Le polar espagnol, original et moderne, Marto Pariente

Idiot, idiot à demi

Marto Pariente, pour son premier roman paru dans la Série noire, renouvelle l’art du polar à l’heure des gadgets électroniques, de l’ADN qui parle trop et d’autres expédients pour tuer toute intrigue, objets qui ont du mal à pénétrer dans des petites bourgades apparemment bien tranquilles comme Ascuas. Tony Trinitad – référence sans doute aux westerns spaghettis de la grande époque de Cinecitta – est l’unique policier municipal dont l’emploi est périodiquement remis en cause par le maire ou un de ses adjoints et semble un peu limité, bas de plafond pour tout dire. Mais il faut se méfier et prendre le titre au pied de la lettre : « La sagesse de l’idiot » pour s’interroger. Tout est là. Les thèmes sont traditionnels dans notre monde étrange ou seul compte la richesse accumulée et peu importe les moyens, trafic de drogue, blanchiment, chantage, assassinats pour assurer son pouvoir. Les meurtres peuvent avoir d’autres causes, l’amour par exemple, la vengeance, les traumatismes d’une enfance volée… Habilement, l’auteur entremêle thèmes et raisons pour développer une histoire qui tient en haleine jusque la dernière ligne même si le retournement final a été préparé. La surprise est émoussée.
Il est conseillé de dépasser l’ennui qui sourd des premières pages dans la mise en scène de l’environnement et du personnage principal. Il est présenté comme il est vu par ses concitoyen.ne.s, et l’image est celle d’un incapable qui est là uniquement grâce à sa famille d’accueil, le style reflète cette vision. L’auteur sait faire évoluer son style en fonction des changements successifs d’images qui se succèdent dans l’esprit du lecteur.
Un portrait intelligent d’un idiot incarnant la sagesse d’un monde qui l’a totalement perdue. Une réussite.
Nicolas Béniès
« La sagesse de l’idiot », Marto Pariente, traduit par Sébastien Rutés, Série noire/Gallimard

JAZZ, Réunion essentielle

Mémoires vivantes : Adrien Varachaud

On ne peut pas dire que le saxophoniste Adrien Varachaud encombre les bacs des disquaires – ceux qui restent -, un album en leader sorti en 2009 aurait dû faire sensation. « Strange Horn », titre mystérieux de même que le Unity Quintet réuni par ses soins. Une musique centrée sur l’unité des mémoires du jazz. Le second marquera l’année 2024 – Bonne Année ! – au titre peut-être prémonitoire « Time to see the light », temps de voir la lumière. L’invité d’honneur, vocaliste pour cette fois, Archie Shepp, exprime de nouveau la réunion des jazz. Au soprano, Adrien trace, avec son quartet de stars – Kirk Lightsey, au piano, Darryl Hall, à la contrebasse et Don Moye, batterie et percussions – un chemin lumineux. Les braises ne demandent qu’à être rallumées… Les bibliothèques transportées par ces musiciens ne demandent qu’à être consultées pour faire miroiter d’autres trésors, d’autres compréhensions, d’autres ouvertures. Une musique classique qui prend ses origines dans la souffrance, l’angoisse et le bonheur de créer ensemble une musique née pour renverser toutes les montagnes qui séparent les êtres humains.
Adrien joue et se joue de toutes ces références pour construire une route vers la réalisation de ses (nos) rêves, d’une musique universelle. Mis à part Archie Shepp, dépositaire de la majeure partie de l’histoire, de la mémoire du jazz, Don Moye représente l’Art Ensemble of Chicago – leur venue à Paris fut un grand événement dans cet après mai 1968 – et au-delà l’AACM, réunion qui se voulait association pour ouvrir de nouveaux horizons, qui existe toujours, Kirk Lightsey a participé à une multitude de groupes comme Darry Hall pour offrir une synthèse d’une musique qui arrive à se renouveler.
Ne le ratez pas. Ne ratez pas cet album sinon – même si vous ne le saurez jamais – vous le regretteriez.
NB
« Time to See the Light », Adrien Varachaud Quartet, Jazz Family/Socadisc

Vrai ? Faux ? Faux-vrai ? Vrai-faux?

Idiot, idiot à demi

Marto Pariente, pour son premier roman paru dans la Série noire, renouvelle l’art du polar à l’heure des gadgets électroniques, de l’ADN qui parle trop et d’autres expédients pour tuer toute intrigue, objets qui ont du mal à pénétrer dans des petites bourgades apparemment bien tranquilles comme Ascuas. Tony Trinitad – référence sans doute aux westerns spaghettis de la grande époque de Cinecitta – est l’unique policier municipal dont l’emploi est périodiquement remis en cause par le maire ou un de ses adjoints et semble un peu limité, bas de plafond pour tout dire. Mais il faut se méfier et prendre le titre au pied de la lettre : « La sagesse de l’idiot » pour s’interroger. Tout est là. Les thèmes sont traditionnels dans notre monde étrange ou seul compte la richesse accumulée et peu importe les moyens, trafic de drogue, blanchiment, chantage, assassinats pour assurer son pouvoir. Les meurtres peuvent avoir d’autres causes, l’amour par exemple, la vengeance, les traumatismes d’une enfance volée… Habilement, l’auteur entremêle thèmes et raisons pour développer une histoire qui tient en haleine jusque la dernière ligne même si le retournement final a été préparé. La surprise est émoussée.
Il est conseillé de dépasser l’ennui qui sourd des premières pages dans la mise en scène de l’environnement et du personnage principal. Il est présenté comme il est vu par ses concitoyen.ne.s, et l’image est celle d’un incapable qui est là uniquement grâce à sa famille d’accueil, le style reflète cette vision. L’auteur sait faire évoluer son style en fonction des changements successifs d’images qui se succèdent dans l’esprit du lecteur.
Un portrait intelligent d’un idiot incarnant la sagesse d’un monde qui l’a totalement perdue. Une réussite.
Nicolas Béniès
« La sagesse de l’idiot », Marto Pariente, traduit par Sébastien Rutés, Série noire/Gallimard

La poésie vitale pour la science

Dieu (la technique) contre la vie (l’écologie)

Aurélien Barreau, astrophysicien, pourfend « L’hypothèse K. », titre de son essai, « le crabe » – karkinos en grec -, le cancer de la technique qui diffuse, par la science, des cellules malignes qui gangrènent toute la société en ignorant les conséquences sur tout le vivant de la crise écologique. K aussi comme Kafka, riant du système bureaucratique qui conduit à se considérer comme Dieu alors qu’il s’agit de vivre. L’auteur oublie un « k » sous jacent, le capitalisme dans sa notation en économie. Il prône le recours à la poésie pour interroger la science, pour éviter de s’enfoncer dans les solutions techniques en recourant à l’imagination pour trouver d’autres réponses, d’autres voies. Drôle, stimulant, nécessaire face à tous les « Chat GPT », incapables de poétique, qui nous entraîne dans la répétition du passé.
« L’hypothèse k. La science face à la catastrophe écologique », Aurélien Barreau, Grasset.

Louise Glück, Etel Adnan : visions de notre temps

La poésie, une arme de combat

La tradition bousculée pour ouvrir la porte à la modernité et à l’imagination.

La poésie vient contester toutes nos certitudes pour interroger le monde, pour faire surgir, souvent avec les mots de tous les jours, des images de nos fantômes issus des mémoires réelles ou imaginées. La modernité, comme pour la musique, se fracasse sur la tradition pour lui donner de nouvelles significations. C’est le cas de Louise Glück qui se sert des figures de l’Antiquité et un peu de la tradition juive pour parler de notre présent, de ce temps suspendu devant un monde – celui du 11 septembre 2001 et après – privé de valeurs communes. La Prix Nobel de littérature 2020 – la 16e femme à l’avoir obtenu – nous a quitté le 13 octobre 2023 sans être traduite en français. Marie Olivier, présente et traduit trois recueils, parmi les plus récents : L’iris sauvage, Meadowlands et Averno, en une édition bilingue pour faire apprécier le rythme des mots dans la langue originale. Continuer la lecture

Polar d’hier revu et d’aujourd’hui

Une lecture renouvelée d’un classique
« Rien dans les manches »  de William R. Burnett avait déjà été réédité en Folio, traduction de Jacques-Laurent Bost pour la Série Noire en 1952. Pourquoi une nouvelle édition dans Folio Policier ? Une redondance ? Que Nenni ! Un nouvel éclairage pour apprécier le talent de Burnett. La révision effectuée par Marie-Caroline Aubert donne une plus grande plasticité au texte et rajoute quelques scènes coupées faute de place. Marcel Duhamel imposait le respect des 128 pages maximum. Continuer la lecture

Idées cadeaux Musique. Le Patrimoine revisité.

Qui se souvient de Christian Chevallier ?
Arrangeur, compositeur, chef d’orchestre. Salué par l’Académie du Jazz le coffret Frémeaux et Associés qui lui est consacré décoiffe. D’abord parce qu’il reprend la musique du film de Melville, « Deux hommes dans Manhattan » – mystique des films noirs, comme ont uniquement en Français -, avec Martial Solal au piano, ensuite parce qu’il présente les orchestres qu’il a dirigés, enfin parce qu’il donne à Christian la place qui est la sienne. Indispensable.
N.B.
« « Deux hommes dans Manhattan », suivi de l’intégrale Christian Chevallier, le prince du jazz français 1955-1962 », coffret de trois CD, livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés

Tout le monde connaît Quincy Jones !
Il fallait bien à la fois se souvenir qu’il fut un chef d’orchestre de jazz, arrangeur, compositeur, qu’il étudia avec Nadia Boulanger et forma un orchestre avec Eddie Barclay. Frémeaux propose de reprendre ses premiers albums sous son nom de 1957 à 1962 en 4 CD – soit l’équivalent de 8 albums et quelques reprises de ses années suédoises en 1953 – pour s’alimenter de ce temps où tout semblait possible. Il faut découvrir aussi les musiciens, musiciennes – la tromboniste Melba Liston, la pianiste Patti Bown – qui forment une cohorte joyeuse et soudée.
N.B.
« Intégrale Quincy Jones, 1957-1962, Soul Bossa Nova », coffret de 4 CD, livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés.

Idées Cadeaux (suite), littérature, Beaux-Livres et une enquête sur la Chine

Comment dit-on brigand au féminin ?
« Brigantessa », en Italien et, par ce roman de Giuseppe Catozzella, en Français. 1848, l’année des Révolutions et du « Manifeste du Parti Communiste » de Marx et Engels – grand texte littéraire secoué par le souffle de la Révolution – qui voit des révoltes surgir de tout côté dans la botte en se répandant derrière l’exigence de Garibaldi de l’indépendance. En contant le destin de cette femme, Maria Oliverio, l’auteur met en scène à la fois l’oppression des femmes obligées – ce ne sera pas la seule – de se déguiser en homme pour prendre son destin en main. Elle sera « Brigantessa », chef de bande et subira le sort de tous les vaincu.e.s. Une histoire « vraie » peut-être, un feuilleton sans nul doute. Idéal pour les longues soir&es d’hiver.
N.B.
« Brigantessa », Giuseppe Catozzella, traduit par Nathalie Bauer, Buchet-Chastel Éditions.

Beaux Livres
« Chagall Politique, le cri de la liberté », le titre du catalogue de l’exposition présentée d’abord au Musée de la Piscine à Roubaix (jusqu’au 7 janvier 2024), ensuite au Musée Marc Chagall de Nice ( du 1er juin au 16 septembre 2024) a de quoi interroger. La démonstration présentée par Ambre Gauthier et son équipe permet de proposer un angle de vue original de l’œuvre de Chagall. Pour mettre en lumière des détails mais aussi des documents inédits retrouvés dans les archives de Marc et Ida Chagall de manière à exprimer son combat humaniste.
N.B.
« Chagall politique », sous la direction de Ambre Gauthier, Gallimard

Et la Chine ?
« La Chine ou le réveil du guerrier économique » représente le fruit de trois années d’enquêtes de Ali Laïdi qui a interrogé, diplomates, chercheurs, responsables d’entreprises pour essayer de déterminer ce qu’il appelle le « modèle d’intelligence économique chinois ». Il date ses débuts de Deng Xiaoping, le moment de la transition vers le capitalisme conduit – mais l’auteur ne s’y arrête pas – par un Parti Communiste marqué du sceau du stalinisme. IL reste un livre très bien conduit, construit qui permet, au-delà d’un modèle vraisemblablement introuvable, de rendre compte de la volonté des dirigeants et des populations d’accéder au rang d’une grande puissance mondiale dont le développement cesse d’être dépendant des grandes puissances – dont les États-Unis – par le biais du commerce mondial pour s’orienter vers un développement autocentré en s’autonomisant des firmes multinationales.
N.B.
« La Chine ou le réveil du guerrier économique », Ali Laïdi, Actes Sud.

Idées cadeaux, Littérature

Au plus près de l’émotion
« Une si longue absence » est un curieux roman. Au sens strict, mis à part le crime de départ, il ne se passe rien à proprement parler. Mais Andre Dubus III arrive à tenir le lecteur en haleine avec des petits riens, un homme atteint d’un cancer, Daniel Ahern, voudrait dire – c’est le nœud du problème – à sa fille, Susan, qu’il l’aime simplement et… il ne peut pas. La mère de son épouse ne lui pardonne pas, une manière de remplir sa vie, les souvenirs prenant le pas sur la mémoire pour que chacune s’enferme dans une tour d’ivoire empêchant de prendre en compte l’autre et son amour éperdu.
Un grand roman qui parle aussi des États-Unis d’aujourd’hui et de leurs déchirements.
N.B.
« Une si longue absence », Andre Dubus III, traduit par France Camus-Pichon, Actes Sud

Un poème épique,
« Manhattan project », avec chœurs et récitants. Stefano Massini utilise l’art antique du chant pour mettre en scène les jeunes et brillants physiciens autour de Robert Oppenheimer, en 1938, qui étudient la mise au point d’une bombe atomique. Les doutes, les avancées se mêlent dans l’avancée des recherches et dans le poème lui-même capable de souligner toutes les dimensions d’un groupe secret forcément et replié sur lui-même, submergé par les découvertes et la compétition avec l’Allemagne nazie, sans le recul nécessaire pour apprécier la dimension barbare de cette arme ultime.
N.B.
« Manhattan project », Stefano Massini, traduit par Nathalie Bauer, Globe éditions

L’art du feuilleton
« Les mystères de Paris », une réédition en 4 tomes. L’art du feuilleton au 19e siècle, ancêtre des séries pour conter les bas quartiers de la capitale par l’intermédiaire d’un justifier, un aristocrate, une classe sociale déclassée face à des marginaux et en alliance avec certain.e.s pour nettoyer la société des malfaisants. Marx avait jugé cette fresque comme factice et dénuée de toute compréhension. Disons que Eugène Sue voulait divertir, y a réussi et est devenu riche. Les lire ces mystères qui en ont beaucoup perdus comme une borne dans notre histoire littéraire.
N.B.
« Les mystères de Paris », 4 tomes, 10/18

Un poème en prose et un conte afghan
« Les cerfs-volants de Kaboul » se veut découverte de l’Afghanistan. Khaled Hosseini, qui vit aux Etats-Unis, présente son pays dans les années 1970, puis l’exil aux États-Unis. Les difficultés du père – Baba dans la langue de l’auteur – à s’intégrer dans cette société dont il ne comprend pas les codes et à peine la langue, est une description qui sonne juste des sentiments de tous les déplacé.e.s. Le cerf-volant représente l’image de liberté, de l’enfance, de l’amitié mais aussi d’une liberté perdue qui se symbolise dans l’ami perdu du narrateur. Le retour aux pays sous le joug des talibans est l’autre intérêt de ce roman quasi autobiographique, qui fait aussi la part belle aux contes de l’enfance.
N.B.
« Les cerfs-volants de Kaboul », Khaled Hosseini, 10/18

Dans la tête de l’Autre

« L’Autre Nom » est un miroir déformé de deux trajectoires possibles. John Fosse, norvégien et prix Nobel de littérature 2023, au style d’écriture proche de James Joyce, pénètre dans l’univers de deux peintres au nom semblable, Asle. L’un vit en reclus, l’autre a les honneurs du public. Deux existences interchangeables. Pourquoi l’un a réussi et l’autre pas, question éternellement posée qui n’a que de lointains rapports avec le talent – une notion difficile à définir. Le Asle qui a réussi se met dans la tête d’aider son Autre lui-même. L’auteur, à l’instar d’un Claude Simon, nous balade dans les mémoires du – des ? – peintre. Il faut découvrir cet auteur étrange, pas encore très connu en France
N.B.
« L’Autre Nom », Jon Fosse, traduit par Jean-Baptiste Coursaud, Christian Bourgois Éditions.

Une découverte à ne pas rater

« Ravages » de Violette Leduc. Gallimard avait déjà publié ce récit – roman ne convient, autobiographie pas totalement – largement amputé de sa première partie désorganisant l’ensemble, comme le soulignent les deux préfacières Camille Froidevaux-Metterie et Mathilde Forget. « Édition augmentée » dit le sous titre, manière de dire que la censure de l’époque a détruit la construction de cde texte. Violette Leduc sait trouver les mots pour faire ressentir l’amour, ici lesbien, et décrire un viol. Se dégage de cette nouvelle version une force littéraire qui provoque un torrent d’émotion. L’équipe réunie autour de Margot Gallimard a réalisé un travail vital pour rendre vivante l’art de Violette Leduc.
N.B.
« Ravages », Violette Leduc, Hors Série l’Imaginaire/Gallimard.

Science… et médecine légale
« Gravé dans l’os », source de polars. Sue Black est une anatomiste et anthropologue médico-légale, une médecin légiste pour parler autrement, qui nous fait visiter les cas qu’elle a eus à traiter. Elle passe en revue les différents parties du corps pour expliquer comment décrypter les lésions sur les os. Le squelette est un révélateur. A chaque fois, l’enquête pourrait fait l’objet d’une intrigue.
N.B.
« Gravé dans l’os. Les enquêtes étonnantes d’une médecin légistes », Sue Black, traduit par Lucie Modde, Actes Sud

Science… et BD
« Mais où est donc le temple du Soleil ? » et Hergé ? Roland Lehoucq et Robert Mochkovitch, deux astrophysiciens, étudient les références scientifiques de Hergé dans toutes les aventures de Tintin. Apparaît que Hergé s’appuie sur les théories de son temps, sans trop inventer. Les auteurs, sur la base de cette appréciation, développent les avancées actuelles. De quoi réaliser, de manière ludique, un traité sans trop le dire. Un beau cadeau pour les grands qui, sans doute, gardent un souvenir ému de Tintin, Milou et, bien sur, le capitaine Haddock.
N.B.
« Mais où est donc le temple du Soleil ?  Une enquête scientifique au pays d’Hergé », Roland Lehoucq, Robert Mochkovitch, Flammarion

Les réalisatrices
« Moteur ! Elles tournent », le féminisme en action. Un coffret qui réunit trois réalisatrices en deux films et une autobiographie. Agnès Varda, « Cléo de 5 à 7 » – Corinne Marchand inoubliable comme le voulait la réalisatrice -, Chantal Ackerman, « Ma mère rit » – pour que sa fille pleure – et Alice Guy, longtemps oubliée qui fait de « La fée cinéma » la réhabilitation nécessaire d’une pionnière essentielle de cet art du 20e siècle. Plus que les frères Lumière, elle est celle qui permet au cinéma d’advenir. Comme dans les autres arts, les femmes ont longtemps été oubliées, ensevelies sous le poids des mâles. Redonner vie à Alice Guy est vitale pour notre mémoire.
Chaque livre est précédé de deux – ou trois pour Alice Guy – préfacières qui mettent expliquent, mettent en lumière les préoccupations des réalisatrices. A chaque fois, elles permettent d’interroger le film en soulignant la prise de position féministe.
Essentiel.
N.B.
« Moteur ! Elles tournent », L’Imaginaire/Gallimard avec Télérama.

Polars historiques, 1871, 1905 et Lyon 1786

Melting pot littéraire
« Geronimo et moi » est un bon titre d’appel mais ne résume en rien l’ambition de l’auteur, Lilian Bathelot qui, dans un même mouvement et à travers l’écriture du journal de Francine Vay dessine une fresque de la fin du 19e siècle. Une petite paysanne, éduquée par les Sœurs, se fait violer par son patron, apprend à accepter son sort jusqu’à rencontrer une libraire qui milite pour la reconnaissance des droits des femmes. Lectures, conférences et elle devient journaliste pour le « Cri du peuple » dirigé par Vallès avant et pendant la Commune. Elle voudrait publier son enquête sur le trafic de femmes dans la Capitale mettant en cause des notables, protégés par Thiers à la tête des Versaillais et des Prussiens pour réprimer dans le sang les révolutionnaires trop près du ciel. Francine croise Louise Michel dont elle fait un portrait laudatif.
Que pouvait-il advenir à la suite de la semaine sanglante qui porte bien son nom ? La fuite est une fuite vers les États-Unis comme beaucoup de membres de l’AIT, l’Association Internationale des Travailleurs, la Première Internationale, avant et après cette période à l’origine du syndicalisme américain d’abord clandestin. Dans la formation de ce mouvement ouvrier, les frontières n’existent pas entre la lutte syndicale et politique. Ce sera à la Deuxième Internationale de le faire…
A partir de cet exil, les deux récits s’entremêlent. Un exercice de mémoire de Francine et sa réalité de « pionnière » dans un chariot comme on le voit dans tous les westerns jusqu’à sa rencontre avec Geronimo qui lui fait prendre une nouvelle nationalité, celle des Apaches puis des Navajos pour vivre en accord avec ses principes. Continuer la lecture