A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Quand le livre fait le beau.

De catalogues en catalogues…qui peuvent être des livres tout simplement.

Les catalogues d’exposition ont une drôle de vie. Il en est qui disparaissent derrière les fastes de l’exposition, d’autres qui se mettent en lumière à la place de l’exposition, d’autres encore qui savent vivre leur vie. Tout est ouvert. Il ne faut se contenter ni de l’une ni de l’autre. Elle et il ne sont pas forcément complémentaires. Continuer la lecture →

Du côté des nouveautés en jazz

Un groupe, un guitariste israélien et la suite….

Un autre retour, le groupe Quest qui avait marqué de son empreinte la fin des années 1970 et le début des années 1980. un groupe qui avait su synthétiser le free-jazz, John Coltrane bien sur, Bill Evans, Albert Ayler, Wayne Shorter, Miles Davis pour créer un « son » reconnaissable entre tous. Dave Liebman, sopraniste sans égal, une des grandes voix d’aujourd’hui, Richie Beirach, pianiste à la fois aventureux et classique, Ron McClure, bassiste conservant envers et contre tout le tempo nécessaire à la création et Billy Hart, batteur superbe, sorte de synthèse d’Elvin Jones et de Tony Williams ont construit ce quartet et une connivence résultat de longues années de pratique commune. Leur album précédent pour « out here », « Quest », faisait la démonstration de leur capacité à continuer de créer. Celui-ci a une ambition différente, rendre hommage à Wayne Shorter compositeur, grand compositeur que ce saxophoniste. Dans la production actuelle, cet album sort la tête de l’eau musicale et il continue à faire la preuve que ces quatre là ont eu raison de reconstruire leur groupe sans regarder vers leur passé glorieux – ce qui n’est pas facile notons-le en passant. Ils donnent pourtant l’impression de n’être pas totalement libre dans ces compositions qui ne font pas totalement partie de leur monde. Une des raisons c’est que la méthode de composition de Wayne Shorter, faite de glissements successifs, apparaît un peu trop. Le titre nous l’indique avec quelque humour, « Circular dreaming », un processus de rêves circulaires, une bonne définition de la musique de Wayne Shorter. Ce qui n’empêche de goûter le projet et… le groupe !

Nicolas Béniès

« Circular dreaming », Quest, Enja/Harmonia Mundi. Continuer la lecture →

Un cadeau !

Des nouvelles de Prévert.

Le film, « Les enfants du paradis », est un grand classique du cinéma français et mondial. Il a été élaboré et tourné pendant la guerre par Jacques Prévert et Marcel Carné en compagnie de Alexandre Trauner qui a dessiné les décors en trompe d’œil et de Joseph Kosma pour la musique. Ces deux derniers sont Juifs et dans cette époque troublée, même dans la zone sud, il fallait prévoir les fuites. Continuer la lecture →

Rendez-vous de décembre 2012

Université populaire Jazz

 

Le prochain cours et le dernier de l’année 2012 aura lieu le mercredi 19 décembre de 18hà 19h30 comme d’habitude, au Café Mancel. Ce sera un « focus » sur Lil Hardin devenue Armstrong.

Un autre rendez-vous, sur les nouveautés jazz

qui ne se situe dans le cadre de l’Université populaire mais toujours au Café Mancel, le 15 décembre pour une présentation des nouveautés en jazz en insistant sur les rééditions. A partir de 17h jusqu’à 18h15 ou 30 suivant les affinités…

Pour l’Université populaire économie,

prochain rendez-vous le mardi 18 décembre à 17h30 jusqu’à 19h30 au Panta Théâtre.Erreur de ma part. c’est donc ANNULÉE, le prochain cours aura lieu le 26 mars 2013

 

 

Le saxophone dans deux états

Rendez-vous avec deux saxophonistes d’aujourd’hui.

Sébastien Jarrousse, au ténor comme au soprano, se situe pleinement dans la lignée du Coltrane avec son quartet historique, Elvin Jones, batteur, McCoy Tyner, pianiste, Jimmy Garrison, bassiste. Influence matinée – patinée ? – de celle de Wayne Shorter comme l’indique le titre de l’avant dernière composition qui clôt cet album. Sans imitation servile, simplement la reconnaissance d’une esthétique. Il fait la preuve, avec son quartet, qu’il est possible de creuser cette voie et de trouver sa voie. Il tombe un peu moins du côté du hard bop que dans ses enregistrements précédents. Continuer la lecture →

Jazz, des coffrets nécessaires.

Deux géants un peu trop ignorés.

Les hasards de l’édition, ou volonté délibérée ?, deux géants du jazz bénéficient d’une édition dans la collection « The quintessence » que dirige Alain Gerber aux éditions Frémeaux et associés. Dans l’imagerie des passionné(e)s de jazz, ils apparaissent comme situés sur des planètes différentes, « Cannonball » Adderley, saxophoniste alto, et Bill Evans, pianiste. L’un et l’autre ont su s’imposer sur la scène du jazz et, à leur manière, ils ont contribué à la révolutionner dans cette fin des années 50. Ils ont été à la fois éclipsés par l’ombre porté du génie hors norme de ce temps, John Coltrane qui les a influencés, tout comme il a subi leur influence. Tous les trois ont fait partie de ce sextet qui marque l’année 1959 via la réalisation de cet album, chef d’œuvre d’entre les chef d’œuvre, « Kind of Blue » – voir « Le souffle bleu » pour plus de détails -, sous la direction de Miles Davis et direction convient bien, même si Bill Evans a beaucoup travaillé les compositions qui, pour certaines d’entre elles, portent son empreinte, en particulier ce « Blue in Green » que Alain Gerber a repris dans ce double album consacré à Bill. Continuer la lecture →

Marx, un mode d’emploi

Quand un géographe se penche sur le Capital…

David Harvey, est, de son état, géographe. Un géographe particulier qui analyse les espaces en lien avec les rapports sociaux. Un géographe « social » si l’on veut. Il s’est inspiré, dans ses recherches de la méthode et des concepts de Marx, pour construire une géoéconomique. Professeur à l’université de New York, il a, avec ses étudiants de générations successives, tenter des lectures du Livre I du Capital, le seul que Karl Marx ait publié de son vivant. Les deux autres sont des brouillons plus ou moins mis en forme par Engels. « Pour lire le Capital » est une synthèse de ce travail qui compte plusieurs années. Continuer la lecture →

Portrait de Krasuki

Syndicalisme d’hier ?

Au moment où la CGT change de secrétaire général, il est intéressant de se replonger dans la biographie de Henri Krasucki (1924-2003), secrétaire de la centrale pendant ces années qui changèrent le visage du syndicalisme français, 1982-1992. Les deux septennats de François Mitterrand ont transformé la donne idéologique marquant la victoire par KO debout du libéralisme et une perte de substance du syndicalisme. « Krasu » fut un homme de ce court 20e siècle, barbare et révolutionnaire, rythmé par les espoirs de changement social et la musique, le jazz en particulier. Juif polonais, résistant dans la MOI, déporté à Auschwitz, il était lié politiquement et sentimentalement à l’URSS. Il sera le dernier secrétaire général de la FSI, Fédération Syndicale Internationale dont le siège est à Moscou. Un itinéraire qui permet à la fois de revisiter ce siècle trop souvent laissé de côté et comprendre le passé du syndicalisme français dominé par la CGT, ses liens avec le PCF et sa prise de distance dés 1985. La chute du Mur de Berlin, évènement incompréhensible pour la génération de Krasu, a changé l’architecture du monde.

En complément, il faut lire cette « anthologie du syndicalisme français (1791-1968), recueils de textes commentés pour savoir d’où nous venons.

Nicolas Béniès.

« Henri Krasucki, 1924-2003 », Christian Langeois, Cherche midi, 364 p. ; « Anthologie du syndicalisme français, 1791-1968 », Institut d’histoire sociale de la CGT, Jean Magniadas, René Mouriaux, André Narritsens, Editions Delga.

Le coin du polar.


 Une bonne moisson.

James Lee Burke est l’un des grands écrivains vivants. Qu’il se serve du polar révèle la force de cette branche de la littérature mondiale. Son univers est noir, comme le monde qui nous entoure. Son succès conduit à traduire ses romans « de jeunesse ». « La moitié du Paradis » – c’est pire que l’enfer dit l’exergue et on ne peut que partager cette réalité – est son premier roman et date de 1965. Le contexte a totalement changé comme l’architecture du monde, le style n’est pas aussi affirmé qu’il l’est devenu mais on trouve déjà ce pessimisme total qui tourne autour de l’adage « le pire est toujours sur ». Intéressant de comparer le jeune romancier à celui qu’il est devenu. Déjà, il raconte la Louisiane et la Nouvelle-Orléans en particulier.

Jim Thompson (1906 – 1977) est un autre adepte du « noir c’est noir, l’espoir est mort », le rêve américain n’est qu’une illusion grossière, « Nous tous, écrit-il dans cette prière de fin de « L‘assassin qui est en moi », qui avons commencé la partie de cartes avec une mauvaise donne, qui espérions tant et avons obtenu si peu, qui voulions si bien faire et avons tant déçu. Nous tous. » Un auteur clé longtemps sous estimé.

Des Etats-Unis au Brésil, le même rêve, s’en sortir mais dans quel état ? La corruption n’est-elle l’apanage des grandes villes ? Bien sur que non. Patricia Melo dans « Le voleur de cadavre » nous transporte au Pantanal. Il rencontre la chance diabolique, un avion s’écrase avec de la cocaïne qu’il s’approprie et après il sombre dans les petits arrangements. Une fable sur le Brésil, ses hommes et femmes politiques, les accommodements avec l’éthique.

Don Wislow a déjà une longue carrière derrière lui. Son succès est récent. Dans « Cool », il prend pour base, Laguna Beach en 2005, 1967, 1976, retour à 2005 pour finir à Baja au Mexique la même année. Des « héros » déjà rencontrés dans « Savages », Ben, Chon et Ophelia qui, ici, trempent dans le trafic de drogues. Une sorte d’atavisme. Leurs parents y avaient aussi participé… Une écriture un peu plate, des dialogues qui se veulent fulgurants, une intrigue un peu faible. Mais « Cool » est totalement dans l’air de notre temps.

Passons du côté du froid. La Norvège comme il faut la voir. Un pays triste et mélancolique. « Noël sanglant » est surtout une présentation de l’inspecteur Lykke – la cinquantaine, une jeune épouse, une petite fille – et de son équipe. Du coup, l’intrigue passe au deuxième plan. Une intrigue déjà connue, déjà exploitée. Kjetil Try nous fait « poireauter » pendant une grande partie pour se décider à conclure rapidement. C’est dommage parce que la description de la vie quotidienne vaut la lecture.

Avez-vous déjà visité la Cathédrale de Reims ? Non, ce roman, « Et l’ange de Reims grimaça », est pour vous. Pas un vrai polar ni policier plutôt une mis en situation du monument pour le rendre vivant. De ce point de vue c’est une réussite. Pour le reste, les personnages font trop « série télé », sans consistance. L’intrigue est réduite à sa plus simple expression.

N. B.

« La moitié du Paradis », James Lee Burke, traduit par Olivier Deparis, Rivages/Thriller ; « L’assassin qui est moi », Jim Thompson, première traduction intégrale par Jean-Paul Gratias, Rivages/Noir ; « Le voleur de cadavres », Patricia Melo, actes noirs/Actes Sud ; « Cool », Don Wislow, traduit par Freddy Michalski, Seuil ; « Noël sanglant », Kjetil Try, traduit par Alex Fouillet, Folio/Policier ; « Et l’ange de Reims grimaça », Jean-Pierre Alaux, 10/18 Grands détectives.