Du côté des polars en forme de manifeste politique

Une fresque.

Julia Latynina est journaliste. Russe. Une carte d’identité en La gloire n'est plus de ce temps.forme d’oxymore. Faire son travail de journaliste d’investigation dans la Fédération de Russie est un combat contre la mort. L’assassinat de journalistes femmes semble être un sport national. Pas seulement dans la Fédération de Russie même si celui de Anna Politovskaïa, le 7 octobre 2006 est encore dans toutes les mémoires. Elle écrira, dans « La Russie selon Poutine », « Pourquoi je n’aime pas Poutine ? Parce qu’il n’aime pas son peuple, parce qu’il se comporte dans la plus pure tradition du KGB dont il est issu, avec un cynisme inégalable. » Cette animosité à l’égard du Président de la Fédération de Russie est partagée. On ne sait avec précision si son assassinat est directement lié avec ses enquêtes mais il existe un faisceau de présomptions… Continuer la lecture →

Côté Polar

Lyon, 1920.

Odile Bouhier s’est lancée dans l’écriture d’une série. Le premier – dont nous avons parlé – « Le sang des bistanclaques » présentait à la fois les personnages récurrents, Kolvair, commissaire amputé d’une jambe, la guerre est passée par-là, Salacan, professeur qui jettent les bases d’une police scientifique et les conditions de travail de ces salariées des usines textiles.
Dans ce deuxième opus au titre énigmatique, « De mal à personne », les enquêteurs doivent élucider le meurtre d’un magnat de l’industrie tué à l’arme blanche dans l’arrière cour de la cuisine d’un hôtel. Il était connu pour ses viols répétés de ses employées et d’autres. Continuer la lecture →

Du côté des polars, présent et éternité.

Du concept à l’intrigue.
Peut-on, de manière stylisée, presque comme une épure abstraite Tony Ball, Les catacombesdécrire une Ville américaine qui pourrait être Chicago plus que New York, prototype de la ville américaine alors que New York est une ville-Monde ? Toby Ball a voulu s’atteler à cette tache étrange à travers trois personnages que rien ne rapproche, un archiviste, Arthur Puskis, un journaliste Frank Frings et un détective privé, Ethan Poole. Des concepts plutôt que des personnages qui s’agitent auprès d’autres figures tout aussi dénués de chair, la chanteuse de jazz belle, féroce et indépendante dont tout le monde est amoureux à commencer par son geôlier, une militante syndicale qui conduit des grèves, un écrivain/historien qui essaie vainement de retracer la complexité de la société, des raisons des actions des personnages. Continuer la lecture →

Dans la série noire…

POLAR

Voir le Berry… en noir.

L’intention de l’auteur, Pierric Guittaut – qui signe son premier roman dans la Série Noire – est visible et sensible. Lutter contre tous les clichés qui encombrent la littérature, surtout la noire, sur cette campagne française aux secrets enfouis dans la paille et les maisons trop souvent fermées. La rage aussi contre les étrangers incapables de laisser devant chaque porte les préjugés. Le rejet de l’Autre ce n’est pas seulement l’immigré, c’est aussi ce voisin qui semble une borne des temps reculés, le paysan, le chasseur. Continuer la lecture →

Le coin du polar, novembre 2013

Passé et présent chez Boris Akounine

Les mondes de Boris Akounine semblent aux antipodes du polar moderne. Il se plait dans le passé, apparemment du moins. Il a pourtant lu Chandler, Hammett et les grands auteurs du polar américain. Il a su construire une nouvelle figure du détective privé qui traverse le temps et pas seulement le sien.

Son héros, Eraste Fandorine, est le révélateur – au sesn photographique du terme, mais c’était avant le numérique – de la Russie de la fin du 19e siècle pour des enquêtes étranges dans les méandres d’un pouvoir chancelant. Toute ressemblance avec la Russie d’aujourd’hui est conseillée.

Il sait aussi s’approprier toute la littérature mondiale – la russe évidemment mais pas seulement – pour construire une sorte de puzzle dessinant une nouvelle figure. Une sorte de dialectique de la citation. Les parties réunies constituent un tout différent de ses parties.

L’attrapeur de libellules – beau titre, énigmatique à souhait – distend le temps.  Le voyage se fait dans deux espaces-temps. 1905 et la révolution qui vient dans cette Russie en train de construire des partis révolutionnaire dont les SR bien décrits et le Japon de 1878.Il est question d’attentats et de Ninja ainsi que d’une grande histoire d’amour qui se terminera encore plus mal que supposée.

Le lien entre ces deux histoires apparaît seulement à la fin.

A ce jour, l’œuvre la plus aboutie de cet auteur étrange. Page 343, le lecteur apprendra que « akounine », en japonais, signifie un voleur étrange, voleur de concepts, de textes… Une sorte d’autoportrait. A ne manquer sous aucun prétexte pour fêter le 30e anniversaire de la collection « Grands détectives » même si l’auteur l’a désertée.

N.B.

« L’attrapeur de libellules », Boris Akounine, 10/18.

Premier roman et noir !

Deux romans noirs dans l’air d’un temps pourri.

Quand une auteure suédoise rencontre une auteure américaine – pour leur premier roman – de quoi parlent-elles ? De notre monde troublé et trouble, de ce monde qui tourne le dos à toute utopie, aux rêves d’une société plus solidaire, plus fraternelle sans parler de liberté. 30 ans d’idéologie libérale ont façonné les esprits et provoquent des catastrophes dans la vie personnelle comme dans les relations entre les individus. Continuer la lecture →

Du côté du second empire…

Une nouvelle venue dans le polar historique.

Irène Chauvy, juriste de formation, historienne par passion a décidé de faire découvrir la France du Second Empire, de ce « Napoléon le Petit » – comme l’avait qualifié Victor Hugo occupé au moment où s’ouvre ce premier épisode, mars 1863, à faire tourner les tables, un peu de spiritisme ne nuira pas au poète -, troisième d’un nom célèbre dans l’Histoire de cette France étrange capable de faire confiance à un auteur de coup d’Etat. Le qualificatif d’Hugo a fait oublier le reste, le contexte, ce capitalisme en train de se construire, un État qui prend une place importante dans l’économie avec la constitution d’un marché intérieur. Le traité de libre échange n’est pas loin avec la Grande-Bretagne. Le libéralisme, en France, s’est toujours teinté d’un interventionnisme nécessaire pour construire chemin fer, voies navigables, réseau routier… Comme de la corruption inhérente à cet interventionnisme. Les « affaires » défraieront durablement les chroniques de cet Empire ainsi que celles de la République, troisième du nom, qui suivra. Continuer la lecture →

Polar versus policier

Un polar nécessaire.

Houston (Texas) et son univers impitoyable est la toile de fonds de ce polar plus sociologique et politique que ne le donne à lire ce titre, « Marée noire », un peu trop en référence à nos plages polluées par les déversements des immondices des pétroliers ou par les naufrages de tankers.

Houston, tout comme Dallas, est une ville organisée autour du pétrole et des magnats de cette industrie qui font la pluie et le beau temps. Une ville qui, comme la Nouvelle-Orléans, a des bayous navigables et, comme toutes les autres villes de ces États-Unis, un ghetto noir. Continuer la lecture →

Polar, Avant-première

Cavale, le vieux monde te rattrapera…

L’intrigue n’est pas nouvelle. Elle est même éculée. Un homme de main est envoyé par son patron chez un syndicaliste pour lui faire peur. Sans arme a-t-il dit. Méfiant, Roy Cady – c’est son nom – prend ses précautions. Bien lui en prend. Il trouve là une jeune prostituée à l’histoire compliquée et qui ment pour se sauver. La cavale commence qui va de la Nouvelle-Orléans au Texas. « Galveston », une bourgade de cet Etat, sert de titre à Nic Pizzolatto pour situer son propos : des histoires de famille dans ces petites villes où divorces et remariages créent des groupes étranges dans lesquels sexe, violence et haines vont bon train. Continuer la lecture →

Autour de quelques polars

Le coin des polars de l’année scolaire passée.

Les vacances sont nécessaires. Aussi pour se pencher sur son passé…proche et s’apercevoir que des livres avaient fait l’objet d’un ostracisme inconsidéré pour beaucoup, d’une mise à l’écart justifiée pour d’autres.

Un polar politique.

« L’honorable société » a eu besoin de deux auteurs et non des moindres lorsqu’on considère le polar politique et social, Dominique Manotti et DOA, pour construire cette intrigue plus vraie que nature. Dans le cadre d’une fin de campagne électorale présidentielle – le premier tour a donné largement vainqueur le candidat de droite – un groupe d’activistes, jeunes, veulent réaliser un grand coup médiatique. Ils et elle s’introduisent dans l’ordinateur d’un responsable de l’industrie nucléaire – du CEA – et filme en direct son assassinat. S’ensuit une cavale qui met à jour tous les ressorts d’un appareil d’Etat au service des puissants, de ceux qui gagnent. Chacun(e) ne pense qu’à sa carrière, qu’à ses intérêts. Les liens entre pouvoir politique et haute industrie – il manque la finance – sont bien mis en évidence. Les services de renseignements – les ex RG aujourd’hui DRCI – travaillent pour le candidat de droite, assurant les basses œuvres qui vont jusqu’au meurtre de jeunes gens sans défense. Le candidat de gauche est pusillanime n’osant rien. La description du débat télévisé semble être une sorte de stéréotype. C’est à pleurer. Le rôle des médias est aussi dénoncé.

Il ne manque presque rien pour faire de ce roman une sorte de bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy marqué par une pléiade d’affaires. Les auteurs sont bien en dessous de la réalité. Continuer la lecture →