Polar

Polar et Histoire.

Ariana Franklin – morte en 2011 à 78 ans – nous projette, par le biais de la traduction française des aventures de sa jeune « médecin légiste », Adelia Aguilar, dans le royaume de Henri II Plantagenet qui n’en finit pas de guerroyer pour préserver son unité. En 1176, au moment où commence la troisième aventure de cette jeune femme « qui fait parler les morts », il est au pays de Galles pour réduire la rébellion. Il a besoin de prouver que Arthur – celui des chevaliers de la table ronde – est bien mort pour éviter les superstitions qui alimentent les révoltes contre son pouvoir.
L’Abbaye de Glastonbury, associée à la légendaire Avalon du roi Arthur, vient de subir un incendie et on a retrouvé les cadavres d’un couple qui pourrait être Arthur et la reine Guenièvre. De nouveau, Adelia est sollicitée par Henri pour émettre une hypothèse sur l’identité du couple. Elle est en compagnie de son fidèle Maure qui fait semblant, pour éviter les accusations de « sorcière », d’être le médecin et elle retrouve, comme à chaque fois, le père de sa fille, l’évêque Rowley. Il lui faudra découvrir « Le secret des tombes » et on verra que le pluriel s’impose. Continuer la lecture

Polar, Qui mène l’enquête : le tueur ou la police ?

Un tueur en série sympathique.

Kate Watterson est une auteure originale. Elle nous met face aux conséquences de l’éducation, de la formation de ces enfants, orphelins, placés en famille d’accueil. Le meurtrier « en série » – parce qu’il tue plusieurs fois mais pour la même raison – est présenté comme un justifier. On le serait à moins. Un pasteur pédophile et d’autres maltraitances dans ces familles « propres sur elles ». Continuer la lecture

Polar, Promenade dans Paris, 1944

« L’affaire Petiot » revue et corrigée.

Jean-Pierre de Lucovich poursuit son investigation du Paris de la guerre. « Satan habite au 21 » fait clairement référence aux crimes de Marcel Petiot. Le 21 de la rue Lesueur était un petit château aménagé par Petiot pour se débarrasser de ses victimes, attirés là par la perspective d’un voyage vers l’Argentine pour fuir les nazis et la milice. Petiot, un as du déguisement, a longtemps échappé – comme son trésor – à toutes les polices. Il se fera prendre en 1946, victime du péché d’orgueil, et guillotiné malgré une plaidoirie de 6 heures de Maître René Floriot – sa carrière commence -, le 25 mai 1946. Beaucoup de zones d’ombre restent. Le trésor de Petiot, sa fuite, ses identités successives… De quoi broder pour présenter des hypothèses. Qui portent même sur la mort de Petiot… Continuer la lecture

Polar, Pour commencer l’année 2017

Le retour de Lacenaire.

« Les enfants du Paradis » doit vous servir de boussole. Le film de Prévert et Carné mettait en scène ce Paris des années Louis-Philippe, ce roi-bourgeois de nos livres d’Histoire caricaturé par Daumier sous forme de poire, un roi qui maniait aussi la répression contre les Républicains et les anarchistes. Le film racontait les saltimbanques mais présentait aussi ce criminel étrange aux mœurs révoltantes pour les biens pensants, Lacenaire, poète et écrivain. Continuer la lecture

Polar

Écrire oui, mais pour qui ?

Adam Langer le contrat salingerAdam Langer est à la fois l’auteur et le personnage principal de ce roman, « Le contrat Salinger » qui transporte des interrogations sur les conséquences de l’écriture, surtout lorsqu’il s’agit de vraies-fausses ou fausses-vraies autobiographies. Pour comprendre le titre, il faut savoir que J.D. Salinger est un auteur qui a suscité l’émoi aux Etats-Unis. Auteur de « L’attrape-cœurs », un grand roman sur l’adolescence, il s’est refusé pendant une grande partie de sa vie à publier le moindre texte et à éviter toutes les interviews. On dit qu’il a vécu en reclus.
Adam Langer risque une hypothétique explication, Salinger aurait continué à écrire pour une seule personne avec l’impossibilité contractuelle de le faire savoir. Il met en, scène un autre écrivain, un auteur de polar cette fois, Conner Joyce, victime du même type de contrat. Sauf que son roman sera plus vrai que vrai. Le payeur est aussi un cambrioleur qui se sert des descriptions du romancier pour effectuer le casse. Qui réussit. Tenu au secret, Conner ne peut informer personne même pas sa propre femme qui part…
Adam Langer qui a écrit une autobiographie qui l’a fâchée avec sa mère et une grande partie de sa famille se demande si ce n’est pas LA solution, écrire – en étant payé – pour une seule personne…
Une sorte de négation de la fiction qui laisse un peu sceptique sur l’avenir de la littérature… J’avoue ma déception devant cette conclusion…
Nicolas Béniès.
« Le contrat Salinger », Adam Langer, traduit par Émile Didier, 10/18

Le coin du polar

La Chine, l’amour et le polar

Peter May vient de Glascow et vit aujourd’hui dans le Lot. A la fin du siècle dernier, il s’était lancé dans une « série chinoise » mettant en scène un couple étrange aux yeux de leurs deux communautés, Margareth Campbell, américaine, médecin légiste et Li Yan, commissaire de police à Pékin. Tout les sépare saut l’amour et les enquêtes policières. Peter May a réussi à unir l’information sur la société chinoise, les préjugés des deux côtés et le roman policier. Une grande réussite que ces 6 enquêtes Peter May La série chinoise 1menées conjointement, mêlant astucieusement vie privée et enquêtes. Les éditions du Rouergue ont décidé de les rééditer en deux Peter May la série chinoise 2forts volumes. C’est un plaisir de les retrouver plongés chacun leur tour dans l’univers de l’autre. Pour appréhender les enfermements dus au rejet de l’Autre simplement parce qu’il est Autre. Peter May participe à une lutte intransigeante contre tous les rejets sans fondements. L’ironie en plus et le rire, le propre de l’être humain, pour dialectiquement réunir les négations. La fin n’est pas réjouissante mais juste. A lire de toute urgence. Continuer la lecture

C’est la rentrée (littéraire) !

Le rire de Proust et des voyages pour deux premiers romans

La rentrée littéraire ressemble à la politique monétaire de la BCE : une édition de livres impossible à suivre pour un lecteur même anormal : 560 romans si j’en crois les publications. Comment faire un choix raisonnable ? Impossible. Il faut faire confiance au hasard et (un peu, pas trop) aux attachées de presse. Il faut attacher une attention particulière aux premiers romans, ils en disent beaucoup sur notre monde.
Proust pour rireMais avant, un livre étrange, venu d’ailleurs. Le titre est tout un programme : « Proust pour rire, bréviaire jubilatoire de A la recherche du temps perdu  ». Laure Hillerin, l’auteure, est une voyageuse dans l’œuvre de Proust. Son objectif : faire lire Proust en extrayant de cette Recherche, l’humour, l’ironie pour faire rire. Elle y réussit. Il faut dire que le Marcel n’est en rien un triste sire mais un joyeux drille. La « grande littérature », celle enseignée dans nos écoles, suscite un rejet instinctif. C’est une erreur que ce livre permet de corriger. Continuer la lecture

Polar. Musée des horreurs, dessins de notre monde

Histoires de Brighton

Guttridge, les hommes sans sentimentsPeter Guttridge, ancien critique, s’est chargé de la chronique de Brighton. Nous avons rendu compte précédemment de « Promenade du crime », « Le Dernier Roi de Brighton » et « Abandonnés de Dieu ». Dans ce nouvel opus, « Des hommes dépourvus de sentiments », se retrouvent quelques protagonistes des romans précédents notamment Bob Watts ou l’inspectrice Gilchrist. Mais ils ne sont pas les protagonistes essentiels même si leur rôle n’est pas secondaire. Le personnage principal est l’ami de Watts, Jimmy Tingley parti, par hasard, sur les routes de la vengeance pour y rencontrer l’horreur et susciter des souvenirs du musée des horreurs notamment la dictature de Pol Pot au Cambodge. Le tout arrosé de mercenaires et de tueurs cherchant, par tous les moyens, la fortune. Le pillage de musées laissés à l’abandon en est un, le trafic d’enfants un autre beaucoup plus lucratif. Continuer la lecture

Polar historique

Londres février 1381

Paul Doherty la pierre de feuA force de parutions sous des pseudonymes divers, il est facile d’oublier le talent inimitable de conteur de Paul Doherty. Surtout lorsqu’il s’agit des enquêtes du frère Athelstan dans ce Londres de la fin du 14e siècle. Pour les deux dernières parues dans la collection Grands détectives chez 10/18, « Le livre des feux » et « La torche ardente », l’auteur a conservé la même date, le mois, glacial si l’on en croit sa description, de février 1381. C’est le règne du Régent Jean de Gand qui pressure le peuple d’impôt pour enrichir ses collecteurs et lui-même. La révolte gronde dans le Londres populaire. Elle est prête d’éclater. Les populations s’organisent à travers des sociétés secrètes et militaires. Le Frère essaie, par tous les moyens, de protéger sa communauté y compris contre le Régent, avec l’aide du Procureur du Roi, Sir John Cranston. La première tourne autour du « Livre des feux » attribué à Marcus le Grec, des formules permettant de fabriquer des explosifs ou des feux se propageant rapidement sur les habits des personnes visées. Une histoire compliquée d’amour, de haine et de lucre. Continuer la lecture

Polar. L’irlande du Nord avant le Brexit

Histoires de Belfast

Collusion Stuart NevilleL’Irlande du Nord a toujours été à feu et à sang. L’occupant anglais n’a guère laissé de choix. La coupure Protestant/Catholique n’est pas religieuse mais politique. Les uns sont liés aux Occupants, les autres se sentent occupés. La guerre a été meurtrière.
Comme dans chaque conflit – en particulier dans le cas d’une guerre civile – les intérêts de pouvoir et de richesse priment, pour certains, sur la lutte idéologique. Pour financer la guerre, il faut de l’argent et tous les trafics trouvent leur justification.
Cette partie de l’Histoire se retrouve dans les polars, ceux de Stuart Neville – né en 1972 – surtout qui en fait la trame de ces intrigues dans la lignée, suivant ses propres dires, de James Ellroy mais un Ellroy non corrompu par le système. Continuer la lecture