Portrait de Krasuki

Syndicalisme d’hier ?

Au moment où la CGT change de secrétaire général, il est intéressant de se replonger dans la biographie de Henri Krasucki (1924-2003), secrétaire de la centrale pendant ces années qui changèrent le visage du syndicalisme français, 1982-1992. Les deux septennats de François Mitterrand ont transformé la donne idéologique marquant la victoire par KO debout du libéralisme et une perte de substance du syndicalisme. « Krasu » fut un homme de ce court 20e siècle, barbare et révolutionnaire, rythmé par les espoirs de changement social et la musique, le jazz en particulier. Juif polonais, résistant dans la MOI, déporté à Auschwitz, il était lié politiquement et sentimentalement à l’URSS. Il sera le dernier secrétaire général de la FSI, Fédération Syndicale Internationale dont le siège est à Moscou. Un itinéraire qui permet à la fois de revisiter ce siècle trop souvent laissé de côté et comprendre le passé du syndicalisme français dominé par la CGT, ses liens avec le PCF et sa prise de distance dés 1985. La chute du Mur de Berlin, évènement incompréhensible pour la génération de Krasu, a changé l’architecture du monde.

En complément, il faut lire cette « anthologie du syndicalisme français (1791-1968), recueils de textes commentés pour savoir d’où nous venons.

Nicolas Béniès.

« Henri Krasucki, 1924-2003 », Christian Langeois, Cherche midi, 364 p. ; « Anthologie du syndicalisme français, 1791-1968 », Institut d’histoire sociale de la CGT, Jean Magniadas, René Mouriaux, André Narritsens, Editions Delga.

Le coin du polar.


 Une bonne moisson.

James Lee Burke est l’un des grands écrivains vivants. Qu’il se serve du polar révèle la force de cette branche de la littérature mondiale. Son univers est noir, comme le monde qui nous entoure. Son succès conduit à traduire ses romans « de jeunesse ». « La moitié du Paradis » – c’est pire que l’enfer dit l’exergue et on ne peut que partager cette réalité – est son premier roman et date de 1965. Le contexte a totalement changé comme l’architecture du monde, le style n’est pas aussi affirmé qu’il l’est devenu mais on trouve déjà ce pessimisme total qui tourne autour de l’adage « le pire est toujours sur ». Intéressant de comparer le jeune romancier à celui qu’il est devenu. Déjà, il raconte la Louisiane et la Nouvelle-Orléans en particulier.

Jim Thompson (1906 – 1977) est un autre adepte du « noir c’est noir, l’espoir est mort », le rêve américain n’est qu’une illusion grossière, « Nous tous, écrit-il dans cette prière de fin de « L‘assassin qui est en moi », qui avons commencé la partie de cartes avec une mauvaise donne, qui espérions tant et avons obtenu si peu, qui voulions si bien faire et avons tant déçu. Nous tous. » Un auteur clé longtemps sous estimé.

Des Etats-Unis au Brésil, le même rêve, s’en sortir mais dans quel état ? La corruption n’est-elle l’apanage des grandes villes ? Bien sur que non. Patricia Melo dans « Le voleur de cadavre » nous transporte au Pantanal. Il rencontre la chance diabolique, un avion s’écrase avec de la cocaïne qu’il s’approprie et après il sombre dans les petits arrangements. Une fable sur le Brésil, ses hommes et femmes politiques, les accommodements avec l’éthique.

Don Wislow a déjà une longue carrière derrière lui. Son succès est récent. Dans « Cool », il prend pour base, Laguna Beach en 2005, 1967, 1976, retour à 2005 pour finir à Baja au Mexique la même année. Des « héros » déjà rencontrés dans « Savages », Ben, Chon et Ophelia qui, ici, trempent dans le trafic de drogues. Une sorte d’atavisme. Leurs parents y avaient aussi participé… Une écriture un peu plate, des dialogues qui se veulent fulgurants, une intrigue un peu faible. Mais « Cool » est totalement dans l’air de notre temps.

Passons du côté du froid. La Norvège comme il faut la voir. Un pays triste et mélancolique. « Noël sanglant » est surtout une présentation de l’inspecteur Lykke – la cinquantaine, une jeune épouse, une petite fille – et de son équipe. Du coup, l’intrigue passe au deuxième plan. Une intrigue déjà connue, déjà exploitée. Kjetil Try nous fait « poireauter » pendant une grande partie pour se décider à conclure rapidement. C’est dommage parce que la description de la vie quotidienne vaut la lecture.

Avez-vous déjà visité la Cathédrale de Reims ? Non, ce roman, « Et l’ange de Reims grimaça », est pour vous. Pas un vrai polar ni policier plutôt une mis en situation du monument pour le rendre vivant. De ce point de vue c’est une réussite. Pour le reste, les personnages font trop « série télé », sans consistance. L’intrigue est réduite à sa plus simple expression.

N. B.

« La moitié du Paradis », James Lee Burke, traduit par Olivier Deparis, Rivages/Thriller ; « L’assassin qui est moi », Jim Thompson, première traduction intégrale par Jean-Paul Gratias, Rivages/Noir ; « Le voleur de cadavres », Patricia Melo, actes noirs/Actes Sud ; « Cool », Don Wislow, traduit par Freddy Michalski, Seuil ; « Noël sanglant », Kjetil Try, traduit par Alex Fouillet, Folio/Policier ; « Et l’ange de Reims grimaça », Jean-Pierre Alaux, 10/18 Grands détectives.

Redécouverte

Portraits

Manuel Chaves Nogales (1897-1944), journaliste réputé de cette Espagne des années 1920-30 et Républicain convaincu est mort en exil comme il se doit. Un écrivain hors norme qui connaît la tradition de la littérature espagnole qu’il bouscule par les techniques du journalisme. Il résume des vies à une succession de petites annonces. Ces « Histoires prodigieuses » sont autant de contes réalistes qui parlent de notre humaine condition, de celui qui n’a pas eu d’enfance à la crédulité d’une petite fille, de la vie au travail qui tue la vie tout court, de ces portraits de femmes subissant les événements et, plus que tout, la mise en cause des valeurs de cette société catholique, capitaliste et imbécile. Il faut lire « Une bonne blague » pour s’en persuader. Un auteur à (re)découvrir.

N.B.

« Histoires prodigieuses et biographies exemplaires de quelques personnages modestes et anonymes », M. C. Nogales, traduit par Catherine Vasseur, Quai Voltaire.

 

Un groupe hardcore

La Horde
La Horde, est le nom de ce groupe, et son dernier album, « en passant par le Monde », propose un bon compromis entre vieille scène métal française et un son actuel. Se reconnait tout de suite, au-delà des paroles en français, le son de cette scène française, teinté de métal des années 80/90 plus heavy/trash.
La Horde joue un Hardcore carré agrémenté de riffs métal bien puissants. A la base le Hardcore correspond à une base punk mais sur une musique plus violente. Donc du punk avec des riffs métal. On reconnaît principalement le hardcore grâce au son plus haché ou syncopé, certains riffs plus « simples », la voix criée mais plutôt au timbre clair (contrairement au son guttural de certains groupes de métal extrême). Pour La Horde, la base hardcore se reconnait principalement à travers le chant,
Même si La Horde n’innove pas en terme de son et de composition, elle offre un moment plaisant et très bien arrangé. Un bon mélange entre hardcore classique et un métal puissant et mélodique, La Horde montre que la scène française reste toujours active dans le monde du métal.
P.A. Samuel.
Titre: En Passant par le monde
Groupe: La Horde
Label: FANTAI’ZIC
Distributeur: Socadisc Europ Distribution

s.

Cette année, les Villes du Jazz, Chicago.

Université populaire sur le jazz, année 2012-2013.

Cette année le thème sera les Villes du jazz, musique, littérature et société. Je commencerai pas Chicago.

Dans ce cadre, je recopie un article que j’avais publié en janvier 2000 en hommage à Lester Bowie, trompettiste de l’Art Ensemble of Chicago, décédé à ce moment là.

Vous le trouverez ci-dessous

A Lester Bowie, avec toute ma révolte qui fut aussi la sienne…

Lester Bowie, beaucoup s’en souvienne, fut le trompettiste habillé d’une blouse blanche de pharmacien – sans doute pour annoncer la mort de l’ordre ancien – de l’Art Ensemble Of Chicago, un quatuor intimement mêlé à mai 68. Ces quatre là, peints comme des Indiens sur le sentier de la guerre, l’avaient déclaré sans que personne n’y prenne vraiment garde. C’est un tort. Ils étaient là, à Paris avant et après mais 68. Ils ont scandé notre révolte, notre volonté de changer le monde. Eux, ils avaient participé à Chicago, Lester en tête, à la fondation de l’AACM – sous l’égide du pianiste Richard Muhal Abrams -, une association pour permettre aux musiciens créatifs de jouer ensemble et de trouver des engagements. Ces années 60 voient aussi apparaître les Black Panthers, les mobilisations contre la guerre du Vietnam et le free jazz. Celui qui fait encore peur. Et c’est tant mieux. Continuer la lecture →

Au Conseil Economique, Social, Environnemental Régional

Intervention de la FSU, Assemblée plénière du CESER le 22 octobre 2012

 Le contexte actuel incite à une réflexion. Non seulement à cause de l’imminence de l’acte 3 de la décentralisation – la traduction en sera un bilan des pôles de compétitivité notamment et un nouveau transfert des compétences -, de la discussion budgétaire au parlement, de la poursuite de la crise systémique du capitalisme mais aussi parce que l’écume sarkozienne a disparu.

Les orientations budgétaires proposées par la Région, comme l’avis proposé de la commission 7 font l’impasse sur l’analyse de la crise systémique que nous traversons et sur l’appréciation de la politique économique nationale. Continuer la lecture →

Nouveautés jazz, rentrée 2012 (2)

Entendre le murmure du temps…

Au saxophone ténor

Lenny Popkin, né en 1941, est saxophoniste. Ce devrait suffire pour le définir. Ajouter qu’il a fait partie des élèves de Lennie Tristano – comme Lee Konitz ou Wayne Marsh -, pianiste aveugle promoteur du free jazz à partir de la grammaire et du vocabulaire parkérien ne peut qu’ajouter au mystère. Qu’il ait constitué un groupe avec la fille de Tristano, Carol – batteure – ne peut que laisser rêveur. Pour construire des filiations imaginaires, d’autant plus fortes qu’elles sont imaginaires. Une sorte de mémoire ambulatoire comme possible délimitation du jazz. Continuer la lecture →

Des nouvelles du jazz, rentrée 2012

Comment se porte le jazz en cette rentrée 2012 ? La nouveauté – au sens fort du terme – vient du label créé par Jean-Jacques Pussiau, « Out Note Records ».

Musique d’hier et de demain.

Le changement, c’est maintenant ? Demain ?

Une réponse nous est apportée par un batteur, belge de surcroît et membre du trio (20 ans d’existence !) « Aka Moon », Stéphane Galland. Le titre de son album, « Lobi », est tout un programme, presque une philosophie. « Lobi » est un mot Lingala (langue du Congo) signifiant tout à la fois hier et demain. Une manière aussi de dire aujourd’hui, le présent fait de passé et de futur. Il propose une musique singulière faite d’emprunts à toutes les cultures – on dit « musiques du monde » dans les bacs des disquaires pour les fondre en un ensemble hétéroclite comptabilisant des biens différents – pour concevoir une musique informelle furieusement de notre temps. Il n’oublie pas que le jazz est capable de transcender toutes les influences et il s’en sert pour offrir une sorte de panorama musical qu’il sait « coller » et quelque fois « fondre » dans un ensemble déséquilibré mais qui donne l’impression de tenir debout.

Pour ce projet un peu fou, il a trouvé un producteur, Jean-Jacques Pussiau, capable de le mettre en scène et…de la publier. Continuer la lecture →

Conserver notre patrimoine

A TRAVERS NOTRE HISTOIRE TROP SOUVENT OCCULTÉE

Conserver notre patrimoine.

Le présent a souvent comme conséquence des commémorations qui visent à reconstruire un passé fantasmé. La période de l’Occupation – 1940-1944 – est très révélatrice. Dans un premier temps, elle fut purement et simplement ignorée, occultée. Tous les Français avaient été résistants à un régime du Maréchal Pétain considéré comme traître et au nazisme. Les matérialistes – ils ne sont pas nombreux – se demandaient comment ce régime avait pu survivre aussi longtemps dans un environnement hostile. Seulement par la répression ? Continuer la lecture →