A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Crise systématique et restructuration du capitalisme.


La panne d’avenir.

La crise systémique du capitalisme qui démarre en août 2007 est loin d’être terminée. Une crise aux dimensions multiples et qui pose des questions nouvelles à la fois sur les terrains théoriques et pratiques. Contrairement à la crise dite de 1929, le capitalisme n’a pas suscité un nouveau Keynes – ni une politique économique différente – pour offrir des outils théoriques et pratiques permettant de forger des réponses adaptées à la profondeur de cette crise. Pourtant, comme pour celle de 1929, il serait nécessaire, pour comprendre le monde, d’interroger toutes les théories.

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Marx, le capitalisme et les crises, annexe 3 non publiée

______________________annexe 3______________

La théorisation de la mondialisation par Ulrich Beck

(critique des thèses de « Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation » (Alto/Aubier)

Ulrich Beck est un penseur ambitieux. C’est plutôt une bonne nouvelle. Il veut, dans le sens que lui donnait Wright Mills, redonner de la place à « l’imagination sociologique » pour construire, c’est le titre du chapitre premier, « Une nouvelle Théorie Critique » et dessiner les contours du monde qui nous attend. Il veut démontrer – quelque fois seulement indiquer, avec des concepts en construction – que le monde, l’humanité est entrée dans une phase de transition entre la Première et la Deuxième Modernité – les majuscules sont de lui. La première était celle du siècle des Lumières, la Deuxième serait celle du « cosmopolitisme » adapté à la mondialisation. Le nationalisme méthodologique comme le socialisme ou le communisme et même le néo-libéralisme ont vécu. Il faut changer de paradigmes pour changer de monde. Il insiste sur la nécessité de l’idéalisme, d’une théorie qui permette d’appréhender ces métamorphoses. En fait, toute sa rhétorique est construite sur la nécessité de choquer pour faire réfléchir, pour lutter contre le post modernisme refusant tous les systèmes d’explication, sans vouloir pour autant construire une « Grande Théorie », référence je le suppose, à celle de Marx. Continuer la lecture →

Anthropologie ?

Lectures du jazz.

Le jazz est une musique qui n’a pas de nom. Elle n’est pas la seule. La musique baroque est dans la même absence de case. Comment les définir ?

Le jazz donc, faute de mieux et par habitude. Les champs du jazz sont extensibles. Quelquefois au-delà du raisonnable. La bossa nova par exemple, inventée par Carlos Jobim et Vinicius de Moraes comme la samba de la fin des années cinquante est loin (et tout proche, Jobim a souvent reconnu sa dette vis-à-vis du jazz dit de la « West Coast »1) du jazz. C’est tellement vrai que Stan Getz, saxophoniste ténor surnommé « The Sound », joue jazz cependant que Jobim et Jao Gilberto se réfèrent au rythme – au beat – singulier de la Bossa. Une vidéo existe où l’on voit Gerry Mulligan, saxophoniste baryton, compositeur, initiateur du « pianoless quartet » (avec Chet Baker dans le milieu des années cinquante), s’essayer au phrasé de la bossa… sans succès. Pour indiquer que, même si le jazz ne se définit pas, des frontières peuvent se rendre visibles. Continuer la lecture →

femmes dans le jazz

 

Le jazz et les femmes, les femmes du jazz.

 

Dans toute histoire du jazz qui se respecte, les femmes ne sont pas oubliées. Elles sont en général reléguées dans un chapitre à part intitulé « Chanteuses ». Un titre infamant ? C’est du moins la thèse que développe Marie Buscatto dans « Femmes du jazz, musicalités, féminités, marginalisations ».[1] Pour dire que les femmes ont une place à part et une place oubliée. Cet oubli nous prive d’une partie de notre patrimoine, d’une partie de notre mémoire et de notre histoire.

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Crise financière, Acte II

La crise systémique du capitalisme déploie ses ailes.

La Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande (Eire), l’Italie… sont en crise. La spéculation bat son plein sur la dette des États. Elle signe l’acte 2 de la crise financière, commencée en août 2007 et longtemps niée par les gouvernements. Ses causes se trouvent dans les modalités de solution mise en œuvre par les États pour « sauver » le système financier.

L’entrée dans la crise systémique en août 2007.
Rappelons que la crise d’août 20071 s’était traduite par la baisse brutale des cours des titres sur toutes les places financières, avec comme facteur déclencheur, les « subprimes », les dettes des ménages américains titrisées et « structurées » dans des produits financiers spécifiques dont l’innovation revenait aux banques. Ces produits structurés dits SIV – pour Structured Investment Vehicle – avait comme objectif de diffuser le risque pour le rendre impossible. Ces modèles mathématiques ont fonctionné dans un premier temps. Mais la diffusion du risque a des effets non prévus. Elle organise une sorte de solidarité entre tous les acteurs financiers qui subissent les contre coups de cet effondrement.
Les banques avaient, dans le contexte de la déréglementation financière des années 1980, changé de métier. Elles n’étaient plus l’intermédiaire financier obligé, toutes les opérations financières ne passaient plus par elles mais par les marchés financiers. Du coup, elles sont devenues les conseillers des grandes entreprises pour introduire leurs titres sur les marchés financiers, cautionnant l’émission de ces titres.
Lorsque les ménages américains ont été dans l’incapacité de payer les intérêts de leur dette, toute cette construction financière s’est écroulée et les banques se sont retrouvées en première ligne. L’obligation légale leur était faite de mettre dans leur bilan – alors que toutes les opérations de conseil sont « hors bilan » – les titres en question au prix du marché soit dévalorisés. Certains de ces titres ont été considérés comme « illiquide », autrement dit d’une valeur égale ou proche de zéro. Incapable d’absorber tous ces titres, elles ont affiché des pertes gigantesques.
Devant cette situation, le « chacun pour soi » sonnait. Chaque banque, pensant que sa voisine pouvait faire faillite et ne sachant pas à quel niveau chaque banque était engagée sur le marché des « subprimes », refusait de lui prêter. Or, le système bancaire fonctionne au jour le jour suivant un système de compensation : la banque qui a des liquidités prête à celle qui en a besoin pour faire face à ses échéances. Le « gel » de la compensation devait entraîner les faillites des banques, faute de pouvoir honorer leurs dettes au jour le jour. Les Banques Centrales – la Fed comme la BCE – sont venues, dans un premier temps, au secours des banquiers en prenant la place du système de compensation défaillant. Elles ont dégagé des « lignes de crédit » pour éviter la vague de faillites qui s’annonçait. Continuer la lecture →

Aspects de la crise

Crise du travail ou crise du capitalisme ?

Le chômage de masse, son accroissement sans frein, la pauvreté qui en découle pose des questions de fond sur les modalités actuelles du fonctionnement du mode de production capitaliste.1 Les théorisations les plus étranges apparaissent dont la moindre n’est pas celle de la «fin du travail » qui fait florès, tout en déplaçant la problématique. Le problème principal ne serait plus la réalisation du plein emploi, la lutte contre le chômage, mais la définition d’un revenu pour tous, séparé du travail salarié. Cette thèse présente un autre intérêt, pour les tenants du libéralisme, elle fait du travail non-salarié, le travail «indépendant », la forme de travail de l’avenir. Dans le rapport du Plan, « Le travail dans 20 ans »,2 sous la direction de Jean Boissonnat, il était proposé de remplacer le contrat de travail à durée indéterminée – la base du droit du travail – par un contrat d’activité. Les auteurs du rapport ne cachaient pas qu’il faudrait mettre « à plat » tout le droit du travail pour le restructurer de fond en comble. Les libéraux ont applaudi. Dans leur optique le droit du travail représente des « rigidités », empêche l’élargissement de la flexibilité et donc, pour eux – mais ils ne l’ont jamais démontré – les créations d’emploi. Continuer la lecture →

Marx, le capitalisme et les crises, annexe 2 au deuxième mouvement non publiée

 

 

La fin du capitalisme vue par Hardt et Negri.

Hardt et Negri sont les deux théoriciens à la mode sur les campus américains. Leur vision du monde est discutée partout dans le monde, sauf en France. Quelques sociologues s’y réfèrent pourtant et relaient leurs analyses.

Avant de les critiquer reconnaissons leur un mérite, rendre à Marx ce qui revient à Marx, une place essentielle dans la capacité à analyser les modalités de fonctionnement de nos sociétés. Ses thèses, et une fois encore la crise actuelle le dévoile, restent nécessaires, ses concepts et sa méthode à condition de les relier à la réalité actuelle du capitalisme. Ce mode de production évolue et nous avons la nécessité de forger de nouveaux concepts. Ainsi, l’Etat est absent du Capital, alors que le fonctionnement du capitalisme le met au premier plan en termes de » définition d’une stratégie permettant l’accumulation du Capital. Disons-le d’emblée, en renvoyant à la partie de ce deuxième mouvement concernant l’Etat, c’est ce manque qui se manifeste de manière éclatante dans les manières d’appréhender le capitalisme par ces deux auteurs. Il faut dire qu’ils semblent être rejoints par Immanuel Wallerstein partant pourtant d’autres points de départ. (Cf. « Comprendre le monde » sous-titré « Introduction à l’analyse des systèmes-monde, Repères/La Découverte). Il est, peut-être révélateur d’un courant qui considère que cette crise marque la fin du capitalisme. Il faudrait dire d’un certain capitalisme… Il n’est pas besoin d’avoir une vision catastrophiste – la crise finale – pour le comprendre. Ces économistes semblent partager la vision de cet économiste de l’école autrichienne, Joseph Schumpeter – le créateur des cycles Kondratieff -, partisan du libéralisme économique, pourfendeur de Marx, qui, dans le gros de la crise de 1929, écrivait, dans « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » (traduction française, Payot) que le capitalisme était mort. A son corps défendant, disait-il, le socialisme semble le système de l’avenir. Cet avenir qui lui donnera tort… Wallerstein me semble révélateur d’un courant qui considère que cette crise est profonde et peut-être de même nature que la crise de 1929. De ce point de vue, je ne peux leur donner tort. Continuer la lecture →

La littérature israélienne

La littérature israélienne interroge, critique la société.

Les littérateurs israéliens ne laissent rien ignorer des questions sur le conflit israélo-palestinien, sur la nécessaire reconnaissance de l’Autre – le Palestinien et ses droits – et sur l’éclatement de la société israélienne entre communautarisme divers, immigrations diverses aux intérêts divergents. Le seul ciment, la guerre pour faire oublier les crises politiques profondes, crises de légitimité liée en partie à la corruption et les crises économiques atténuées par les dons reçus justifiés de nouveau par le Hamas ou n’importe quel autre groupe, que les services secrets israéliens – c’est un secret de polichinelle – ont autre fois aidés contre le Fatah de Yasser Arafat.
Ron Leshem, dans « Beaufort », une citadelle du Sud Liban, nous fait participer à la vie de cette garnison laissée là, dans cette enclave israélienne en territoire libanais. Nous sommes en 1999-2000, dans la « sale » guerre du Liban, commencée en 1982 et qui est en train de s’achever, ce que les soldats ne savent pas et, plus que jamais – c’est ce constat qui saute à la figure – ils meurent pour rien, même pas pour défendre un territoire. Une guerre « sale » ? Une guerre qui ne dit pas son nom, des affrontements cachés, des morts pour rien. Et l’auteur ouvre sa description clinique par une sorte de prière de ces soldats, « Il ne pourra plus… », protestation ironique et émouvante contre la guerre, contre la perte d’un avenir allant au-delà de ces morts. Sans forcer le trait, sur le ton du constat objectif, c’est un véritable réquisitoire contre la politique de l’État d’Israël mais ressentie du côté de ces jeunes gens effectuant un service militaire dont l’intérêt leur est totalement étranger. Les débats politiques ne sont pas absents mais la réalité décrite au scalpel vaut toutes les réfutations du discours officiel. Continuer la lecture →

Pour Django

A DJANGO REINHARDT, POUR L’ETERNITE

 

Django, un nom qui sonne comme une charge, comme un défi. Et il a du en relever. Le premier, sa roulotte s’enflamme, alors qu’il déjà guitariste et banjoïste dans les orchestres musette. A l’écoute de ces enregistrements, Django ne se laisse pas reconnaître. Sa main gauche, celle qui pince les cordes de la guitare, est brûlée. Il lui faudra réapprendre, et sans se servir de ses doigts paralysés, l’auriculaire et l’annulaire. En naîtra une technique particulière qui ne doit rien à personne et tout à la rencontre des cultures, celle des Manouches, ces tsiganes du Nord – il est né en Belgique le 23 janvier 1910 -, et le jazz. Il racontera à Charles Delaunay, son mentor, son impresario, son producteur – le fils de Robert et Sonia avait créé le label Swing, le seul label consacré uniquement au jazz et la revue Jazz Hot -, cet éblouissement dû à l’écoute de Louis Armstrong. A son tour, il aura, sans nul doute, une influence sur le jeu de l’inventeur du saxophone ténor – Adolphe Sax n’en fut que le concepteur -, Coleman Hawkins avec qui il enregistra, en France.

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Littérature : Julio Cortazar


L’art du conte.

En France, où il s’était installé en 1951 fuyant le péronisme – il sera naturalisé Français en 1981 par Mitterrand -, Julio Cortazar, l’un des plus importants littérateurs du 20e siècle à l’instar de James Joyce, est un peu oublié. Son influence est considérable aujourd’hui encore sur toute la littérature latino-américaine. Il a su utiliser l’art particulier du « conte » provenant de la tradition sur américaine, via notamment Borges, pour la transformer de l’intérieur, en faire un labyrinthe pour le lecteur à la fois pour le perdre et pour lui permettre de se retrouver en « coagulant » – le terme est de lui – les situations et les personnages pour faire apparaître une autre réalité derrière celle des apparences. Il avait su utiliser le fantastique quotidien, celui que nous vivons lorsque nous dialoguons avec nos morts ou lorsque le temps se distend sous l’effet d’on ne sait quel phénomène. Continuer la lecture →