A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Autour des festivals.

Jazz en Baie…

Un invité surprise de « Jazz en Baie » (du 5 au 16 août, dans la Baie du Mont Saint-Michel) : Steve Grossman.
Le saxophoniste ténor, né à Brooklyn le 18 janvier 1951, a eu une carrière en dents de scie tout en participant à des expérimentations importantes notamment aux côtés de Miles Davis. Il reste pourtant profondément ancré dans la tradition dite du hard bop mâtinée de toutes les évolutions du jazz depuis le milieu des années 50. Il est impossible, dans le jazz, de répéter mécaniquement le passé. Steve s’est construit un style. Du coup, il est inclassable. Tellement qu’il peut être classé dans toutes les catégories répertoriées. Sur Wikipedia, Dans la case « genre » on peut lire « jazz, hard bop, bebop, cool jazz, modal, fusion, third stream – le troisième courant qui veut associer jazz et musique classique ou musique contemporaine. Le genre « jazz » me fait frémir…
Steve, pourtant, ne fait pas partie du gotha du jazz, ceux et celles que citent spontanément les amateurs de jazz mais il conserve une sorte d’empathie avec le public. Il est à l’aise dans des environnements différents. Continuer la lecture →

La BCE a pris conscience du risque déflationniste

Une réponse à la hauteur du risque ?

Le jeudi 5 juin, Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé des mesures inédites pour lutter contre la déflation. Il a souligné que ces décisions avaient été prises à l’unanimité des gouverneurs des banques centrales de la zone euro, autrement dit la Bundesbank a donné son accord alors que son gouverneur avait durement critiqué les mesures précédentes de soutien aux dettes souveraines des pays du Sud, à commencer par la Grèce.
Il faut croire que la situation est grave.
Elle l’est. Continuer la lecture →

Une sélection de nouveautés en jazz

Jazz d’aujourd’hui et de demain.

Le jazz, comme toutes les autres disciplines artistiques, est éclaté, pluriel. Il cherche des solutions ailleurs que dans lui-même. Longtemps, jusqu’aux années 1980 s’il fallait dater, il a su s’outrepasser lui-même. Trouver en son sein des réponses aux questions que toute l’esthétique se posait. Des réponses en forme de révolution esthétique brutales et rapides. Une sorte d’accélération de chefs d’œuvre qui laisse pantois.
Aujourd’hui, le présent se remplit des rumeurs du passé, de cette mémoire vautrée dans un entre deux et qui se refuse à tout travail pour laisser la place à un passé recomposé pour que chacun(e) essaie de trouver sa voi(x)e. Pas facile pour les musicien(ne)s de ce temps de trouver leur tempo, leur possibilité. Continuer la lecture →

Compte rendu de la 33e édition de JSP

En revenant de Coutances, de dessous les pommiers, la pluie, le vent et…le soleil !

Ce 33e cru restera lié – c’est logique – au 70e anniversaire du débarquement. Des orchestres ont repris le style de ces années de guerre. Charles Trenet a été de cette fête comme il se doit.
C’est le chanteur de ces années d’après le Front Populaire de 1936. Il est révélateur aussi de la place du jazz pendant l’Occupation. Les orchestres de jazz français qui ont commencé à fourbir leurs armes dans le milieu des années 1930 tiennent le haut du pavé. A commencer par le Jazz de Paris conduit dans les années 1940-41 par le saxophoniste ténor Alix Combelle. Les disques sous le label « Swing » sont pressés de nouveau. Charles Delaunay, son créateur, enregistre tout ce que le jazz compte de musiciens en France. Les concerts de jazz sont pleins.
Cette évocation, ce travail de mémoire a été le thème de ma conférence. Continuer la lecture →

Une exposition multimédia à la Cité de la Musique

GREAT BLACK MUSIC

Great Black Music ! Le titre de cette exposition sonne comme une provocation et, du coup, interroge. Qu’est-ce qu’une musique noire ? Quels liens entre les musiques africaines, le jazz, le reggae et d’autres branches aisément classées dans cette catégorie comme la samba ou la bossa-nova ? Une partie de la réponse se trouve dans le voyage dans le temps et dans l’espace que proposent Marc Benaïche et Emmanuel Parent. Un voyage que le visiteur se doit de construire pour éviter de se perdre dans ce dédale. La pléthore de sollicitations amène une sorte de frustration de ne pouvoir tout voir, tout entendre. Une seule journée n’y suffira pas. Continuer la lecture →

Le marxisme vivant

Les deux faces de la médaille du marxisme

Eric Hobsbawm est un historien réputé. Ses études font autorité. Dans ce recueil de textes, il analyse la doctrine de Marx et Engels, les marxistes du XXe siècle, à commencer par Gramsci, et le recul de ces théorisations dans les trente dernières années. Il apparaît, à le lire, l’extraordinaire plasticité de la méthode et des concepts forgés par Marx. Ils restent indispensables pour analyser le capitalisme d’aujourd’hui. La crise actuelle de l’idéologie libérale ouvre la porte à une relecture nécessaire des marxistes.
N. B.
Et le monde changea. Réflexions sur Marx et le marxisme, de 1840 à nos jours. Eric Hobsbawm, traduit par Frédéric Joly, Éd. Jacqueline Chambon.

Histoires d’amour

Les Américains en stage à Paris
David McCullough est un historien réputé aux États-Unis. Il est aussi journaliste et ses biographies de Harry Truman – l’homme lige de la pègre de Kansas City – et de John Adams ont été couronnées du prix Pulitzer. Le voyage à Paris est son premier livre traduit en français. Le bandeau fera sûrement réagir : « et la France créa l’Amérique » et pas seulement à cause de La Fayette. McCullough raconte l’histoire d’amour entre la France et les Américains. Au XIXe siècle, l’élite intellectuelle américaine se cherche un modèle. Peintres, écrivains, scientifiques, médecins, politiciens se sentent
obligés de venir en stage dans la ville-lumière. L’historien dresse à la fois l’influence exercée par la culture française sur son pays et un portrait, superbe et passionné, de Paris à
l’époque capitale du monde, maîtresse des élégances.
N. B.
Le voyage à Paris. Les Américains à l’école de la France, 1830-1900, D. McCullough, traduit par P.-E. Dauzat, Vuibert.

Une autre manière de combattre

LE TÉMOIGNAGE COMME COMBAT
Yves Blondeau, dans Rester debout, a rassemblé les témoignages de 37 témoins et acteurs de la Résistance, connus comme Serge Ravanel, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, et d’autres,
plus anonymes, comme les survivants du groupe Manouchian. Le parcours du combattant est différent suivant les individus, les formes de la prise de conscience sont tributaires du
contexte et des aléas, la manière de résister est liée à sa place dans la société, l’unification passe par une référence commune aux valeurs, celles portées par le CNR en particulier. Ce patrimoine doit être défendu parce qu’il est vivant, actuel.
N. B.

Les communismes

POUR UN PREMIER BILAN DU XXe
Le court XXe siècle,1914-1989, pour citer Eric Hobsbawm, a été
souvent qualifié « siècle communiste ». L’effondrement de
l’URSS, le passage au capitalisme rapide des anciens pays de
l’Europe de l’Est comme de la Chine ont été très peu analysés. Le bilan et du stalinisme et du xxe siècle n’ont pas
encore été tirés. Georges Vidal dans cette Histoire des communismes au XXe siècle propose d’ouvrir ce chantier. Il
envisage la diversité de ce phénomène et découpe cette histoire en plusieurs périodes. Le débat pourrait s’engager sur
des bases sérieuses.
N. B.
Histoire des communismes au xxe siècle, G. Vidal, Ellipses

LES DROITS DE L’HOMME À LA QUESTION

La religion des droits des droits de l’homme.

Au commencement était la Révolution française, celle de 1789. Valentine Zuber, dans « Le Culte des droits de l’homme » explique, décrit la genèse de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Faisant œuvre d’historienne, elle poursuit sur cette lancée en rappelant les réactions suscitées lors du Bicentenaire, en 1989. Cette commémoration avait montré un très fort refus du fait révolutionnaire et un rejet de cette déclaration.
Elle en arrive à sa thèse centrale : la victoire sans appel
de la défense des droits de l’homme, avec toutes ses limites et ses ambiguïtés, se traduit par la sécularisation de la foi. La croyance dans les droits de l’homme est une des composantes actuelle de la laïcité. Ce « culte » est révélateur d’une société qui a épuisé ses idéologies. Ces droits sont le pendant d’un libéralisme effréné qui provoque une montée des
éclatements sociaux et des communautarismes reposant sur des dogmes religieux. La politique, au sens de projet de société, recule, s’évanouit et le futur n’existe plus.
Elle en conclut que « le culte des droits de l’homme »
est préférable à l’emprise des religions sectarisées, sans
être une manière de lutter contre les communautarismes qui marquent notre monde.
Cette conclusion ouvre grande la porte à d’autres réflexions sur des reculs idéologiques du mouvement ouvrier, comme l’idée même du socialisme permettant d’ouvrir une alternative de transformation sociale face au capitalisme.
Les droits de l’homme représentent un succédané à l’absence de valeurs communes. Les solidarités collectives ont tendance à disparaître, comme les services publics, laissant les individus isolés et sans perspective d’ensemble.
Le mouvement ouvrier devrait ouvrir le chantier d’une refondation idéologique.
Nicolas Béniès
Le Culte des droits de l’homme,Valentine Zuber, Gallimard/Bibliothèque des Sciences humaines.