A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz, Bousculer la tradition pour la faire vivre : de la Suisse à Chet Baker

La musique de la Suisse dans l »œil du jazz

Florian Favre, pianiste et Suisse de Fribourg, veut, dans cet album au titre plein de passé qui pourrait le faire passer pour un nostalgique, « Idantitâ », rendre actuelle la tradition musicale de son pays tout en proposant, aussi au piano préparé comme à la voix, des portraits. Dans le nom du label – Traumton – figure le rêve d’un avenir fraternel qui retrouverait ses racines pour dialoguer avec l’autre échanger et créer. Continuer la lecture →

Polar historique, le temps de l’affaire Dreyfus

1898, la République contestée

Lyon, sa police, ses bizarres héros, ses assassins, ses espions et les désirs d’une démocratie vivante forment la trame de ce roman. Gwenaël Bulteau raconte plusieurs histoires qui trouvent leur origine dans la guerre de 1870, La Commune – celle de Lyon a eu une existence encore plus éphémère que celle de Paris – et dans l’affaire Dreyfus qui secoue la France. Cette année là, Zola publie dans l’Aurore « J’accuse » qui provoque des émeutes. La police, comme l’armée est anti dreyfusarde dans sa grande majorité. « La République des faibles » est un titre volontairement ambigu. Il peut faire référence à la faiblesse de cette République aux mains de la hiérarchie militaire antisémite, des faibles laissés à l’abandon qui ne participent pas à la vie publique et aux faiblesses générales de cette société incapable de se comprendre.
C’est dans cette ambiance que le commissaire Soubielle est chargé de plusieurs enquêtes. Le meurtre d’un policier, la disparition d’enfants et d’autres encore qui viennent se raccrocher dont une femme qui n’a pas conscience de sa maternité. Cerise sur le gâteau déjà bien consistant, il va être père et hésite entre la joie et le rejet.
Bulteau peint des portraits de flics qui permettent de s’immiscer dans ces temps lointains. Il les présente dans toutes leurs facettes pour non seulement dresser le portrait d’une époque mais aussi de contribuer à l’histoire de la police.
Une réussite, historique et policière.
Nicolas Béniès
« La République des faibles », Gwenaël Bulteau, 10/18

Un travail à poursuivre

Le passé comme miroir du présent.

Roland Guillon poursuit une réflexion sur les relations entre les évolutions de la musique – il a débuté par le jazz – et le contexte socio-économique. Dans cette perspective et pour donner des idées aux compositeurs contemporains, il a voulu analyser la musique des années 1920, en dehors du jazz . Temps de révolutions, il passe en revue les grands compositeurs à commencer par Ravel et Gershwin pour tenter un classement suivant leurs orientations. Cet « essai » propose surtout des éléments pour construire une réflexion qui manque sur la période. Un travail nécessaire qui inclut les relations entre les compositeurs passés en revue et le jazz comme les influences réciproques.
Un oubli : Roland Guillon ne traite pas de Germaine Tailleferre qui fait partie du groupe des 6 sans doute parce que ses œuvres restent non jouées, du moins à ma connaissance, Serait-ce parce qu’elle est une femme ? Les autres membres, Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc ont jonglé avec bonheur avec la postérité. Les 6 sont représentés par le peintre Émile Blanche, en 1923.
N.B.
« Essai sur la musique des années 1920 », Roland Guillon, L’Harmattan, 83 pages.

Quand les frontières se brouillent entre fiction et réalité… Afrique du Sud et États-Unis


La littérature permet d’appréhender les mécanismes sociaux et la manière dont les individus les vivent.

L’Afrique du Sud est une société où la corruption s’affiche à tous les étages. Deon Meyer s’en est fait une spécialité transformant ses polars en autant d’analyses politiques. Mike Nicol a choisi de prendre pour personnage principal, sa ville Le Cap, capitale administrative. Le meurtre du ministre de l’Énergie est la pointe visible de l’iceberg d’un trafic d’uranium enrichi. Vraisemblablement, l’assassinat a été commandité par une partie du gouvernement, sinon le président lui-même qui ne partageait pas les vues de son ministre s’orientant vers d’autres énergies, renouvelables, que le nucléaire. Derrière s’agitent toutes les officines plus ou moins secrètes, la CIA et même Daesh. « Infiltrée » pour décrire une espionne multi carte qui synthétise tous les brouillards enveloppant la réalité. Le polar et ses techniques est un guide efficace.
Jason Mott a choisi une autre voie pour faire entrer dans le monde étrange des États-Unis, particulièrement ce Sud – South Side – qui, actuellement, est en train de faire voter des lois pour empêcher les populations africaines-américaines d’exercer leur droit de vote. « L’enfant qui voulait disparaître » est une introspection, un dialogue entre un écrivain adulte et l’enfant qu’il a été. Ils veulent oublier la couleur de leur peau pour vivre « comme tout le monde ». Leur environnement politique leur refuse. La peur est leur compagne de tous les jours, de leurs nuits. Elle les empêche de vivre. Le titre original, « Hell of a book », l’enfer dans un livre, est peut-être plus clair même si c’est intraduisible. Un cri de révolte poétique pour sortir du piège. Les États-Unis dans toute leur horreur. L’avenir se trouverait-il dans les mobilisations autour de « Black Lives Matter » ?
Nicolas Béniès
« Infiltrée », Mike Nicol, traduit par Jean Esch, Série noire/Gallimard
« L’enfant qui voulait disparaître », Jason Mott, traduit par Jérôme Schmidt, Éditions autrement.

Jazz. Coffret Helen Merrill

Pour la gloire de Helen Merrill
Née Jelena Ana Miltecic en 1930 à New York (et toujours vivante), Helen a été l’une des grandes vocalistes du jazz dans le milieu des années 1950. Elle a été redécouverte grâce à Jean-Jacques Pussiau pour son label OWL dans les années 1980. Ce coffret de 4 CD, intitulé « Anything Goes » (tout est permis), permet de l’entendre à ses débuts et ses débuts sont remarquables notamment par la collaboration avec Quincy Jones et la présence de Clifford Brown, trompettiste prodigieux, mort un juin 1956.
Les autres albums réunis dans ce premier coffret montrent qu’elle hésite sur la voie à suivre. Vraisemblablement son agent ne lui propose pas que des projets « jazz » mais aussi de la « variété ». Il faut bien essayer de vivre. Elle fait montre de sa volonté à dépasser le matériau proposé,pour l’enrober de sa voix étrange teinté d’un halo brumeux.
Elle endossera le rôle de la blonde pour l’abandonner dans son dernier album publié reprenant son nom de naissance. A (re)découvrir.
N.B.
« Anything Goes », « The Complete 1952-60 », Helen Merrill, livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés

Jazz : Kendra Morris, chanteuse et Daniel Erdmann/Christophe Maguet. Nine lives pronto

Faut-il avoir 9 vies ?

Kendra Morris est une chanteuse qui a déjà un passé. « Nine Lives » – 9 vies – marque un nouveau départ. Seule, elle se livre à un exercice, permis sans doute par la pandémie, à la fois intimiste et commun à beaucoup de celles qui ont pris du champ lors des confinements. Sa voix profondément ancrée dans le gospel et la musique soul parle de nous. Les titres mêmes pourraient construire un poème. Une voix qui pénètre dans nos passages secrets pour parler de résistance, de dignité, de force collective. Seule pour faire penser à New York, la ville de Kendra, désertée par les touristes et le travail à domicile. La ville qui ne dort jamais se trouvait dépourvue des bruits traditionnels. Continuer la lecture →

Un grand auteur russe : Julian Semenov

Roman d’espionnage historique

Julian Semenov (1931-1993) est un écrivain célèbre en URSS. Sans doute moins dans la Fédération de Russie en raison des réécritures de l’histoire poutiniennes. Il fait œuvre à la fois de romancier et d’historien. « La taupe rouge » a été le premier édité. « Des diamants pour le prolétariat », qui se déroule en 1921 – l’URSS est toute neuve -, semble être le premier opus d’une série qui couvrira toute l’histoire de cette formation politique et sociale via l’espionnage. En avril 1921, la Tchéka charge un jeune agent, Maxime Issaïev – héros récurrent – de récupérer des diamants des possédants pour financer la jeune République des Soviets. Il infiltre le milieu des trafiquants, croise des tueurs, des voleurs tout autant que les révolutionnaires. Continuer la lecture →

Deux liens pour écouter mes émissions

Le premier lien ci-après pour écouter une série d’émissions intitulée le jazz késako, qui inclut un programme autour du 100e anniversaire de la radio, les liens entre la radio et le jazz, une émission sur Brassens et ses liens toujours avec le jazz, et l’histoire du jazz à travers l’histoire de la batterie

https://radio-toucaen.fr/programme/jazz-kesako/

Le deuxième lien permet d’écouter les nouveautés en jazz.

https://radio-toucaen.fr/programme/les-nouvelles-nouveautes/

Jazz. Le monde de Sylvain Cathala

Musiques de notre présent étrange

Les tempêtes dessinent-elles la poésie de notre environnement soumis aux mutations climatiques provoquées par les activités humaines ? Les tempêtes nécessaires redessinent le monde soumis à l’épreuve de ses changements. La poésie de la musique se doit d’exprimer cette entrée dans un temps troublé étrange dans lequel le passé semble le seul avenir. Comme en réponse, Sylvain Cathala, compositeur, découpe le temps, déplace la mesure pour dégager de nouveaux tempos et joue sur les dissonances. Ralentir l’écoulement du temps, étirer la durée pour lutter contre la fatigue des crises, pour trouver de nouvelles raisons de créer. Continuer la lecture →

Est-ce vraiment du jazz ? Du Free ?

Un retour explosif

Il était considéré comme enterré sous les coups de pelle répétés du postmodernisme et ne devait pas resurgir. L’ambiance avait changé. La révolution s’en était allée et Trump était venu. Pourtant, non seulement il résiste mais affirme sa force sa puissance, ses revendications et, au-delà de tout, sa joie de créer collectivement. Le titre de l’album du Healing orchestra, sous la direction du pianiste percussionniste Paul Wagonnier, le dit ouvertement « Free Jazz for the people », clin d’œil à une publicité du saxophoniste Charlie Ventura dans les années 1946-47 : « Bop for the people », avec l’idée – une réussite – de rendre accessible au public le plus large la révolution parkérienne.
Le Healing montre la capacité du free jazz d’être de notre temps contrairement à une idée répandue qui fait de cette partie du jazz rien que du bruit. La musique, c’est sa définition, n’est rien de plus que des bruits organisés. Il est nécessaire de découvrir cette musique puissante qui fait la part belle au collectif tout, en laissant chaque individualité s’exprimer. Une dialectique au service de la création pour embarquer musiciens et auditeurs dans un autre monde qui propose d’inscrire le monde tel qu’il se présente à nous dans un mouvement nécessaire de révolte.
Un souffle libre qui redonne du sens au swing, au rythme du cœur, à la tradition à la fois d’Ornette Coleman et d’Albert Ayler. Entrée sans crainte dans cet univers. Il est fait pour vous.
Nicolas Béniès
« Free Jazz for the people », Healing Orchestra, LFDS Records