faut découvrir.
Les organisateurs, toujours sur le fil du rasoir de la baisse des subventions publiques malgré leur notoriété, sont obligés à la réussite. Il faut attirer du public pour justifier des crédits publics. Curieuse société que la nôtre qui oblige au succès ! Malgré cette épée de Damoclès, ils continuent de programmer des artistes jeunes qui ont besoin de ce coup de pouce. Les résidences servent aussi à permettre à un(e) musicien(ne) de créer une performance. Ce sera le cas à Coutances. Airelle Besson, trompettiste, présentera son travail de l’année. Le jazz fait ainsi la preuve de sa vitalité. De jeunes musicien(ne)s se tournent vers cette musique sans que, paradoxalement, le public ne rajeunisse…
« Europa djazz » a invité Vincent Peirani et Emile Parisien pour un « régional tour » (jusqu’au 10 avril) pour mettre en bouche avant les « Rendez-vous du printemps », une sorte de sacre, avec des Nuits – de la salsa, du jazz manouche, des fanfares – et un final, du 6 au 9 mai dans la belle Abbaye de l’Epau – fondée en 1229 par la Reine Bérangère de Navarre – qui verra Matthieu Donarier et Sébastien Boisseau pour un duo saxophone/contrebasse, la saxophoniste Alexandra Grimal, Louis Sclavis, Dominique Pifarély – un violoniste sensuel et actuel -, Airelle Besson, Paolo Fresu et beaucoup d’autres…
Coutances, localité de la Manche avec sa cathédrale en guise de promontoire, chevauchera les dates du Mans en commençant, cette année, le vendredi 8 mai avec le film « Whiplash » à propos duquel le batteur Mourad Benhamou donnera un aperçu de son talent, pour aller jusqu’au samedi 16 mai. Comme à l’habitude, le festival s’adapte au jeudi de l’Ascension. Le dimanche est réservé aux fanfares – ils ont prévu le soleil – et le mardi au blues. Larry Garner sera l’invité de cette soirée. On ne l’a pas vu sur les scènes françaises depuis longtemps et il ne faudra pas le rater… Kenny Garrett, Jacky Terrasson, Joe Lovano, Guillaume Perret – un saxophoniste qui s’affirme –, Henri Texier, un habitué, Paolo Fresu comme beaucoup d’autres… seront de ce feu d’artifice des jazz. Je donnerai, comme tous les ans, une conférence sur le 70e anniversaire de la fin de la guerre en faisant écouter la révolution de ce temps, le bebop.
Ces rendez-vous sont des moments de découvertes, de musiques, de musicien(ne)s. Il ne faut pas rater les concerts de midi, sous chapiteau, qui font, souvent, les madeleines de demain.
N.B.
Rens. Europa djazz, 02 43 23 78 99, www.europajazz.fr,
Jazz sous les Pommiers, 02 33 76 78 50, jsp@jazzsouslespommiers.com