A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Exception culturelle ?

Quel contenu à l’exception culturelle ?

La conférence de Seattle a échoué. Le cycle de négociations, le «round », n’est pas terminé pour autant. L’ordre du jour n’est pas clairement défini, ce qui n’empêchera pas les représentants des 135 pays de poursuivre leurs discussions à Genève au siège de l’OMC. Cet échec est une victoire de toutes les organisations et associations qui ont manifesté leur opposition à cette libéralisation sauvage ne prenant en compte ni les besoins des êtres humains, ni la nécessité de définir un ordre mondial qui combatte la logique folle des marchés.
Démarchandiser1 est une nécessité pour promouvoir le développement de tous les pays et de tous les êtres humains. Pour lutter contre les inégalités et la pauvreté. C’est le rôle du politique, de l’Etat. Dans le domaine de la culture, c’est un impératif vital. Il n’est pas acceptable de voir disparaître des pans entiers du patrimoine culturel mondial sous prétexte de marchandisation et de compétitivité. Il n’est pas sain, pour définir notre futur, de voir s’évanouir certaines cultures dites minoritaires au profit d’une standardisation toujours plus poussée, résultat logique du règne de la marchandise qui se caractérise par sa reproductibilité à l’infini. Il est difficile, dans notre société, de sortir complètement de la logique du marché, il faut donc réfléchir à des moyens pour la contourner et faire fructifier toutes les facettes des cultures. Si des parties disparaissent, le tout – l’ensemble du patrimoine culturel mondial – se métamorphosera à son tour. Pour que naissent des chefs d’œuvre, un nouveau regard, une nouvelle façon d’appréhender le monde fondation d’une nouvelle culture,2 il faut donner les moyens à toutes les cultures d’exister pour qu’elles puissent se féconder mutuellement.
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Quand la littérature se fait mémoire…(Publié dans Nouveaux regards)

Culture populaire et savante, blues et jazz ont influencé la littérature américaine qui, à son tour s’est faite mémoire de ces cultures..

Les États-Unis sont assurément un drôle de pays. Cette colonie de peuplement a vu s’installer une mosaïque de populations. Toutes les cultures semblent s’y être données rendez-vous. Ce pays qui deviendra dominant après la crise de 19291 avait installé l’esclavage comme forme de travail en plein 17éme siècle. Les premiers esclaves noirs arrivent à Jamestown en 1621. Yann Moulier Boutang, dans sa thèse De l’esclavage au salariat, Économie historique du salariat bridé,2 rappelle qu’il existait des «engagés » blancs3 et des Noirs historiquement libres ou affranchis. L’esclavage ne prend son essor que vers la fin du 17éme. « Ainsi en 1680, en Virginie, les Noirs ne représentent que 7% de la population, en 1690 presque 18% et en 1700 presque 28%. ». Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, comme le souligne Daniel Boorstin dans Histoire des Américains, l’esclave avait une couleur unique, la noire. Les États-Unis, comme tous les pays du continent américain, garderont cette plaie ouverte, celle du racisme,4 se surajoutant et brouillant les différences de classe. Continuer la lecture →

Le blues dans tous ses états…

Les Noirs, les bleus et les Blancs.

Quelle place occupe le blues – il faudrait utiliser le pluriel – dans l’histoire de la communauté africaine-américaine ? Quelles fonctions a-t-il joué ? Robert Springer, poursuivant ses analyses sociologiques commencées avec Le blues authentique (1985, Filipacchi) se penche sur Les fonctions sociales du blues, aux éditions Parenthèses dans la collection Eupalinos. Il part des fonctions les plus évidentes, les plus visibles – la mémoire, l’éducation, l’esclavage – pour arriver aux essentielles et cachées. La synthèse s’effectue par la fonction unificatrice de la communauté que le bluesman suscite simplement en racontant ses histoires tirées de sa propre vie. Elles donnent l’impression d’être individuelles. De parler apparemment des relations hommes/femmes. En fait par cet artifice, il met en scène les relations Blancs/Noirs. Sans sous estimer le «machisme » des mondes du blues, une réalité par trop présente. Comme le disait Zora Neale Hurston dont l’autobiographie, Des pas dans la poussière (Editions de l’Aube)1 vient de paraître en français, la femme noire est la «mule » de l’homme noir… Zora utilise le «double entendre » du blues, et la même forme, celle des histoires individuelles, la sienne, pour raconter l’oppression des femmes et la réalité sociale des Etats-Unis.
Ce monde du blues tend à s’estomper, à disparaître. L’intégration est apparemment réalisé. Les ghettos sont plus diffus. Le blues, folklore des populations africaines-américaines, ne correspond plus à des habitants des Inner City victimes du chômage, de la drogue et connaissant une distanciation par rapport à leurs racines africaines, à leur passé. Ils n’ont ni passé, ni avenir. Le bluesman avait beaucoup de points communs avec le griot africain, et Springer n’est ni le seul ni le premier à insister sur cet aspect, et le «double entendre » – comme disent les Américains – comme l’ironie sont des composantes fondamentales de ces poésies, qui lui donnent leur force tout en dissimulant leur message sous le divertissement, une autre fonction du blues.2
Tous ces éléments se retrouvent dans le «roman » – le «récit », le blues tout simplement – de Walter Mosley, La musique du diable (réédité dans la collection Points, au Seuil). Le titre américain RL Dream fait référence au nom véritable de Robert Johnson, le premier unificateur des blues qui, en 1936 et 37 a enregistré l’équivalent d’un double CD de ses compositions, devenues des «classiques ». Tout le monde a joué « Dust my Broom » ou « Sweet Home Chicago »3… La traduction française est intelligente. Devil’s music est l’appellation des ligues bien pensantes pour cette musique sexuée, libre et poussant au rire collectif contre l’oppression. Histoire de rencontres, comme souvent dans les blues, entre un homme noir, et une femme blanche subissant l’oppression des hommes. L’homme est vieux, malade. Il a terminé sa vie et veut témoigner d’une époque, d’une culture, celle du blues. Ils viennent du Sud et vivent à New York. Soupspoon – référence à la cuillère du diable vraisemblablement – fait l’amour avec une jeune femme démontrant la force renouvelée du blues et ses diableries. Mosley donne l’impression d’avoir lu le poème autobiographique de JJ Phillips qui dans Mojo Hand 4– intraduisible, ce titre fait référence au vaudou dont le blues se rapproche – fait part de son expérience, de sa rencontre à sa sortie de prison avec le bluesman Lightnin’ Hopkins, un des grands magiciens/poète de cette musique-art-de-vivre. Une manière de dire aux jeunes générations de se souvenir du passé, celui de l’oppression comme de la révolte. Au fur et à mesure que l’action ne progresse pas, cette époque semble dépassée.
C’est sans doute la raison pour laquelle ses «polars » se situent dans le passé, et à Watts le ghetto noir de Los Angeles. Dans Un petit chien jaune5, Easy Rawlins – son «détective privé » qui ne l’est officiellement pas, encore un coup du blues – mène une enquête peu claire aux débuts des années 60 se terminant par l’annonce de l’assassinat de Kennedy. Une autre façon de faire de l’Histoire à travers ces histoires. On y prend plaisir, de par l’écriture et les sous-entendus musicaux et tout simplement par l’histoire racontée.
Ces livres montrent que le blues à un passé et un présent mais pas forcément d’avenir. Il n’est plus la référence de toute une communauté qui voit ses racines et sa mémoire s’évanouir. Oublier l’esclavage est un non-sens. C’est le message de Tony Morrison.6 Le blues se répète, faute de possibles, faute de futur. Il devient un véhicule pour les jeunes blancs qui s’en servent pour exprimer leur révolte, mais aussi leur volonté de conserver leur mémoire, celle de l’Amérique, celle des opprimés. Le livre de Springer – et celui de Mosley qui montre l’influence du blues sur la littérature américaine – permet de comprendre ce présent du blues, pied de nez à l’histoire même de la formation sociale américaine.
Nicolas BENIES.

Analyse des marchés financiers

Exploitation et domination : la place des marchés financiers

par Nicolas Bénies

Commençons par une petite provocation pour fixer les esprits. Lénine avait écrit L’impérialisme, stade suprême du capitalisme s’appuyant sur les analyses de Hilferding et de Hobson. Un tour de force. Une synthèse essentielle. Mais qui est dépassée. Le contexte a changé. Le capitalisme connaît une nouvelle étape de son développement, une nouvelle période, une nouvelle ère. La mondialisation définit un nouveau monde, une nouvelle donne qui appelle une synthèse comme celle de Lénine, s’appuyant sur ses analyses, les intégrant pour les transcender.
La mondialisation – terme qu’il faut accepter pour caractériser cette nouvelle donne – se traduit surtout par l’internationalisation des marchés financiers. Le terme de «financiarisation » est ambigu et pourtant nécessaire. La financiarisation signifie l’inversion des rapports traditionnels entre l’industrie et la finance : la finance a toujours été indispensable à l’industrie, pour augmenter le taux de profit en permettant le renouvellement du cycle du capital. Elle est subordonnée au cycle du capital industriel. Aujourd’hui – du fait même de l’internationalisation des marchés financiers -, c’est l’industrie qui se met au service de la finance. C’est elle qui détermine les critères, rythme le temps économique. Le court terme impose ses diktats. Le long terme s’éloigne bloquant d’ailleurs en partie l’accumulation capitaliste. Le taux d’accumulation global est aujourd’hui relativement faible, à l’exception de cette dernière année – mais seulement cette dernière année – pour les États-Unis. Il y a donc un véritable problème d’accumulation, de création de richesses qui est posé derrière la financiarisation. Continuer la lecture →

Jazz, du neuf en 1998

 

Quoi de neuf ?

L’entrée dans une nouvelle année, nous permet de faire le point de celle qui vient de s’écouler…

 

Tout d’abord les deux vedettes incontestées de la scène médiatique – restreinte malgré tout – du jazz. Le saxophoniste ténor Joshua Redman et le pianiste Brad Meldhau enregistrant tous les deux pour Warner Bros. Ils ont débuté ensemble et se retrouvent de nouveau dans le dernier opus de Redman, Timeless Tales, for changing times, contes de la nuit des temps pour des temps en train de changer dans lesquels ils revisitent des «standards ». Un album de la sérénité, avec un « Summertime » de très belle facture pour fêter le centenaire de la naissance de George Gershwin. Brad, quant à lui, avec son trio – Larry Grenadier à la basse et Jorge Rossy à la batterie – continue de décliner l’art du trio, avec ce Songs. Il arrive, et c’est un tour de force à se renouveler. On se prend à fredonner – faux mais quelle importance – avec eux ces chansons qu’ils nous donnent l’impression de connaître comme si elles venaient de la nuit des temps justement. Continuer la lecture →

Billie, pour toujours.

Pour Billie, hommage d’un amoureux.

Billie Holiday, Lady Day pour tous ses amoureux, a quitté cette terre le 17 juillet 1959.1 40 ans ! Contre toute évidence, elle ne peut pas mourir. Michel Fontanes, par ailleurs ex-PDG de Pernod-Ricard et ex-ayatollah du jazz traditionnel dans la grande lignée du Hot Club de France, en est une nouvelle preuve. Peu de temps après la mort de la Belle, il s’est réveillé. La Bête est morte en lui. Emerveillé, tout comme nous, il a découvert la voix nasillarde et tellement humaine de Billie Holiday. Et il est tombé «dans l’amour » comme disent fort justement les Anglais. Il a voulu, à son tour, lui rendre hommage. Il en fait un livre, aux Éditions Rive Droite, Billie Holiday et Paris, en 1954 et 1958. Rien de bien nouveau, mais une enquête d’un jaloux, voulant tout savoir des déplacements de l’objet de son amour. Une quête un peu insensée qui aurait fait un livre noir, si l’auteur avait voulu un tant soi peu dramatisé. Le drame est pourtant là, un peu caché. Billie n’a pas aimé Paris et les Parisiens ne l’ont pas aimé. Une rencontre ratée. C’est le lot du jazz. Fontanes le regrette et n’en finit pas de s’excuser. Elle n’en a cure…

Columbia (Sony Music) fête cet anniversaire en proposant une anthologie couvrant les années 1936 à 1958, The Very Best of Billie Holiday. Le meilleur, c’est tout Billie. L’intégrale, il n’y a que ça de vrai. Elle a commencé chez Masters Of Jazz (distribué par Les Disques Concorde) avec 14 volumes parus à ce jour. Un régal. Cette anthologie pour une anthologie est très bien faite. Toutes les périodes sont représentées, y compris celles de Commodore et de Decca – 1942-44. Il faut juste l’absence de dates et de personnel. Pour qui veut découvrir Lady Day…

1 1959 est une année noire pour le jazz. Lester Young est mort en mars, Boris Vian en juin…

Nouveautés en jazz de 1999

Les disques prioritaires

Sam Rivers’ Rivbea All-Star Orchestra : « Inspiration », RCAVictor/BMG.

Cet album mérite son titre. Oui, Sam Rivers, saxophoniste ténor et soprano, flûtiste est inspiré et son grand orchestre tourne au quart de tour comme une machine bien huilée qui aurait des années de route derrière elle. Ce n’est pas le cas pourtant. Il faut croire que, dans le studio, la magie du jazz était là, que c’était fête. Pourquoi cette euphorie ? Personne ne répondra. Elle est là, c’est l’essentiel. Le jazz montre toute son étendu de sons, de couleurs, de références, de joie de jouer, de rire, de peurs, d’angoisse, de larmes. Tout est là soudain, dans nos oreilles. La fraternité, la liberté, l’égalité composantes essentielles de cette musique-art-de-vivre qui sait se dépasser et continuellement, sont présentes. Sam Rivers nous apparaît sous les traits d’un jeune homme – il a en fait 68 ans, il est né en septembre 1930 – capable de s’étonner et de nous étonner, retrouvant une certaine naïveté non dénuée de rouerie pour nous faire entrer dans son monde. Un album qui sera l’album de l’année qui commence. Le compositeur a retrouvé là le bonheur de composer, d’improviser avec un orchestre de jeunes et de moins jeunes qui ont subi son influence et qui le connaissent bien, comme Steve Coleman, Chico Freeman, Ray Anderson, Joseph Bowie… Il faudrait tous les citer… Ne vous laisser pas influencer par les clichés qui traînent dans les têtes sur le « Free-jazz » inécoutables. Sam Rivers a cette réputation. Oubliez vos préjugés. Entrez dans le monde de Sam Rivers. Vous en resterez sur le cul. Continuer la lecture →

A Boris Vian

A l’adolescent pataphysicien pressé
Boris Vian.

Aucun anniversaire ne nous est désormais épargné. Les enterrements se succèdent sous la forme de la commémoration. Peut-on y résister ? La réponse ne viendra que plus tard. Il est des auteurs qui reviennent sur le devant de la scène pour s’affirmer comme fantômes vivants malgré le poids des ans. Boris Vian aurait eu cette année 79 ans – il était né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray. Pas croyable ! Il est mort le 23 juin 1959 à la projection privée de “ J’irai cracher sur vos tombes ”, film issu du livre publié en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan et qui fît un énorme scandale. Aujourd’hui, le lecteur se demande pourquoi. Ce temps était celui des caves, des “ existentialistes ” – Sartre, De Beauvoir -, du jazz – surtout -, celui de Saint-Germain-des-Près décrit par les gazettes comme le repaire des sans-lois, des zazous. Boris Vian allait synthétiser toute cette haine contre la-jeunesse-qui-ne-respecte-rien. Il en avait tous les attributs. Une intelligence singulière, un refus des lieux communs, une volonté de travail pour faire oublier ses faiblesses physiques et par-dessus tout l’amour du jazz. Il jouait, on s’en souvient, de la trompinette dans l’orchestre Abadie pendant la guerre, courant des risques – comme Django – en rentrant à la levée du jour malgré le couvre feu. Il sera obligé d’abandonner son instrument. Il se fera parolier en parodiant – là encore – le rock naissant. Henri Salvador sera son instrument de diffusion. Ils feront des succès. Ironie d’une histoire sans rebondissements.
Entre temps, et la vie est dans cet “ entre ” – comme insiste James Sallis dans son dernier roman, “ La mort aura tes yeux ”1 -, il aura publié L’écume des jours, le roman de toutes les adolescences, de toutes les angoisses, de toutes les découvertes avec en arrière fond la musique insistante, têtue de Duke Ellington,2 et la poésie comme seule façon d’appréhender le monde.3
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A Boris Vian et au jazz (article publié dans Critique Communiste)

A l’adolescent pataphysicien pressé

Boris Vian.

Aucun anniversaire ne nous est désormais épargné. Les enterrements se succèdent sous la forme de la commémoration. Peut-on y résister ? La réponse ne viendra que plus tard. Il est des auteurs qui reviennent sur le devant de la scène pour s’affirmer comme fantômes vivants malgré le poids des ans. Boris Vian aurait eu cette année 79 ans – il était né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray. Pas croyable ! Il est mort le 23 juin 1959 à la projection privée de “ J’irai cracher sur vos tombes ”, film issu du livre publié en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan et qui fît un énorme scandale. Aujourd’hui, le lecteur se demande pourquoi. Ce temps était celui des caves, des “ existentialistes ” – Sartre, De Beauvoir -, du jazz – surtout -, celui de Saint-Germain-des-Près décrit par les gazettes comme le repaire des sans-lois, des zazous. Boris Vian allait synthétiser toute cette haine contre la-jeunesse-qui-ne-respecte-rien. Il en avait tous les attributs. Une intelligence singulière, un refus des lieux communs, une volonté de travail pour faire oublier ses faiblesses physiques et par-dessus tout l’amour du jazz. Il jouait, on s’en souvient, de la trompinette dans l’orchestre Abadie pendant la guerre, courant des risques – comme Django – en rentrant à la levée du jour malgré le couvre feu. Il sera obligé d’abandonner son instrument. Il se fera parolier en parodiant – là encore – le rock naissant. Henri Salvador sera son instrument de diffusion. Ils feront des succès. Ironie d’une histoire sans rebondissements. Continuer la lecture →

Pour les 100 ans du Duke

Un Duc de 100 ans, c’est royal !

Duke Ellington aurait eu cent ans le 29 avril 1999.

Duke Ellington, vous connaissez ? Un jour, béni des Dieux – il aurait préféré des fées -, le 29 avril 1899, est né à Washington, la capitale fédérale des États-Unis d’Amérique, un garçon, dans une famille ni pauvre, ni riche mais noire – et aux États-Unis, cet adjectif seul est suffisant pour poser une personne dans la société1 -, prénommé on ne sait pour quelle raison Edward Kennedy. Les deux prénoms sont une spécialité américaine. Le père, ni aristocrate – contrairement à ce que j’ai entendu de la bouche d’un «musicologue » le 29 avril de cette année à France-Inter – ni bourgeois, mais majordome, fils d’esclaves de Caroline du Nord comme il se doit,2 l’envoya faire des études de dessin à New York où il découvrit et le jazz et Harlem, le ghetto noir. Il avait déjà conscience des problèmes sociaux qui l’habitèrent sa vie durant. Continuer la lecture →