Jeux sur les temporalités. Fantômes du futur unissez vous

Illusion d’une Venise

Jean-Luc Bizien est un pro du mélange, des genres, des références et des époques. Pour cette « Enquête ,à Venise », tome deux des la série « Le cabinet des illusions », il place son magicien pas vraiment chinois malgré les apparences et son nom « Chung Ling Soo face au futur fantôme de l’Opéra, roman policier de Gaston Leroux dans une Venise qui doit beaucoup à Hugo Pratt dont le père ou le grand-père à un rôle dans cette histoire comme la franc maçonnerie.
Pas de miracles ni de magie dans une investigation classique secouée par les numéros de prestidigitation qui suppose tout un appareillage et une préparation méticuleuse de toute une équipe qui doit savoir faire semblant naturellement. La ballade dans cette Venise forcément noyée de brume, sujette à la montée des eaux – déjà en 1907, année où se passe cette histoire – qui fait que la ville lacustre ne se reconnaît pas elle-même cachée par ces masques qui répondent à ceux portés par les Vénitiens plus souvent que les Vénitiennes. Les fêtes données dans les beaux quartiers pourraient servir de bruit de fond.
Le coupable de la mystification apparaît logiquement. C’est le seul possible. Par contre ses mobiles ne sont pas très convaincants. Pourquoi un fantôme alors qu’un magicien se produit dans le théâtre Rossini et, surtout pourquoi les meurtres ? Hugo Pratt sans doute ferait appel à Corto Maltese pour dire que l’absurde est la seule explication possible.
Nicolas Béniès
« Le cabinet des illusions, enquête à Venise, 1907 », Jean-Luc Bizien, édition Maison Pop

poésie noire

Portrait d’une femme dévorée par les diables déguisés en curé

« Notre-Dame des-Démolies », un titre remarquable pour un portrait de femme, servante, gouvernante perclus de préjugés, de peurs, d’angoisses mais aussi de sévices divers sans doute sexuels qui la conduisent inexorablement vers la folie. Personne ne s’en préoccupe préférant se servir d’elle. Lorsque sa folie qui voit le diable s’en prendre aux enfants qu’elle veut protéger est trop visible, on l’a licencie. Jusqu’à ce jour de 1968 où elle tue sa patronne de 9 coups de couteau croyant vaincre les horribles serpents et autres représentations de Satan grouillant dans le corps de la vieille dame. Avant de se livrer Marthe – c’est le nom qu’on lui donne – habillera sa patronne pour qu’elle soit présentable. Continuer la lecture →

Un épisode oublié

1934 : 6 mois qui ont changé la France

Le 6 février les extrêmes droites manifestent, le 12 grande manifestation unitaire de la gauche politique et des organisations syndicales. Les historiens considèrent que, sur cette poussée populaire, réelle, forte d’une aspiration à l’unité, se trouve l’unité d’action et la victoire aux élections de mai 1936 dites du « Front populaire ». Pourtant, et c’est la démonstration que fait Jean-François Claudon dans « Aux origines du Front populaire », l’unité d’action ne se fera pas en un jour ni même en sept. Les 6 mois qui séparent février et juillet, signature du pacte, voient des changements profonds dans la situation internationale, l’Internationale communiste – son nom officiel – change de cap si brutalement que Thorez a du retard à l’allumage, la mobilisation des masses est l’autre donnée. Malgré les tombereaux d’injures du PCF contre la SFIO, l’unité progresse.L’auteur détaille les pourparlers entre les deux partis comme les débats internes – « l’affaire Doriot, les oppositions de gauche au sein de la SFIO – pour rendre compte de tous les obstacle que rencontrent la signature du pacte. Une leçon pour notre avenir ?
Une chronologie détaillée et les biographies des principaux acteurs de ce théâtre complètent l’information du lecteur.
Nicolas Béniès
« Aux origines du Front populaire. Le pacte d’unité d’action », J-F Claudon, Atlande

JSP 45e

Floraison des pommiers du jazz

Coutances localité de la Manche, des rues en pente raide, une cathédrale surplombant la ville et, comme tous les ans depuis 45 ans – un bail -, autour du jeudi de la Toussaint, le jazz en majesté comme il se doit. Un jour férié supplémentaire, le vendredi 8 mai, permet au festival d’octroyer un jour de plus à cette musique-art-de-vivre. Le jazz est passion qui anime organisateurs, à commencer par Denis Lebas, l’âme de ce festival « jazz sous les pommiers » jusqu’aux bénévoles sans qui la fête ne pourrait avoir lieu. Continuer la lecture →

Enquête paresseuse dans une ville étonnante, Venise

Voir Venise en 1742

« La gondole des ténèbres » – titre de ce policier historique – sert de guide à une visite de cette ville presque sous l’eau aux palais luxuriants appartenant à une noblesse décatie victime de folies meurtrières pour créer un autre univers à partir d’un matériel humain. Le musée des horreurs est une vieille rengaine reposant sur l’être humain comme modalité de création.
Le carnaval de l’année 1742 dévoiles les fastes et les faux semblant d’une aristocratie qui veut, avant tout, se faire voir, se faire admirer au-delà de ce qu’elle est réellement.
En journaliste, Robert Laroche donne à voir. Son intrigue, un peu mince et sans rebondissements, lui permet de nous faire naviguer sur ces canaux où les gondoliers amènent chacun et chacune vers son destin. Le détective, Flavio Toscarini, n’a pas grand-chose à faire…
Nicolas Béniès
« La gondole des ténèbres », Robert de Laroche, Folio/Policier

Stratégie meurtrière et suicidaire : la baisse du coût du travail

A propos du livre de Clément Carbonnier « Toujours moins ! »

Clément Carbonnier, économiste et statisticien, analyse « l’obsession de la baisse du coût du travail » par les gouvernements occidentaux inspirés par le néolibéralisme. Il est question, dés le sous titre, de « l’impasse stratégique du capitalisme français ». Sa démonstration, sans appel, s’appuie sur des travaux économétriques comme sur des rapports officiels – il est l’auteur de quelques-uns – pour énoncer les conséquences de ces politiques étatiques socialement comme économiquement. La Sécurité sociale créée en 1945 avait comme objectif de hausser le marché final de la consommation pour tirer la croissance qui reposait sur ce socle. Continuer la lecture →

Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture →

Comment mobiliser les masses ?

Peut-on faire jouer aux relations publiques un rôle progressiste ?

Un petit livre de Simon Tremblay-Pepin, Intrigues, petit manuel pour une critique des relations publiques, qui mérite bien son titre. C’est d’abord un vrai manuel dans sa deuxième partie, où il passe en revue les grands auteurs d’intrigues, à commencer par le duc de Saint Simon dans ses mémoires, pour aborder la théorie des « pseudo-événements » de Daniel Boorstin, et celle de la manipulation des signes vus par Jean Baudrillard qui tendra à s’éloigner de toute réalité en s’enfermant dans le seul langage des signes. Il évoque la plupart des penseurs de cette discipline pour se permettre de construire une théorie et une pratique alternatives de communication au service d’une entité à définir, peut-être de la vérité toujours difficile à approcher. Continuer la lecture →

Le côté émotif de Sherlock Holmes

Qu’allait-il faire dans cette galère ?

Il faut avoir une sacré dose de haine envers Sherlock Holmes pour le lancer dans une aventure perdue d’avance : innocenter le capitaine Dreyfus. Une affaire sans doute plus connue de ce côté ci du Channel que de celui de Holmes. Il se heurte comme tous les enquêteurs – appelés dreyfusards alors qu’il recherche la vérité – à la « raison d’État » représentée par son frère Mycroft essayant à toute force de la justifier en reprenant les arguments de la hiérarchie militaire française, l’antisémitisme en moins. Holmes, comme d’autres, essayera de la faire évader et, comme toutes ces tentatives, ce sera un échec. Continuer la lecture →

Jaune est sa couleur


Une vie, une contrée, une écriture

« L’arbre de l’homme », le titre du roman de Patrick White (1912-1990) – seul écrivain australien à a avoir eu le Prix Nobel de littérature en 1973 -, résume bien la démarche de l’auteur. Un homme, jeune, arrive dans une contrée quelque peu désertique. Il s’y arrête à cause d’un arbre décharné qui porte le poids des ans. Son cheval est fatigué de tirer la carriole dans laquelle se disperse les faibles possessions de l’homme qui s’appellera disons Stan Parker. Il s’installe, construit sa maison, épouse Amy sans jamais avouer à voix haute – mais peut-être n’a t’il pas les mots pour le faire – ni son amour, profond et réciproque, ni son désir ni son besoin de tendresse. Continuer la lecture →