Jazz (3)

Retrouver le monde
Construire une musique de relations entre les paysages intérieurs aussi divers que les âges de la vie de chaque individu et les nécessités de conserver les paysages extérieurs pour retrouver une sagesse utopique via tous les chemins de traverse possibles. Claude Tchamitchian, contrebasse et compositions, a voulu, via 5 poèmes, renouer les fils des mémoires perdues, pour entendre le murmure du temps.
« Ways out » est un mélange de reconnaissance de la fragile beauté du monde et de colères contre les destructions de notre environnement, nous dit-il. La musique sait transcender toutes les intentions et se poser comme la représentation du monde. Le quintet sait donner vie à ces compositions en leur insufflant leur propre univers. Daniel Erdmann, saxophones, sait évoquer toutes les sonorités passées mariées à sa propre sensibilité, Régis Huby, violon, manie les sons pour faire éclater tous les recoins cachés, Rémi Charmasson, guitare, laisse passer toutes les références au rock et à Jimi Hendrix et Christophe Marguet, batteur, fait chanter les peaux pour retrouver le goût de la nature.
Une musique à rêver pour changer de mode de vie.
Nicolas Béniès
« Ways out », Claude Tchamitchian quintet, Label Emouvance/Distribution Absilone

Jazz Disques de l’été (suite)


Un trio étrange mais pas étranger

Ôtrium – Oh quel trio – se compose d’un trompettiste, Quentin Ghomari, d’un contrebassiste, Yoni Zelnik et d’un batteur, Antoine Paganotti, trio rare s’il en fut. L’écoute réciproque est fondamentale pour réussir ce tour de force. La fluidité du propos ne pouvait supporter la présence d’un piano, instrument roi dans tous les domaines qui aurait envahi tout l’espace.
Le trio réunit Ornette Coleman, son goût pour les mélodies simples, sortes de comptines charriant toutes les mémoires du jazz, de Charlie Parker notamment, la sonorité de Miles Davis et des compositions originales en un format qui ne l’est pas moins. Chaque instrument exprime tour à tour le rythme et la mélodie comme le proposait Ornette Coleman. Une manière de se situer dans le monde d’aujourd’hui pour combattre son absence d’humanité. Une musique joyeuse, ironique, contemplative qui fait plaisir à vivre
Un trio à écouter loin de toutes les contraintes d’emploi du temps.
Nicolas Béniès
« Ôtrium », Quentin Ghomari, Neu Klang

Réunion

Wolfgang Haffner, batteur, a rêvé – comme nous – d’un mini big band composé de musiciens qu’il connaît et qu’il aime. Randy Brecker, trompette – une sonorité, de l’imagination liée à tous ses héritages, au souvenir de Michaël -, Bill Evans, saxophoniste et un peu pianiste ici, Nils Landgren, trombone et un peu vocaliste, Christopher Dell, vibraphone, Simon Oslender, claviers et piano et Thomas Stieger, basse forment le « Dream Band » haffnérien, un peu aérien tout en restant très proche de la terre du swing pour faire danser, pour conserver toutes les racines et les faire prospérer. La participation du public est essentielle pour faire prendre corps à cette musique qui nous emporte.
Un double album nécessaire pour dépasser les nuages noirs qui s’amoncellent, la beauté d’une réunion de talents qui décident de jouer – dans tous les sens du terme – ensemble en échangeant des idées, des rythmes, des souvenirs et d’autre chose encore pour réaliser cette fusion qui nous ravit. Rêvons, rêvons, il nous en restera toujours quelque chose du côté de l’essentiel.
Nicolas Béniès
« Dream Band, Live in concert », Wolfgang Haffner, ACT

Voyage immobile

La pandémie s’est traduite par une immobilité difficile à supporter. Pour tout le monde mais plus encore pour les musiciens qui ont besoin, surtout pour le jazz, du public pour créer et se dépasser, pour visiter d’autres cultures et s’en inspirer pour construire leur monde. Le Mezcal Jazz Unit, un quartet, Christophe Azéma, saxophone baryton et soprano, Jean Marie Frederic, guitares, Emmanuel de Gouvello, Fretless basse, Daniel Solia, batterie, a voulu combattre le spleen en organisant un voyage chez leurs amis invisibles. « Traveling Band », l’orchestre voyage, est le résultat de ces rencontres réelles et imaginaires. L’esprit s’évade vers d’autres lieux, d’autres chocs, d’autres univers et le quartet nous y entraîne. Il n’oublie pas la pulsation du jazz qui reste dominante en incluant d’autres traditions, méditerranéenne, européenne en particulier, sans oublier l’Afrique et l’Asie, une manière de faire le tour du monde sans bouger. La danse est la condition d’une fusion réussie et c’est le cas.
Musique du rythme et de la démesure.
Nicolas Béniès
« Traveling Band », Mezcal Jazz Unit, Mezcal Productions

Du jazz en livres…

Comment devient-on un génie ?

John Coltrane, saxophoniste ténor et soprano, a révolutionné les mondes du jazz et au-delà. C’est le dernier génie en date du jazz. Il représente la quintessence de ces années 60, années de révolte, de colère, de barbarie et d’espoirs. Il fait entendre dans son jeu incandescent, dans le « son » qu’il réussit à trouver à force de travail, cet ensemble. Qu’il sait aussi dépasser pour rester notre contemporain. Toutes ses interrogations restent les nôtres.
Jusqu’à présent, aucun livre n’avait su lui rendre toutes ses dimensions. A la fois musicales, spirituelles, humaines et biographiques tout en insistant sur l’essentiel qui se dérobe, le génie. Lewis Porter l’a fait et Vincent Cotro l’a traduit tout en apportant sa propre touche à ce portrait d’un homme dans son temps projeté hors du temps, construisant un espace temps singulier en voulant se perdre dans la musique sans jamais vraiment y réussir. Il dira, je sais toujours où je vais. L’auditeur arrive à en douter quelque fois, tellement il est pris dans ce tourbillon. Il doute de ce qu’il entend. L’intérêt de ce livre est là aussi. Mettre sur le papier la musique de Coltrane. Tout le monde ne lit pas la musique, je le sais bien mais la reproduction de ces partitions permet de comprendre la méthode mise en œuvre. Car méthode il y a. Continuer la lecture

Jazz : d’un vent du désert aux Indiens,, le jazz reste une musique de contestation


Quand le vent du désert vient à nous.

Le Sirocco est parfois tellement fort, tellement imprévisible qu’il passe la Méditerranée pour envahir jusqu’au Nord et l’Ouest de la France déposant des pellicules jaunâtres sur les voitures et les immeubles. Un vent qui ne respecte rien même pas les frontières.
Pour ce nouvel album, « Sirocco », Hubert Dupont, bassiste de son état, s’en inspire. Entouré de Christophe Monniot aux saxophones et instruments électroniques et de Théo Fisher, beatmaker, live electro – pour recopier ce qui figure sur la pochette, il faut l’entendre pour le comprendre – venu du hip hop. Transgresser les genres est une nécessité pour créer des ambiances originales. Cette musique transporte autant de grains que le vent du sud. Elle veut faire danser et s’entend comme une chorégraphie mentale qui laisse chacun.e libre de l’imaginer. Continuer la lecture

Histoire et culture des États-Unis.

Une nouvelle biographie de Miles Davis et ce n’est jamais trop. Miles a vécu dans sa chair le racisme et ses conséquences. Adulé à Paris, il ne perce pas à New York et se drogue. Le drame des musicien.ne.s de jazz – un terme contesté aux États-Unis mais valorisant en Europe, comme il le notait lui-même. Il s’agir de Great Black Music bien entendu.
Jerome Charyn pense qu’il était temps, pour terminer ses aventures, d’installer Isaac Sidel à la Maison Blanche. Que peut faire un ancien flic et ancien maire de New York – Charyn ne s’éloigne pas trop de la réalité – à la Maison Blanche ? Pas grand chose. Depuis, Trump a conduit une sorte de putsch, de coup d’État comme, pour l’instant, une tentative avortée mais une tentative. Charyn n’a pas osé écrire qu’un Président pouvait sauter dans sa voiture pour prendre la tête des manifestants à l’assaut du Capitole et empoigner par un agent de la sécurité pour l’empêcher de commettre ce crime. Trump a testé, un autre ou lui-même pourrait le réaliser. Il a beaucoup fait pour discréditer tout le système de la démocratie américaine sans parler de ses nominations à la Cour Suprême. Lire Charyn, c’est pénétrer dans certaines arcanes de ce monde étrange. Continuer la lecture

Jazz : les nouveautés de l’été


Hommage libre à Teddy Wilson

Le titre de l’album ne laisse planer aucun doute : « La suite Wilson ». La référence à Teddy Wilson, à ses combos – petits groupes – est explicite. Il est possible de déceler une signification implicite : l’absence de copie de l’original mais des arrangements différents ou des compositions originales pour évoquer l’ombre du pianiste, compositeur, spécialiste des accords de dixième et membre des groupes de Benny Goodman. Longtemps décrié le clarinettiste/chef d’orchestre avait pourtant révolutionné la scène du jazz en constituant des groupes mixtes, Noirs et Blancs mélangés. Dans les années 30, un sacrilège pour tous les conservateurs pré trumpistes. Continuer la lecture

Jazz : retour an 2008

Bon anniversaire.
Ce mois de juillet – le 2 pour être précis – Fritz Jones, plus connu sous le nom de Ahmad Jamal, nom qu’il s’est choisi, a vu son 78e anniversaire et la sortie de cet album « It’s magic ». Il faut le croire, la magie est au rendez-vous. Toute la mémoire du jazz aussi. Mémoire d’une vie qui a vu la gloire et la déchéance. La sienne. Le tout se retrouve transformé en une musique de notre présent. Avec ses acolytes habituels, il fait danser le monde. Qui en a bien besoin !
Ahmad Jamal, « It’s magic », Dreyfus-Jazz. Continuer la lecture

Jazz en Norvège

Les éclats blancs bleus de la Norvège

Le jazz en Europe du Nord est une vieille histoire, surtout au Danemark pays dans lequel beaucoup de musiciens de jazz sont venus s’établir ou se produire. Le début des années 1960 se croisent Cecil Taylor, Albert Ayler sans compter Kenny Drew, Oscar Petitford ou Dexter Gordon. La Norvège, proche voisine, entendra les sons ardents des jazz qui influenceront les jeunes générations. Les politiques publiques favoriseront toutes les formes de culture. Les écoles s’ouvriront à ces différents courants, musicaux notamment.
Le double CD, réunissant 30 groupes au travers d’extraits d’albums, « Jazz Out Of Norway » permet de se rendre compte de la scène du jazz. Comme partout, les références sont multiples. L’arc-en-ciel des musiques issues du jazz tout d’abord à commencer par Jan Garbarek, les folklores – il faudrait parler des mémoires spécifiques solubles dans le jazz, ou l’inverse -, les compositeurs dits classiques, les musiques contemporaines… A l’écoute, s’aperçoit la recherche nécessaire pour définir de nouveaux horizons en agissant sur le présent. Le « free jazz », si décrié à mauvaise raison aujourd’hui, a appelé toutes les ouvertures, toutes les aventures en bousculant toutes les traditions, tous les codes pour conserver l’essentiel, les mémoires des luttes contre le racisme, pour la dignité.
Il faut écouter, entendre ces musicien-ne-s qui s’inscrivent dans le mouvement actuel de surgissement créatif pour définir le monde tel qu’il devrait être contre le monde tel qu’il est. Comme partout, les compositions ont été marquées par la pandémie, le confinement, grande première dans notre histoire récente. Les transformations de notre mode de vie ne peuvent que jouer un rôle dans l’appréhension de la culture et de la création musicale. Le monde bascule, les cultures aussi. Le jazz en Norvège y participe, il faut le goûter.
Avis aux programmateurs puisque les festivals semblent reprendre vie : le « booking » est indiqué. Pourquoi pas un festival, l’an prochain, dédié au jazz venu de ce froid norvégien pour nous inonder de sa chaleur ? Nicolas Béniès
« Jazz Out Of Norway », norsk jazz forum, Music Norway, Ambassade de Norvège (Paris) ; livret en anglais. Compilation disponible en streaming avec le QR Code

Lien direct pour une nouvelle émission sur radio toucaen

« Anniversaire », pour fêter les fantômes vivants, centenaires, 40e de la mort… Une manière d’entretenir la mémoire qu’il faut savoir garder. Partager un moment avec ielles pour ne pas laisser ces moments éphémères et éternels.
Ainsi pour la première Thelonious Monk, qui a quitté la forme corporelle, physique en 1982 mais qui reste présent et Charles Mingus né par hasard à Nogales en 1922, habitant de Watts, le ghetto de Los Angeles pour finir par envahir New York. Le Village Vanguard en porta longtemps la marque, le « Mingus’ Hole », le trou de Mingus fait par le poing du contrebassiste dans le plafond
Pour la deuxième, beaucoup de centenaires se donnent la main pour une ronde à la gloire de cette musique revendicative, pour dessiner une sorte de révolte mondiale contre toute forme de racisme, d’exclusion.
Le lien direct : https://radio-toucaen.fr/programme/anniversaires-jazzistiques/
qu’il faut copier.
Nicolas

V’la le printemps !

Il était attendu. Deux printemps de raté pour la plupart des festivals. Le réchauffement climatique n’explique pas tout même s’il nous fait passer sans transition de l’été brûlant à l’hiver glacé. Le jazz notamment était orphelin. Les différents variant du COVID19 avaient séparé toutes les fratries, fermé les frontières. Pour la mémoire de ce mois de mai, festivaliers comme invité.e.s feront comme si la mise en garde de l’OMS restait…mise en garde.
Prenons le festival de jazz de Coutances (50), « Jazz Sous les Pommiers » qui tente de retrouver ses habitudes avec son dimanche en fanfares et ses à côtés dont la scène aux amateurs et ses animations gratuites. Il aura lieu, comme avant 2020, autour du jeudi de l’Ascension soit du 20 au 28 mai, sans quasiment de non européens. A deux exceptions prés mais quelles exceptions : un groupe d’Américains : Dave Liebman/Randy Brecker/Marc Copland/ Drew Gress/Joey Baron (mardi 24 mai) pour un moment, assuré, de pur délice et le trio de Brad Mehldau le 27.
Cette nouvelle donne permet de découvrir l’éventail des musiques de jazz en France et un peu au-delà avec notamment la saxophoniste originale Tineke Postma et un « Focus Portugal ». Michel Portal, Théo Ceccaldi, artiste en résidence, Émile Parisien, Thomas de Pourquery, Daniel Zimmermann, un « battle » Médéric Collignon/Pierrick Pédron et j’en passe pour ne pas oublier Marion Rampal qui ouvrira les festivités le vendredi.
Dans cette même période le festival du Mans rouvrira ses portes comme quelques autres.
Nicolas Béniès
« Jazz Sous Les Pommiers, 20 au 28/05, www.jazzsouslespommiers.com