Dexia, un cas d’école

 

Les dérives d’une banque au service des collectivités.

Le 10 octobre 2011, après survécu à coups d’injections d’argent public belgo-français, Dexia – qui avait absorbé le Crédit Local de France – a été démantelé. Ses aventures n’étaient pas terminées pour autant. Les deux gouvernements Belge et Français se devaient de garantir ses opérations faute de quoi les effets en chaîne auraient pu conduire à la quasi-faillite de certaines collectivités territoriales. Dexia leur a vendu des « produits structurés » qui sont devenus des produits financiers toxiques qu’il faudrait annuler. Nicolas Cori et Catherine Le Gall ont mené l’enquête pour faire découvrir la face cachée de cette banque et expliquer les raisons d’une faillite, la première – mais pas la dernière – d’une grande banque européenne. Il y est question du « shadow banking » – le fameux « hors bilan » des banques qui recouvre la « titrisation », les prêts aux « hedge funds » – qui représenterait, suivant une étude citée par l’Expansion d’avril, 640 000 milliards de dollars. Le « niveau de défaillance » des banques reste élevé. La crise bancaire est devant nous. La nécessité de la réglementation s’en trouve renforcée.

N.B.

« Dexia, une banque toxique », N. Cori et C. Le Gall, La Découverte, 269 p.

Article publié dans l’US Mag d’avril 2013

 

Une loi à la Hollande…

Le Parlement entérinera le projet de loi sur les banques

Une réforme bancaire bancale

La nouvelle loi bancaire devrait être votée par le Parlement en ce mois d’avril. Sénateurs et députés l’ont déjà adoptée sans opposition notable. Elle veut corriger la loi du 24 janvier 1984 qui instaurait la banque universelle. La séparation entre activités de prêts aux ménages et aux entreprises (gagés sur les dépôts) et les activités de marché, spéculatives (la banque d’investissement) avait vécu. Les années 1980, marquées par la grande vague libérale de déréglementation, promouvait les marchés financiers comme le modèle de la nouvelle forme du capitalisme. La vulgate de la liberté des marchés devenait le nec plus ultra de toute politique. Continuer la lecture

Bonne année, article publié dans la revue de l’Ecole Emancipée

2012 est morte, vive 2013

Une accalmie ou la fin de la crise ?

Comme à chaque nouvelle année, les vœux se multiplient. Tout ira mieux en 2013. La preuve ? La crise de l’euro est derrière nous, les marchés financiers sont calmes, les Bourses, en 2012, ont connu une montée régulière même si ses sores sont encore inférieurs à ceux d’avant le troisième acte de la crise en août 20111, les taux d’intérêt pour les emprunts à court terme de la France et à moyen terme pour l’Allemagne sont négatifs, Obama a surmonté la falaise budgétaire… La crise est finie, comme l’a presque dit notre Président de moins en moins normal et de plus en plus sarkozien du moins dans sa communication. Poudre aux yeux ? Continuer la lecture

DICTIONNAIRE

U comme Union Bancaire.

Après l’impossibilité d’aboutir à un accord sur le budget européen pour les cinq ans à venir, le sommet européen du 13 décembre 2012 a abouti à un accord sur la création d’une Union Bancaire à l’échéance de 2014, sans la participation de la Grande-Bretagne. Elle fait bande à part depuis la discussion sur le TSCG, traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. Le gouvernement britannique ne veut pas perdre ses prérogatives, sa monnaie et son système bancaire où la Banque d’Angleterre est préteur en dernier ressort comme le paradis fiscal qu’est la City. David Cameron, le Premier Ministre, a annoncé un référendum sur la poursuite de l’aventure européenne… en 2017. Une annonce politicienne mais qui montre le renforcement du camp eurosceptique et la poursuite de la crise de l’U.E. Le débat ne porte pas sur la politique économique. Tous ces gouvernements ne voient pas d’autre solution que la politique d’austérité. Elle est drastique au Royaume-Uni. La pauvreté, les inégalités ont progressé…et la récession frappe le pays. Continuer la lecture

La pauvreté et les inégalités en France

Chômage de masse, pauvreté et accroissement des inégalités

Depuis la fin des années 1980, une nouvelle réalité a éclaté, la pauvreté prenait de l’ampleur. On parlera de « nouvelle pauvreté ». Michel Rocard, Premier ministre en 1989, créera le RMI qui donnera naissance à de nouvelles études. Le chômage de masse en était la première cause. Les statistiques allaient enregistrer des nouveautés comme le chômage de longue durée se traduisant par la précarité sociale, la descente vers la mise au ban de la société. Les organisations caritatives ne pouvaient connaître qu’un accroissement de leurs missions dans un contexte où les dépenses sociales subissaient une cure d’austérité. Continuer la lecture

Les pays émergents d’Amérique latine

Le basculement du monde.

Pierre Salama est un spécialiste reconnue de l’Amérique latine. Le livre qu’il vient de publier est apparemment un livre de cours sur « Les économies émergentes latino-américaines, entre cigales et fourmis ». Il est aussi une analyse des formes de sortie du sous développement comme des politiques à mettre en œuvre pour se situer dans le basculement actuel du monde qui voit surgir des nouvelles économies potentiellement dominantes, comme la Chine et d’autres en déclin comme les Etats-Unis. Comment se situent, dans ce contexte les grands pays latino américains ? Peut-on tirer des leçons du passé ? De la Chine ? Peut-on comparer ces économies classées comme émergentes après avoir été appelées « NPI », nouveaux pays industriels ? Comment expliquer les problèmes rencontrés actuellement par le Brésil ? Les questions sont multiples, les éléments de réponse incitent le lecteur à « faire » de l’économie, qui suppose de raisonner non pas à partir des seuls éléments économiques, mais à intégrer les luttes sociales et surtout l’intervention de l’Etat, les politiques mises en œuvre. Pour se donner des outils de compréhension d’un monde en complet bouleversement, un monde qui bascule. L’ancien est en train de mourir en laissant des traces, le nouveau à du mal à sortir des limbes. En ce sens, ce livre est un vrai manuel d’économie politique, pour tous, étudiants et enseignants.

Nicolas Béniès.

« Les économies émergentes latino-américaines. Entre cigales et fourmis. », Pierre Salama, Collection U/Armand Colin, 225 p.

Union Européenne.


Où est la sortie ?

 

Le dernier sommet européen des 22 et 23 novembre, sur le projet de budget pluriannuel (2014-2020), s’est soldé par un échec qui en dit long sur les forces centrifuges à l’œuvre dans cette Union Européenne à 27. Ce débat, entre les gouvernements des Etats-membres montre d’une part que la construction européenne reste fondamentalement inter-étatique, d’autre part que le Parlement européen a peu de pouvoir. Contrairement aux Parlements nationaux, il en discute – ou à la marge – du budget européen. Continuer la lecture

Bd et journalisme

Voir les États-Unis.

Loin de toutes les images d’Epinal, loin des batailles politiciennes, les Etats-Unis vivent les effets d’une crise profonde qui déstructure totalement les solidarités existantes et attaquent les valeurs sur lesquelles reposait cette société. Deux types de journalisme se complètent. L’un utilise sa plume, Chris Hedges, l’autre son dessin – Joe Sacco est connu pour ses reportages en BD – pour décrire la réalité de cette Amérique rarement présentée dans les média français. Ils découpent leur patient au scalpel en 3 temps, les spoliations, la destruction, l’esclavage et deux « jours », de siège et de révolte pour mener un réquisitoire en bonne et due forme contre ce capitalisme appelée par certains libéral alors qu’il est tout simplement sauvage et…imbécile. La révolte gronde dans cette société étasunienne. Une bonne nouvelle.

N.B.

« Jours de destruction, jours de révolte », C. Hedges, J. Sacco, co-édition Futuropolis/Gallimard.

Marx, un mode d’emploi

Quand un géographe se penche sur le Capital…

David Harvey, est, de son état, géographe. Un géographe particulier qui analyse les espaces en lien avec les rapports sociaux. Un géographe « social » si l’on veut. Il s’est inspiré, dans ses recherches de la méthode et des concepts de Marx, pour construire une géoéconomique. Professeur à l’université de New York, il a, avec ses étudiants de générations successives, tenter des lectures du Livre I du Capital, le seul que Karl Marx ait publié de son vivant. Les deux autres sont des brouillons plus ou moins mis en forme par Engels. « Pour lire le Capital » est une synthèse de ce travail qui compte plusieurs années. Continuer la lecture

Quel avenir pour la zone euro ?

SAUVER L’EURO ! OUI, MAIS COMMENT ?

La zone euro n’en finit pas de prendre des décisions historiques pour éviter son éclatement. Toujours à contretemps. La dernière en date, le 6 septembre 2012, Mario Draghi, Président de la BCE annonce que la BCE achètera « sans limites quantitatives » des obligations d’Etats sur les marchés secondaires, soit des obligations d’emprunts déjà émises et faisant l’objet de spéculations sur les marchés financiers. Il ne propose pas – encore , – d’acheter des obligations d’emprunts nouveaux négociées sur le marché appelé primaire. Pour le moment, et en lien avec cette décision de la BCE, les taux d’intérêt des dettes souveraines sont orientés à la baisse. Pour l’Allemagne et la France, ils sont même négatifs. Autrement dit les opérateurs financiers paient pour mettre leurs capitaux à l’abri. Continuer la lecture