Qu’allait-il faire dans cette galère ?
Il faut avoir une sacré dose de haine envers Sherlock Holmes pour le lancer dans une aventure perdue d’avance : innocenter le capitaine Dreyfus. Une affaire sans doute plus connue de ce côté ci du Channel que de celui de Holmes. Il se heurte comme tous les enquêteurs – appelés dreyfusards alors qu’il recherche la vérité – à la « raison d’État » représentée par son frère Mycroft essayant à toute force de la justifier en reprenant les arguments de la hiérarchie militaire française, l’antisémitisme en moins. Holmes, comme d’autres, essayera de la faire évader et, comme toutes ces tentatives, ce sera un échec.
Michael Hardwick expose l’affaire, raconte la tenue du procès en mettant en scène le frère du capitaine, retraçant sa trajectoire, le témoignage – faux – de Bertillon et les documents – faux – pour étayer l’accusation. « Sherlock Holmes et l’affaire Dreyfus » est une synthèse réussie du dossier avec ce qu’il faut d’hypothèses crédibles sur ses soubassements et les réactions internationales , celles de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Le Kaiser est le petit-fils de la reine Victoria…
A force de coller à l’affaire, l’auteur ennuie le lecteur, plus peut-être le français que le britannique et n’arrive pas à faire décoller l’intrigue. C’est souvent lourd et fastidieux. Même le voyage de Holmes à l’île du Diable semble une image pieuse.
Il faut prendre cette « aventure » de Holmes pour ce qu’elle est : un livre sur l’affaire Dreyfus et un bon livre sur ce sujet sans trop de parti pris avec ce qu’il faut de pesanteur dans son déroulement. En tant que tel, il peut permettre de redonner à Dreyfus sa place dans l’Histoire. Mais Holmes – et Watson- n’avait pas besoin de monter dans cette galère …
Nicolas Béniès
« Sherlock Holmes et l’affaire Dreyfus », Michael Hardwick traduit par Anne Villelaur, éditions nouveau monde, collection « sang froid »