Sur les politiques économiques

Quand la déflation est là…

Le discours politique baigne dans l’idéologie la plus rétrograde. Le libéralisme, en crise depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, continue de générer ses effets sur les politiques mises en œuvre. Politique de l’offre et politique d’austérité sont les seules références des gouvernements des pays de l’Union Européenne, sans chercher à comprendre qu’elles correspondent à une période dépassée.
Le maître mot, compétitivité, cache des réalités plus triviales : la baisse du coût du travail via une régression sociale de grande profondeur. Politiques d’entreprise et étatiques se conjuguent pour déstructurer la forme sociale de l’Etat. Le seul noyau rationnel de ces politiques n’appartient pas au domaine de l’économie mais à celui de la lutte des classes, les capitalistes veulent infliger une défaite totale à ce qui reste de la classe ouvrière. Ce n’est pas une stratégie, le capitalisme se contentant de suivre sa pente en la descendant, aucun avenir n’est dessiné, aucun récit ne se structure. Continuer la lecture

L’économie repart ? Vers où ?

Reprise es-tu là ?

Toute la presse s’extasie devant les chiffres faramineux de la croissance en France, + 0,3% au lieu des 0,1% prévu alors que la zone euro est globalement en récession – les ministres d’une manière générale préfèrent le terme bizarre de « croissance négative » – à –0,4%. Les économies espagnoles, portugaises et autres connaissent une moindre récession ou un début de reprise alors que l’Allemagne enregistre seulement +0,4% de croissance. Continuer la lecture

L’Algérie et la France. Histoires.

L'Amgérie ColonialeUne somme fondamentale

L’Algérie et la France ont une histoire commune, souvent occultée. Il fallait réaliser une « Histoire de l’Algérie à la période coloniale », soit de 1830 à 1962 pour mettre en perspective les questions d’actualité, faire référence au temps long et pas seulement à la conjoncture, pour éviter que l’émotion ne prenne la place de l’analyse. Ce gros livre – qui vient de reparaître en Poche – réunit surtout des historiens français et algériens (et de quelques autres nationalités) pour dessiner les contours d’une histoire mouvementée qui se découpe en plusieurs période, qui met l’accent sur des acteurs clés, sur l’ordre colonial, sur, évidemment, la guerre d’indépendance elle-même et ses conséquences dans les deux pays. Un livre qui fait date et ouvre des perspectives pour des études futures. Une histoire jamais finie…
N.B.
« Histoire de l’Algérie à la période coloniale », sous la direction de Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault, La Découverte/Poche, 717 p.

Des questions fondamentales

La science dans le tsunami libéral.

la science pour qui ?Faudrait-il changer la devise bien connue « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » – credo du groupe réuni sous l’égide d’« Espaces Marx » – en science sans profit n’est que ruine du capitalisme… et de la santé des populations ? « Science », un terme qui souffre de plusieurs définitions se doit d’être interrogée pour permettre à la fois le renouveau de la recherche fondamentale mise à mal par ce capitalisme libéral pressé par la nécessité d’augmenter le profit à court terme et des formes de contrôle démocratique. Il faut laisser les scientifiques libres de chercher, nous disent les auteurs tout en donnant les moyens – en temps – aux citoyennes et aux citoyens de comprendre et de disposer. « La science pour qui ? », un petit livre qui ouvre des perspectives et rend intelligent.
N.B.
« La science pour qui ? », coordination Janine Guespin-Michel et Annick Jacq, Éditions du Croquant/Enjeux et débats espaces Marx, 125 p.

Un Atlas historique, géographique et politique.

Un Etat palestinien est-il possible ?

Atlas des PalestiniensUn Atlas qui dessine le territoire de la Palestine est un outil essentiel pour appréhender à la fois les difficultés des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens et celles de la formation d’un Etat palestinien. On le sait, la question des frontières est essentielle pour délimiter le territoire de cet Etat. Les auteurs offrent aussi une image de l’Histoire de ce Moyen Orient en butte à toutes les occupations, des organisations politiques à travers notamment l’itinéraire de Yasser Arafat. On fera juste le reproche d’avoir dessiné un peu sommairement un lobby juif qui n’a pas la puissance qu’on lui prête et cache la politique mise en œuvre par les gouvernements des États-Unis.
N.B.
« Atlas des Palestiniens. Un peuple en quête d’un Etat », Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Sid-Ahmed Souiah, Éditions Autrement.

Refondation nécessaire.

L’avenir du syndicalisme dans le basculement d’un monde.

Comment appréhender ce monde capitaliste en mutation ? Comment construire le syndicalisme du 21e siècle ? Deux ouvrages récents permettent de construire des réponses à ces questions fondamentales, « Trente ans de vie économique et sociale », ouvrage collectif de l’INSEE et « Nouveau siècle, Nouveau Syndicalisme », sous la direction de Dominique Mezzi, Syllepse.

Le syndicalisme en France et plus généralement dans tous les pays capitalistes développés est confronté à une nouveauté, l’asyndicalisation après la désyndicalisation qui commence fortement dans les années 1990. C’est le résultat de transformations profondes qui affectent le capitalisme depuis les années 1980. La victoire de l’idéologie libérale à permis la construction d’une nouvelle forme de capitalisme, d’un régime d’accumulation à dominante financière comme réponse à l’entrée dans une nouvelle période en 1974-75. Dans le même mouvement, le recul du collectif et la montée de l’individualisme s’est imposé. Continuer la lecture

La dignité, un mot oublié ?

Une marche de 30 ans.

La marcheA l’automne 1983 des marcheurs se mettent en mouvement. Ils et elles vont traverser la France, faire 1500 kilomètres pour revendiquer rien de moins que les droits élémentaires de tout être humain, l’égalité, la fraternité, la liberté et surtout la dignité. Bouzid Kara fait partie de cette première cohorte, avant le succès retentissant mais éphémère. En 1984, il publie ce livre « La marche ». Actes Sud le republie avec des photos de Farid L’Haoua pour que le travail de mémoire reste à l’ordre du jour. Cette marche c’était un cri. A-t-il été entendu ? Notre société a-t-elle changé ? La revendication a-t-elle été prise en compte ? Ce témoignage repose toutes les questions concernant notre manière de vivre ensemble. Des interrogations nécessaires au moment où la recherche de boucs émissaires bat son plein. La marche c’est aussi une sorte de leçon philosophique pour aller à la rencontre de l’Autre. De faire le premier pas…
Nicolas Béniès.
« La marche. Les carnets d’un marcheur », Bouzid, Sindbad/Actes Sud.

DICTIONNAIRE

D comme déflation

L’inflation, en novembre 2013, se monte d’après l’INSEE et suivant l’indice des prix à la consommation, à 0,7% soit un niveau très faible. Ce résultat peut sembler bizarre pour les ménages confrontés à la hausse des prix des achats contraints comme l’énergie, le loyer ou les biens de consommation courants qui ont tendance à s’envoler. En 2014, prévoit l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture datée de décembre 2013 avec un titre qui a fait réagir notre humoriste national, François Hollande, « Une reprise poussive », l’inflation augmentera via la hausse des taux de la TVA notamment pour s’afficher à 1,1%, un taux faible mais qui se traduira par une baisse affichée du pouvoir d’achat des salariés, le niveau des salaires nominaux restant stable. Continuer la lecture

En passant par Chicago… Université populaire sur le jazz 2012 – 2013

Le projet de départ… qui s’étendra sur plusieurs années…

pour démarrer et vous mettre dans l’ambiance, Robert Johnson (voir plus loin pour des explications complémentaires) « Sweet Home Chicago » (1936)

Le même thème repris par les Blue Brothers dans le film éponyme de John Landis

Au départ, ce projet se proposait d’offrir une autre image du jazz en lien avec l’urbanisation spécifique des États-Unis et la place des ghettos. De plusieurs types ces ghettos. New York possédait le ghetto noir, juif, italien et quelques autres, tous des Américains à trait d’union. Chaque nationalité se regroupait pour résister, sans parler des gangs créés dans « street corner ». Chaque quartier avait sa musique. Ce qui est valable pour New York l’était pour les autres villes dans une moindre mesure.
Ces musiques circulaient d’un quartier à l’autre. George Gershwin se souvenait, et voyait là l’origine de sa musique hautement représentative de ces États-Unis des années d’entre deux guerres, que chaque quartier diffusait sa musique via les chansons entendues dans la rue – une des origines du jazz, la rue. A l’époque, peu de postes de radio, peu de moyen de lire les disques, la technique des « rouleaux » inventés par Edison coûtaient chers. La consommation de masse en était à ses balbutiements.
Gershwin parlait des débuts de ce 20e siècle et des quartiers de New York qui avait chacun leurs spécificités culturelles. Le « melting pot » ressemblait à un mauvais collage. Le terme, issu du théâtre yiddish était, au départ, péjorativement ironique. Il est désormais chargé de positivité exprimant l’idéologie de l’intégration chère aux Étasuniens. Idéologie, l’intégration des Africains-Américains, malgré un président noir, n’est toujours pas réalisée. Celle des Juifs et des Italiens est passée par les gangs et le jazz…

Plus largement, je voulais explorer les villes du jazz. Je n’avais pas vu l’ampleur de la tâche, ni les nécessités de faire entendre musique et musicien(ne)s, parler de ces romanciers qui ont su illustrer leur ville et parler du jazz.

il s’agissait donc de visiter les villes du jazz, aux États-Unis pour laisser la place, plus tard, aux autres villes. Paris, en particulier… En cours de route, le projet a évolué…

Si j’ai voulu commencer par Chicago, c’est parce que j’en Chicagorevenais au début de cette année. Un motif certes légitime mais pas suffisant. Au fur et à mesure des séminaires, je me suis aperçu que Chicago, plus que New York, était la Ville du jazz et du blues « typiquement » américain. Je risque l’hypothèse que c’est une des villes-creuset de la formation de la culture américaine, étatsunienne, une ville clé. Ses créations architecturales en font une des villes références en cette matière. Les gratte ciels – skyscrapers – comme autant de pénis survoltés ont projeté leur semence dans tout le pays et au-delà.

Il n’est pas étonnant que le blues électrique de la fin de la seconde guerre mondiale ait trouvé là, dans ses ghettos, son aliment principal comme le bruit de ses usines ou de son train – difficile de parler d’un métro surtout lorsque l’image que nous avons est celle du métro parisien… Ci-après Buddy Guy, un des grands bluesman de Chicago qui narre la première fois qu’il a rencontré le blues…

Il faut voir le film de John Landis, « Blue Brothers », pour avoir une idée de la ville. La chambre qu’ils habitent est située juste à côté du métro, le Chicago Transit Authority – CTA – qui sera approprié par le groupe de rock, comme un hommage à la Ville mais aussi à ses bruits industriels. In avait oublié que tout un pan de la musique des débuts du 20e siècle reproduisait les sons de l’usine, avec que qu’ils ont de stridence. Le blues, sans référence à cette musique, s’est servi lui aussi de ses sons pour construire un blues plus électrique, dés le début des années 1940 et… à Chicago.

Cette année, en conséquence, je nous ai fait rester à Chicago, sans épuiser toutes ses réalisations et possibilités .Elle dévoile la perte de puissance des États-Unis. Son industrie est chancelante, les services publics sont déliquescents, ses infrastructures à revoir, chômage et pauvreté sont visibles et, last but not least, l’Église de scientologie possède un bel immeuble avec pignon sur rue, juste à côté de la rivière. Sur le terrain de l’architecture, Chicago fut une ville pionnière avec Franck Lloyd Wright notamment. Elle a influencé tous les architectes du monde entier. Ses gratte ciels, ceux de Louis Sullivan en particulier ont été copiés. Aujourd’hui, beaucoup – trop ! – d’hommages sont rendus à ces pionniers sans présenter une relève. Le champ des possibles semble se conjuguer au passé. Ce n’est pas spécifique à Chicago, mais…

Difficile tout de même de sortir de cette ville spécifiquement américaine et qui joue un grand rôle dans le développement du blues et du jazz. Chaque fois que je me suis posé la question de l’abandonner pour redescendre vers le Sud (vers la Louisiane et la Nouvelle-Orléans et ce n’était pas l’envie qui m’en manquait pour parler de ces écrivains du Sud qui structurent la mémoire de ces États-Unis à commencer par Faulkner) ou remonter vers le Nord (New York, cette ville qui n’est américaine mais véritablement cosmopolite, une Ville qui n’appartient qu’à elle-même, une Ville où forcément chacun(e) se sent chez soi, sensation bizarre qui vous envahit dés la première visite, ville où le jazz allait grandir, partant du ghetto noir de Harlem) ou l’ouest (pour figurer les États-Unis via les deux Kansas City séparé par la rivière Kansas, l’un au Kansas, l’autre au Missouri devenue, cette dernière, la ville de tous les trafics dans les années 30 lui permettant d’échapper à la dépression, attirant de ce fait tous les musiciens en quête d’engagements, une ville creuset qui verra naître, en 1920, Charlie Parker), un(e) musicien-ne m’empêchait de partir comme la nécessité de parler d’un romancier, d’un auteur de polar ou d’autre chose, de sociologie par exemple.

En 1937, Benny Goodman, un enfant de la ville, lui rendait hommage, « Chicago », la raconte. Les paroles (« lyrics ») racontent la naissance de la ville, ses prédicateurs dont un ancien joueur de base-ball, ses constructions.

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CONTRIBUTION AUX RENCONTRES « Actualités de Marx et nouvelles pensées critiques : Horizons de civilisation », à Bordeaux, du 4 au 7 décembre 2013

 Dans quel monde voulons-nous vivre ?

Le basculement du monde1

La crise systémique qui s’est ouverte en août 2007 exige la naissance d’un nouvel ordre productif (ou régime d’accumulation).

La forme du capitalisme née dans les années 1980-90 est morte même si elle continue d’exister faute de perspective de transformation. Ce régime d’accumulation à dominante financière – pour signifier le poids nouveau pris par la finance et l’hégémonie de ses critères – était une réponse à l’entrée dans une nouvelle période du capitalisme en 1974-75. Le régime d’accumulation des « 30 glorieuses » était à l’agonie. Il fallait que le capitalisme se régénère en inventant de nouvelles modalités de création de richesses. Pour justifier cette nouvelle donne, un néo-libéralisme s’est imposé comme la seule idéologie possible. Néo-libéralisme parce qu’il se contentait de reprendre trois dogmes d’un côté et de l’autre de leur donner un aspect scientifique par le biais des modèles économétriques. Ce coup d’État des mathématiques sur la pensée économique a permis de faire triompher la représentation de la réalité sur la réalité.2 Une des explications de l’incompréhension des experts autoproclamés de la profondeur de la crise et leurs déclarations sur « la fin de la crise » juste avant la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Continuer la lecture