Vera Figner, Révolutionnaire !

Témoignage du 19e siècle d’une femme sincère, vraie.

Le débat stratégique du 19e siècle agitait tous les cercles révolutionnaires. Comment se débarrasser du régime tsariste alors que la démocratie commençait à s’installer dans le monde ? Fallait-il suivre la voie des assassinats des potentats à commencer par le tsar lui-même ou étudier d’autres voies ? « Terre et liberté » puis – pour garder l’ordre chronologique – « La Volonté du Peuple » avait choisi les attentats terroristes. Attentats qui n’ont rien à voir avec ceux que nous subissons actuellement. Ils représentent un moyen de libération d’un pouvoir despotique qui enferme et tue ses opposants. La seule fuite possible est celle de l’exil. Ce sera le cas pour Lénine et Trotski notamment.
Vera Figner fut la figure de proue de cette volonté libératrice. Issue de la petite noblesse, elle prend conscience de la nécessité de lutter contre ce pouvoir tout puissant. Les restes du féodalisme avec le servage marquent encore cette fin de siècle. Vera passera plus de 20 ans dans cette zone de non-droit qu’est la forteresse de Schusselbourg, située au nord de Petrograd, des années 1880 à l’après révolution de 1905. Continuer la lecture →

Jazz, quand un saxo rencontre un autre saxo…La folie n’est pas loin…

Un, deux, trois Jazz ?

Lionel Martin, saxophoniste, est attiré par la transe, celle d’un Albert Ayler par exemple et du free jazz. Je commence mal, je sais. Le Free fait peur. Plus que peur, il panique. Il fait fuir avant même de mettre une oreille dans cette musique. Il fait équipe avec le pianiste Mario Stantchev. Ensemble, ils ont réalisé un album d’hommage à Louis Moreau Gottschalk, un ancêtre du ragtime et donc du jazz. Une idée originale de rhabiller ses compositions moins éloignées qu’on ne le croit de notre modernité.
Il a rencontré, dans un festival, George Garzone, professeur réputé et saxophoniste ténor qui sait tout de l’instrument, à l’aise dans tous les contextes. Ses albums sont convaincants. « Madness Tenors » est le nom du groupe, une dénomination qui tient ses promesses et fait écho au titre d’un album de Sonny Rollins. Benoit Kellet à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie – un batteur à l’énergie percussionniste – complètent le quintet. « Be Jazz For Jazz » est la déclinaison du précédent « Jazz Before Jazz ». Être jazz pour le jazz est une devise difficile à tenir. Faut-il sembler trahir le jazz pour mieux le servir ?
Écoutez ce groupe, mettez un instant de côté vos préjugés, vos idées toutes faites sur la musique. Entrez, n’hésitez pas. Vous ne le regretterez pas. Notre monde moderne est gagné par le vent de la folie barbare. Dans cet album la folie est fraternelle et un appel pour un autre monde.
Nicolas Béniès.
« Be Jazz For Jazz », Madness Tenors, Ouch!Records pour le Vinyle et Cristal Records pour le CD.

Retour à Hollywood.

Revivre dit-elle

Hollywood, usine à rêves ? La fabrique est en construction dans les temps de ce cinéma amoureusement qualifié de muet. Les immigrés sont légions et ne parlent pas « fluenty » la langue de Walt Whitman. Tous ces producteurs, propriétaires de studios, les Warner et autres deviendront pourtant des fantassins de toutes les causes nationalistes et moralisatrices pour le plus « grand bien de l’Amérique ». A n’en pas douter, aujourd’hui, ils auraient voté Trump ne serait-ce qu’à cause du prénom…
Hollywood est aussi une usine cannibale. Elle croque puis déchire les jeunes femmes et hommes venus se chauffer aux spots des studios, souvent pour se sortir de la misère. Les rumeurs font et défont les réputations. « Fatty » Arbuckle en saura quelque chose. Il sera accusé d’agressions sexuelles sur une mineure puis blanchi par la Justice mais il était grillé. Mort pour les studios.
Gary Cooper, peut-être grâce à son sourire – ou à sa mère allez savoir – échappera à toute condamnation. La leçon est la même partout, « pas vu, pas pris »… Il ne fait pas faire preuve ni de courage ni de sincérité. La sanction est toujours plus dure pour les femmes. C’est monde de mâle très dominateur.
Beaucoup d’actrices qui auraient pu prétendre à la gloire ont disparu. Certaines ont laissé des traces sur ces vieux films quelques foi réédités mais pas toujours. Comme Clara Bow, une de ces « flappers » chères au cœur de Francis Scott Fitzgerald. « Flapper » ? Pour qualifier ces femmes pleines d’audace qui savent prendre le rôle des hommes pour s’accomplir. Les Français parleront de « garçonnes », à cause des cheveux courts comme de la manière décontractée de s’habiller. Le corps exulte sans les corsets.
Clara Bow, passée du soleil à la nuit noire à 28 ans, change de discipline artistique. Après avoir été l’héroïne de films, muets et parlants, elle incarne ici, dans « Le sourire de Gary Cooper », un personnage de roman sous la plume un peu trop superlative de Sophie Pujas qui projette sur la biographie celle des femmes victimes des vampires avides du sang de ces jeunes femmes. Continuer la lecture →

Université populaire Jazz, le 5 avril 2017

Bonjour,

Ah la west coast, ses villes – Los Angeles, San Francisco – son soleil mythique, ses plages belles par définition : Hermosa Beach est le lieu du Ligthouse où se produisent Howard Rumsey et ses groupes pour des jam sessions forcément endiablées qui drainent toute la jeunesse.
Nous avons entendu ses groupes issus soit de l’orchestre de Woody Herman soit de celui de Stan Kenton. Ces Big Bands ont fait l’objet de la dernière session en même temps que les chanteuses qui ont marqué l’orchestre de Stan Kenton.
Je n’ai pas fait mention des arrangeurs, pièce importante de ces ensembles. Un travail de l’ombre. Désormais, ils et elles sont crédité-e-s au générique. Une bonne chose.
L’arrangeur du concerto de la fin de tous les concertos est un Sicilien d’origine, Pete – Pietro – Rugolo. Il a le sens de l’humour mais aussi une connaissance approfondie des compositeurs de la musique contemporaine, Stravinski et surtout Berg et Schönberg tout en ayant été l’élève de Darius Milhaud – un des seuls de la bande des quatre qui a fait le voyage dés les années 20 à Harlem pour découvrir ce que Hughes Panassié, plus tard, bien plus tard, appellera le « vrai jazz. Continuer la lecture →

Rééditions d’une musique disparue,

Bonjour Fantômes…

Un film sorti en 1972, « L’aventure du jazz, voulait rendre hommage au « vrai jazz ». Il était réalisé par Louis et Claudine Panassié et « préfacé » par l’ayatollah de Montauban Hughes Panassié, ex critique de jazz. Ne reculant devant aucun superlatif, il rendait un hommage un peu trop appuyé aux réalisateurs. Famille oblige me direz-vous. La musique de ce film avait fait l’objet de deux publications préalables dont la dernière en deux CD séparés sous le titre générique de « L’aventure du jazz » agrémenté d’inédits par rapport à la première publication, sous le label « Jazz Odyssey ». En 2001, moment de cette réédition, beaucoup de ceux et celles qui étaient filmés avaient disparus. Continuer la lecture →

Un conte réaliste.

Des enfants à la dérive.

Il était une fois une petite fille de 6 ans dans une grande ville dont elle ne connaît ni la langue ni la géographie. Son « Oncle » l’abandonne dans la journée dans une boulangerie où tout le monde s’occupe d’elle. Une petite fille jolie comme un cœur. Le soir, elle retrouve son « oncle ». Un soir, il n’est pas là. L’aventure commence et passe par la case accueil des migrants – du moins on peut le supposer – pour arriver à une cavale avec deux enfants plus grand dont l’un doit avoir 14 ou 15 ans. « La petite fille au dé à coudre », titre de ce voyage, ne deviendra jamais couturière nous dit Michael Köhlmeier. Il utilise un style dépouillé et comme extérieur. Il la regarde cette petite fille, il la suit pour montrer qu’elle se trouve objet des circonstances. A aucun moment elle ne peut prendre son destin en mains. On imagine que l’« Oncle » est en prison et tout s’écroule autour d’elle.
Rien ne peut bien se passer, malgré les apparences, malgré les gens qui ne sont pas forcément des salauds. Aucun d’eux, constructeurs de ce trio bizarre et mouvant, ne trouvera le Graal. Pas de sauveurs dans ce monde là, pas d’ogres ni de sorcières non plus mais le désespoir qui pousse vers les enfers de l’au-delà de la compassion.
La fin de ce conte – un conte vraiment ? – est tellement inscrite dans notre monde barbare et brutal que la révolte partagée avec l’auteur devrait conduire à prendre conscience de la nécessité de changer ce monde.
Nicolas Béniès
« La petite fille au dé à coudre », Michael Köhlmeier, traduit par Marie-Claude Auger, Éditions Jacqueline Chambon.

Le risque de l’écriture.

Une écrivaine est-elle par définition une terroriste ?

Naître un 8 mars – 1967 en l’occurrence – n’est-ce pas déjà le signe de la culpabilité dans une Turquie en proie à un coup d’Etat démocratique par le biais d’un référendum qui devrait donner tous les pouvoirs à Recep Tayyip Erdogan ? Asli Erdogan – sans lien de parenté, les Erdogan sont les Dupont de Turquie –, physicienne de formation devenue écrivaine, a été arrêtée le 17 août 2016 et emprisonnée à Bakirköys, cette prison effrayante d’Istanbul qu’elle avait décrite dans « Le Bâtiment de pierre » (Actes Sud 2013). Elle a été relâchée – et pas libérée – le 29 décembre. Elle est toujours accusée de terrorisme. La preuve ? Son travail de mémorialiste pour le journal « Ozgür Gündem », pro-kurde. Le Premier ministre turc a déclaré la guerre au PKK sous prétexte de lutte contre le terrorisme, terme que seul le pouvoir en place sait définir. Continuer la lecture →

Le coin du polar.

Un monde barbare

Un monde à feu et à sang
2 mai 2014, Odessa, une opération commando, un dérapage ? Des morts, entre quarante et plus de deux cents… Que s’est-il passé ? Qui a commandité des assassinats ? Ces questions restent, pour l’instant sans réponse. Ces faits réels servent de décors à cette enquête étrange d’un jeune journaliste Web au journal belge « Le Soir ». Fred, au passé douloureux qu’il cherche à transcender, reçoit un coup de téléphone…d’un mort. Sa volonté de savoir le conduira à Odessa pour offrir une solution à l’énigme… et résoudre ses problèmes…
Malgré une écriture un peu relâchée et une résolution pas assez travaillée, « Zanzara » – moustique en italien – se lit d’une traite. Continuer la lecture →

La Grèce encore…

L’Union Européenne, le FMI et la Grèce.

La Grèce surendettée voit la prochaine échéance de paiement du service de sa dette arriver en juillet. Elle ne possède pas les 7 milliards nécessaires. L’Union Européenne (UE) et la BCE doivent, selon le troisième volet du plan d’aide, les lui fournir. Le FMI – Fonds Monétaire International – est sceptique… Continuer la lecture →

Jazz. Queens ?

La comtesse aux pieds nus

Rhoda Scott, née le 4 juillet 1938, organiste, s’est fait remarquer – et toute la presse s’en fait l’écho – en jouant pieds nus. Plus agréable pour elle, sans doute. Le reste, son jeu, sa capacité de création, a été oublié. Elle a constitué son « Lady Quartet » : Sophie Alour, au saxo ténor, Lisa Cat-Berro au saxo alto et Julie Saury à la batterie, une manière de faire reconnaître la place des femmes toute l’année et pas seulement le 8 mars. Elle ne s’est pas arrêtée là, pour cet album au titre revendicatif, « We free Queens » – référence à un album de Roland Kirk, « We free Kings » – et aux invitées prestigieuses, Géraldine Laurent au saxo alto et Anne Paceo à la batterie. Un homme a trouvé grâce, Julien Alour, trompettiste… Une musique classique noire, de la grande, avec ce qu’il faut d’ancrage dans notre présent. Pour danser…
NB
« We free Queens », Rhoda Scott Lady Quartet, Sunset Records/L’autre distribution.