A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Compte rendu de la 33e édition de JSP

En revenant de Coutances, de dessous les pommiers, la pluie, le vent et…le soleil !

Ce 33e cru restera lié – c’est logique – au 70e anniversaire du débarquement. Des orchestres ont repris le style de ces années de guerre. Charles Trenet a été de cette fête comme il se doit.
C’est le chanteur de ces années d’après le Front Populaire de 1936. Il est révélateur aussi de la place du jazz pendant l’Occupation. Les orchestres de jazz français qui ont commencé à fourbir leurs armes dans le milieu des années 1930 tiennent le haut du pavé. A commencer par le Jazz de Paris conduit dans les années 1940-41 par le saxophoniste ténor Alix Combelle. Les disques sous le label « Swing » sont pressés de nouveau. Charles Delaunay, son créateur, enregistre tout ce que le jazz compte de musiciens en France. Les concerts de jazz sont pleins.
Cette évocation, ce travail de mémoire a été le thème de ma conférence. Continuer la lecture →

Une exposition multimédia à la Cité de la Musique

GREAT BLACK MUSIC

Great Black Music ! Le titre de cette exposition sonne comme une provocation et, du coup, interroge. Qu’est-ce qu’une musique noire ? Quels liens entre les musiques africaines, le jazz, le reggae et d’autres branches aisément classées dans cette catégorie comme la samba ou la bossa-nova ? Une partie de la réponse se trouve dans le voyage dans le temps et dans l’espace que proposent Marc Benaïche et Emmanuel Parent. Un voyage que le visiteur se doit de construire pour éviter de se perdre dans ce dédale. La pléthore de sollicitations amène une sorte de frustration de ne pouvoir tout voir, tout entendre. Une seule journée n’y suffira pas. Continuer la lecture →

Le marxisme vivant

Les deux faces de la médaille du marxisme

Eric Hobsbawm est un historien réputé. Ses études font autorité. Dans ce recueil de textes, il analyse la doctrine de Marx et Engels, les marxistes du XXe siècle, à commencer par Gramsci, et le recul de ces théorisations dans les trente dernières années. Il apparaît, à le lire, l’extraordinaire plasticité de la méthode et des concepts forgés par Marx. Ils restent indispensables pour analyser le capitalisme d’aujourd’hui. La crise actuelle de l’idéologie libérale ouvre la porte à une relecture nécessaire des marxistes.
N. B.
Et le monde changea. Réflexions sur Marx et le marxisme, de 1840 à nos jours. Eric Hobsbawm, traduit par Frédéric Joly, Éd. Jacqueline Chambon.

Histoires d’amour

Les Américains en stage à Paris
David McCullough est un historien réputé aux États-Unis. Il est aussi journaliste et ses biographies de Harry Truman – l’homme lige de la pègre de Kansas City – et de John Adams ont été couronnées du prix Pulitzer. Le voyage à Paris est son premier livre traduit en français. Le bandeau fera sûrement réagir : « et la France créa l’Amérique » et pas seulement à cause de La Fayette. McCullough raconte l’histoire d’amour entre la France et les Américains. Au XIXe siècle, l’élite intellectuelle américaine se cherche un modèle. Peintres, écrivains, scientifiques, médecins, politiciens se sentent
obligés de venir en stage dans la ville-lumière. L’historien dresse à la fois l’influence exercée par la culture française sur son pays et un portrait, superbe et passionné, de Paris à
l’époque capitale du monde, maîtresse des élégances.
N. B.
Le voyage à Paris. Les Américains à l’école de la France, 1830-1900, D. McCullough, traduit par P.-E. Dauzat, Vuibert.

Une autre manière de combattre

LE TÉMOIGNAGE COMME COMBAT
Yves Blondeau, dans Rester debout, a rassemblé les témoignages de 37 témoins et acteurs de la Résistance, connus comme Serge Ravanel, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, et d’autres,
plus anonymes, comme les survivants du groupe Manouchian. Le parcours du combattant est différent suivant les individus, les formes de la prise de conscience sont tributaires du
contexte et des aléas, la manière de résister est liée à sa place dans la société, l’unification passe par une référence commune aux valeurs, celles portées par le CNR en particulier. Ce patrimoine doit être défendu parce qu’il est vivant, actuel.
N. B.

Les communismes

POUR UN PREMIER BILAN DU XXe
Le court XXe siècle,1914-1989, pour citer Eric Hobsbawm, a été
souvent qualifié « siècle communiste ». L’effondrement de
l’URSS, le passage au capitalisme rapide des anciens pays de
l’Europe de l’Est comme de la Chine ont été très peu analysés. Le bilan et du stalinisme et du xxe siècle n’ont pas
encore été tirés. Georges Vidal dans cette Histoire des communismes au XXe siècle propose d’ouvrir ce chantier. Il
envisage la diversité de ce phénomène et découpe cette histoire en plusieurs périodes. Le débat pourrait s’engager sur
des bases sérieuses.
N. B.
Histoire des communismes au xxe siècle, G. Vidal, Ellipses

LES DROITS DE L’HOMME À LA QUESTION

La religion des droits des droits de l’homme.

Au commencement était la Révolution française, celle de 1789. Valentine Zuber, dans « Le Culte des droits de l’homme » explique, décrit la genèse de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Faisant œuvre d’historienne, elle poursuit sur cette lancée en rappelant les réactions suscitées lors du Bicentenaire, en 1989. Cette commémoration avait montré un très fort refus du fait révolutionnaire et un rejet de cette déclaration.
Elle en arrive à sa thèse centrale : la victoire sans appel
de la défense des droits de l’homme, avec toutes ses limites et ses ambiguïtés, se traduit par la sécularisation de la foi. La croyance dans les droits de l’homme est une des composantes actuelle de la laïcité. Ce « culte » est révélateur d’une société qui a épuisé ses idéologies. Ces droits sont le pendant d’un libéralisme effréné qui provoque une montée des
éclatements sociaux et des communautarismes reposant sur des dogmes religieux. La politique, au sens de projet de société, recule, s’évanouit et le futur n’existe plus.
Elle en conclut que « le culte des droits de l’homme »
est préférable à l’emprise des religions sectarisées, sans
être une manière de lutter contre les communautarismes qui marquent notre monde.
Cette conclusion ouvre grande la porte à d’autres réflexions sur des reculs idéologiques du mouvement ouvrier, comme l’idée même du socialisme permettant d’ouvrir une alternative de transformation sociale face au capitalisme.
Les droits de l’homme représentent un succédané à l’absence de valeurs communes. Les solidarités collectives ont tendance à disparaître, comme les services publics, laissant les individus isolés et sans perspective d’ensemble.
Le mouvement ouvrier devrait ouvrir le chantier d’une refondation idéologique.
Nicolas Béniès
Le Culte des droits de l’homme,Valentine Zuber, Gallimard/Bibliothèque des Sciences humaines.

Amos Gitaï, cinéaste de la mémoire

Réflexions sur la création.

Amos Gitai est sans conteste un des grands cinéastes de notre temps. Il a offert ses archives, plus de 80 films, à la cinémathèque française. L’exposition, « Amos Gitai, architecte de la mémoire », un titre qui pourrait servir d’exergue à la plupart des grandes œuvres artistiques, permet de cheminer en sa compagnie. C’est une grande partie de notre histoire, via celle d’Israël, qu’il nous fait visiter. Le livre qui porte le même titre n’est pas un catalogue. C’est une œuvre supplémentaire du cinéaste par les regards croisés des critiques et des rencontres qu’il a suscitées. Une manière d’inviter ses fantômes dont certains nous sont familiers.
N.B.

Le coin du polar

A propos de mémoire…

Il faut décerner, en ces temps de commémoration, la palme de la mémoire à Gérard Delteil. « Les années rouge et noir » sont une évocation des ambiguïtés de la Libération et des années qui suivirent, du chantage de l’extrême droite en possession de documents compromettants – des fiches perforées de chez Bull en l’occurrence –, du SAC gaulliste, des coups d’État ramenant le Général de Gaulle au pouvoir et surtout la perte de toutes les illusions dans tous les camps comme une recomposition de la mémoire pour faire oublier toutes les responsabilités dans la période trouble du régime fasciste de Vichy. A coups de « flashs mémoriels », Delteil réussi à faire œuvre de mémorialiste tout en suggérant des pistes latentes. Un polar, un vrai avec l’assassinat de tous les espoirs portés par la Libération. (voir aussi ma chronique sur le site) Continuer la lecture →

Une réflexion nécessaire

Le précaire, un nouveau statut dans le salariat ?

Le point de départ des analyses de la précarité se trouvent en deux ouvrages fondateurs qui tous deux voulaient lutter contre le concept caoutchouteux d’exclusion, très à la mode dans les années 1970-80, qui ne permettaient pas de situer la question. Robert Castel dans « Les métamorphoses de la question sociale » (Fayard, 1995 réédité en Folio) créait le concept de « désaffiliation » pour indiquer les salariés sans statut, de ces statuts construits dans la période 1955-1975 par les droits du travail et de la Sécurité sociale et Serge Paugam celui de « disqualification sociale », dans le livre qui porte ce titre (PUF, 1991). Continuer la lecture →