A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Entretien avec Henri Renaud

SOUVENIRS, SOUVENIRS

Les commémorations liées à la fin de la seconde guerre mondiale se poursuivent. Elles obligent à un retour en arrière sur les années de la guerre et de l’après-guerre. Concernant le domaine du jazz, beaucoup d’erreurs ont été commises. Sous prétexte que les Nazis considéraient cette musique comme « décadente », beaucoup d’auteurs en ont conclu qu’elle avait disparu, et qu’il faudra attendre le débarquement pour la voir réapparaître. Vision fausse. A l’inverse de la réalité. Le jazz n’avait jamais eu autant droit de cité que dans ces années de guerre et d’occupation. Il retrouvait là, dans ce contexte particulier, sa nature. Il exprimait la révolte et la revendication fondamentale de liberté, de dignité. A interroger Christian Bellest – trompettiste à l’époque dans « Le Jazz de Paris » -, il apparaît évident que les concerts de jazz réunissaient plus de monde qu’avant la guerre, et qu’après la guerre. Les « jam-sessions » continuaient, avec des risques. Il fallait éviter les patrouilles pour rentrer chez soi au matin, à cause du couvre feu et de l’absence de laissez-passer, se réfugier sous les porches et compter sur la chance. Cette chance l’a protégée. D’aucuns, dans l’orchestre, étaient engagés dans la Résistance, d’autres non. Mais tous exprimaient leur révolte en jouant cette musique « de sauvages ». Il était souvent en compagnie de Django Reinhardt qui continuait à se produire, protégée par sa réputation et par les amateurs de jazz qui existaient aussi dans l’armée allemande. Par contre, se rappelle encore Bellest, il était interdit de danser. Charles Delaunay qui dirigeait la firme « Swing » semble avoir précédé les désirs des occupants en « francisant » les titres des chansons américaines.1Une façon, sans doute, de se moquer du nazisme…

Le témoignage d’Henri Renaud, que nous publions ci-dessous, montre que les disques américains arrivaient en France, avec une étiquette blanche, et qu’ils étaient reproduits. Personne, par contre, même pas les Américains, ne savait qu’une révolution se préparait, celle du Be Bop, celle de Charlie Parker et de Dizzy Gillespie, à cause du « Pétrillo ban », la grève des enregistrements qui dura de 1942 à 1944. Le choc fut d’importance… Continuer la lecture →

A PROPOS DU LIVRE DE JEAN PIERRE DURAND : « LA SOCIOLOGIE DE MARX », collection Repères, aux éditions La Découverte,

DISCUSSION SUR DEUX CONCEPTS CLEFS DE L’ANALYSE MARXISTE, LES CLASSES SOCIALES ET L’ÉTAT.

Soulignons dés l’abord que les éditions La Découverte ne craignent pas de se trouver en dehors de la mode. Publier successivement une « Introduction à l’économie de Marx », de Pierre Salama et Tran Hai Hac, « La philosophie de Marx », d’Étienne Balibar et enfin « La sociologie de Marx », relève du domaine de l’art, si tant est qu’on puisse l’opposer à celui de la marchandise. Difficile d’écrire sur Marx, difficile de parler d’un théoricien aussi décrié, tout en étant l’un des plus actuel, du moins pour sa méthode et ses catégories essentielles.

Le découpage proposé, au-delà de son enjeu commercial, pose un problème de « lecture » de Marx. Il n’était ni philosophe, ni économiste, ni sociologie mais critique de l’économie politique, signifiant par là qu’il se voulait scientifique et militant, homme libre pour qui « rien de ce qui est humain n’est étranger ».1 Continuer la lecture →

Texte de travail d’un article sur les produits dérivés écrit en février 1995

LES MARCHES DÉRIVÉS.

Les pages économiques des journaux bruissent des pertes enregistrées par des entreprises de toutes nationalités sur les marchés dits « dérivés ». La perte la plus importante qui a eu des répercussions sur la Bourse de New York, est celle du Comté d’Orange, une localité proche de Los Angeles, plus de 2 milliards de dollars. L’Etat de Floride, Mettallgesellschaft – plus de 1 milliard de dollars, en spéculant sur le marché à terme des produits pétroliers – Procter and Gamble Japan Air Lines, Tokyo Securities, Kashima Oil… sans parler du financier Soros, ont aussi enregistré des pertes plus ou moins élevées. Continuer la lecture →

Sur les marchés dérivés

LES MARCHES DÉRIVÉS.

Les pages économiques des journaux bruissent des pertes enregistrées par des entreprises de toutes nationalités sur les marchés dits « dérivés ». La perte la plus importante qui a eu des répercussions sur la Bourse de New York, est celle du Comté d’Orange, une localité proche de Los Angeles, plus de 2 milliards de dollars. L’État de Floride, Mettallgesellschaft – plus de 1 milliard de dollars, en spéculant sur le marché à terme des produits pétroliers – Procter and Gamble Japan Air Lines, Tokyo Securities, Kashima Oil… sans parler du financier Soros, ont aussi enregistré des pertes plus ou moins élevées. Continuer la lecture →

Pour Carmen McRae

CARMEN McRAE, GRANDE DAME DU JAZZ

Carmen est morte le jeudi 10 novembre, à Beverly Hills, Los Angeles. Sa route l’avait conduite de la côte Est où elle était née, à la côte Ouest…

Le jazz, on le sait, génère des génies. Au masculin. Carmen McRae, l’était au féminin. Comment devient-on un génie ? Par un travail de titan sur soi-même, pour devenir soi-même. Chemin difficile, escarpé, rocailleux. Carmen était née à New York, ça aide, le 8 avril 1922.1Elle avait commencé par des études de piano, ça aide aussi. Mais sa mère avait voulu faire d’elle une dactylo – la rapport avec le piano est évident -, ce qui lui permettra de vivre, en chantant la nuit, parce qu’elle a décidé de chanter, pour suivre les pas de Billie Holiday dont elle deviendra l’amie. En 1944, pour l’anecdocte, elle épouse le batteur, génie lui aussi du jazz bebop, Kenny Clarke. Elle enregistrera ses premiers disques, avec l’orchestre de Mercer Ellington – le fils du Duke – sous ce nom. L’influence de Sarah Vaughan – autre génie du jazz – y est sensible, et même plus que ça. Ce mimétisme la marquera, marquera son style d’une empreinte indélébile, pour ses premiers albums qu’elle réalise pour Bethlehem, avec l’accordéoniste Mat Matthews en 1954, sous son nom, celui de Carmen McRae. Elle a divorcé d’avec Kenny. Elle ne supportait pas d’avoir un seul homme. Continuer la lecture →

LIRE LE JAZZ (suite sans fin)

JAZZ, LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ AMÉRICAINE

Le jazz, musique de notre temps, et un temps musique de notre futur rêvé, aujourd’hui devenu musique de notre présent, de ce présent encombré du passé, comme s’il pesait de tout son poids pour empêcher l’apparition d’un futur non désiré, trop neuf aux yeux de ce passé trop vieux. L’ensemble de ce qu’on a coutume d’appeler, faute d’un terme plus évocateur, l’art, semble faire du surplace, essayant de régler les comptes avec tous les passés, comme si cette étape était forcément nécessaire pour aller de l’avant. L’architecture est, comme à l’habitude, le révélateur de ce sur place. Le faux concept à la mode vient d’ailleurs de cette discipline. On parle d’une ère « postmoderne »,1 pour qualifier l’architecture de notre présent, manière de dire qu’elle n’existe pas. Actuellement tout est « postmoderne », autrement dit encore, le cri, partie essentielle de la création artistique, a disparu. Tout est lisse. Surtout ne pas faire de vagues. Ressembler à son voisin, plus qu’à soi-même, tel semble être le nouvel impératif catégorique. Le jazz, bien sur, n’échappe à cette folie fin de millénaire, pas plus que le cinéma, qui, un peu plus tard que le jazz, fêtera son centenaire, en 1995.2 Continuer la lecture →

En 1994, Marx déjà

MARX, LE RETOUR 2

Nous avions déjà noté, dans ces colonnes, le retour de Marx en rendant compte d’un ouvrage stimulant de Michel Vadée « Marx, penseur du possible » aux éditions Méridiens Klincksieck en 1992, retour qui se poursuit. Un retour étrange comme le montre le « dossier Marx » du « Magazine littéraire »1 dans lequel cohabitent Louis Janover, Maximilien Rubel d’un côté et François Furet de l’autre qui tend à gommer toute actualité de la pensée de Marx en le transformant en un penseur du 19éme siècle. Peut-on, comme le propose Furet distinguer différents Marx2, en oubliant l’unité de cette pensée en mouvement qui avait choisi la voie de la critique du capitalisme ? Comment expliquer, sinon, les fondements mêmes de son projet scientifique : démontrer que le mode de production capitaliste n’est pas le seul mode de production possible, que son dépassement est nécessaire pour construire la société sur d’autres bases, pour lutter contre l’exclusion, et, finalement, pour réaliser l’égalité, la fraternité et la liberté ? Continuer la lecture →