Renouveau du débat sur les alternatives.

Quelles réponses à la crise systémique du capitalisme ?

La crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007 s’inscrit dans le contexte d’une onde longue à tendance récessive – ou phase B du Kondratieff – qui débute en 1974-75. L’idéologie libérale est en train de s’évanouir comme référence. La vision du monde des politiques aurait dû fondamentalement changer pour répondre à l’impératif de ce basculement. Pour l’instant, cet impératif s’est heurté à l’inertie des politiques qui restent enfermées dans le libéralisme malgré toutes les dénégations de la réalité.
« Le capitalisme a-t-il un avenir ? » – titre de ce livre collectif de « macro-historiens », ceux et celles qui considèrent les évolutions des systèmes ou des interactions à l’échelle de plusieurs siècles – est une question clé qui provient directement de l’analyse de « l’économie-monde » pour parler comme Braudel et Wallerstein. Le capitalisme a atteint ses limites en termes d’accumulation du Capital, de l’exploitation de ce bien gratuit qui est la terre. La crise écologique et la mutation climatique obligent à des réponses fondamentales pour permettre de donner un avenir aux générations futures. Continuer la lecture

Fête aux Antilles et à Paris

Mémoire, modernité et danses.

Antilles en fêteLes musiques populaires, les vraies celles qui ne sont pas lancées comme des savonnettes échappent au domaine de la marchandise, de la reproduction. Elles possèdent un charme magique : la mémoire du temps, ce souffle nécessaire constitutif de notre patrimoine culturel en même temps qu’elles savent se prêter à toutes les modes qu’elles transcendent. Le passé ne peut pas être conservé dans le formol ou alors c’est un passé mort et inintéressant pour les générations suivantes. La répétition est nécessaire à la formation mais est contraire à la création.
Il faut savoir se servir du passé pour entrer dans la modernité.
Les musiques antillaises font partie de notre histoire. Elles sont très tôt entrées dans notre monde. Les musicien(ne)s antillais, de la Guadeloupe et de la Martinique, ont très tôt envahi la Capitale. Paris était – l’imparfait est tout un programme de régression culturelle passant par la fermeture des frontières – une ville de toutes les cultures. Elles s’y donnaient rendez-vous pour magnifier la Ville-Lumière plus encore et lui donner cette « aura » qu’elle a su diffuser. Continuer la lecture

Merengue !

De Haïti à Paris en passant par la République Dominicaine et New York : Merengue !

Paris, après la seconde guerre mondiale, connaît de nouveau la vogue de ce que la Presse de l’époque appelle la « musique typique ». Typique de quoi ? Typique ! Pour dire que ces musiques, car elles sont multiples, viennent des îles. D’abord de la Martinique et de la Guadeloupe avec la Biguine que l’on danse dans les clubs de Pigalle ou de Montmartre. Vedette incontestée, le clarinettiste Stellio influencera tous les musicien(ne)s lié(e)s à cette culture. Le milieu des années 50 verra apparaître de nouveaux clubs et une danse venant de Haïti – et de Saint-Domingue -, la « meringue », son nom d’origine, deviendra « merengue » sous l’influence des musiciens dominicains. Une danse qui ressemble à la marche d’un personnage oscillant de gauche à droite. Une marche sur le temps que les danseurs accentuent pour se balancer dans le rythme. Une musique de la transe, une musique de la liberté. Continuer la lecture

Proust en musique

Des « madeleines », à chacun(e) la sienne…

rock instrumentalsLes surpat’ ont un peu disparu au profit des raves. Chaque génération forge ses souvenirs à l’aune de son temps. Il doit arriver qu’on danse encore le rock. Il est sur qu’il s’apprend. Certains en font même une profession… Une danse un peu ringarde mais le slow – un rock très lent – reste quand même le meilleur moyen de rapprocher les garçons et les filles.
Bruno Blum, dans ce triple album « Rock instrumentals story », joue avec nos émotions. C’est le terrain de la musique sans paroles, de cette musique qui sûrement nous a fait danser en mettant quelques pièces dans le juke box ou en venant chez des copains avec le dernier 45 tours. Continuer la lecture

Les femmes, grandes oubliées de nos livres d’Histoire.

Pour une histoire «ouverte »

les-fran-aises-au-coeur-de-la-guerre_9782746738959Mis à part quelques égéries, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette – pour qui je garde une secrète admiration pour cette héroïne inventée -, les femmes ne font pas partie du paysage de l’Histoire. L’Histoire est souvent masculine. Les hommes font l’Histoire. Les femmes sont reléguées dans les histoires.
Une erreur profonde.
Qui commence à être corrigée. Les ouvrages se multiplient. L’un des derniers en date, « 1939-1945, Les Françaises au cœur de la guerre », réalisé en collaboration entre les éditions Autrement et le Ministère de la Défense, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau, permet de revisiter tous les grands thèmes de cette Histoire y compris celle de la Shoah, de ces « femmes juives en France ». Un nouvel éclairage de la vie au quotidien comme celle de la Résistance ou plus encore les conséquences de la politique de Vichy.
Les têtes de chapitre donnent une idée des sujets traités. « Subir l’Occupation », comment vivre ou survivre, comment se soustraire au type de rapports sexuels voulus par les autorités d’Occupation, à la politique familiale de Vichy et à la « Fête des Mères » instituée par le maréchal Pétain ? Comment les femmes se sont organisées face à l’occupant ? Elles militent, elles font partie des organisations de la Résistance. La Libération, « fête folle », se traduira par le doit de vote mais la libération dans la vie de tous les jours attendra…
Les auteur(e)s constatent aussi que les Résistantes disparaissent assez rapidement du paysage politique alors que les associations de Résistants fleurissent et vont occuper une très grande partie du terrain.
Les auteur(e)s ne font pas l’impasse sur les « oubliées de l’art » dont « les femmes remarquables dans le cinéma français sous l’Occupation ou Marlène Dietrich… Toute une histoire restés dans l’ombre…
L’iconographie, superbe comme souvent dans ce type d’ouvrage, se compose de plus de 200 photos et de documents d’époque. Elle appelle à poursuivre ce travail d’archives pour retrouver les traces de ces existences, de ces parcours.
Pourtant les figures de Résistantes existent – comme celle de Joséphine Baker – mais elles ont eu tendance à occulter la réalité de la volonté de survivre, de se libérer de toutes ces femmes qui ont voulu prendre en mains leur destin. Il fallait revenir sur cette période pour comprendre notre passé commun, pour que notre patrimoine s’enrichisse de cette Histoire. Pour comprendre aussi que le combat pour les droits de femmes est un combat pour les droits de tous les êtres humains.
Ce livre là ouvre des perspectives de travail à tous les historiens et pas seulement aux historiennes !
Nicolas Béniès.
« 1939-1945, les Françaises au cœur de la guerre », Ministère de la Défense/Autrement, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau.

Le coin du polar

Traumatismes

Commémoration du 100e anniversaire de l’ouverture de la première boucherie mondiale oblige, les auteur(e)s de polar se penchent sur cette période pour insister, chacun(e) à leurs façons sur les traumatismes de la guerre et l’impossibilité de rompre avec ses souvenirs. Comment se réinsérer ? Comment vivre ? Ces questions ne sont pas propres à la guerre de 14-18.
Thierry Bourcy, par l’intermédiaire de son « grand détective » Célestin Louise, a fait revivre les sang, la boue, les meurtres dans les tranchées. L’ensemble de ces enquêtes a fait l’objet d’un folio/Policier spécial « Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 ». Dans « Le crime de l’Albatros », l’action se situe au Printemps 1919, six mois après la signature de l’Armistice. Un producteur de cinéma russe, ce nouvel art qui commence à faire florès comme le jazz, est retrouvé mort. Le passé militaire d’Alexandre Mekinoff est la clé de cette affaire. Une replongée dans les champs de bataille…
Elizabeth Speller, pour son premier roman « Le retour du capitaine Emmett », conte, à son tour, l’enquête d’un survivant sur son ami d’enfance qui se serait suicidé. La prise de conscience est d’abord celle de l’enquêteur, prise de conscience de son propre vécu. Son environnement est composé de morts ou de handicapés. Comment se construire un avenir ? UB roman qui se veut complet avec une histoire d’amour, de réinsertion mais un peu trop bavard et un épilogue qui ne s’imposait pas. Le lecteur avait compris. Elle insiste, par contre justement, sur les fusillés soi disant déserteurs de ceux qui avaient affiché leur peur ou qui avaient fui ou s’étaient révoltés. Les cours martiales ne chômaient pas.
Odile Bouhier, poursuivant sa saga de la construction de la police scientifique à Lyon, met en scène les effets déstructurants de la guerre sur des personnalités. Pas vraiment d’histoire dans « La nuit, in extremis » mais des descriptions quasi cliniques des traumatismes post guerre. Dans le même mouvement, elle prend en compte les progrès de la science pas assez rapides cependant pour sauver les patients. L’enquête est plus sur le commissaire Kolvair, un des héros récurrents de cette série, que sur le meurtrier lui-même. Le meurtre oblige le commissaire à prendre la mesure des marques de la guerre sur sa personnalité.
A lire pour éviter de commémorer sans réfléchir…
N.B.
« Le crime de l’Albatros », Thierry Bourcy, Folio/policier ; « Le retour du capitaine Emmett », Elizabeth Speller, traduit par Bella Norac, 10/18 ; « Minuit, in extremis », Odile Bouhier, 10/18 Grands détectives

D’autres manières encore de « faire » de l’Histoire.


Une histoire de la guerre et de la libération de la France.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac a été militaire et gaulliste. Il se revendique comme tel. Il a été aussi acteur dans cette histoire de la Résistance en France. Pour lui, elle commence le 18 juin 1940, l’appel du Général de Gaulle, même si, certain(e)s s’étaient déjà lancé dans cette aventure. Il parle non pas de Résistance mais de « La France libre », titre de son ouvrage. En deux temps. Le volume 1 court du 18 juin 1940 à mai 1943, la reprise de l’offensive alliée en Italie et la fin de la reconquête des villes russes par les troupes soviétiques et le tome 2, de mai 1943 à la libération.
C’est une Histoire classique, chronologique qui se refuse à prendre en compte les autres possibles, une histoire aussi d’hommes et de leurs choix. Continuer la lecture

Manières de « faire » de l’Histoire

Le Royaume de France en 1624.

Vous avez lu « Les Trois Mousquetaires » ? Vous avez suivi la trame historique déployée par Alexandre Dumas, grand témoin de son temps romantique en diable. Vous n’aimez pas Richelieu. Le Cardinal aurait voulu gouverner contre le Roi, Louis XIII en l’occurrence, pour imposer sa politique.
Le Roi est présenté comme un faible, sous la coupe réglée de son Premier Ministre et de ses séides.
12Et si la réalité historique faisait de Louis XIII un Roi qui décide et de Richelieu un dirigeant du Royaume qui non seulement réalise une sorte d’unité nationale – les mots n’ont pas tout à fait le même sens qu’aujourd’hui – mais construit l’Etat de la monarchie absolue en détruisant les restes de la féodalité et de l’économie domaniale fermée. Il fallait mettre au pas les nobles pour donner au Roi de France sa place de Suzerain.
Victor-Lucien Tapié dans « La France de Louis XIII et de Richelieu » combat toutes les idées reçues et dresse un portrait de ce pays qui subit des transformations d’importance. En 1615, Antoine de Montchrestien publie le premier « Traité d’économie politique » qu’il adresse au Roi. Il se situe dans l’école de pensée des mercantilistes qui dominent à ce moment là avec une différence, il prône le développement des manufactures. Continuer la lecture

Une exposition multimédia à la Cité de la Musique

GREAT BLACK MUSIC

Great Black Music ! Le titre de cette exposition sonne comme une provocation et, du coup, interroge. Qu’est-ce qu’une musique noire ? Quels liens entre les musiques africaines, le jazz, le reggae et d’autres branches aisément classées dans cette catégorie comme la samba ou la bossa-nova ? Une partie de la réponse se trouve dans le voyage dans le temps et dans l’espace que proposent Marc Benaïche et Emmanuel Parent. Un voyage que le visiteur se doit de construire pour éviter de se perdre dans ce dédale. La pléthore de sollicitations amène une sorte de frustration de ne pouvoir tout voir, tout entendre. Une seule journée n’y suffira pas. Continuer la lecture

Le marxisme vivant

Les deux faces de la médaille du marxisme

Eric Hobsbawm est un historien réputé. Ses études font autorité. Dans ce recueil de textes, il analyse la doctrine de Marx et Engels, les marxistes du XXe siècle, à commencer par Gramsci, et le recul de ces théorisations dans les trente dernières années. Il apparaît, à le lire, l’extraordinaire plasticité de la méthode et des concepts forgés par Marx. Ils restent indispensables pour analyser le capitalisme d’aujourd’hui. La crise actuelle de l’idéologie libérale ouvre la porte à une relecture nécessaire des marxistes.
N. B.
Et le monde changea. Réflexions sur Marx et le marxisme, de 1840 à nos jours. Eric Hobsbawm, traduit par Frédéric Joly, Éd. Jacqueline Chambon.