A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Du côté des polars

Du Noir polonais.

Quel rapport entre la Colombie et la Pologne ? Entre une arnaque vieille comme le capitalisme : faire croire à un procédé nouveau qui va rapporter des millions et une série d’assassinats ? Le trafic de drogue bien sur – le titre l’indique explicitement « La Colombienne » – mais pas seulement. L’inspecteur Mortka est chargé de l’enquête. Il tâtonne, trouve des faits, relie certains points sans trouver qui déroule le fil. Le fin mot arrivera par un retournement surprenant mais logique, dialectique serait le terme juste. Découverte d’un auteur, Wojciech Chmielarz, ironique et humain, drolatique et sérieux jouant sur tous les stéréotypes culturels à commencer par le sexisme et les divisions sociales. En plus il tient le lecteur, accro à l’intrigue, accro au puzzle pour trouver qui est ce mystérieux «Polaco », un pseudo qui sent déjà la poudre, accro à l’entourloupe… Une plongée dans la Pologne d’aujourd’hui, ses start up, son capitalisme, sa corruption.
Un auteur qu’il faut suivre pour sa façon de se servir de l’actualité tout en prenant la distance nécessaire pour faire réfléchir… sur la mondialisation.
« La Colombienne », Wojciech Chmielarz, traduit par Erik Veaux, Agullo Noir

Du Noir en jaune

Premier polar sur le mouvement des gilets jaunes, « Les écœurés » mêle la description documentaire de cette mobilisation inédite dans une petite ville de Bretagne avec toutes ses ambiguïtés par le biais d’une galerie de portraits et une enquête policière. Le détective privé prend la forme d’un jeune lieutenant que le commissaire transforme en agent double pour espionner les gilets jaunes. Comme il se doit, il tombe amoureux et développe une empathie avec la mobilisation qui refuse tout chef, toutes structures tout en faisant trop confiance aux réseaux sociaux. Par petites touches, Gérard Delteil permet de comprendre les prises de conscience comme les trajectoires politiques diverses lié à cette révolte étrange. En conséquence l’enquête policière n’est pas assez développée même si les réactions des représentant-e-s de l’État sont assez bien cernées.
Nicolas Béniès.
« Les écœurés », Gérard Delteil, Seuil/Roman noir

La réalité plus noire que la fiction

Un scandale de la volonté de profit contre la santé des populations. Purdue Pharma, la famille Sackler, a commercialisé des opiacés – des antidouleurs – par le biais des médecins plus ou moins convaincus sur une grande échelle aux Etats-Unis provoquant une crise sanitaire majeur. Des reportages sur ce groupe ont été diffusés. Ce livre, « Addiction sur ordonnance », sous titré « La crise des antidouleurs » démontre la responsabilité de Sackler qui a planifié cette addiction. Un polar vrai sur un trafic de drogue légal qui rapporte plus que le trafic illégal. Patrick Radden Keefe est l’auteur du premier article dans le New Yorker en novembre 2018, complété par la situation française et une réflexion de Hervé Le Crosnier. Ce thriller appelle à des prises de conscience de la réalité de la loi du profit maximum et à des mobilisations.
Nicolas Béniès
« Addiction sur ordonnance », Patrick Radden Keefe, traduit par Claire Richard, C&F éditions

Un éléphant, ça trompe ? A propos de la « courbe de l’éléphant » de Milanovic

Réflexion sur les inégalités et la mondialisation

Branko Milanovic, économiste en chef de la Banque mondiale de 1993 à 2001, a voulu interpréter, comprendre la montée des inégalités à l’intérieur de chaque pays comme entre les pays et les conséquences politiques qui en résultent. Dans « Inégalités mondiales », sous-titré, tout un programme, « Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », il a construit la « courbe de l’éléphant » – reproduite sur la page de couverture de l’ouvrage – devenue une référence. Sa force : résumer en un seul graphique la distribution mondiale des revenus entre 1988 et 2008, années de « mondialisation intense », dixit l’auteur. Le constat porte sur l’essor de la « classe moyenne » mondiale, la stagnation des revenus de la classe moyenne des pays développés et la hausse impétueuse des revenus des « top percentiles », soit les 1% de la population mondiale, et même les 0,1%.
Pour éviter les erreurs d’interprétations, il faut souligner que l’essor des classes moyennes surtout dans les pays d’Asie – la Chine et l’Inde en particulier – est la traduction de la sortie de la pauvreté due, le plus souvent, à la croissance économique. Là gît une ambiguïté. Le concept de « classe moyenne » se définit uniquement par le revenu. Dés que ce revenu est supérieur à celui de la pauvreté absolue – le minimum de subsistance -, soit le début de la courbe de l’éléphant, on entre dans la classe moyenne inférieure. Tout en gardant à l’esprit que le raisonnement se fait, comme le soulignent Pascal Combemale et Maxime Gueuder en une postface nécessaire, en gains relatifs de revenus au niveau mondial. Continuer la lecture →

Débarquement, 75e ! Un travail de mémoire

Intro musicale
Dans « Le souffle de la liberté » (C&F éditions),

j’ai voulu rendre compte de la place du jazz dans le débarquement des G.I., jeunes gens venus mourir sur les plages de Normandie. Le mer, rouge de leur sang et de sa honte devant l’hécatombe.
La Libération fut aussi celle du corps. Les occupants, en bons nazis, avaient interdits la danse sous les lampions, collective, les bals sans toutefois interdire les concerts de jazz. Charles Delaunay en organisa et ils furent très vite complets.
La danse a été associée aux grands orchestres è aux Big Bands – dont celui de Glenn Miller – le chef d’orchestre tromboniste mourut au-dessus de la Manche en décembre 1944 – et le fameux « In The Mood » qui marqua de son sceau le débarquement lui-même.
Pour le 50e, j’avais rencontré Henri Renaud, pianiste et, en 1994, producteur pour Columbia. Il m’avait fait rencontrer Sim Copans.
Simon avait débarqué après le 6 juin, à pied comme il le dit, pour rejoindre son camion sonorisé et annoncer les avancées de la libération de la Normandie. Comme il le dira, parfois rien à annoncer alors il passait des disques de jazz. Les G.I n’avaient rien à faire et ils buvaient. les rapports avec la population locale furent souvent difficiles, pour utiliser un euphémisme. Dans « L’interprète », Nelly Kaplan raconte à la fois Louis Guilloux et son rôle d’interprète devant la Cour Martiale militaire américaine qui jugeait les viols commis par les soldats avec une très forte inégalité entre Noirs – souvent condamnés à mort – et les Blancs.
Sim, dans le cadre de la « Chasse aux sorcières » aux Etats-Unis, le maccarthysme, fut accusé d’être un communiste, comme beaucoup d’autres. Une des raisons, l’autre est sa compagne, qui le poussèrent à rester en France et devenir le créateur des émissions de jazz sur la RTF.
Pour ce 75e, sans que ce cadeau ne coûte des millions, je vous propose de retrouver Sim pour quasi une heure d’entretien.

Ci-après, Sim raconte son débarquement. Il faut, comme d’habitude, prendre son témoignage pour ce qu’il est. Le souvenir est passé par là traçant sa voie, mettant en exergue des faits qui n’avaient pas la même importance à l’époque. Sans parler du ressenti. Le témoignage fait partie des sources de la mémoire. Il faut rajouter l’Histoire, le contexte. En tant que tel, il nous fait réfléchir.
Jon Hendricks, chanteur et poète mort l’an dernier, m’avait aussi raconté son débarquement, le 12 juin semble-t-il, sa panique, sa fuite vers les champs. Il m’avait aussi dit sa formation en tant que militaire dans le sud où les Noirs n’avaient pas le droit de marcher sur le même trottoir que les Blancs ni les regarder dans les yeux. Les brimades étaient continuelles.
Plus encore, l’Histoire indique que les troupes noires n’avaient pas d’armes…
Sim :

Il raconte ensuite comment il est devenu homme de radio dans une succession de circonstances, le hasard de la nécessité ?

Il raconte encore, la radio sans doute lui manquait :

Son accent chantant fait merveille. Un film de son fils, Richard que j’avais vu à Souillac – festival « Sim Copans » – le montre avant la guerre à Paris rencontrant son épouse, française et proche du PCF, comme un grand américain naïf. Je ne sais pas si ce film, à la gloire de sa mère, est visible.

Il poursuit, en arrière fond ma question. A l’époque l’enregistrement se faisait sur K7, le son n’est pas toujours bon. Il peut arriver aussi qu’il y ait quelques blancs pour le changement de K7. Sur ce site, vous pouvez lire l’interview de Henri Renaud.

Encore

La fin

Conclusion musicale :

Nicolas Béniès

Le coin du polar

Aoste, seulement une ville de jambon ?

Pour la petite histoire, le jambon produit à Aoste s’appelle le jambon de Bosses et…ne fait pas partie de l’enquête du sous-Préfet – un sous-commissaire à la mode italienne – Rocco Schiavone, l’enquêteur récurrent de Antonio Manzini. Schiavone, obligé de quitter Rome à cause de sa manière hétérodoxe de faire son métier de policier et de ses amitiés dans des milieux interlopes, est muté à Aoste, ville provinciale où il étouffe bien loin de sa ville magique où il retourne régulièrement.
Au début de cette nouvelle traque, personnelle et policière, il se trouve prostrée dans sa chambre. L’assassinat, chez lui, de la compagne d’un de ses amis romains, l’a profondément bouleversé. Il était vraisemblablement visé. L’histoire est aussi celle de la sortie de sa dépression via le surgissement d’un nouvel amour et l’évanouissement du fantôme de sa compagne, morte, elle aussi, à sa place. Fantôme qui l’avait accompagné dans toutes ses enquêtes précédentes. Quelque chose est en train de basculer…
Un entrecroisement d’histoires qui prennent le temps d’exister, des personnages secondaires vivants et une enquête qui se traîne un peu pour donner l’impression de la durée pour décrire les injustices.
Un polar italien plus vrai que vrai. Il faut plonger dans « Un homme seul » pour saisir une partie des structurations de la société italienne. Tout y est, mafia comme corruption, bons sentiments et impuissance, pesanteurs bureaucratiques et passe droits pas très légaux.
Nicolas Béniès
« Un homme seul », Antonio Manzini, traduit par Samuel Sfez, Folio/Policier

Jazz, Laurent Dehors Trio

Où sont les moutons ? Qui les compte ?

Titré un album, « Moutons » ne manque pas d’air ni d’ironie à considérer la musique que propose Laurent Dehors, clarinettes et saxophones – avec aussi un peu de guimbarde. Le thème d’ouverture, « Les Oiseaux », évoque un Olivier Messiaen qui aurait abusé de substances bizarres, piraté par un batteur issu du rock, Franck Vaillant, utilisant aussi l’électronique. Gabriel Gosse, guitare 7 cordes, un instrument étrange recherché par le leader, Laurent Dehors, accentue le dépaysement. Le trio ne se laisse pas aller dans ni sur les routes goudronnées, ni sur les allées des grandes villas mais recherche les détours, les places suspectes, les endroits non fréquentés où tout semble possible y compris la rencontre avec un thème de Duke Ellington, « Solitude » en l’occurrence, accompagné d’un banjo qui s’essaie à indiquer des repères vite disparus.
Un album qui dérange à chaque nouveau thème, qui dévoile une partie de la sonorité de Laurent Dehors et de sa détermination à éviter la routine. Une leçon pour nous aussi.
Nicolas Béniès.
« Moutons », Laurent Dehors, Tous Dehors/L’autre distribution

Jazz, Soul Jazz Rebels

Exubérant, dansant et donc nécessaire

Un groupe qui prend comme devise, et comme nom – ainsi que le titre de leur album – « Soul Jazz Rebels » ne peut pas décevoir. La participation du batteur Ton Ton Salut, figure du jazz montpelliérain, est un gage du désir de jazz qui animent Jean Vernheres, saxophone, Cyril Amourette, guitare et Hervé Saint-Guirons, orgue Hammond. Ils ont décidé de casser la baraque, de fuir la mélancolie pour suivre la voie de ce jazz dur proche du gospel, de la transe, de la danse pour percuter tous les a priori et aller chercher les racines de la rébellion. En ce début du 21e siècle, il fallait oser.
Leur musique, composée à tour de rôle par les quatre lascars, tisse et emmêle tous les fils d’une musique qui ne peut pas disparaître, celles du label Blue Note, celles de Jimmy Smith mais aussi de Larry Young – un organiste qu’il faudrait redécouvrir – sans compter Hank Mobley et les autres saxophonistes puissants de ces années ou celles antérieures. Une manière aussi d’entrer dans un jeu de mémoires pour enfin, ne pas hésiter à sourire à la vie. Se rebeller contre l’air du temps est une nécessité, regarder vers un passé non dépassé peut permettre d’affirmer sa différence, son originalité.
Mettez le disque, invitez les voisin-e-s, montez le son et… dansez.
Nicolas Béniès
« Soul Jazz Rebels », Black Stamp Music

Le coin du polar


Une réédition pour une nouvelle collection

« La Noire » vient s’ajouter – pour l’instant – à la Série Noire pour faire découvrir ou redécouvrir des auteurs oubliés ou laisser en jachère. Hervé Prudon en fait partie. « Nadine Mouque » est un nom commun à la plupart des filles dans cette cité HLM de banlieue où il est impossible de vivre sinon en répondant à des stéréotypes. C’était déjà le cas en 1995, année de la première parution de ce récit, et, de ce point de vue, il n’a guère vieilli. « La Cité des Blattes » – le nom de cet ensemble – pourrait faire partie de l’actualité de ces scandales immobiliers, de ces immeubles qui se perdent sous le poids des absences, des réparations bien sur mais aussi de la pure et simple humanité.
La mort de la mère du chômeur/narrateur/pochard , d’une balle perdue, fait démarrer une action qui se traîne à coups d’ivresse, de sommeil secoué de coups de tonner qui ne sont pas des éveils et de la présence, pour le moins étrangement inquiétante, de l’héroïne du feuilleton pour ados de l’époque « Hélène et les garçons ».
Le narrateur enveloppé d’alcools voudrait bien se débarrasser de ce liquide volatil mais la volonté lui manque. Rêve ou réalité, il tue un dénommé Sarkozy – dans le livre le nom s’écrit un peu différemment – et quelques autres séides. C’est difficile à croire, mais cet individu fictif est déjà ministre… de la culture ! Pour le reste, une description quasi clinique de cette banlieue dont on ne parle plus assez avec ses règlements de compte, ses parvenus, ses chefs, ses communautés, ses espoirs et tous ses désespoirs et autant de désespéré-e-s. C’est aussi un grand livre sur les collines embrumées de l’alcoolisme où la descente est rapide.
En prime, une « présentation de Sylvie Péju » tout en retenue pour faire connaissance avec l’auteur et ses modes..
Nicolas Béniès
« Nadine Mouque », Hervé Prudon, La Noire/Gallimard.

Jazz, Shauli Einav

Retour vers le futur antérieur

Shauli Einav, saxophoniste israélien installé à Paris, ne veut pas perdre la mémoire d’un temps où l’avant-garde était saluée comme une nécessité vitale et participait de l’utopie de la construction d’un monde différent, libre, égal et fraternel. Je vous parle d’un temps… que le jeune trentenaire a connu via le saxophoniste un peu oublié – quel dommage – Arnie Lawrence qui lui a servi de maître en Israël.
Shauli Einav a constitué un quintet qui s’inspire de l’esthétique de ceux réunit par Andrew Hill pour Blue Note dans ce milieu et fin des années 1960 ou de Tony Williams ou encore de Bobby Hutcherson. Ces références ne viennent pas écraser les compositions du saxophoniste mais les éclairer. Aucune copie servile, simplement à la fois un travail de mémoire bousculé par la force vivante de musiciens qui veulent trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui qu’ils contestent dans ses fondements. Le compositeur n’oublie pas non plus d’où il vient : la Palestine, terre divine et terre de cultures. Le oud de Fayçal Salhi sur « One step up » – un pas vers le ciel ? – trace les parcours.
Tim Collins, vibraphone, remet au goût d’un jour étrange la sonorité d’un instrument trop peu sollicité dans ses développements possibles, Andy Hunter au trombone réussit une sorte de quintessence de tous ses prédécesseurs qui ont voulu se dégager autant que faire se peux de Jay Jay Johnson à commencer par Grachan Moncur III, Yoni Zelnik confirme sa capacité à asseoir rythme et tempo pour permettre aux quatre autres de s’élancer vers d’autres cieux et Guilhem Flouzat sait réaliser une curieuse synthèse entre tous les batteurs modernes à la manière d’un Joe Chambers.
Le tout donne envie de vivre encore et encore pour provoquer d’autres émotions. « Animi » – un pluriel nécessaire – dit le titre de cet album pour affirmer le primat de la fougue de l’esprit et du corps.
Nicolas Béniès
« Animi », Shauli Einav, Berthold Records, distribution Differ-Ant

Jazz, Hugo Corbin

Rêves de jazz, brumes de musique

Hugo Corbin, guitariste et compositeur, a décidé, dans « Inner Roads », d’explorer ces voies sans entrées que sont les routes internes, celles fréquentées les jours et nuits où dominent le sentiment d’un voyage dans un espace temps indéterminé, un voyage souvent périlleux dont les bornes n’existent pas.
Il est en bonne compagnie. Marc Buronfosse, bassiste, tresse l’assise rythmique pour permettre aux trois autres de contempler les images d’un temple dévasté tout en se faisant entendre, en solo, un son plein et rond. Adrien Sanchez, saxophone ténor, évoque à la fois Coltrane – bien sur – tout autant que Jan Garbarek pour donner la réplique à la guitare et lui permettre de restituer des images venant d’autres lieus. Enfin Srdjan Ivanovic, percussionniste plus que batteur, apporte le complément qui fait la différence pour inviter l’auditeur aux rêves, à imaginer des images issues de l’esthétique ECM – revendiquée par le compositeur – tout autant que des musiques qui agitent le cinéma pour faire vivre, dans une autre dimension, les vues sur l’écran.
Le quartet sait que l’équation à réaliser se traduit par 4=1=2=3, et il est proche de la réaliser. Juste une remarque. En construisant l’album, il faudrait prévoir des surprises. Un thème qui rompt brutalement avec le précédent par exemple, pour éviter la sensation d’atmosphères apparemment trop semblables.
A découvrir.
Nicolas Béniès.
« Inner Roads », Hugo Corbin, Absilone/Cool Label, rens : www.lecoolectif.org

Jazz, Un Zoo de liberté ?

L’ailleurs du jazz pour des voyages dans le ventre du monde

« Free Human Zoo » est un drôle de nom pour un groupe qui arrive à fêter, pourtant, son troisième album. Un oxymore qui veut faire d’un Zoo un endroit de liberté comme une représentation d’un gouvernement qui sait face à des populations ignorantes, parquées. La libération est devant nous. Elle se construit aussi dans l’imaginaire.
« No Wind Tonight » est le titre générique de ce double album pour deux suites et 4 voyages proposés par Samy Thiebault, saxo ténor, Laurent Skoczek, trombone, Manu Guerrero, piano, claviers, Matthieu Rosso, guitares, Nicolas Feuger, basse, contrebasse, Gilles Le Rest batterie et quelques invité-e-s. Pas de vent ce soir pour un amalgame de combinaisons puisées dans le jazz – les riffs et la pulsation notamment -, le rock mais aussi les chants du Moyen Âge, les musiques Klezmer, des comptines. Comme une référence à ces cultures du passé, d’autres mondes dont le présent peut se nourrir pour rêver ailleurs, rêver de solidarité, de fraternité et de sororité.
Les volutes de toutes ces musiques sont prégnantes faute de vents pour les dissiper pour les envoyer vers d’autres cieux. Les collages sont tenaces. La danse les fait tenir. Une musique de la transe en résulte pour rétrécir les frontières et projeter les corps dans une autre dimension.
Nicolas Béniès.
« No Wind Tonight », Free Human Zoo, Odusseia production/Ex-tension-seventh Records.