A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

A Boris Vian

A l’adolescent pataphysicien pressé
Boris Vian.

Aucun anniversaire ne nous est désormais épargné. Les enterrements se succèdent sous la forme de la commémoration. Peut-on y résister ? La réponse ne viendra que plus tard. Il est des auteurs qui reviennent sur le devant de la scène pour s’affirmer comme fantômes vivants malgré le poids des ans. Boris Vian aurait eu cette année 79 ans – il était né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray. Pas croyable ! Il est mort le 23 juin 1959 à la projection privée de “ J’irai cracher sur vos tombes ”, film issu du livre publié en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan et qui fît un énorme scandale. Aujourd’hui, le lecteur se demande pourquoi. Ce temps était celui des caves, des “ existentialistes ” – Sartre, De Beauvoir -, du jazz – surtout -, celui de Saint-Germain-des-Près décrit par les gazettes comme le repaire des sans-lois, des zazous. Boris Vian allait synthétiser toute cette haine contre la-jeunesse-qui-ne-respecte-rien. Il en avait tous les attributs. Une intelligence singulière, un refus des lieux communs, une volonté de travail pour faire oublier ses faiblesses physiques et par-dessus tout l’amour du jazz. Il jouait, on s’en souvient, de la trompinette dans l’orchestre Abadie pendant la guerre, courant des risques – comme Django – en rentrant à la levée du jour malgré le couvre feu. Il sera obligé d’abandonner son instrument. Il se fera parolier en parodiant – là encore – le rock naissant. Henri Salvador sera son instrument de diffusion. Ils feront des succès. Ironie d’une histoire sans rebondissements.
Entre temps, et la vie est dans cet “ entre ” – comme insiste James Sallis dans son dernier roman, “ La mort aura tes yeux ”1 -, il aura publié L’écume des jours, le roman de toutes les adolescences, de toutes les angoisses, de toutes les découvertes avec en arrière fond la musique insistante, têtue de Duke Ellington,2 et la poésie comme seule façon d’appréhender le monde.3
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A Boris Vian et au jazz (article publié dans Critique Communiste)

A l’adolescent pataphysicien pressé

Boris Vian.

Aucun anniversaire ne nous est désormais épargné. Les enterrements se succèdent sous la forme de la commémoration. Peut-on y résister ? La réponse ne viendra que plus tard. Il est des auteurs qui reviennent sur le devant de la scène pour s’affirmer comme fantômes vivants malgré le poids des ans. Boris Vian aurait eu cette année 79 ans – il était né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray. Pas croyable ! Il est mort le 23 juin 1959 à la projection privée de “ J’irai cracher sur vos tombes ”, film issu du livre publié en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan et qui fît un énorme scandale. Aujourd’hui, le lecteur se demande pourquoi. Ce temps était celui des caves, des “ existentialistes ” – Sartre, De Beauvoir -, du jazz – surtout -, celui de Saint-Germain-des-Près décrit par les gazettes comme le repaire des sans-lois, des zazous. Boris Vian allait synthétiser toute cette haine contre la-jeunesse-qui-ne-respecte-rien. Il en avait tous les attributs. Une intelligence singulière, un refus des lieux communs, une volonté de travail pour faire oublier ses faiblesses physiques et par-dessus tout l’amour du jazz. Il jouait, on s’en souvient, de la trompinette dans l’orchestre Abadie pendant la guerre, courant des risques – comme Django – en rentrant à la levée du jour malgré le couvre feu. Il sera obligé d’abandonner son instrument. Il se fera parolier en parodiant – là encore – le rock naissant. Henri Salvador sera son instrument de diffusion. Ils feront des succès. Ironie d’une histoire sans rebondissements. Continuer la lecture →

Pour les 100 ans du Duke

Un Duc de 100 ans, c’est royal !

Duke Ellington aurait eu cent ans le 29 avril 1999.

Duke Ellington, vous connaissez ? Un jour, béni des Dieux – il aurait préféré des fées -, le 29 avril 1899, est né à Washington, la capitale fédérale des États-Unis d’Amérique, un garçon, dans une famille ni pauvre, ni riche mais noire – et aux États-Unis, cet adjectif seul est suffisant pour poser une personne dans la société1 -, prénommé on ne sait pour quelle raison Edward Kennedy. Les deux prénoms sont une spécialité américaine. Le père, ni aristocrate – contrairement à ce que j’ai entendu de la bouche d’un «musicologue » le 29 avril de cette année à France-Inter – ni bourgeois, mais majordome, fils d’esclaves de Caroline du Nord comme il se doit,2 l’envoya faire des études de dessin à New York où il découvrit et le jazz et Harlem, le ghetto noir. Il avait déjà conscience des problèmes sociaux qui l’habitèrent sa vie durant. Continuer la lecture →

Le polar miroir de notre société

Polar et libéralisme

Un bon polar, un vrai roman noir est marqué par la révolte. Contre les injustices. Contre cette société du lucre, contre les puissants qui ne pensent qu’à manipuler et à imposer par la force brutale s’ils ne peuvent faire autrement.
Deux livres récents viennent illustrer chacun de leur côté cet adage. Le premier porte la signature d’un vieux briscard, Donald Westlake. Un de ceux qui ont su transformer la tragédie en farce pour que le rire – le propre de l’homme et plus encore de la femme – incite à la réflexion, au combat. Son dernier opus, « Le couperet » (Rivages/Thriller), pousse jusqu’à la caricature la lutte de tous contre tous, manière de décliner l’impératif de la compétitivité dans la vie de tous les jours. Burke Devore est un cadre supérieur de l’industrie papetière au chômage depuis deux ans. Il a femme et enfant. Le fils devient voleur et trouve, à son grand étonnement le soutien de son père. Les liens sociaux, le consensus nécessaire à toute vie en société vole en éclats. Les valeurs morales ne résistent pas au chômage. Il a un plan pour retrouver un emploi. Simple. Assassiner celui qui est en poste et qui correspond à son profil. Avant, il faut qu’il supprime tous les prétendants possibles, qu’il sélectionnera à l’aide d’un stratagème. Et Westlake de publier et des modèles de CV, et des conseils de maintien qu’aucun chômeur ne peut suivre. Ce qu’il démontre !
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Un article de 1999 sur les changements du capitalisme

Les métamorphoses du capitalisme.

Les fusions-acquisitions n’ont jamais été aussi nombreuses dans les pays européens. La France n’y échappe pas. La banque surtout connaît un processus de centralisation du capital. Ce processus s’explique par la nécessité d’arriver à une taille mondiale pour suivre et résister aux firmes transnationales américaines. Sous ces coups de butoir le capitalisme français est en train de se transformer… Avec son cortège de suppressions d’emploi et de licenciements… Continuer la lecture →

Histoires du jazz

A propos de l’histoire du jazz…

Le jazz ce n’est pas seulement une musique. Comme le blues, il est aussi art-de-vivre. Plus que d’autres formes artistiques, il suppose d’appréhender le substrat social qui a rendu cette naissance possible, la formation sociale américaine.

 Il est loisible de raconter l’histoire du jazz de plusieurs manières. Poétique, historique ou comparative, elles ont toutes leur intérêt. Mais il en est une qui hérisse le poil. Faire semblant de le comprendre en le prenant par le petit bout de la lorgnette, des historiettes qui, souvent, ont plus à voir avec la légende qu’avec la réalité. C’est le cas pour ce « beau » livre des éditions Larousse, « La légende du jazz ». Roy Carr – un Anglais1 -, l’auteur, s’inscrivant dans le rejet actuel du marxisme oublie totalement le contexte social, l’esclavage en particulier, à l’origine de cette musique-art-de-vivre et donc art de révolte. Ce n’est pas par hasard que le jazz a été représenté comme l’anti-art par excellence, signifiant par-là sa corrélation avec la vie par l’intermédiaire des « growls » et autres bruits de la ville. La Ville, élément essentiel du jazz. Les Africains-Américains, esclaves du Sud, montent, en hommes libres, vers le Nord pour se faire surexploiter dans l’industrie qui a besoin de bras et constituer les ghettos dans toutes les grandes villes.2 Le jazz est né là, de cette confrontation entre toutes les cultures européennes et toutes les cultures africaines mâtiné des cultures amérindiennes – les « Natives Lands » comme on dit, justement, aujourd’hui – et de la jungle des Villes. Le jazz surtout est fondamentalement urbain, comme le roman noir auquel il est très souvent associé. Chaque Ville devait posséder « son » jazz » et son « blues ». Contrairement à une idée un peu trop répandu, le blues ne précède pas le jazz. Ils sont des expressions différentes d’une même réalité sociale, les conséquences de l’esclavage et de l’apartheid.3 Ils s’influenceront réciproquement partant d’une même matrice. Le Blues restera plus lié à la communauté africaine-américaine, à ses racines. Une partie des « classes moyennes » noires le refusera pour nier leur passé d’esclaves. On sait que du passé, il est impossible de faire table rase.4 Ce seront donc les « petits blancs » et anglais de surcroît qui lui donneront une nouvelle actualité, dans les années 60. Continuer la lecture →

Nouveautés jazz février 1999

Les disques de jazz

Woody Allen : « Wild Man Blues », RCA distribué par BMG.

Le film de Barbara Kopple, au titre éponyme, présentait la tournée de Woody Allen, clarinettiste de jazz dit traditionnel. Le film offrait une vision de Allen tellement proche de ses films, qu’on s’y croyait. La musique n’avait qu’un rôle d’ornement. Ici l’ornement devient le principal. On découvre un groupe encore plus «traditionnel » que nature. Avec une volonté proche de la manie de «coller » à l’original pour en faire une pâle copie. Malgré les imperfections techniques, Jimmie Noone ou Johnny Dodds et plus encore Sidney Bechet – pour parler des clarinettistes – sonnent plus vivants que cet ensemble. Ils jouent une musique morte qu’ils enterrent tristement. Je ne m’attendais pas à ce résultat. Le film m’avait laissé plutôt un sentiment agréable. Continuer la lecture →

CINÉMA, article de février 1999


UN CENTENAIRE POURQUOI FAIRE ?

Ignorer que le cinéma fête son centenaire – en décembre 1895 eu lieu la première séance publique des frères Lumières contempteurs du capitalisme et de la marchandise – est impossible. Tous les journaux en ont fait des suppléments, comme la télévision ou la radio. La commémoration frappe de nouveau. La nécessité sociale en quelque sorte d’être sûr du passé, et vérifier que tout le monde a le même, manière – fausse, faut-il le dire ? – d’assurer la cohésion de la société en faisant appel au consensus passé.

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De quelques polars de 1999

Polar et libéralisme

Donald Westlake est un des grands auteurs de romans noirs. Il pratique la caricature dans une société qui est déjà caricaturale. Il fait rire, mais notre rire grince. Et si ce n’était pas seulement de la fiction ? Subtilement – et cette subtilité fait vendre – il se sert du contexte économique et social. Ainsi dans Le couperet – Rivages/Thriller -, il propose l’histoire d’un cadre américain de l’industrie papetière au chômage depuis deux ans, qui a perdu tout espoir de retrouver un emploi faute d’un minimum de « socialisation », de rapports aux autres, qui se trace un plan simple et qui se veut efficace. Assassiner celui qui a l’emploi qu’il vise et auparavant se débarrasser de tous ceux qui pourraient, avec quelque chance de succès, postuler. L’auteur insiste sur le délitement des liens sociaux, sur la recherche de boucs émissaires nécessaires à la survie de chacun. Il tue sans remords et sans haine, poursuivi par la dure loi du libéralisme, de la lutte de tous contre tous. Cette descente – ou cette montée, qui sait ? – est psychologiquement très juste. Le personnage est crédible comme son comportement. Et c’est là que l’angoisse s’insinue…

De quoi faire un cours sur la société américaine d’aujourd’hui et sur les conséquences concrètes du libéralisme économique. Comme sur la manière de rédiger un CV, un curriculum vitae…

Nicolas BENIES.

Daniel Pennac n’est plus à présenter. Qui ne connaît le souffre-douleur Malaussène ? Ce tout petit livre qui vient d’être réédité en poche (Folio-Gallimard), Des chrétiens et des Maures, une parenthèse surgit comme une évidence : « Malraux avait raison : le vingt et unième siècle sera spirituel ; le chômage s’y emploie. » Pour le reste, une réflexion sur la traduction de « I would prefer not to »…

NB

Le roman policier historique chez 10/18, dans la collection « Grands détectives ».

Une nouvelle arrivée. Kathryn Swinbrooke, médecin apothicaire officie dans le contexte de la fin de la guerre des Deux Roses (fin du 15éme siècle) qui avait profondément divisé l’Angleterre. Paul C. Doherty – auteur qui commence à être connu en France , avec son « privé » Hugh Corbett, son dernier opus nous invite à découvrir Robin des Bois, dans L’assassin de Sherwood – a pris le pseudonyme de C.L. Grace pour nous entraîner dans les enquêtes de cette femme pris dans les antagonismes, les vengeances mais aussi les folies de cette fin de guerre. Doherty insiste, dans une introduction, sur notre méconnaissance de ce Moyen-Age où les femmes avaient droit de cité, notamment dans les métiers liés à la médecine. Il ne le dit pas. Mais le pas est vite franchi vers les accusations de sorcelleries… Ces enquêtes qui se lisent avec un véritable plaisir – deux viennent de paraître Meurtres dans le sanctuaire, une histoire de folie liée à la religion et L’œil de Dieu – de découverte de cette période, et la visite de Cantorbéry vaut le détour, tout en suivant une véritable intrigue policière.

NB.

 

La crise financière du Brésil

Crise financière : le retour !

Le Brésil, malgré les efforts financiers conjugués du FMI – Fonds Monétaire International – et des États-Unis, n’a pu éviter la crise monétaire et financière. Le real, sa monnaie, a d’abord dévalué puis flotte se dévalorisant de 40% depuis le début de l’année.

La crise monétaire du Brésil est passée quasiment inaperçue en France. Le ministre de l’Économie et des Finances – DSK – s’en va répétant que la croissance est au coin de la rue malgré « le trou d’air », l’expression est de lui, que nous traversons. Un trou d’air qui pourrait devenir un véritable cyclone. La crise brésilienne vient après celle des pays d’Asie du Sud-Est – démarrant en juillet 1997 en Thaïlande et se poursuivant – et celle de la Fédération de Russie d’août 1998. C’est le troisième coup. Et le troisième échec de la politique d’inspiration libérale du FMI.1 La crise se diffuse par l’intermédiaire de la chute des prix de toutes les matières premières. La déflation menace.
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