Deux rendez-vous pour le jazz

Bonjour,

Le 22 avril, de 18h à 20h, au Café Mancel, je présenterai les grands axes du festival de jazz, Jazz Sous Les Pommiers, à Coutances.
Si vous êtes disponibles…

Le 29 avril, ce sera la toute dernière séance de l’Université Populaire jazz de cette année. Exceptionnellement j’ai rajouté un 11e séminaire pour faire un peu le point sur cette année, écoutez les sonorités différentes des villes visitées et les convergences dues à une même génération. Toujours au Café Mancel, toujours de 18h à 19h30.

A bientôt de vous voir…

Nicolas.

PS Quelques illustrations suivront…

Blakey03

U.P Jazz du mercredi 28 janvier 2015

Bonjour,

Après une longue interruption due à un je-ne-sais-quoi, nous revenons à Philadelphie pour entendre des musicien(ne)s laissés sur le côté. Contrairement à l’annonce faite, je n’ai pas traité de Philly en tant que telle mais de Charlie Hebdo. Il a fallu que les assassins viennent perturber l’ordre des séminaires sur le jazz en plus d’avoir tué des caricaturistes dont le travail reste indépassable… On a entendu à la fois des musiciens de Philly et de Pittsburgh, une sorte de dépassement des frontières que j’avais fixées.

Il faut bien, après le choc, reprendre le cours de notre vie, sans oublier les disparus qui vivront avec nous, sur nous, dans nous. Ils resteront vivant(e)s dans notre mémoire. Il est difficile d’enterrer les morts…

Je vous ai fait entendre « Moanin » une composition du pianiste Bobby Timmons, lui aussi de Philly, là je vous mets une composition de Wayne Shorter pour un album « Free For All » (Blue Note) de Blakey, le titre éponyme, Cedar Walton (piano), Freddie Hubbard (trompette), Curtis Fuller (tb) :

Ce mercredi nous ferons un tour du côté du festival de Newport – créé en 1954 par George Wein, propriétaire d’une boîte de jazz à Boston, le « Storyville », tout un programme… – de l’année 1965 dans lequel Archie (Archibald) Shepp, né en Floride mais ayant grandi à Philly, cohabitait avec son père spirituel, John Coltrane. Le quartet de cette époque – McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Elvin Jones – synthétisait l’apport de deux villes importantes du jazz, Detroit pour ce génie de la batterie que fut Elvin et Philly pour McCoy et Jimmy… Coltrane lui-même a subi toutes les influences de ces deux villes qu’il a su transcender pour occuper la place d’un créateur de traditions. Il n’arrive pas à occuper sa tombe. Il reste tellement vivant qu’il oblige les vivants à être ses suiveurs. Il faudrait rompre avec cet héritage, laisser les morts reposer tout en absorbant tout le patrimoine. Le jazz donne souvent l’impression d’avoir perdu la mémoire. Le travail superbe de Shepp – né le 24 mai 1937 à Fort Lauderdale – de mémoire, de réunion de tous les fils éparpillés, y compris les plus importants ces fils invisibles qui nous relient au monde mystérieux des souvenirs enfouis, se doit d’être souligné. Il revient aux blues pour mieux indiquer les voies d’avenir, pour entretenir les rapports entre les générations.

Un extrait du concert de juillet 1965, Archie Shepp avec Bobby Hutcherson, vibraphone, Joe Chambers – un autre philadelphian -, batteur et Barre Phillips à la contrebasse, une histoire d’esclavage et de transport du dénommé « Bois d’ébène » dans les cales des Négriers. Mal orthographié, en français, « Le matin des Noire » pour « Le matin des Noirs » comme il fallait l’écrire.

Une fois entendu ces musiciens, nous nous dirigerons vers la ville de l’aciérie – qui ne l’est plus tout à fait aujourd’hui, les villes américaines écrivent l’histoire des tournants du capitalisme – de son Zeus impérial et fou, de ce Dieu du tonnerre qu’est le batteur Art Blakey.

Ci-après, sur la photo, Blakey (debout) avec Wayne Shorter (assis au premier plan et écrivant) et le bassiste Jymie Merritt (sur le côté droit).

wayne S Jymie Merritt et Blakey 4 août 1960

Si le temps – celui qui est censé passer – nous le permet nous irons vers cet elfe merveilleux, tout en grognements et sourire ravi, le pianiste Erroll Garner. Comme le disait justement Boris Vian, « Ne renversez pas l’Erroll ». Boris avait compris le génie de ce pianiste, autodidacte – l’un des seuls dans les mondes du jazz – à qui le professeur de piano avait dit : si vous ne voulez pas perdre votre originalité, ce léger décalage main droite main gauche, ne prenez pas de leçons…

Deux extraits, « Robbin’s Nest » et « Play, piano play » pour entendre l’Erroll

A mercredi

Nicolas.

Séminaire jazz du mercredi 26 novembre 2014

Bonjour,

Semaine chargée pour moi et pour vous.

Après l’économie, le jazz. Mercredi 25 novembre.

Nous quittons Kansas City (Missouri) à regret. Il me restait des musiciens à vous faire entendre.

je vous propose un échantillon – de références – de ce que nous avons entendu
Andy Kirk and his Twelve clouds of joy, avec Mary-Lou Williams, pianiste, compositeur et arrangeure. Des sorties récentes font la part belle à Mary-Lou. Voir les chroniques sur ce blog/site.

Je vous mets ci-après quelques extraits en MP3 de ce que je vous ai fait entendre.

Big Joe Turner, son grand succès « Corrine Corrina » (je vous ai fait entendre Rebecca…)

Le pianiste Pete Johnson, compère attitré de Turner, and his boogie woogie boys, « Cherry Red »

Mary-Lou Williams en trio, « Little Joe from Chicago »

Pete Johnson et Joe Turner dans ce premier grand succès « Roll ’em Pete »

Lester Young premier enregistrement en 1936, « Lady be Good », en compagnie de Count Basie (p), Jo Jones (dr) notamment. Sous le nom de « Jones-Smith inc. », le trompettiste Carl Smith a peu enregistré et on ne connaît pas de solos de lui, mais il fut un premier trompette important de l’orchestre de Basie. Les 13 musiciens étaient au Reno Club à KC et la musique ne s’arrêtait jamais sauf pour le changement d’orchestre…

Harlan Leonard and his rockets que je n’ai pas eu le temps de vous faire entendre, l’arrangeur Tadd Dameron, pianiste du groupe, deviendra un des grands compositeurs du bebop. « My gal Sal » de 1940

Lester Young en 1941 accompagnant Una Mae Carlisle dans « Blitzkrieg Baby »

Lester Young en 1944, « Blue Lester »

1942, premier enregistrement de Charlie Parker avec le Big band de Jay McShann, « Swingmatism »

Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie avec Slam Stewart, bassiste fredonnant et le guitariste Slim Gaillard, MC, pour cette jam gravée en 1945 pour Savoy.

Julia Lee en 1947, pianiste et vocaliste, son grand succès « Snatch and grab it »

Quand Ravel et son infante servent de matériau pour un très bel arrangement pour deux musiciens dont l’élégance est le point commun, le trompettiste Buck Clayton et le tromboniste Vic Dickenson, en compagnie de Hal Singer (ts) pour ce « The Lamp is low » titre américain.

Décembre 1945, Lester Young à la sortie de l’armée, « These foolish things »

Un beau final…

Nous quittons donc le Missouri pour partie de nouveau vers le nord industriel, Philadelphie est notre arrêt pour 4 rendez-vous.
skylineLa ville de Benjamin Franklin a été, un temps, une concurrente de New York. Ville des arts et des sciences. Sa gare en forme de temps, inspiré par La Grèce et Rome – mais aussi la « Ville Blanche » de Chicago, au moment de l’exposition universelle.
Sans parler des Amish toujours présent, héritage du fondateur de la ville, Penn et des Quakers. Le film de Peter Weir, « Witness », « Témoin sous surveillance » pour le titre français », fait de la communauté Amish le personnage principal de ce film, avec Harrisson Ford (1985). Communauté présente au marché couvert de Reading Terminal. Repas et commerces tenus par la communauté…
Aujourd’hui, Philly fait bien silencieuse face à Big Apple qui ne dort jamais…
university-city-philadelphia-skyline-day-1400vpUn jazz spécifique est pourtant né là… Beaucoup des musicien(ne)s de cette Ville marqueront le jazz – et le jazz de New York – de leurs empreintes…

Les photos ci-dessous, de Francine Béniès, en guise d’entrée dans la ville de Philly. Elles datent du 17 septembre 2014

Photo 677

Photo 675

Photo 673

Photo 664

Ci-dessus quelques tableaux sur les murs de Philadelphie et ci-dessous l’entrée du Musée d’art moderne.

Photo 631

A mercredi, 18 heures – 19h30 au Café Mancel.

Nicolas BENIES.

Les femmes du JAZZ, Mary-Lou Williams

A Mary Lou, en mémoire de toutes les femmes ignorées

Il a fallu attendre. Consacrer un coffret de trois CD pour faire vivre l’art magnifique et original d’une des musiciennes, Mary Lou Williams, qui ont marqué l’histoire du jazz, avait l’air d’une entreprise périlleuse. Enfin, il est là. Jean-Paul Ricard signe un livret d’une grande justesse pour rendre sa place à la pianiste/compositeure – que je préfère à compositrice.
Notre présent est fait de commémorations du passé. Tout est bon pour faire oublier les causes des événements pour se contenter uniquement d’émotions, de ressentis. Il est, pourtant, des anniversaires qui s’oublient. Celui de Mary Lou en fait partie. Continuer la lecture

Autour du 70e anniversaire du débarquement, côté jazz.

Commémorer ou rendre vivante l’époque passée. Comprendre et non pas célébrer.

Le Conseil régional de Basse-Normandie et d’autres institutions veulent fêter ce 70e anniversaire du débarquement. Les commémorations ont un côté factice et contraire à la méthode des sciences sociales. Valoriser n’a aucun sens. Comme faire passer l’idée que c’était mieux avant…
Il faut se servir de cet éclairage pour rendre vivantes les révolutions de ce temps passé. Elles sont nombreuses sur le terrain social, économique et… culturel. Le Jazz, une fois encore donne le ton, le rythme de l’époque, le son de toutes ces transformations en cours.
Le festival de Jazz de Coutances en parlera comme il est logique. Dans ces années de guerre, le jazz s’est outrepassé, devenant bebop – une onomatopée provenant, d’après le poète Langston Hughes qui publiait des chroniques de Mr Simple, du bruit de la matraque du policier irlandais sur la tête du Noir. Il débarque, fin février 1946 salle Pleyel pour une série de concerts de l’orchestre de « Dizzy » Gillespie. L’enregistrement pirate – donc de mauvaise qualité technique – date du 26 février. Une bataille d’Hernani, comme seule la France en a le secret, s’ensuivit. Pour les contemporains le choc changea leur vie. Daniel Filippachi, à la suite de beaucoup d’autres, s’en souvient encore. Le Bird, quant à lui, attendra 1949…
C’était la deuxième fois que le jazz débarquait. la première ce fut les 31 décembre 1917 et le 1er janvier 1918…
Nicolas Béniès.

Ci-après le texte de présentation pour les médiathèques autour du 70e anniversaire du débarquement.

je serai à Argentan, Granville, Coutances… Les dates suivront…

Pour la première conférence autour du 6 juin 1944.

6 juin 1944, la mer est rouge du sang de tous ces jeunes gens venus s’échouer sur les plages de Normandie pour libérer un pays qui n’est pas le leur. Cette année 1944 est aussi une grande année pour le jazz, l’année d’une révolution esthétique qui commence à étendre ses ailes. Charlie Parker met en place la nouvelle grammaire, le nouveau vocabulaire du jazz qui prendra comme nom le bebop. Un débarquement qui provoquera, en France (à Paris) une bataille d’Hernani….

Pour la deuxième conférence, les deux débarquements du jazz, une histoire d’amour en deux temps.

La Première Grande Boucherie Mondiale a chamboulé le monde. Le 20e siècle commence là. La révolution russe de 1917 commence avec le 8 mars, la journée internationale des femmes. Coïncidence révélatrice de cet air du temps, outre atlantique sort le premier disque avec le mot « jass » – orthographié de cette manière pour éviter le scandale. Le jazz, avec Jim Europe – ça ne s’invente pas – Reese débarquera les 31 décembre 1917 et 1er janvier 1018 à Brest et Saint-Nazaire. Une histoire d’amour entre la culture française et le jazz naissait et allait prospérer.
Après le 6 juin 1944 et le « In The Mood » joué par l’orchestre de Glenn Miller, c’est le bebop qui allait représenter l’étendard de la révolte de la jeune génération. Il faudra attendre le deuxième festival international de jazz de mai 1949 pour voir arriver le Bird, Charlie Parker himself. La bataille d’Hernani aurait déjà eu lieu lors du concert du grand orchestre de « Dizzy Gillespie le 20 février 1946… (L’enregistrement publié par Vogue a été réalisé le 26 février mais les concerts avaient commencé le 20 si j’en crois les différents écrits). Le grand amour se poursuivait…

Vous trouverez ci-après une émission que j’avais réalisée en compagnie de Joël Le Tensorer pour le 50e anniversaire en compagnie de Sim Copans, un acteur important pour le jazz, créateur des émissions de jazz sur les antennes de la radio nationale. Sa voix mélodieuse a bercé des générations d’amateur(e)s de jazz. Daniel Nevers était aussi de la partie, de la fête aux jazz. Un des grands introducteurs au jazz, auteur de livrets – surtout pour Frémeaux et associés – où il fait preuve d’un sens de l’humour et de l’ironie comme d’une culture ouverte et complète, il est historien par passion.

Nicolas BENIES.

Jeanne lasse de toutes les guerres

A Jeanne Lee, pour conserver sa mémoire vivante…

Jeanne Lee est morte. Le 24 octobre 2000. Des suites d’un cancer. Curieuses suites. Plutôt une fin. Mais pas en soi. La belle affaire me direz-vous. Les gens meurent quoi de plus naturel. A presque 62 ans – elle était née le 29 janvier 1939 à New York -, c’est presque un scandale.
Je l’aimais. Pour tout ce qu’elle était, pour tout ce qu’elle représentait, pour toutes les émotions qu’elle charriait. Elle chantait. Elle avait choisi de le faire. Docteur en psychologie et en psychopédagogie, chorégraphe, elle aurait pu « faire carrière ». Ce mot là lui était étranger. Les autres, elle leur faisait rendre l’âme. Car les mots ont une âme. Et Jeanne a toujours su la trouver pour nous la communiquer. En même temps que le sens d’un combat. Pour les droits. Des droits des femmes surtout, et plus encore des femmes Noires Américaines dans une société à la fois raciste et sexiste. Elle a su, sans avoir l’air d’y toucher, nous le rendre proche, indispensable.
Il y avait chez elle le sens de la dignité mais aussi celui d’une fraternité partagée en même temps qu’un goût pour la poésie la plus pure, la plus éthérée qui, soudain, prenait devant nous des allures de combattante. Comme si l’indicible pouvait trouver un chemin. Celui de nos cœurs. Elle savait magistralement leur parler. Avec cette voix un peu grave qui se mariait si bien – par quelle alchimie ? – avec le piano. Le plus minimaliste possible. Ran Blake par exemple pour cet album de 1961, The Newest Sound Around (RCA-BMG) qui reste un des souffles de la vie et des émotions brutes vous transperçant de part en part pour ne plus vous laisser souffler. Il est toujours à écouter. Comme ce « You Stepped out of a Cloud » (OWL Records) de 1989 qui conservait intact et savait même le renouveler le miracle de ce premier album. Ou Mal Waldron avec qui elle était venue à Coutances, pour « After Hours », après le boulot autrement dit. Pour partager, pour créer, pour aller plus loin là où personne n’est encore allée…
Les rencontres ont jalonné sa vie. Celle avec Archie Shepp a laissé cette trace improbable, « Blasé », d’une laide beauté qui renverse toutes les barrières et les règles soi-disant bien établies.
Nous la savions malade. Jazz Magazine de ce mois-ci lançait un appel à son aide. Il est arrivé trop tard. Aucun être humain n’est invincible, surtout lorsqu’il fait de sa vie un poème chanté, capable de reprendre « Le journal d’une folie » pour en faire un appel à la liberté, face à un monde devenu par trop vulgaire qui ne sait pas ce que chanter veut dire.
Adieu Jeanne. Il nous reste l’essentiel pour te reconstruire dans notre esprit, dans notre cœur par l’intermédiaire de ces enregistrements qui ne te rendaient hommage que par la bande. Il m’arrive de vouloir croire aux fantômes et donc de les voir et de leur parler… Pourront-ils chanter ?
Nicolas BENIES.