La littérature israélienne

La littérature israélienne interroge, critique la société.

Les littérateurs israéliens ne laissent rien ignorer des questions sur le conflit israélo-palestinien, sur la nécessaire reconnaissance de l’Autre – le Palestinien et ses droits – et sur l’éclatement de la société israélienne entre communautarisme divers, immigrations diverses aux intérêts divergents. Le seul ciment, la guerre pour faire oublier les crises politiques profondes, crises de légitimité liée en partie à la corruption et les crises économiques atténuées par les dons reçus justifiés de nouveau par le Hamas ou n’importe quel autre groupe, que les services secrets israéliens – c’est un secret de polichinelle – ont autre fois aidés contre le Fatah de Yasser Arafat.
Ron Leshem, dans « Beaufort », une citadelle du Sud Liban, nous fait participer à la vie de cette garnison laissée là, dans cette enclave israélienne en territoire libanais. Nous sommes en 1999-2000, dans la « sale » guerre du Liban, commencée en 1982 et qui est en train de s’achever, ce que les soldats ne savent pas et, plus que jamais – c’est ce constat qui saute à la figure – ils meurent pour rien, même pas pour défendre un territoire. Une guerre « sale » ? Une guerre qui ne dit pas son nom, des affrontements cachés, des morts pour rien. Et l’auteur ouvre sa description clinique par une sorte de prière de ces soldats, « Il ne pourra plus… », protestation ironique et émouvante contre la guerre, contre la perte d’un avenir allant au-delà de ces morts. Sans forcer le trait, sur le ton du constat objectif, c’est un véritable réquisitoire contre la politique de l’État d’Israël mais ressentie du côté de ces jeunes gens effectuant un service militaire dont l’intérêt leur est totalement étranger. Les débats politiques ne sont pas absents mais la réalité décrite au scalpel vaut toutes les réfutations du discours officiel. Continuer la lecture

Littérature : Julio Cortazar


L’art du conte.

En France, où il s’était installé en 1951 fuyant le péronisme – il sera naturalisé Français en 1981 par Mitterrand -, Julio Cortazar, l’un des plus importants littérateurs du 20e siècle à l’instar de James Joyce, est un peu oublié. Son influence est considérable aujourd’hui encore sur toute la littérature latino-américaine. Il a su utiliser l’art particulier du « conte » provenant de la tradition sur américaine, via notamment Borges, pour la transformer de l’intérieur, en faire un labyrinthe pour le lecteur à la fois pour le perdre et pour lui permettre de se retrouver en « coagulant » – le terme est de lui – les situations et les personnages pour faire apparaître une autre réalité derrière celle des apparences. Il avait su utiliser le fantastique quotidien, celui que nous vivons lorsque nous dialoguons avec nos morts ou lorsque le temps se distend sous l’effet d’on ne sait quel phénomène. Continuer la lecture

Bibliographie, à propos de jazz


Découvrir le jazz.. et la littérature.

Propositions d’un éventail de romans, récits offrant une sorte de terrains de découverte des jazz, de son impact sur la littérature.

A tout seigneur, tout honneur Julio Cortazar sera notre premier guide. Sa nouvelle (un « conte » au sens latino américain de ce terme), « L’homme à l’affût » – « El Perseguidor » pour le titre original mêlant deux notions à la fois d’être à l’affût mais du futur, d’où cette célèbre interjection de Johnny Carter,1 le saxo alto clone de Charlie Parker, « Je l’ai déjà joué demain ! » Cortazar se dédouble entre le créateur et le critique. L’autre ne pouvant s’introduire dans les mondes de l’un. Quels sont les concepts de l’esthétique ? Comment penser la nouveauté, le génie ? Le critique de jazz, longtemps, s’est trouvé en première ligne, s’essayant à penser la modernité. Difficile lorsque les codes ne cessent de changer du fait des révoltions esthétiques. Cette nouvelle fait partie du recueil « Les armes secrètes » publié en poche chez Folio. Tout Cortazar serait à recommander.

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A propos de la musique et de la littérature cubaines.

 

Révolte et création.

Je dédie cet article à Billy Higgins, batteur caméléon, dont le rire continuel illumine aujourd’hui encore les nuits plus belles que les jours. Mort le 3 mai 2001, il avait battu les sons, le rythme derrière tout ce que le jazz compte de créateurs, à commencer par Ornette Coleman.

La littérature cubaine et les musiques issues de cette tradition sont à la mode. Leur vitalité provient du sentiment d’urgence qu’elles diffusent. En même temps, elles sont populaires de par leur thème, leurs rythmes et savantes par la recherche de nouveaux moyens d’expressions, de nouvelles façons d’écrire, de jouer. Ecrire comme danser ou jouer se hisse au rang de nécessité dans ce Cuba de début de millénaire. La chute du Mur de Berlin (le 9 novembre 1989) a pris là-bas des allures de catastrophe. L’URSS disparue, l’offensive des États-Unis pouvait se déployer. Le blocus est venu s’ajouter aux difficultés économiques dues à cette métamorphose du monde. Le dollar est devenu roi. La bureaucratie ne s’est pas évanouie pour autant. La Havane – comme le montre le film de Wim Wenders, « Buena Vista Social Club » – est laissée à l’abandon. La crasse s’installe. La révolte partagée oblige à l’écriture, à la création. Au mépris des risques… Ou peut-être à cause des risques… Continuer la lecture

Avec Jacques Prévert…

PREVERT, Pour toujours…

Jacques Prévert est né le 4 février 1900, à Neuilly. Il fut sans doute mauvais garçon et surtout piéton de Paris à l’instar d’un Léon Paul Fargue – dont « Le Piéton de Paris » justement et « Méandres » sont réédités chez Gallimard, dans la collection L’imaginaire, pour juger de sa postérité. Saint Germain des Prés, Montparnasse ont été ses quartiers de prédilection. Doté d’un père alcoolique, et d’une mère aux yeux bleus si profonds il vécut l’école buissonnière. Bien ou mal on ne sait. Les deux sans doute comme le reconnaissent ses poèmes aigres-doux. Anar, antimilitariste et anti-flic farouche, il ne pouvait être des bien-pensants. Il ne le fût jamais. La guerre, la première, le cueillit adolescent. Il ne s’en remettra jamais. Après son service militaire à Constantinople et sa rencontre avec Marcel Duhamel qui lui servit de mécène, il vit en oisif avec toute sa tribu jusqu’à la rencontre avec les surréalistes lui ouvrant de nouvelles perspectives. Un écrivain, un poète – il n’aimait pas le terme, un poète, on s’assoit dessus avait-il coutume de dire – mêlant, c’est assez rare, les cultures populaires et savantes. Comme si ce dromadaire – pour ne pas dire chameau – les avait digérées. Un cas. Continuer la lecture

Deux «dictionnaires » (publié dans la revue de l’Ecole Emancipée)

Une ou deux histoires de la culture…

Deux «dictionnaires » viennent illustrer notre histoire et nos histoires. Comme le rappelle Gilles Verlant dans Je me souviens du rock (Actes Sud collection Variétés) – sur le modèle de « Je me souviens » de Perec – le rock a quelque chose à voir avec notre vie. Et L’auteur réussit à parler à chacun d’entre nous. Et chacun d’entre nous, et là l’âge importe peu, pourrait se souvenir d’événements en relation avec cette musique, qu’André Francis dans un petit opuscule sur le Jazz (« Jazz » au Seuil) qualifiait de musique de voyous. C’est le moindre de ses mérites… Si « on » m’en laissait l’occasion, je me souviendrai de 1963, de ce concert gigantesque où j’avais découvert le sens du mot « masse », sans parler des « mouvements de masse », de la révolte de cette jeunesse et de son désir de changer le monde. Verlant n’hésite pas à dire qu’il n’a rien vérifié, montrant par là la différence entre mémoire – un travail, une recherche – et le souvenir qui suppose une part d’oubli comme le notait justement Blanchot. Continuer la lecture

Tout autour des polars

De quelques auteurs et de leurs phobies

Le roman policier et le roman noir – ce n’est pas tout à fait la même chose – sont reconnus comme faisant partie de la littérature. Ils se sont même imposés comme une des références incontournables, comme un des moyens d’intéresser le lecteur. En même temps, ils sont porteurs d’une contestation de l’ordre social, d’une révolte soit ouverte soit silencieuse, soit consciente soit inconsciente. Si la révolte s’éloigne, le roman noir – plus que le policier – devient glauque et vulgaire. Par contre, il est forcément grossier, parce que nous le sommes…
Prenons le cas d’un auteur qui «truste » tous les prix, Michael Connelly, américain comme il se doit, habitant Los Angeles, ville étrange que tous les auteurs n’ont jamais fini de décrire1 et donnant lieu à des interprétations diverses. Il fût chroniqueur judiciaire et eût le prix Pulitzer pour avoir décrit les émeutes de L.A. – c’est une ville qui s’épelle par ses initiales – en 1992, émeutes de la pauvreté et de l’apartheid comme de l’affaire Rodney Jones qui a révélé le racisme de cette police de Los Angeles, le LAPD. Il illustre les mystères et les énigmes de cette société américaine durablement ébranlée par la guerre du Vietnam.
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Travail de mémoire (article publié dans Critique communiste)

Pour une mémoire vivante…

Le travail de mémoire est difficile.i Il suppose la recherche historique, l’écoute des témoins, une éthique qui vise à rappeler le contexte pour faire partager l’expérience, à éviter les prises de position par trop catégorique, tout en situant son propos sur le terrain de la lutte des classes. Comprendre l’histoire du mouvement ouvrier est vital pour appréhender notre présent et construire des possibles pour le futur. Sans passé, nous sommes sans futur. C’est une des façons de répondre aux tentations millénaristes qui pense la fin du monde au lieu de penser la fin d’un monde… Ces sectes qui prolifèrent dont le carburant se trouve dans les peurs et les angoisses provoquées par la crise culturelle profonde qui marque cette fin de millénaire. Nous sommes entrés dans le 21e siècle depuis novembre 1989, date qui voit le monde basculer dans d’autres règles, une autre structuration. Le monde ancien est en train de mourir, un autre monde se profile avec comme seul horizon celui des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste. Toute alternative a disparu. Les Etats-Unis restent la seule superpuissance qui s’essaie à imposer son ordre, en l’occurrence celui des marchés pour le plus grand bénéfice des firmes transnationales. La guerre du Golfe en 1991 avait indiqué les voies et les moyens de ce nouvel ordre, comme les bombardements sur la Serbie. Les dirigeants russes ont compris la leçon en pratiquant la même sorte de guerre contre la Tchétchénie, s’abritant derrière la lutte contre le terrorisme islamique, comme le gouvernement américain s’était lui réfugié derrière le « droit d’ingérence » pour justifier les bombardements, en défense des droits de l’homme. Continuer la lecture

Exception culturelle ?

Quel contenu à l’exception culturelle ?

La conférence de Seattle a échoué. Le cycle de négociations, le «round », n’est pas terminé pour autant. L’ordre du jour n’est pas clairement défini, ce qui n’empêchera pas les représentants des 135 pays de poursuivre leurs discussions à Genève au siège de l’OMC. Cet échec est une victoire de toutes les organisations et associations qui ont manifesté leur opposition à cette libéralisation sauvage ne prenant en compte ni les besoins des êtres humains, ni la nécessité de définir un ordre mondial qui combatte la logique folle des marchés.
Démarchandiser1 est une nécessité pour promouvoir le développement de tous les pays et de tous les êtres humains. Pour lutter contre les inégalités et la pauvreté. C’est le rôle du politique, de l’Etat. Dans le domaine de la culture, c’est un impératif vital. Il n’est pas acceptable de voir disparaître des pans entiers du patrimoine culturel mondial sous prétexte de marchandisation et de compétitivité. Il n’est pas sain, pour définir notre futur, de voir s’évanouir certaines cultures dites minoritaires au profit d’une standardisation toujours plus poussée, résultat logique du règne de la marchandise qui se caractérise par sa reproductibilité à l’infini. Il est difficile, dans notre société, de sortir complètement de la logique du marché, il faut donc réfléchir à des moyens pour la contourner et faire fructifier toutes les facettes des cultures. Si des parties disparaissent, le tout – l’ensemble du patrimoine culturel mondial – se métamorphosera à son tour. Pour que naissent des chefs d’œuvre, un nouveau regard, une nouvelle façon d’appréhender le monde fondation d’une nouvelle culture,2 il faut donner les moyens à toutes les cultures d’exister pour qu’elles puissent se féconder mutuellement.
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Quand la littérature se fait mémoire…(Publié dans Nouveaux regards)

Culture populaire et savante, blues et jazz ont influencé la littérature américaine qui, à son tour s’est faite mémoire de ces cultures..

Les États-Unis sont assurément un drôle de pays. Cette colonie de peuplement a vu s’installer une mosaïque de populations. Toutes les cultures semblent s’y être données rendez-vous. Ce pays qui deviendra dominant après la crise de 19291 avait installé l’esclavage comme forme de travail en plein 17éme siècle. Les premiers esclaves noirs arrivent à Jamestown en 1621. Yann Moulier Boutang, dans sa thèse De l’esclavage au salariat, Économie historique du salariat bridé,2 rappelle qu’il existait des «engagés » blancs3 et des Noirs historiquement libres ou affranchis. L’esclavage ne prend son essor que vers la fin du 17éme. « Ainsi en 1680, en Virginie, les Noirs ne représentent que 7% de la population, en 1690 presque 18% et en 1700 presque 28%. ». Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, comme le souligne Daniel Boorstin dans Histoire des Américains, l’esclave avait une couleur unique, la noire. Les États-Unis, comme tous les pays du continent américain, garderont cette plaie ouverte, celle du racisme,4 se surajoutant et brouillant les différences de classe. Continuer la lecture