A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Le coin du polar

Au cœur de New York

La cathédrale Saint-Patrick est un curieux monument, réplique d’une Eglise de la vieille Irlande du côté du Rockefeller Center, en plein Manhattan au milieu des gratte-ciel qui la surplombent. A Noël, elle fait le plein de curieux et de croyants. C’est dans ce cadre et à cette période que Stéphanie Pintoff situe son « Preneur d’otages » pour un thriller étrange fait de secrets qui relient Eve Rossi, l’agent profileuse du FBI et le preneur d’otages sur fond des effets de la guerre en Afghanistan ou en Irak. En bonne raconteuse d’histoire, elle égrène les révélations et les personnages qui s’agglutinent autour d’elle. Un retournement final à la fois attendu et retors avec ce qu’il faut de « bavures » nécessaires. Une sorte de description des Etats-Unis d’aujourd’hui, de cette folie paranoïaque, de cette colère qui ne trouve pas de débouchés qui se sont vues à l’œuvre avec l’élection de Trump.

Jeux de la vie et jeux d’échecs

Ingrid Astier s’est décidée à se pencher, sans tomber, sur la « Haute Voltige », titre de son dernier roman où passe une pléiade de personnages – elle les présente à la fin – pour répondre à une interrogation centrale qui agite autant le flic, Suarez, que le personnage principal, Ranko, « Qu’est ce que vivre ? » qui passe par comment se sentir vivant. Par le jeu d’échecs jusqu’au mat final ou le pat ? Les noms des personnages sont à clé. Passe un Mesplède – spécialiste du polar – ou d’autres, un petit jeu supplémentaire pour ce gros volume qui est aussi une sorte de « road movie » européen. Elle s’est laissée porter par son imagination. Une manière de se sortir de la poussière qui envahit notre monde. En plus un bonheur d’écriture pour une histoire d’amour impossible qui se termine mal…

« Être ou ne pas Être »

Le Barde, William Shakespeare, est au cœur de cette intrigue se situant dans les derniers moments de vie de la reine Elisabeth, première du nom. Nous sommes à Londres en 1603 et deux comédiens interprétant des ambassadeurs danois dans « Hamlet », sont assassinés. Pourquoi ? Qui est visé ? Les comédiens ou les ambassadeurs aussi présent lors de cette représentation ? « La conspiration du Globe » est la deuxième aventure du capitaine Kassov, Hongrois, ici accompagné de son neveu Mattheus. Le complot n’est pas la partie la plus intéressante. Il faut prêter attention aux descriptions des sortilèges commandés par Shakespeare pour faire apparaître les spectres dont il a besoin pour rendre crédibles les délires de Hamlet. Comme de son théâtre, celui du Globe. Une leçon d’histoire de cet art étrange…
Nicolas Béniès
« Preneur d’otages », Stéphanie Pintoff, traduit par Maxime Shelledy, Mercure Noir ; « Haute Voltige », Ingrid Astier, Série Noire/Gallimard ; « La conspiration du Globe », Thierry Bourcy et François-Henri Soulié, 10/18/Grands détectives.

(Re)découvrir

Marxisme étatsunien

Les années 1960 sont celles des polémiques autour des conceptions du marxisme, du rapport de Marx a Hegel et de la nature de l’URSS, capitalisme d’Etat ou « État ouvrier bureaucratiquement dégénéré ». Polémiques qui, aujourd’hui, apparaissent « vieillottes » sinon obsolètes. La lecture de « Marxisme et liberté » de Raya Dunayevskaya (1910-1987 » montre qu’elles recèlent une forme d’actualité. Raya fut secrétaire de Trotski et s’installa aux Etats-Unis où elle rencontra C.L.R. James et Herbert Marcuse. Sa thèse qui se résume en une théorie de la libération, s’appuie sur l’histoire du mouvement ouvrier et mouvement d’émancipation des Africains-Américains, sorte de pont entre l’Europe et les Etats-Unis. Elle veut faire le lien entre théorie et pratique, pratique et théorie en redonnant une grande place à Hegel pour élaborer un « humanisme nouveau » pour réunifier tous les mouvements allant vers l’émancipation des individus. Le concept clé qu’elle utilise, l’aliénation, permet de comprendre son insistance sur la nécessaire libération. Elle gomme, de ce fait, l’importance de l’exploitation et, surtout, des conséquences du « fétichisme de la marchandise » qui va de pair avec la loi de la valeur. Une interprétation du marxisme très en vogue aux Etats-Unis de ces années 60. Continuer la lecture →

Jazz sous les Pommiers, 36e éditions

L’Ascension du jazz

flyer_pageCette année se situe après l’élection présidentielle mais avant la fin des élections législatives. Un contexte que ne perturbera pas le festival, seulement les festivalières et festivaliers. Le soleil sera de cette fête des jazz et des musiques cousines, un peu de bossa, un peu de funk, un peu de Dub, sans parler du hi hop, du reggae ou du rap comme de l’électro. Il faudra ajouter à ces musiques noires, celle du Portugal – le fado -, de la Turquie – une pensée pour ce pays -, de la Syrie en proie à une répression violente. Les musiques permettent aussi de prendre conscience des drames d’un monde en train d’éclater. Naïssam Jalal, flûtiste franco-syrienne, évoquera les combattants de la liberté en Syrie et en Palestine.
Jazz sous les Pommiers, comme tous les autres festivals, n’oublie pas les scolaires, les jeunes pour les faire pénétrer dans cet univers particulier. Un effort nécessaire pour éviter que le festival ne se fasse à côté d’elles et eux, pour les intégrer et éviter tous les clichés autour du « jazz, musique d’intello ». Continuer la lecture →

Chamboule tout. Sur le vote au deuxième tour.

Un choix difficile mais nécessaire.

Parlons éthique.
La question du vote au deuxième tour face au Front National se situe sur deux terrains que le mouvement syndical et politique ne peut ignorer. Sur le terrain éthique, il n’est pas possible de laisser croire que le vote FN s’inscrit dans le cadre des procédures démocratiques. En cas de victoire de Marine Le Pen, toutes ses promesses démagogiques de défense des salarié-e-s seront oubliées. Je ne suis pas sur que le « e » est, dans ce cas là, justifié. Ne subsistera que l’aspect raciste et répressif. Ce sera d’autant plus facile que le gouvernement Hollande a multiplié les lois dites « sécuritaires ». Quinze si j’ai bien compté depuis l’attentat de Charlie Hebdo. Sous prétexte de terrorisme, il est facile à un gouvernement d’extrême droite de gouverner en état d’urgence tout en supprimant l’état d’urgence. Les libertés démocratiques seraient plus encore menacées. Continuer la lecture →

U. P. Jazz des 3 et 10 mai 2017

Bonjour,

Terminer l’année – la notre, celle de l’UP, pour le reste cette année 2017 semble interminable et si je peux me permettre ce n’est pas fini… – en beauté est toujours difficile. Surtout sur la côte ouest où le soleil fait semblant de briller où le pont de San Francisco attire tous les regards – souvenez vous d’un James Bond avec un Roger Moore vieillissant et un superbe « Requin » – ou sur Hollywood Boulevard à la recherche des stars perdus qui, souvent, ont laissé des traces, des mains par exemple. Ou partir dans le ghetto noir de Watts en compagnie de Walter Mosley et de Charles Mingus, contrebassiste, pianiste et compositeur avant qu’il n’émigre à New York. Ces contrées sont très fréquentées. Noirs et Blancs se partagent « La Scène ». C’est le titre d’un polar de Clarence Levi Cooper, un quartier de drogués et de dealer de New York mais qui peut se transposer à Los Angeles dans ce milieu des années 50.
Pour ces deux dernières, bien placées dans l’entre deux tours, je vous propose un spécial saxophone ténor. Continuer la lecture →

Interview de Charlie Haden dans La Gazette Mosaic

Charlie Haden
Exclusive interview with FBPO’s Jon Liebman
September 5, 2011

The source of this thoroughly disarming 2011 interview with Charlie Haden is a site called For Bass Players Only, but John Liebman’s conversation with Haden speaks to many more who care about music and one of its most distinguished practitioners and human beings.

Charlie recounts his early years in Oklahoma on his family’s radio show, and then his cross-country travels that encompassed, of course, Ornette Coleman, but also the Liberation Music Orchestra and Quartet West. -Nick Moy Continuer la lecture →

Essai sur la discordance des temps modernes

Définitions du « civilisé » ? Qui est le barbare ? Où est-il?

Un drôle de livre. Son titre a de quoi interroger « Dracula ou la croisade des Temps modernes » et son sous titre n’arrange rien « Essai sur la figure de l’étranger ». Peut-on cerner l’argumentation de Farhad Khodabandehlou ? Je me le demande. Pourtant j’avoue un énorme plaisir pris à la lecture de ces commentaires – au sens philosophique – du roman de Bram Stocker, « Dracula ». L’histoire est connue : l’affrontement d’un vampire et d’un clerc de notaire dans le château que le comte Dracula veut mettre en vente. Histoire apparente qui sert de fil conducteur. Stocker envisage la victoire possible de la barbarie qui se reflète dans le miroir de la civilisation. Comme le vampire, la barbarie n’a pas de reflet. Continuer la lecture →

Musique et chansons venues d’ailleurs

Vers d’autres rencontres.

« Les voyageurs de l’espace » est le nom d’un trio composé de Didier Petit, violoncelliste/compositeur – mais aussi créateur du label In Situ -, de Claudia Solal aux chants et Philippe Foch aux percussions mais aussi un projet : raconter l’aventure spatiale,, le voyage interplanétaire. Les paroles disent clairement ce projet.
Ces trois là pourraient venir d’ailleurs pour remplir l’espace de musiques errantes avec l’espoir de communiquer de cet espoir fou de visiter d’autres mondes.
Chantons notre départ en s’échappant de soi-même comme ils nous le conseillent pour devenir notre propre passager clandestin dans un espace sans amarres pour visiter les planètes anciennes nouvellement découvertes par le gros œil des terriens.
La musique habille ces paroles d’une force rêvée, sidérée par la voie lactée pour monter et descendre vers une planète qui s’appelle la terre et ses paysages curieux.
S’éclipser discrètement est toujours difficile surtout lorsqu’il s’agit de chanter que monde est merveilleux (« Wonderful ») repris d’un des derniers albums de Louis Armstrong pour tirer une bizarre révérence.
« Les voyageurs de l’espace » nous convient à un festin fait de contes, d’expériences et d’utopies d’une vie meilleure. Pour tout vous dire, ils nous font chanter… avec l’aide de plusieurs paroliers, des chansons inscrites dans un espace différent. Attachez vos ceintures, départ pour d’autres planètes et pour voir la notre d’un œil neuf.
Nicolas Béniès.
« Les voyageurs de l’espace », Claudia Solal, Didier Petit, Philippe Foch, Basta/Buda Musique

Jazz un piano qui ronfle

Un moderne classique.ou l’inverse

Vincent Bourgeyx, pianiste, a conservé le goût pour la pulsation du jazz classique tout en intégrant dans son jeu, ses compositions la modernité du jazz comme celle des musiques dites contemporaines. Quelque chose de la folie meurtrière des Oscar Peterson, Monty Alexander et autre Chick Corea passe dans sa manière d’aborder le piano. Ces références ne viennent pas appesantir un climat où la relaxation, la confiance réciproque du trio permet la naissance d’une musique qui ne se refuse rien.
Vincent Bourgeix retrouve le bassiste de ses débuts discographiques en 2002, Matt Penman et fait découvrir un batteur très demandé paraît-il, Obed Calvaire, batteur capable de toutes les métriques. Deux invités transforment ce trio en quartet, David Prez saxophoniste et flûtiste et la vocaliste Sara Lazarus pour trois standards qui sont autant de références et d’insertion dans le classique du jazz.
« Short Trip » invite à ces voyages que l’on dit immobiles, de ces rêves qui peuplent notre vie pour la rendre pleine de possibilités. La musique est une ouverture onirique qui métamorphose nos expériences.
Nicolas Béniès.
« Short trip », Vincent Bourgeyx, Fresh Sound New Talent/Socadisc

Jazz quand tu nous tiens…

Chanteuse, un curieux destin.

Un cri pour débuter, d’alarme, d’alerte. Les programmateurs et programmatrices semblent resté-e-s attaché-e-s aux styles que producteurs et distributeurs leur proposent sans chercher à savoir si, dans d’autres cases, d’autres boîtes, il n’existe une perle qui ferait la nique à la plupart des chanteuses dites de variété d’aujourd’hui.
Il serait temps qu’il et elles sortent de leur tour de triage et regardent les réalisations qui s’agitent sous le terme « jazz », un terme qui fait peur. Faudrait-il l’appeler « musique » pour lui trouver une porte d’entrée dans ce château-fort ? Musique certes mais jazz indique des filiations, des mémoires partagées.
Léa Castro a une voix qui devrait lui donner l’accès à tous les médias pour lui permettre d’avoir un succès mérité. Il suffit de mettre sur sa platine « Here comes the sun », de George Harrison pour s’apercevoir de ce que le public potentiel rate. Continuer la lecture →