Jaune est sa couleur


Une vie, une contrée, une écriture

« L’arbre de l’homme », le titre du roman de Patrick White (1912-1990) – seul écrivain australien à a avoir eu le Prix Nobel de littérature en 1973 -, résume bien la démarche de l’auteur. Un homme, jeune, arrive dans une contrée quelque peu désertique. Il s’y arrête à cause d’un arbre décharné qui porte le poids des ans. Son cheval est fatigué de tirer la carriole dans laquelle se disperse les faibles possessions de l’homme qui s’appellera disons Stan Parker. Il s’installe, construit sa maison, épouse Amy sans jamais avouer à voix haute – mais peut-être n’a t’il pas les mots pour le faire – ni son amour, profond et réciproque, ni son désir ni son besoin de tendresse.

La scène se passe en Australie fin du 19e début du 20e siècle. La vie se déroule sans drames sinon ceux des saisons. Les voisins, les enfants, les fleurs, des r$oses que Amy veut absolument faire pousser, la construction des bourgades, rien d’exceptionnel a priori. La première guerre mondiale ne sera même pas considéré comme une rupture malgré le nombre de morts de soldats australiens dans les tranchées. La vie reprendra jusque la mort de Stan, chez lui, dans son jardin. « A la fin, il y a les arbres. Ils se dressent toujours dans la ravine derrière la maison sur une parcelle de terre ingrate dont personne en veut rien faire » écrit l’auteur en guise de conclusion ajoutant « de sorte qu’à la fin, il n’y eut pas de fin .»
La vie des arbres est sans fin, le jaune, la couleur dominante de l’environnement marque quasiment toutes les pages de ce poème dédié surtout à Amy créatrice de la sève qui alimente l’écriture de Patrick White, hymne aux femmes capables de résister et de donner la joie, le rire, la passion de vivre. Le paysage est l’autre personnage important de ce récit épique qui rythme les existences. Les 575 pages ne sont pas de trop pour nous le faire apprécier.
La magie – aucun autre mot ne convient -celle de l’écriture – la traduction de David Fauquemberg y est aussi pour beaucoup – opère et le lecteur est ferré. Il tourne les pages, comme s’il s’agissait d’un thriller alors que la fin est connue. C’est inexplicable. Le mystère tirent sans doute dans l’empathie dont l’auteur réussit à nous envelopper dés les premières pages nous liant à ces personnages, aux arbres, au jaune et aux paysages. Eblouissant
Nicolas Béniès
« L’arbre de l’homme », Patrick White traduit par David Fauquemberg, Au vent des îles édition