Etats-Unis entre passé et futur

Le rêve américain serait-il un cauchemar ?

Les élections aux Etats-Unis attirent tous les projecteurs. Les journalistes en restent souvent aux apparences. Le « clown » Trump a fait rire dans un premier temps, sorte de Donald Duck plus vrai que nature, sorti tout droit du dessin animé créé par Disney. Tex Avery semblait tout proche pour cette caricature. Puis il a fait peur sans s’interroger sur ce qu’il représentait, de quelle figure il était le porteur.
De l’autre côté de ce spectre qui va de l’extrême droite à la gauche, l’autre figure de ces Etats-Unis a surgi, surprenant le petit monde médiatique, Bernie Sanders se réclamant du… socialisme, un concept qui semble faire partie de la mélancolie du monde de l’avant chute du Mur de Berlin.
Deux extrêmes, deux représentations d’un pays en train de basculer, de se transformer, de se refonder. « L’Amérique qui vient » de Christophe Deroubaix, journaliste à l’Humanité, et « Atlas des Etats-Unis », sous titré « Un colosse aux pieds d’argile » – il arrive que les clichés tombent justes – de Christian Montès et Pascale Nédélec reposent des questions clés sur la place des Etats-Unis dans le monde et les déstructurations de cette société. Continuer la lecture

La crise systémique perdure

Risques de crash financier et de récession.

Le « négationnisme » de la démocratie, du libre débat se répand. Pierre Cahuc et André Zylberberg, économistes du travail, affirment, dans « Le Négationnisme économique » que l’économie est devenue une science expérimentale comme la physique ou la chimie renouant ainsi avec les vieilles lunes libérales. Sans s’apercevoir que l’économie est politique, qu’elle se doit de critiquer et de proposer des solutions pour faire évoluer la société. Faute de cette vision critique, l’analyse n’est pas possible… Comprendre le contexte de crise systémique est nécessaire pour appréhender la conjoncture.(voir les articles précédents sur ce même blog)

L’incertitude est une donnée clé du contexte général et de la conjoncture. Incertitude qui se traduit par une Bourse qui fait le « lapin » – « Bunny ». Le CAC 40 – pour cotation automatique en continu, qui réunit les 40 valeurs les plus importantes, l’indice clé de la Bourse de Paris – connaît, depuis le 15 août 2015 (chute des Bourses chinoises), des évolutions limitées. Entre 4200 et 4500 points. Comme le lapin, il reste assis sur son derrière en regardant à droite et à gauche. Un symptôme de cette incertitude qui empêche toute prévision. Continuer la lecture

Économie. Pour comprendre l’évolution de la conjoncture

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Analyser de la crise systémique du capitalisme

Faisons-le « façon puzzle » – pour citer Blier dans les « Tontons flingueurs » – pour apercevoir les « jamais vus », les originalités de la période qui mettent la puce à l’oreille sur la profondeur de la crise – terme que je vais définir en deuxième partie.

Première partie : Le puzzle

Les cours de la Bourse d’abord. Le CAC – pour cotation automatique en continu, un indice calculé par la SBF, Société des Bourses françaises – 40 (pour les 40 valeurs – tout secteur confondu – les plus importantes cotées à la Bourse de Paris) fait du surplace. Il oscille entre 4500 et 4200 points comme si les opérateurs s’étaient donnés mot. A 4500, il baisse et à 4200, il remonte. On dit que la Bourse fait « Bunny », le lapin. D’habitude, elle est soit « Bullish », elle fait le taureau, elle monte ; soit « Bearish », elle fait l’Ours, elle baisse. Le lapin signifie qu’elle reste assis sur son cul, elle tourne la tête à droite, à gauche, sans vraiment bouger. C’est révélateur du degré d’incertitude jamais vu. Jouer à la Bourse est de plus en plus un vrai pari. Les indicateurs se sont évanouis. La Bourse navigue en pleine troisième dimension. On a l’impression que rien n’a changé alors que les balises n’ont plus de sens. Les traders se raccrochent actuellement aux cours du pétrole, eux-mêmes dépendants de la spéculation. Le Monde daté du 6 septembre 2016 titre, par exemple, « La Bourse en quête d’un nouveau souffle »… il n’est pas sur qu’elle le trouve…
Depuis au moins la chute des Bourses chinoises le 15 août 2015, les Banques centrales pratiquent, dans les pays capitalistes développés, une politique monétaire pour le moins étrange et en dehors de tous les dogmes du libéralisme économique. Le taux directeur approche zéro. Un peu plus élevé aux Etats-Unis, de 0,25 – et la FED, la banque fédérale américaine voudrait bien augmenter ses taux pour avoir des marges de manœuvre – à -0,1% au Japon et 0% pour la BCE. Continuer la lecture

Atlas quand tu nous tiens…

Trois « Atlas »…

qui visent à décrire la réalité du basculement du monde via les crises et les guerres d’un nouveau genre.
atlas-du-moyen-orient_9782746735859« Atlas du Moyen-Orient » explicite les raisons des conflits dans cette région du monde mais, surtout, les auteurs décrivent la mosaïque des peuples et des communautés qui se partagent cette terre riche d’histoires. Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud mettent en évidence les facteurs politiques et économiques à l’origine de ces nouvelles guerres. Ils esquissent, par une carte, les scénarios possibles d’une paix possible. Paix qui s’éloigne de jour en jour sous les coups de butoirs d’une politique d’extrême droite d’un gouvernement israélien qui a besoin de la guerre pour rester au_ pouvoir faute de politique économique favorable au plus grand nombre, faute aussi d’une vision du monde qui dépasse cette gestion à la petite semaine qui fait la part belle à la corruption et aux maffias, russe en particulier. Actuellement, et les auteurs l’indiquent aussi, Israël fait office du bon élève dans la lutte contre le terrorisme, un vocabulaire qui permet de faire disparaître les droits des Palestiniens, acceptant de fait la rhétorique du gouvernement actuel. Une belle victoire de DAESH, il faut aussi le reconnaître. Cette organisation qui prétend défendre les Palestiniens, les enfonce davantage…
atlas-de-l-am-rique-latine_9782746743571« Atlas de L’Amérique latine », de Olivier Dabène et Frédéric Louault, sous titré « Les démocraties face aux inégalités » fait le point sur les conséquences de l’entrée dans la crise systémique en août 2007 sur les économies de ces pays. Ces « émergents » n’ont pas réussi à lutter contre les inégalités et la corruption provoquant une crise politique majeur… Les nouvelles pages de cette 3e édition sont consacrées à Cuba et à son ouverture récente. Quels sont les enjeux ? Comment résister aux États-Unis ? Quelle politique mettre en œuvre ? Comment faire vivre des idéaux issus de cette révolution de 1959 ?
atlas-des-tsiganes_9782746742710« Atlas des Tsiganes », de Samuel Delépine, sous titré « Les dessous de la question rom », décrit la réalité loin des clichés qui ont la vie dure depuis que Sarkozy les a désignés comme « ennemi principal ». Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ces populations sont diverses et mêler les 20 000 migrants Roms aux 400 000 Tsiganes de France, principalement Gitans – et un peu Manouches – est une erreur grave.
Nicolas Béniès

Atlas nécessaires publiés aux éditions Autrement.

Le coin du polar

Sur la place des femmes dans les sociétés.

Cornelia Read L'enfant invisible« L’enfant invisible, de Cornelia Read, met en scène le New York des années 1990 pour une enquête de Madeline Dare, le double de l’auteure, sur le meurtre, semble-t-il, d’enfant noir de trois ans. Un périple qui met en lumière le traumatisme de ces femmes obligées de paraître pour occuper une place enviable dans cette société qui, encore aujourd’hui, exclut les femmes des postes de pouvoir. Passent aussi ces pères capables d’actes pédophiles sur leurs filles les tuant à petits feux comme les désertions des mères enfoncées dans leur rôle social. La révolte qui pointe à chaque page, malgré un ton qui se veut désinvolte, est toujours et encore – il suffit d’entendre Trump – actuel.
American girlUne histoire, semblable par beaucoup d’aspects à la précédente, est aussi la trame d’un premier roman de Jessica Knoll, « American Girl ». Le New York est celui d’aujourd’hui et Ani – un pseudo, elle cache ainsi son origine italienne – veut être la New-yorkaise branchée qui possède un anneau de diamant en bague de fiançailles et la carte bleue de son futur époux, Luke – chanceux en français – qui fait partie de la frange la plus riche de cette société. Knoll décrit par le détail le quotidien fastidieux de cette jeune femme, journaliste à l’équivalent de « Cosmopolitan ». Une fêlure se cache derrière cette soif de réussite, « Columbine », ce lycée mis à feu et à sang par un jeune armé d’un fusil qui avait des raisons d’en vouloir à ses congénères riches. Un viol collectif notamment dont a été victime Ani. Cette prise de conscience, cette vengeance aussi fait voler en éclats tout le paraître devenu, soudain, inutile.
Arian Franklin La morte dans le labyrintheAriana Franklin, quant à elle, nous plonge, pour le deuxième opus de cette série – « La morte dans le labyrinthe » -, dans le monde de l’Angleterre d’Henri II au milieu du 12e siècle via les aventures d’une médecin des morts, Adelia Aguilar mise au service du Roi et amoureuse de l’évêque Rowley. Elle enquête sur la mort de la maîtresse du Roi Rosemonde Clifford et sur un complot pour évincer Henri II au profit d’un de ses fils. Une réussite pour l’intrigue, le style, le personnage de la jeune femme et l’information sur cette période pas très connue. On attend la suite.
Nicolas Béniès.
« « L’enfant invisible », Cornelia Read, traduit par Laurent Bury, Babel Noir ; « American Girl » Jessica Knoll, Actes Sud ; « La morte dans le labyrinthe », Ariana Franklin, traduit par Vincent Hugon, 10/18 Grands détectives.

Bon de souscription pour mon livre, « Le basculement du monde »

Bonjour,

Je viens de terminer un livre sur l’économie qui se veut un essai sur les enjeux de la crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007 et les propositions possibles (un début) dans un environnement marqué par la crise écologique et les mutations climatiques.
Les gouvernants et les « élites » se sont installés dans le monde d’hier. Il est temps de prendre la dimension des déstructurations en cours et des transformations nécessaires.
Nous vivons une crise du capitalisme qui appelle de nouvelles modalités de l’accumulation du capital, soit un nouveau régime d’accumulation différent de celui des « 30 glorieuses » et de celui des années 1980 dit « à dominante financière » pour révolutionner une fois encore le capitalisme pour qu’il change tout pour ne rien changer de l’essentiel, comme aurait dit Keynes. C’est aussi une charge contre le libéralisme liberticide et réactionnaire qui ne propose aucun projet d’avenir. Cette crise a de multiples dimensions, financière, économique, sociale, politique, culturelle… Et même morale depuis la « déchéance de nationalité  » et la campagne de la droite sur le thème de l’identité nationale millénaire; L’Histoire, sa méthode, sa réalité, ne supporter pas l’idée d’une identité séculaire. La réalité c’est une identité qui se transforme au cours du temps. L’identité de la monarchie n’est évidemment pas la même que celle de l’après révolution française…

Vous trouverez ci-après le bulletin de souscription à des conditions préférentielles.

Merci à toutes et à tous.

Nicolas Béniès.

benies-bulletin-souscription

ça va mieux ?

La crise entre parenthèses

L’analyse de la conjoncture ne peut se limiter à un seul pays. La croissance de l’économie française a enregistré un léger mieux au premier trimestre de 2016, suivant les estimations de l’INSEE provoquant un tonnerre de cocoricos. Pourtant, la situation de l’économie mondiale reste dominée par deux dangers principaux : le ralentissement de l’économie américaine et la politique monétaire de la FED comme de la crise ouverte en Chine.

En convalescence ?
L’économie française « va mieux » et ce n’est pas seulement François Hollande qui l’affirme mais aussi l’INSEE dans son estimation de la croissance du PIB pour le premier trimestre 2016. qui avait prévu 0,4%, et ce serait – l’estimation peut-être revue – 0,5. Pas de quoi fouetter un chat ? Que nenni prétend Michel Sapin, le ministre des finances, c’est une très bonne nouvelle qui a été associée à la baisse du nombre de chômeurs de la catégorie A… pour grossir les catégories B et C, une manière de passer du chômage à la précarité.
La hausse limitée de la croissance s’explique par l’augmentation de la consommation des ménages, +1,2%, moins par celle de l’investissement des entreprises. Pourtant, les marges brutes des entreprises – les profits – se sont bien redressées par l’action sous l’effet du CICE et du « pacte de responsabilité » mais sans action sensible sur l’investissement productif…faute de demandes solvables suffisantes. Il faut rajouter que la consommation des ménages n’avait guère progressé après les attentats de novembre 2015. Un rattrapage a eu lieu, en même temps que les soldes au premier trimestre de 2016. Ce résultat risque d’être une exception. D’autant que la zone euro connaîtra une faible croissance de l’ordre de 1,6%, suivant selon la Commission Européenne, et se trouve minée par la récession en Grèce et en Espagne. La politique d’austérité est sur la sellette malgré les injonctions de Bruxelles pour encore plus baisser les retraites et compresser les minima sociaux. Une politique qui se traduira par la poursuite du processus déflationniste malgré la politique expansive de la BCE. Continuer la lecture

Faible croissance mondiale, crise financière…

Les nuages noirs s’accumulent.

Toutes les institutions internationales se rejoignent pour prévoir une croissance mondiale inférieure à 3% et cette prévision est continuellement revue à la baisse, la déflation dans les pays capitalistes développés s’inscrit dans la réalité et la crise financière n’en finit d’être combattue par les banques centrales. Dans ce contexte, l’économie française peut-elle connaître une embellie ?

Suivant la dernière Note de conjoncture de l’INSEE datée du 17 mars, l’économie française bénéficierait d’une croissance de 0,4% par trimestre et d’une baisse du chômage en juin de moins 0,1% grâce à la reprise, constatée, des créations d’emploi. Cette croissance serait tirée par les exportations vers les autres pays de l’Union Européenne et plus spécifiquement la zone euro par le biais d’une compétitivité retrouvée. Autrement dit, la baisse du coût du travail sera plus importante en France que chez les partenaires européens. S’agit-il là de la fonction du projet de loi sur le travail ? La baisse des cotisations sociales des entreprises et les aides diverses gouvernementales – CICE, Pacte de responsabilité – au prix d’attaques répétées de la protection sociale ont permis d’augmenter les profits des entreprises/L’INSEE prévoit donc une hausse timide des investissements. Continuer la lecture

Essai. Un monde étranger.

Une complexité au service d’une nouvelle barbarie.

Sakia Sassen ExpulsionsLa thèse de Saskia Sassen, sociologue spécialisée dans l’analyse de la « ville globale », dans « Expulsions », se résume facilement. Les années 1980 ont vu se dessiner une nouvelle forme du capitalisme dominé par l’idéologie libérale, un régime d’accumulation à dominante financière pour employer le langage des économistes de l’école de la régulation, langage que la sociologue n’utilise pas. Elle est consciente que les critères de la finance se sont imposés pour régler les orientations de l’économie dans toutes ses facettes.
Cette forme a combiné – elle en fait la démonstration – une complexité de plus en plus sophistiquée aux montages inextricables comme le montre une fois encore les « panama papers » et une brutalité extrême. La combinatoire s’explique par la nécessité pour tous les capitalistes d’extraire le profit maximum – et non plus optimum comme dans la période des « 30 glorieuses » – et à court terme, dans les deux mois. La conséquence la plus importante, pour elle, des expulsions dans tous les domaines se traduisant par un rétrécissement de la base économique. Une idée à creuser. Elle signifie que, contrairement aux « 30 glorieuses », les politiques actuelles d’austérité ne se posent plus la question de la demande pour faire face à la surproduction mais privilégient l’entreprise et même la grande entreprise et ses profits pour qu’elle soit compétitive. L’avenir apparaît, de ce fait, semblable au passé et bloque toute possibilité de construire un futur. Continuer la lecture

De la théorie à l’idéologie passant par un pragmatisme critique.

L’idéologie libérale fracassée par la réalité

Je vous propose une réflexion à la fois sur les théories économiques qui devraient permettre d’expliquer le monde et sur la tendance à transformer la théorie en idéologie, comme c’est souvent le cas pour les théories néo-classiques, le nom officiel du libéralisme économique.
Pour ce faire, nous nous servirons de deux propositions de politique économique, celle qui sert à justifier la loi dite « El Khomri », sur le « travail et celle émanant de Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Dans une pétition publiée par Le Monde, qui a réuni 31 signataires dont le Prix Nobel d’économie 2014, Jean Tirole et le titulaire de la chaire d’économie au Collège de France, Philippe Aghion pour défendre le projet de loi. Ils affirmaient qu’en « réduisant fortement l’incertitude attachée à la rupture des contrats de travail, le projet de loi incite les entreprises à revenir vers des embauches en CDI. » Ils reconnaissent aussi que la conséquence sera de « flexibiliser le CDI » soit de précariser l’ensemble des salarié –es. Ainsi pour lutter contre les inégalités et la précarité, leur objectif, ils arrivent à élargir la précarité. Tous précaires donc disparition de la précarité !
Plus important, c’est la philosophie économique, la théorie économique qui sous tend cette prise de position qui est importante. Pour eux, embauches et licenciements doivent obéir aux règles du marché. Pour y arriver, il faut libérer le jeu de l’offre et de la demande des entraves, le droit du travail en l’occurrence, qui empêchent la réalisation de l’allocation optimum des ressources, le point d’équilibre optimal. C’est l’alpha et l’oméga de toutes les théories néo-classiques. Le marché doit être libre de toute contrainte pour réaliser, par ses mécanismes, l’équilibre général. Steve Keene, un économiste australien, avait démontré dans « L’imposture économique » – aux éditions de l’Atelier – les hypothèses et les développements coupés de toute réalité et de toute logique de ces théoriciens. Le marché n’a jamais fonctionné sans règles sinon la confiance dont ces économistes parlent beaucoup disparaît. Tout marché est structuré par l’État ! Continuer la lecture