Amos Gitaï, cinéaste de la mémoire

Réflexions sur la création.

Amos Gitai est sans conteste un des grands cinéastes de notre temps. Il a offert ses archives, plus de 80 films, à la cinémathèque française. L’exposition, « Amos Gitai, architecte de la mémoire », un titre qui pourrait servir d’exergue à la plupart des grandes œuvres artistiques, permet de cheminer en sa compagnie. C’est une grande partie de notre histoire, via celle d’Israël, qu’il nous fait visiter. Le livre qui porte le même titre n’est pas un catalogue. C’est une œuvre supplémentaire du cinéaste par les regards croisés des critiques et des rencontres qu’il a suscitées. Une manière d’inviter ses fantômes dont certains nous sont familiers.
N.B.

Le coin du polar

A propos de mémoire…

Il faut décerner, en ces temps de commémoration, la palme de la mémoire à Gérard Delteil. « Les années rouge et noir » sont une évocation des ambiguïtés de la Libération et des années qui suivirent, du chantage de l’extrême droite en possession de documents compromettants – des fiches perforées de chez Bull en l’occurrence –, du SAC gaulliste, des coups d’État ramenant le Général de Gaulle au pouvoir et surtout la perte de toutes les illusions dans tous les camps comme une recomposition de la mémoire pour faire oublier toutes les responsabilités dans la période trouble du régime fasciste de Vichy. A coups de « flashs mémoriels », Delteil réussi à faire œuvre de mémorialiste tout en suggérant des pistes latentes. Un polar, un vrai avec l’assassinat de tous les espoirs portés par la Libération. (voir aussi ma chronique sur le site) Continuer la lecture →

Une réflexion nécessaire

Le précaire, un nouveau statut dans le salariat ?

Le point de départ des analyses de la précarité se trouvent en deux ouvrages fondateurs qui tous deux voulaient lutter contre le concept caoutchouteux d’exclusion, très à la mode dans les années 1970-80, qui ne permettaient pas de situer la question. Robert Castel dans « Les métamorphoses de la question sociale » (Fayard, 1995 réédité en Folio) créait le concept de « désaffiliation » pour indiquer les salariés sans statut, de ces statuts construits dans la période 1955-1975 par les droits du travail et de la Sécurité sociale et Serge Paugam celui de « disqualification sociale », dans le livre qui porte ce titre (PUF, 1991). Continuer la lecture →

Sur les politiques économiques

Quand la déflation est là…

Le discours politique baigne dans l’idéologie la plus rétrograde. Le libéralisme, en crise depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, continue de générer ses effets sur les politiques mises en œuvre. Politique de l’offre et politique d’austérité sont les seules références des gouvernements des pays de l’Union Européenne, sans chercher à comprendre qu’elles correspondent à une période dépassée.
Le maître mot, compétitivité, cache des réalités plus triviales : la baisse du coût du travail via une régression sociale de grande profondeur. Politiques d’entreprise et étatiques se conjuguent pour déstructurer la forme sociale de l’Etat. Le seul noyau rationnel de ces politiques n’appartient pas au domaine de l’économie mais à celui de la lutte des classes, les capitalistes veulent infliger une défaite totale à ce qui reste de la classe ouvrière. Ce n’est pas une stratégie, le capitalisme se contentant de suivre sa pente en la descendant, aucun avenir n’est dessiné, aucun récit ne se structure. Continuer la lecture →

Les femmes du JAZZ, Mary-Lou Williams

A Mary Lou, en mémoire de toutes les femmes ignorées

Il a fallu attendre. Consacrer un coffret de trois CD pour faire vivre l’art magnifique et original d’une des musiciennes, Mary Lou Williams, qui ont marqué l’histoire du jazz, avait l’air d’une entreprise périlleuse. Enfin, il est là. Jean-Paul Ricard signe un livret d’une grande justesse pour rendre sa place à la pianiste/compositeure – que je préfère à compositrice.
Notre présent est fait de commémorations du passé. Tout est bon pour faire oublier les causes des événements pour se contenter uniquement d’émotions, de ressentis. Il est, pourtant, des anniversaires qui s’oublient. Celui de Mary Lou en fait partie. Continuer la lecture →

Des émissions autour du 6 juin

Bonjour,

Zone d’ondes émet du château de Creuilly les 6, 7 et juin pour évoquer la radio du débarquement. Vous pouvez m’y retrouver pour des émissions autour de mon livre « Le souffle de la liberté ». Et beaucoup d’autres choses…

Le lien à copier

zonesdondes.org

Nicolas.

Le coin du polar (3)

Un premier roman…gris

Michael Kardos est professeur de littérature et a décidé de se lancer dans le roman noir. Dans « Une affaire de trois jours », il met en scène trois amis qui se retrouvent chez Will, un ancien musicien devenu ingénieur du son, Nolan, un homme politique Démocrate qui brigue un poste de sénateur et Jeffrey, ancien musicien lui aussi, devenu informaticien à la tête d’une start up en passe de faire une faillite retentissante. Continuer la lecture →

Le coin du polar (2)

Entre polar et science fiction.

« Silo », le premier opus de cette trilogie signée Hugh Howey, avait réussi à nous transporter dans un avenir indéterminé où les êtres humains vivaient sous terre. Les luttes de classe avaient quand même lieu entre le haut et le bas, les dirigeants et les travailleurs. A la fin de ce premier tome, le haut ne semblait plus savoir gouverner. Juliette, une marginale, avait découvert que son silo n’était pas seul, qu’il en existait d’autres. Ils étaient numérotés.
Pour « Silo, origines », le retour en arrière permet de comprendre l’histoire, le contexte et les formes du pouvoir créées par un démiurge qui s’est voulu Dieu lui-même, Thurman. Est-il possible d’usurper le nom de Dieu ? A l’évidence. Il suffit de se faire appeler Dieu… Continuer la lecture →

JAZZ Cool en Europe

La mémoire du jazz.

Le jazz, il faut le répéter, a rythmé le 20e siècle. On a oublié que, sous ce terme unique, des réalités plurielles existent. Pas seulement sous la forme de styles différents, « New Orleans », « Dixieland », « Swing », « Be-bop », « Cool » ou « West Coast », « Free Jazz » mais aussi avec des spécificités nationales originales. Sous des références à un vocabulaire et une grammaire semblables, les modalités, les phrasés, les matériaux sont assez spécifiques. Continuer la lecture →

Chanson française.

Une affaire de rencontre.

Patachou, née Henriette Ragon le 18 juin 1918 du côté de la butte Montmartre, et Georges Brassens, né le 22 octobre 1921 à Sète se sont découverts après la seconde guerre mondiale dans ces années cinquante qui voient la création d’une nouvelle chanson française. Elle le chantera avant qu’il ne se chante. Elle lui ouvrira les portes nécessaires pour se faire connaître et investir les music hall. On se souvient que Brassens s’installera à Bobino. Frémeaux et associés nous permet de les entendre par le biais d’une compilation pour la première et d’un concert enregistré à l’Olympia pour l’autre.
Patachou fait le lien entre les générations, chantant Aristide Bruant comme les nouveaux venus qui ont nom, mis à part Georges, Francis Lemarque, Léo Ferré, Charles Aznavour, Mick Micheyl, Guy Béart sans compter les musiques de Michel Legrand et l’accordéon de Joss Baselli pour exprimer un air de Paris fait à la fois de la gouaille du titi et de cette élégance qui fait de la Capitale, en ce temps là, la Ville de référence.
Dany Lallemand rappelle, dans le livret, l’itinéraire de la chanteuse, dactylo, caissière d’une pâtisserie puis un restaurant dont elle est propriétaire qui deviendra un cabaret dans lequel elle chante. Elle saura représenter la chanson française partout dans le monde. Elle instaure un style original, une manière de creuser les mots, de leur faire suer des significations au-delà d’eux-mêmes. A l’époque les chansons circulent. L’exclusivité n’existe pas. Les comparaisons sont possibles. Il faut donc, dans l’arrangement, dans la manière de chanter faire la preuve de sa créativité.
Cette compilation regroupe les enregistrements de Patachou de 1950 – c’est encore les 78 tours – à 1961 sous la forme de 45 tours pour lui rendre un hommage vivant, pour faire revivre cette période, pour renouer les fils de notre mémoire.
Georges Brassens, lorsqu’il se produit sur scène, ne fait pas vraiment de mise en scène. Un tabouret, sa guitare et un micro. Derrière lui, un contrebassiste – de jazz, il faut le souligner -, Pierre Nicolas. De temps en temps, l’un parle à l’autre pour lutter contre le trac sans doute. Et c’est tout. Le dépouillement intégral. Le public est à l’unisson. Ce 4 novembre 1961, Brassens teste ses nouvelles chansons. Par rapport au disque, des petits changements sont perceptibles. Sur scène, il est plus proche du jazz et même du blues. Il se laisse aller à quelques accords différents. Une sorte d’inquiétante familiarité avec les albums réalisés en studio.
Ce concert fait partie d’une nouvelle collection, « Live in Paris », dirigée par Michel Brillié, ancien assistant de Daniel Filipacchi et Franck Ténot à Europe 1, et Gilles Pétard responsable du label « Body and Soul ».
Le bonus est d’importance. En novembre/décembre 1955, Georges vient à Europe1 tester ses chansons devant un public averti. Entendre cette manière d’interpréter est un cadeau inespéré. Là, il est plus décontracté, plus bluesman pour manier l’humour et l’ironie. Une découverte.
Nicolas Béniès
« Patachou, 1950 – 1961 », présenté par Dany Lallemand, coffret de deux CD ; « Georges Brassens, 3 novembre 1961 », « Live in Paris. La collection des grands concerts parisiens », dirigée par Michel Brillié et Gilles Pétard, Frémeaux et associés.