A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Yvan Robillard et Carsten Dahl, deux visages du piano

Du piano, encore du piano pour des voyages vers le bizarre.

« Objectif lune » est un album de Tintin resté dans les annales surtout pour sa fusée rouge et blanche qui ornait la couverture. Depuis, les hommes ont marché sur la lune qui reste un endroit, malgré ce fait, où chacun-e peut s’abriter de la réalité de notre planète. Yvan Robillard, pianiste et claviériste sait jouer de ce double entendre qui suppose de « toujours viser la lune », manière, suivant Oscar Wilde, de se tourner vers la création artistique. Prendre de la distance pour voir notre monde étrange, pour se servir de nos mémoires, de celle du jazz comme les autres. Ne rien oublier pour se situer dans le passé et prendre d’assaut le présent pour essayer de se projeter dans l’avenir.
Un programme que « YR3 », le nom de ce trio, Laurent David à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie, propose sous le nom de « Big Rock », une manière aussi de ne pas oublier la danse. Être dans la lune prend ici une nouvelle consistance.
Carsten Dahl dessine des croquis qui peuvent devenir de véritables tableaux – comme sur « Autumn leaves » qui termine l’album – mélangeant les références des standards au folklore danois en passant par des compositions personnelles. « Painting Music » est le titre approprié. Le trio communique pour permettre d’apercevoir les contours d’un travail en train de se faire, un « work in progress ». Nils Bo Davidsen à la basse et Stefan Pasborg savent alimenter la palette du pianiste pour susciter des images qui titille notre mémoire en ouvrant des portes cachées.
Le seul reproche : ils font un peu trop penser au trio de Keith Jarrett…
Nicolas Béniès
« Big Rock », YR3, Klarthe Records ; « Painting Music », Carsten Dahl Trinity, ACT

Deux vieilles connaissances, Marc Copland et Daniel Schläppi

La conversation et ses merveilles.

Marc Copland (piano) et Daniel Schläppi (basse) se sont décidé à visiter le pays des merveilles en compagnie d’Alice, forcément. « Alice’s Wonderland » fait partie des disques qui ne savent délivrer leurs secrets à la première écoute. Il en faut plusieurs. S’asseoir à leur côté pour assister à leur conversation, à leurs échanges, pour entendre des « standards » se découvrir et diffuser une curieuse ambiguïté en retrouvant leur naïveté. Comme s’ils avaient perdu leur titre qui les différenciait dés leur entrée. Comme pour Alice le genre éloigne. Continuer la lecture →

Un coffret pour découvrir ou redécouvrir Vijay Iyer

Pianiste de notre temps et de tous les autres.

Vijay Iyer a défrayé la chronique. Reconnu, dés 2009 avec la parution de « Historicity », il a cumulé les récompenses. A priori, il semble suspect de ce fait. A tort. L’écoute de cet album réalisé en trio – Stephen Crump à la basse et Marcus Gilmore à la batterie – démontre qu’il a su synthétiser les apports de Bill Evans, Keith Jarrett, Paul Bley pour ne citer que les principales influences qui sautent aux oreilles. Dans le même mouvement il a su aussi digérer l’air du temps – le Zeitgeist – pour offrir une musique en phase avec nos émotions qu’il transcende allègrement. Les compositeurs qu’il réunit vont de Stevie Wonder à Leonard Bernstein – « Somewhere » qui fut repris par Bill Dixon et Archie Shepp en 1964 – en passant par Julius Hemphill et Andrew Hill sans oublier Vijay Iyer lui-même. Ce pourrait être un pachwork sans l’art profond du pianiste qui sait admirablement construire son univers. Continuer la lecture →

Le scat de Michele Hendricks

Le vrai retour de Michele Hendricks

Il faut fêter ce retour comme il se doit. Champagne ! Michele Hendricks est de présente sur les cènes pour célébrer ce nouvel album, « Another Side ». Parolière, elle sait faire danser les mots, les onomatopées pour donner à la musique de nouvelles dimensions. Elle évoque pêle-mêle, Cannonball Adderley, Moby Dick, le reggae pour indiquer que le jazz ne connaît pas de frontière, qu’il sait survoler toutes les modes habitées de ses mémoires que la vocaliste connaît bien. Une sorte d’hommage aussi à son père, Jon un des grands poètes du 20e siècle. Continuer la lecture →

Entre Coltrane et l’Afrique le cœur de JB Moundele balance

Retour aux sources

« Afrotrane » dit cet album du saxophoniste (ténor et soprano comme il se doit) JB Moundele et il tient ses promesses. Un mélange actuel. Coltrane et son trio historique – McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones – sont la référence de tous les saxophonistes comme de la plupart des musicien-ne-s d’aujourd’hui. John Coltrane exerce une sorte de magistère. Les musiques africaines, de leur côté, représentent les soubassements des dites « musiques du monde » devenues à la mode. Continuer la lecture →

Chic ! C’est la rentrée… littéraire ! Partir à la découverte.

Histoire, Mémoire et Romans

La rentrée serait sous le signe de l’austérité. Moins de livres que l’an dernier, disent les spécialistes qui font état de plus de 530 romans et ne comptent pas les essais et autres publications. Même ainsi, le choix est inhumain. Il ne peut s’agir que d’un échantillon très limité provenant plus de l’instinct que de la rationalité. Pourtant, le travail de mémoire est le point de chute de la plupart des romans. Comme si la recherche du passé se posait comme vital face à un monde vacillant qui fait de l’accélération son seul credo. Continuer la lecture →

Comment va le monde ?

Comment être libre ?
La Turquie de Erdogan nous raconterait-elle notre avenir ? Le vide idéologique actuel est comblé par la référence à la religion et au nationalisme le plus éculé pour permettre la mise en place d’un programme qui n’a pas changé et qu’il faut nommer néolibéralisme. Paradoxalement, il s’agit toujours de s’insérer dans le processus de mondialisation actuelle qui fait la part belle à la richesse financière. L’arbitraire policier est une nécessité pour imposer ces politiques.
Particulièrement, depuis le coup d’État avorté de juillet 2016. Le pouvoir a multiplié les arrestations dans tous les milieux, des fonctionnaires aux cadres de l’armée en passant par les journalistes accusés d’être des putschistes. Il fallait faire taire toute opposition. Ahmet Altan, romancier, essayiste et directeur de journal, a fait partie de ceux-là. « Je ne reverrai plus le monde », des « Textes de prison », raconte son arrestation un matin, 45 ans après celle de son père, sans raison officielle. La prison, pour cet homme de 69 ans, a dû être un calvaire. Il conserve son humour et constate les tentatives dérisoires des gardiens.
Poète, il s’évade dans d’autres sphères faisant de l’imagination une des clés de sa liberté. Une grande leçon d’humanité. Il conte aussi sa rencontre avec le juge qui l’accuse, sans preuve, de tentative de putsch. Il est accompagné de ses avocats. La réalité fait bon ménage avec la fiction ^pour provoquer à la fois le rire et la peur. Continuer la lecture →

UIA Caen, Economie

Bonjour,
Nouvelle année scolaire, nouveau regard.

Pour les deux premières leçons – les 7 et 14 octobre 2019 – il sera d’abord question du corpus théorique qu’il faut appeler – nous verrons pourquoi – « néolibéralisme ». Pour une première approche, le texte « Stratégie du Capital et réponse du mouvement ouvrier » (publié hier) est une première approche.
Les recherches sociologiques actuelles, surtout aux Etats-Unis, s’orientent dans cette voie.
Sur cette lancée, le 14, il sera question de conjoncture. Comment se dessine le monde dans cette fin d’année 2019 ? Le texte « Les crises sont-elles inéluctables ? » permet de poser quelques jalons.

Il est nécessaire d’expliquer les raisons de la poursuite de politiques à la fois d’austérité et de creusement des inégalités. Comme si augmenter la pauvreté était le nec plus ultra de la politique à mettre en œuvre.
Les retombées en terme de récession et de crash financier sont pourtant évidents. La plupart des économistes mettent en garde contre ces dangers. Leurs voix sont couvertes par les « dangers de l’immigration » (sic), alors qu’elle est plutôt une chance pour les sociétés qui vieillissent comme les nôtres.
Les gouvernements et les institutions restent bloqués sur le néolibéralisme comme si les leçons de l’expérience ne frappaient pas violemment à leurs portes, comme si les oreilles n’étaient pas pleines de bruits et de fureurs de ces crises dans lesquelles ils s’agitent et nous enfoncent.

Pour la suite, je développerai sur l’actualité mais aussi sur des thèmes qui font polémique, comme l’avenir de la Sécurité sociale.
Mais vous pouvez aussi proposer des thèmes. Le prochain, pour janvier 2020 pourrait être « Les relations internationales depuis Donald Trump »…

A ce soir.

Nicolas BENIES

Basculement du monde

Les crises sont-elles inéluctables ?

La crise systémique de 2007-2008 a ouvert une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Elle appelait à des révolutions pour répondre au basculement du monde. Les gouvernants se sont enlisés dans des politiques néolibérales qui avaient démontré à la fois leur nocivité et leur incapacité de répondre aux enjeux de la nouvelle donne. Il était logique que les répliques – pour employer le langage des tremblements de terre – de plus en plus fortes se manifestent. La fin de cette année 2019 est en train d’en faire la démonstration. Continuer la lecture →

Libéralisme et néo-libéralisme.

Quelle stratégie du Capital ? Quelle réponse du mouvement ouvrier ?

Viktor Orban, en veine de théorisation, propose « d’instaurer un État illibéral » tout en gardant la philosophie des politiques d’austérité mises en œuvre partout dans le monde. Le dirigeant hongrois dessine ainsi l’idéologie néo libérale : imposer la mondialisation du Capital en diminuant drastiquement le coût du travail en jouant sur la concurrence de tous contre tous et toutes.(1)
L’illibéralisme tient dans la rupture avec le libéralisme des révolutions anglaises et françaises, un système politique, économique, social qui prend sa légitimité dans la démocratie, le vote des citoyen-ne-s.
Un État illibéral est un État qui fait fi de la démocratie et propose, comme modalité de gouvernement, la dictature. Orban révèle aussi la crise politique, crise démocratique comme résultat de la mise en œuvre de politiques en faveur des riches contre les pauvres. Une grande partie des populations ne croit aux mythes qui ont fait la force des démocraties parlementaire : Liberté – Égalité – Fraternité, trilogie qui tend à disparaître du fronton des Mairies. Continuer la lecture →