Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins.

« Nuit et brouillard », Nacht and Nebel, suit deux personnages, l’un dit « je », le lieutenant Prieur un peu imbu de lui-même – un des ancêtres de OSS 117 peut-être-, l’autre, apparemment un ex officier de l’armée allemande, Karl Weber dont le comportement laisse deviner des secrets. Un quarteron de nazi qui n’ont pas digéré la défaite fomente un coup d’État passant par des attentats sous la conduite d’un mystérieux numéro 7. Intelligemment, l’auteur fait se succéder les pensées et l’attitude de Prieur qui ne comprend rien à rien et la description des attitudes de Weber qui se laisse deviner comme un infiltré des services secrets français.
L’atmosphère de l’après guerre qui sent encore la guerre, avec ses rationnements, est rendue palpable. Au-delà de l’intrigue, bien menée au demeurant, la plongée dans le climat étrange, dans cet halo bizarre de la transition vers une autre société, éclaire les livres d’histoire.
Nicolas Béniès

« Nuit et brouillard », Yves Fougères, nouveau monde éditions, collection « sang froid »,