A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Mentionner la musique du film

Du jazz or not ?

Les années 1950 et 60 – on peut pousser jusque dans les années 1970 – ont été marquées par des débats qui semblent, aujourd’hui, relever de la scolastique ou du sexe des anges, à savoir ranger une musique dans une case connue, dans un tiroir répertorié soit, pour ce qui concerne notre sujet, est-ce ou n’est-ce pas du jazz ? Duke Ellington avait une réponse toute prête, la seule différence porte sur la musique, bonne ou non ? Une façon de répondre à côté. Pas forcément idiot en l’occurrence. Le débat ne s’épuisait pas pour autant.
Il est possible – recommandé – d’aimer plusieurs types de musique, pour en rester au sujet sans, pour autant, de refuser de définir des frontières. C’est nécessaire pour délimiter le sujet. Avec le jazz – comme avec la musique baroque – c’est délicat. « Jazz » n’est pas un nom, c’est une insulte. Aux États-Unis, sa signification vient des bordels, une manière de dénigrer cette musique inventée par les esclaves africains libérés et devenus des citoyen(ne)s américains. Des citoyens de deuxième zone à qui les autorités – surtout dans les États du Sud – vont interdire d’exercer leurs droits. La ségrégation dans les transports comme ailleurs sera abolie au début des années 1960. Mais des citoyen(ne)s urbanisé(e)s condition indispensable de cette rencontre de civilisations et de création de cette « musique classique noire » comme le disait le batteur Max Roach. Continuer la lecture →

Miriam Makeba, chanteuse actuelle

Hymnes à la liberté, « Mama Africa » est de retour

« Patha Patha », est un titre, une musique que vous devez forcément connaître même si votre souvenir est flou, sans que vous sachiez à qui on doit cet hymne à l’Afrique du Sud, au combat pour la dignité, à la lutte contre l’apartheid qui a marqué profondément l’histoire de cette Afrique du Sud qui a interdit sur son territoire cette chanteuse et compositeure, Miriam Makeba (1932 – 2008). Un thème qui a été souvent pillé sans arriver à la cheville de l’original et sans verser de droits…
Miriam Makeba est née dans ces ghettos de Johannesburg qui sait transmettre la mémoire de toutes les luttes pour construire une musique spécifique qui rencontrera le jazz. Dans ces années cinquante, le jeune garde s’abreuve au bebop pour créer un « jazz » sud africain que les enregistrements Kaz de cette époque de Abdullah Ibrahim Brand – connu comme « Dollar Brand » surnom qu’il devait à Duke Ellington qu’il rejeta plus tard – permettent de découvrir le saxophoniste ténor Basil Coetzee, un solo d’importance dans « Mannenberg », le saxophoniste alto Kippie Moeketsi et tous ces musiciens un ignorés dans notre pays.
Miriam Makeba en action[/caption]« Mama Africa » – le surnom de Miriam Makeba – évolue dans cette atmosphère. Elle adoptera le jazz mais n’oubliera pas les musiques de son enfance ni les autres musiques de ces cultures orales, appelées aujourd’hui « musiques du monde ». Continuer la lecture →

Rendez-vous à Crest du mardi 4 août au samedi 8 août 2015

Bonjour,

affiche du 40e Crest jazz vocalCrest Jazz vocal fête cette année son quarantième anniversaire. Une date. Crest ? La question m’est posée tous les ans comme si cette ville de la Drôme – est-ce à cause de son député-maire ? – ne restait pas imprimée dans les esprits d’une année sur l’autre. Bizarre non ? Pourtant, depuis plus de 10 ans, j’annonce ce festival dans toutes les publications auxquelles je collabore à commencer par l’US Mag – supplément festivals – et la Revue de l’École Émancipée. Rien ne semble y faire.

Je fête moi aussi un anniversaire cette année. 10 ans que je donne des conférences dans le cadre du festival. Plusieurs cycles se sont succédés. « Le jazz et la France, une histoire d’amour » dans un premier temps avec, lors de la conférence sur Django, un couple avec enfants d’Allemands qui voulaient voir et entendre… Django Reinhardt ! Personne n’a osé leur dire qu’il était mort, à 43 ans, en 1953. On ne sait jamais. L’annonce brutale de la mort du génie de la guitare de jazz aurait pu les traumatiser. Ensuite « Les femmes du jazz » ont permis à un public qui les ignorait de découvrir la face cachée du jazz pour se réapproprier la partie du patrimoine oublié. Il n’était pas – le public – responsable. Mis à part les vocalistes, les femmes n’attirent pas l’attention. Pas seulement dans le jazz bien sur. c’est un phénomène de société. Certaines peuvent être très connues, adulées de leur vivant, une fois mortes elles disparaissent purement et simplement des anthologies ou ne sont pas considérées à l’égal des hommes.

Billie Holiday en pleine action...

Billie Holiday en pleine action…

Seule Billie Holiday – c’est le centenaire de sa naissance – semble résister. Malgré tout, on ne peut guère parler d’une profusion d’articles. Morte en juillet 1959 à 44 ans, elle suscite encore des titres type Paris Match en fonction de sa biographie. « Billie, une diva sulfureuse » titre ainsi « Télérama » de cette fin juillet. Pas entièrement faux bien sur. A prendre « sulfureuse » dans le sens de « révoltée », « inadaptée ». Au sens strict, Billie – comme Lester Young – ne fut jamais du monde. Cette distance qu’elle entretenait à grands coups d’alcools et d’autres substances lui a donné la possibilité de s’évader pour créer son propre univers. Il ne faut pas s’y tromper. Comme le disait justement Baudelaire, « Un imbécile qui se drogue reste un imbécile »… Ici il faudrait prendre la question à l’envers pour la mettre à l’endroit. Si Billie buvait, c’est qu’elle refusait au départ ce pochette du dvd the sound of jazzmonde là, violent, délirant, fou. A l’évidence la folie n’était pas de son côté. Il faut se servir de sa biographie pour explorer cette passion dévorante qui fut la sienne de créer par son art particulier du découpage rythmique, de cette manière de travailler les mots, par cette émotion qu’elle savait si bien communiquer.
couverture du livre de Lee Server.Elle n’était pas la seule dans son cas. Lee Server, dans sa biographie de Ava Gardner – qui porte ce titre, traduction française aux Presses de la Cité -, insiste aussi sur l’alcoolisme de la jeune femme, manière de se sortir du show biz et de l’ambiance des studios, sans compter le sexisme et le reste.
Billie fut aussi en butte au racisme en plus d’être une femme… Elle est tombée sur des truands qui la battaient. Elle semblait en avoir besoin comme résultat d’une enfance passée dans une sorte de « maison de correction », chez les « sœurs » – bonnes seraient sans doute trop dire. Un sentiment de culpabilité s’est développé expliquant ses choix étranges dans la gente masculine.
Le titre de Télérama – et je suis convaincu que Michel Contat auteur de l’article mais sans doute pas du titre serait d’accord – aurait dû être : « Billie, un génie de la musique », un titre à faire peur…

Pour les 10 ans de conférences, je fêterai à mon tour le centième anniversaire de la naissance de Billie (voir l’article que je lui ai consacré sur ce même blog)…

Comme à l’habitude ces conférences auront lieu à la médiathèque départementale de la Vallée de la Drôme, à Crest, place Soljenitsyne, du mercredi au vendredi, 15h30 à 16h30 et le samedi deux heures. Le mardi – voir ci-après pour le détail – un film « L’homme au bras d’or » d’Otto Preminger (1955) d’après un roman de Nelson Algren, plus connu en France comme l’amant américain de Simone de Beauvoir. Leur correspondance a été publiée en Folio (Gallimard) et le Nouvel Observateur – devenu L’Obs désormais – avait publié une photo de Simone à Chicago dans la tenue d’Eve, une nouvelle image de l’auteure du « Deuxième sexe ». De quoi susciter de nouveaux commentaires… Pour ce film, il faudra redonner à Nelson Algren toute sa place dans le renouveau littéraire de Chicago dans les années 50. La ville renaissait au sens strict après le traumatisme profonde de la crise de 1929. La grande ville industrielle et financière du Midwest avait été au cœur de la crise.

Images de Chicago

Images de Chicago

Ensuite, 40e oblige, j’ouvre un nouveau cycle sur « Les villes du jazz », villes qui déterminent un jargon, un environnement. Longtemps, les villes américaines, les quartiers, les « endroits » – comme le Texas par exemple qui avait son accent – se sont définis par leur manière de parler. Certaines ville étaient marquées de l’empreinte des migrations venues du Nord de l’Europe, d’autres par celui des « WASP », d’autres encore – parmi les communautés rejetées – par la Sicile ou le sud de l’Italie, sans parler de l’immigration juive d’Europe de l’est et cet accent yiddish qui perdura, ni des Africains-Américains comme il faut dire désormais. Obama, à propos des émeutes récentes et des crimes commis par les policiers blancs ou des tenants de la « suprématie blanche », a osé prononcé le terme banni « Nigger » qui ne connaît pas d’équivalent en français. La traduction, Nègre, est la même que pour « Negro ». Or la charge symbolique, un terme n’a pas véritablement de synonyme, est énorme. « Nigger » est une insulte.
La première ville est la 3e ville, par sa population, des États-Unis, Chicago et la première grande ville américaine – il faut mettre New York, tant cette Ville-Monde n’est pas seulement américaine, de côté. J’ai déjà écrit une introduction que vous pouvez trouver sur ce blog.
Il faut dire, presque en forme d’introduction, que les Obama sont omniprésents. Les restaurants indiquent que « ici a mangé Barak ou Michelle ou les deux », les lieux de leur première rencontre – plusieurs peuvent être répertoriés -, peut-être, je n’ai pas vérifié, leur premier baiser… Michelle a été « travailleuse sociale » dans cette ville, Barak aussi semble-t-il. C’est comme ça que Sarah Paretsky – voir plus loin – a rencontré Barak et est devenu, un temps, son agent(e) électoral(e). Elle aussi a été travailleuse sociale.

Nelson Algren, auteur de l'Homme au bras d'or.

Nelson Algren, auteur de l’Homme au bras d’or.

Le mardi, comme à l’habitude, ce sera un film. « L’homme au bras d’or », de Otto Preminger inspiré d’un roman de Nelson Algren qui porte le même titre.

Mercredi commencera donc par Billie Holiday

Jeudi par l’évocation de Chicago, la sociologie, l’architecture font partie des grandes affiches de la Ville. Sans oublier le blues. Big Bill Broonzy fera partie des grands initiateurs dans la lignée de Robert Johnson qui unifié les blues existants avant les années 1936-37 moment où il enregistre toute son œuvre. Il trouvera la mort dans l’année qui suivra. Il disait avoir dîné avec le diable qui lui aurait donné la capacité de séduire les femmes et de jouer de la guitare, manière d’abolir la réalité mais aussi d’inverser la donne du monde des Blancs en faisant du diable un personnage sympathique. Dans les années d’après seconde guerre mondiale Chicago sera la ville où naîtra le blues électrique avec Muddy Waters en particulier.
Il faut dire que cette ville possède deux ghettos – qui se déplacent dans le temps et dans l’espace en fonction des nouvelles migrations -, l’un pour les nouveaux arrivants, l’autre pour les anciens. Les clubs de blues et de jazz ont proliféré. Moins aujourd’hui. Les clubs ferment comme partout. Il reste le « Buddy Guy Legend » – Buddy Guy l’un des grands bluesmen de ce temps -, situé dans le quartier « qui craint » sans que cette légende soit confirmée par mon expérience personnelle. Il accueille beaucoup d’étudianbts blancs et de chanteuses de blues blanche. Signe des temps sans doute. « House of blues » est l’autre grand club de blues. Au moment où j’y étais, c’était plutôt le hard rock qui dominait. L’intérieur est superbe avec des tables incrustées de bouchons de bouteilles de bière…
Les clubs de jazz sont encore nombreux mais disséminés.
Il faut dire que cette ville donne l’impression de vivre sur trois étages. Les routes se superposant.
Les gratte ciels sont imposants et le Chicago Mercantile Exchange comme les buildings des banques font peur. Sans doute pour décourager les cambrioleurs…
C’est une ville « noire ». Cette population a su très tôt s’organiser et élire rapidement un maire noir. Il faut dire aussi que c’est à Chicago que les premiers syndicats ouvriers ont été créés. Les Hobos – travailleurs itinérants des chemins de fer et Chicago est un nœud ferroviaire – ont su très tôt trouver des structures collectives pour se défendre, s’informer et se former.

Reproduction d'un 78 tours Okeh

Reproduction d’un 78 tours Okeh

Sans oublier la littérature. Des auteurs de polar sont visés à la ville. W.Richard Burnett, véritable historien de Chicago et de ses gangs à commencer par le « Grand Homme », Al Capone (nom jamais cité). Il raconte la ville des années d’avant la crise de 1929. La crise économique touchera aussi les gangs qui avaient réinvestis dans des activités « légales ». Il faudra aller à Kansas City – Missouri – pour retrouver une croissance économique illégale. Ce sera notre prochaine ville (pour l’an prochain).
Les gangs, contrairement à une idée reçue, n’ont pas existé seulement à Chicago même si les agences de voyages proposent de faire le tour des quartiers des gangs. Les quartiers anciennement italiens.
L’auteure récente la plus importante, Sarah Paretsky a su imposer une privée Vic Warshawski.Sarah Paretsky, auteur de polar, créatrice d'une détective privée, a une place à part dans l'histoire des femmes et du polar. Elle a été la première à s'imposer. Elle sait, comme personne décrire sa ville. Si vous voulez connaître Chicago il faut lire cette auteure. Traduite en français au Seuil. Sarah Paretsky, auteur de polar, créatrice d’une détective privée, a une place à part dans l’histoire des femmes et du polar. Elle a été la première à s’imposer. Elle sait, comme personne décrire sa ville. Si vous voulez connaître Chicago il faut lire cette auteure. Traduite en français au Seuil.

Vendredi par les vocalistes. Chicago en connaîtra des sublimes à commencer par Dinah Washington, surnommée « Queen of the blues », Ruth Jones pour l’état civil. Elle avait commencé à enregistrer aux côtés de Lionel Hampton en 1943.

et samedi, en forme d’apothéose, sur le jazz moderne. Mais pas forcément post moderne…

A vous voir, si vous passez par là.

Nicolas BENIES.

Jean-Baptiste Point du Sable, Haïtien, homme libre l'un des fondateurs de la ville. Jean-Baptiste Point du Sable, Haïtien, homme libre l’un des fondateurs de la ville.

Quelques pochettes des années 1950 aux États-Unis

Acteur(e)s de ce temps, visions du passé…

Jimmy Rowles, grand pianiste devant l’éternel et amoureux de Billie Holiday, avait, en 1957 constitué un sextet : Barney Kessel (g), Harold Land (ts), Pete Candoli (tp) – dit « Superman » pour ses lèvres en « acier » – Larry Bunker (percussions et vibraphone), « Red » Mitchell (b) Mel Lewis (dr)

Dans cette fin des années 50, les auteurs de design s'en donne à cœur joie. L'auteur de cette pochade est Bud Costello. Le cinéma connaît encore la censure mais pas le jazz. Dans des limites strictes. Une pochette qui aurait pu faire scandale en 1957 même si elle apparaît bien banale aujourd'hui. Le jeune homme se tient comme Jerry Lewis dans ses films avec Dean Martin. Il a retiré son bonnet d'âne. Il ne saura rien du jazz. Le tableau lui est interdit.  Le titre est d'une ironie amère : "Pour ceux qui haïssent le jazz"... Le début "Let's get acquainted with Jazz" joue sur les sens du terme "Jazz". Le regard du mec ne laisse aucun doute sur ses intentions...

Dans cette fin des années 50, les auteurs de design s’en donne à cœur joie. L’auteur de cette pochade est Bud Costello. Le cinéma connaît encore la censure mais pas le jazz. Dans des limites strictes. Une pochette qui aurait pu faire scandale en 1957 même si elle apparaît bien banale aujourd’hui. Le jeune homme se tient comme Jerry Lewis dans ses films avec Dean Martin. Il a retiré son bonnet d’âne. Il ne saura rien du jazz. Le tableau lui est interdit.
Le titre est d’une ironie amère : « Pour ceux qui haïssent le jazz »… Le début « Let’s get acquainted with Jazz » joue sur les sens du terme « Jazz ». Le regard du mec ne laisse aucun doute sur ses intentions…

La firme « Roost », un label indépendant de ces années 1950 – en 1953, Dizzy Gillespie se produit à Paris avec le vocaliste Joe Carroll – réalisait des pochettes curieuses.

Certaines de ses pochettes sont poétiques et font référence comme ici à la biographie du musicien. "Diz" avait dit que la première fois qu'il était venu à paris - en 1937, il avait 20 ans -, avec l'orchestre du tromboniste "Dickie" Wells, il avait fait le tour des bordels de la Capitale. Il exprimait de cette manière ironique, son dépit. les "cieux" de l'orchestre l'avait empêché de franchir les portes du studio "Swing". Dommage. A cause de ses questions de préséances, était ratée la rencontre Django/Diz. Le faire survoler Paris en 1953 était une belle revanche... Pochette de Burt Goldblatt pour le 25 cm original.

Certaines de ses pochettes sont poétiques et font référence comme ici à la biographie du musicien. « Diz » avait dit que la première fois qu’il était venu à paris – en 1937, il avait 20 ans -, avec l’orchestre du tromboniste « Dickie » Wells, il avait fait le tour des bordels de la Capitale. Il exprimait de cette manière ironique, son dépit. les « cieux » de l’orchestre l’avait empêché de franchir les portes du studio « Swing ». Dommage. A cause de ses questions de préséances, était ratée la rencontre Django/Diz. Le faire survoler Paris en 1953 était une belle revanche… Pochette de Burt Goldblatt pour le 25 cm original.

Un compositeur audacieux et timide

Ornette Coleman libre et joyeux.

Coleman07Ornette Coleman, un nom qui résonne. Synonyme de « free jazz – titre d’un album Atlantic de 1960 -, de jazz libre appelé aussi « New Thing », nouvelle chose. Des mots qui font peur. Qui font reculer les conservateurs. Synonymes de bruit, de fureur mais aussi d’engagements politiques ou esthétiques. La peur, dit-on, est mauvaise conseillère et dans ce cas précis c’est une réalité. Refuser d’entendre est une erreur grave. Dans un premier temps, cette musique aux normes étranges et à la structure nouvelle par rapport au passé – un passé qui resurgit et forge le présent de ce début du 21e siècle totalement habillé de passés souvent recomposés – interroge. Le rejet est le premier mouvement naturel. Qui doit être combattu. Pour écouter de nouveau, pour pénétrer dans ces mondes nouveaux. Le Free jazz, la musique d’Ornette ne sont pas des musiques sans structure. Elles laissent une place aux bruits mais aussi aux autres métriques des cultures différentes. Elle demande à être apprivoisée, comprise. Il y faut un effort de l’auditeur. Faute de quoi il passera à côté d’une possibilité de jouissance et de plaisir extrême.
Ornette a su, dans toute sa vie musicale, se renouveler. Il nous a quittés bêtement à 85 ans d’un arrêt du cœur le 11 juin. Continuer la lecture →

Article de Didier Epsztajn

Une contradiction politique fondamentale inscrite au sein même des rapports capitalistes de production

Ce livre renoue, enfin, avec des débats indispensables, présents notamment dans la défunte revue « Critique de l’économie politique » et les livres attachés à cette collection.
Alors que les débats et recherches me semblent trop souvent centrés sur les régimes politiques historiques, ce livre pose la question des « liens » entre Etat et mode de production capitaliste. Prendre à bras-le-corps cette question est toujours d’une grande actualité pour, d’une part, penser les réalités derrière les « voiles » tissés, et reconstruire d’autres part, de radicales critiques antiétatiques nécessaires à l’élaboration d’hypothèses stratégiques pour l’émancipation. Continuer la lecture →

Article de Didier Epsztajn

Mais qui donc évaluera ces évaluateurs ?

« Depuis plus de vingt ans, les baisses de « charges » (ou la « réforme » du Smic) sont présentées comme le remède miracle pour créer des emplois. Des chiffres frappants, validés par des institutions officielles, sont mobilisés dans le débat public. Ils proviennent d’études qui mobilisent les techniques économétriques les plus sophistiquées et qui prétendent pouvoir les extraire de la « gangue » des données statistiques »… « L’objectif de ce livre est d’établir la généalogie des chiffres invoqués, en pointant les épisodes les plus marquants d’un débat récurrent, qui vient périodiquement buter sur des problèmes théoriques et méthodologiques. Ces obstacles n’ont été contournés que par une sorte de bric-à-brac méthodologique ». Michel Husson ne se contente pas de dénoncer les idéologies sous-jacentes. Il fait une judicieuse incursion dans cette « littérature technique », présente les incohérences, les lacunes scientifiques, les impasses méthodologiques. Il souligne les « écarts » entre les buts proclamés de faire reculer le chômage et les réalités des politiques menées : « Elles conduisent au contraire à étendre le champ de la précarité et à disqualifier ce que pourraient être de véritables outils de lutte contre le chômage, à savoir la réduction du temps de travail et la création ex nihilo d’emplois socialement et écologiquement utiles. La condition d’un retour au plein emploi n‘est pas l’acceptation d’une dégradation de la condition salariée ». Continuer la lecture →

Un ami est parti

Pour Eddy Louiss

Eddy nous a quittés un 30 juin (2015). Il venait d’avoir, le 2 mai, 74 ans – il était né à Paris en 1941, un drôle de Paris en ce temps là où le jazz et la musique dite des îles triomphaient dans les salles de concert, dans les brasseries, La Cigale notamment dans lesquels jouait le père, Pierre.
Piano classique à 8 ans, pianiste de jazz dans les clubs parisiens pour débuter. Il en reste des traces discographiques qu’il faut aller chercher. Passage à l’orgue ensuite, de cet orgue né à Philadelphie que Jimmy Smith, un natif de la ville, rendra célèbre, l’orgue Hammond B3. Il en est certain(e)s qui font profession de refuser la place de cet instrument dans les mondes du jazz. Il faut dire qu’ils et elles perdent quelque chose surtout lorsqu’il s’agit d’Eddy Louiss. Continuer la lecture →

Lectures

Petit voyage dans les Beaux-Livres

Les vacances permettent de se construire son propre musée via les catalogues d’expositions en passent de se terminer.
Commençons par…la magie. Ce terme recouvre souvent les superstitions, les peurs irrationnelles qui cachent de profondes angoisses. On sait bien qu’on « ne doit pas croire les superstitions mais qu’il est plus sur de les respecter. » disait un rabbin. Elle donne naissance, souvent, à de véritables œuvres d’art pour se protéger du mauvais sort. Le Musé d’art et d’histoire du judaïsme proposait une promenade avec les « anges et démons dans la tradition juive », une manière de s’interroger sur les représentations du bien et du mal à travers les âges. Les amulettes, gris-gris et autres constructions concentrent des synthèses de civilisations. Souvent, elles se réfèrent à des civilisations panthéistes antérieures aux religions monothéistes. Le rêve, l’imagination ne sont pas loin et font entrer dans un autre monde, celui derrière le miroir, pour susciter d’autres possibles y compris en médecine… Le catalogue ne permet pas d’apercevoir la beauté des pièces exposées mais donne des éléments d’Histoire et de mémoire pour en comprendre la portée.
N.B.
« Magie. Anges et démons dans la tradition juive », ouvrage collectif, Flammarion/Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Le cinéma fut longtemps considéré comme magique. La reproduction de la réalité a surpris les contemporains. Dés la « camera obscura », la vision du dehors dans une chambre obscure, jusqu’à aujourd’hui en passant par la « lanterne magique », cet art spécifique du 20e siècle a véhiculé toute une série de rêves et de figures. Michelangelo Antonioni qui se classe dans ces magiciens fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque française. Il reste le catalogue pour faire connaissance avec le cinéaste italien qui se situe entre Rossellini et Godard. Il a été très inspiré par les peintres italiens toute époque confondue mais aussi par De Chirico notamment. On retrouve souvent ces fresques entre réalité et science fiction dans des endroits étranges. Certains de ses plans sont de véritables reproductions. Comme souvent, comme le démontre Daniel Arase dans « Le détail » (Flammarion), une histoire de la peinture à travers le diable qui se situe dans les détails, les à côtés sont révélateurs, ces petits riens qui changent tout en bousculant notre perception du réel.
Les photos reproduites dans le catalogue essaient d’en faire la démonstration. Mais rien ne vaut les films. De ce point de vue, il est un peu décevant. Les contributeurs, quant à eux, explorent la biographie du cinéaste, un cinéaste avare de révélations sur sa vie. Sans doute parce qu’elle se confondait avec le cinéma. Un créateur ne peut se juger que sur ses œuvres. Notre curiosité s’explique par la volonté de remettre chaque film dans son contexte, qu’il soit, historique ou personnel. Le mystère reste entier et il vaut mieux.
« Antonioni », ouvrage collectif sous la direction de Dominique Païni, Flammarion/La Cinémathèque Française.

Exposition, autour de paysages.

« Paysages » d’Henri Cartier-Bresson

« Paysages » d’Henri Cartier-Bresson se mêlent à un décor naturel, celui de l’Abbaye de Jumièges, sise entre Rouen et Le Havre, manière de confronter les visions, celle du photographe qui interprète les paysages et le votre qui s’emmêle entre le lieu physique et les lieux devenus mythiques dessinés par Cartie-Bresson.
Le « Centre des Arts visuels » qui a élu domicile dans l’Abbaye, propose de découvrir 105 photographies vues une seule fois en France, en 2002 à Orléans, alors qu’elles ont fait le tour du monde. Des paysages d’Europe, d’Asie, des États-Unis permettent de discerner les thématiques du photographe, les arbres, la neige, la brume, le sable, les toits, les rizières, le train, les escaliers, l’ombre, les pentes, les cours d’eau… A chaque fois le fond s’accorde avec la forme, la chose vue et la manière de la voir. Une façon de faire vivre les thématiques, de mêler l’objectif – dans les deux sens du terme – et le subjectif. Celui qui regarde transforme le paysage…
Jusqu’au 20 septembre.