A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Un jazz, des jazz ?

Les festivals de jazz aiment l’été.

Je ne sais pas pourquoi, personne n’a eu encore l’idée – que je lance comme un pavé dans une mare trop lisse, pour faire des ronds dans l’eau – de réaliser un tour de France en 80 festivals de jazz pour aboutir à une mise en perspective à la fois du ou des jazz et des contraintes qui pèsent sur les organisateurs dont ils ne parlent jamais préférant privilégier le contenu. Pourtant le contenu dépend fortement des contraintes économiques et politiques. Aucun festival de jazz – comme les autres – ne pourrait exister sans les subventions des collectivités territoriales toutes confondues dont la contrepartie se trouve dans la nécessité de la « réussite » : faire venir beaucoup de monde pour contribuer à la réputation de la ou des collectivités territoriales parties prenantes. L’échec est exclu comme la baisse de la fréquentation.

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A propos du sommet européen

La zone euro, épicentre de la crise.

Le G20, réuni les 18 et 19 juin, a conclu sur ce diagnostic, l’éclatement possible (une chance sur trois disent les pronostiqueurs) de la zone euro est la question essentielle à résoudre pour sortir de la conjoncture de crise financière et de récession mondiale. Diagnostic à la fois juste, l’épicentre de la crise financière s’est déplacé des Etats-Unis – siège de la première crise en août 2007 – à la zone euro, et limité, le ralentissement de la croissance touche tous les pays y compris la Chine. La Banque de réserve fédérale américaine, la Fed, a fait le constat d’une croissance plus faible que prévu pour cette année et l’an prochain. Pour le reste, le G20 comme à l’habitude, n’a pas pris de mesures faute d’accord des grands pays du monde. Les politiques communes ne sont pas pour demain malgré le constat partagé d’une crise mondiale qui se profile dont un des indicateurs est la baisse importante des cours de matières premières à commencer par le pétrole.

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Des nouvelles.

Des nouvelles, encore.

Luis Sepulveda sait cacher son sentiment de colère et de révolte derrière l’humour et l’ironie, le conte quelque fois. Ces courts textes sont parus dans La Montagne et savent raconter la réalité de l’exil, de la faim d’un pays qui se transforme en bien et en mal comme il l’écrit pour s’en rapprocher encore et encore. Pour ne pas oublier. Pour ne pas laisser faire. La dictature a tué, elle doit payer. Bien sur que les responsables ne seront pas poursuivis même si Pinochet est mort comme un vieillard, presque dans son lit après une aventure rocambolesque tout droit sortie, dirait-on, du cerveau de Sepulveda. Ces « Histoires d’ici et d’ailleurs » sont, comme il se doit, inégales mais elles savent nous faire partager le drôle de monde de cet auteur.

N.B.

« Histoires d’ici et d’ailleurs », Luis Sepulveda, Points/Seuil.

La littérature chinoise, esprit des temps


Une Chine, des Chine ?

La littérature chinoise connaît une grande vogue. Elle permet de lire de grands auteur(e)s traumatisés par la dite « révolution culturelle » et par les massacres – dont il ne faut pas parler – de la place Tien an men. La collection « Bleu de Chine », fondée par Geneviève Imbot-Bichet, permet de se faire une idée à la fois de l’activité littéraire de cet immense territoire et des communautés existantes. Avec ce recueil de nouvelles, « La rivière des femmes », c’est toute une partie inconnue de ce pays qui se dévoile, une minorité nationale, les Hui, des Chinois islamisés, résultat des migrations semble-t-il. Une première originalité. La deuxième c’est que cette communauté vit loin de l’urbanisation rapide qui secoue les grandes villes, le long de cette rivière Quingshui, une rivière vivante charriant le murmure du temps. Les deux auteurs, Li Jinxiang et Shi Shuquing sont nés en 1968 et 1969. La troisième, et non la moindre c’est de découvrir des auteurs qui savent raconter une histoire avec les riens qui font la vie qui passe. Il est impossible de rester insensible à cette femme qui transporte de l’eau de la rivière à chez elle, vivant chez sa belle-mère… ou de cette femme morte d’avoir prêté cinq yuans à une femme qui vient de mourir… Chaque nouvelle est un condensé de notre humanité… Il faut lire ces romanciers pour entrer dans leur monde et s’apercevoir qu’ils parlent aussi de nous.

N.B.

« La rivière des femmes. Anthologie des nouvelles Hui », Li Jinxiang, Shi Shuquing, traduit, présenté et annoté par Françoise Naour, Bleu de Chine/Gallimard, 201 p.

 

Un Etranger étrange

Littérature et BD.

Illustrer « L’étranger » de Camus pouvait sembler soit une gageure, soit suicidaire soit tout simplement raté. José Muñoz, il ne faut pas craindre de le dire, réussit un coup de maître. Il avait déjà fait la démonstration de son talent avec un « Billie Holiday » de très belle facture. Ici, il récidive pour déplacer le mystère de cet homme, Meursault, assassin étranger à son acte. Un roman philosophique s’il en fut mais qui vit par le soleil de cette Algérie, celle d’Albert Camus en train de vivre les premiers soubresauts assassins de la décolonisation. Rien n’est expliqué, tout est obscur. On sait que trop de lumière aveugle et il fallait le Noir et Blanc du dessinateur – qui répond en même temps à une nouvelle typographie/présentation du texte – pour lui donner un autre sens. Du coup, le texte prend une autre dimension, il s’offre une sorte jeunesse. Au sens propre, il se redécouvre. En plus, c’est un bel objet, réussi.

N.B.

« L’étranger », Albert Camus, accompagné des dessins de José Muñoz, Futuropolis/Gallimard.

Travail de mémoire contre souvenirs


Comment vivre après la mort ?

Jorge Semprun (1923 – 2011) s’est interrogé jusqu’à la fin de sa vie sur la barbarie et des moyens d’y survivre, sur ses camps de concentration qui tuent toute humanité pour ne laisser subsister que la lutte pour la survie. Que se passe-t-il lorsque tout s’est écroulé, lorsque la mort a fait son œuvre ? Primo Levi a essayé de lever ce voile dans « Si c’est un homme » cherchant dans les méandres de ce génocide les restes d’une humanité qui se faisait de plus en plus rare. Semprun s’est intéressé à la mémoire, au « fer rouge » de cette mémoire pour conjurer les souvenirs, ces hoquets d’un passé qui ne veut pas disparaître, de ces appels de l’inconscient venant d’une culpabilité – celle d’être vivant – du fond des âges. Longtemps les déportés de ces camps n’ont pas pu parler. Il a fallu du temps, et Semprun, pour travailler la mémoire, donner un sens à tous ces souvenirs. Le souvenir suppose une part d’oubli disait Maurice Blanchot, raccourci superbe en même temps que paradoxal, pour souligner qu’il est à la fois ami et ennemi de cette mémoire qui suppose la distanciation. Plus encore il y faut aussi « un peu d’artifice… pour que ça devienne de l’art » écrivait Semprun. Et il réussit ce tour de force. Il nous invite à ces réflexions au travers des ouvrages – essais, romans, morceaux de vie ? Comment les qualifier ? – réunis dans ce volume, qui nous balade de 1963 pour « Le Grand Voyage » à 2001 pour « Le Mort qu’il faut » en passant par 1994 pour ce texte fondamental, fondateur « L’écriture ou la vie » d’un témoin qui voit s’éloigner l’expérience de sa vie dans les tréfonds d’une Histoire engloutissant la mémoire vivante. L’écriture pour garder intact les sensations, la découverte de la vie, la sortie de la mort et, pour tout dire, la renaissance mais une renaissance difficile, chaotique de la part d’humanité qui est en chaque être humain.

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La zone euro dans la tourmente.

La crise systémique du capitalisme s’approfondit.

Les prévisions sur la croissance mondiale intègrent de plus en plus la réalité de la profondeur de la crise à la fois financière et économique. La désagrégation du système bancaire de la zone euro en est partie intégrante. Elle accentue la récession qui pourrait devenir dépression, via la déstructuration des systèmes de protection sociale qui fait baisser plus encore le marché final.

Une crise mondiale.

Les capitalistes tablaient sur la Chine et l’Inde, dans une moindre mesure, pour tirer la croissance mondiale. Ils ont donc investi massivement dans ces deux pays-continent. La croissance chinoise s’oriente à la baisse en cette année 2012 – certes, elle passe des alentours de 10 à moins de 8 mais pourrait avoir des effets politiques – et celle de l’Inde stagne. Des désinvestissements des grandes entreprises, notamment françaises, dans ces deux pays en découlent. Ces prévisions mettent en lumière les changements de la conjoncture.

La crise systémique se traduit par des crises, financière, économique, sociale, politique, culturelle dans un monde qui subit de plein fouet la plus profonde crise écologique de toute l’histoire de l’Humanité. Aucun gouvernement ne se dote d’instruments capables de lutter contre toutes ces crises. Elles exercent un effet de synergie.

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Notre soleil noir… le polar

Le coin du polar

 

Il ne faut jamais bouder le plaisir d’un nouveau James Sallis, même s’il s’agit d’une réédition en poche. « L’œil du criquet » – un titre énigmatique comme souvent chez lui – est une des dernières « enquêtes » de Lew Griffin, son double détective Noir, qui le conduit via les cloaques construits par cette société blanche et capitaliste vers la rédemption. Une quête de la réconciliation avec soi-même, ses enfants, ses amis sans oublier la révolte qui reste présente. En arrière-fond cette Nouvelle-Orléans omniprésente malgré les destructions. La Ville elle aussi résiste. Un des grands écrivains tout court et qui sait tout ou presque du blues et du jazz.

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Sur quelques livres d’économie récents.

Combattre la crise.

Les joutes électorales ont été dénuées de toute référence à la crise systémique vécue par le capitalisme et même au bilan de déstructuration totale des services publics des politiques gouvernementales, aggravant la récession. La personnalité de Sarkozy, son rejet, a contribué à obscurcir la question des politiques économiques permettant le changement. La fondation Copernic, comme c’est son rôle, veut apporter des contributions à la définition de l’intervention publique dans le contexte actuel d’une conjonction de crises, financière, économique, écologique. D’une crise qui pose aussi la question de la pérennité de la construction européenne. « Changer vraiment ! » – un titre un peu trop utilisé quoique « le changement c’est maintenant » ! – propose un début de programme soumis à la critique mais qui doit intéresser tous les acteurs sociaux à commencer par nos organisations syndicales. Les auteurs – divers – ne sont pas tous d’accord et ils le disent, alimentant plus encore le débat, un débat vital pour notre avenir.

Nicolas Béniès.

« Changer vraiment ! Quelles politiques économiques de gauche ? », coordination, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty, Syllepse, 138 p.

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Jazz, économie : un endroit pour s’exprimer

Bonjour,

 

Ce blog a comme fonction de publier mes articles autant sur le jazz que sur l’économie. En même temps, vous pourrez me faire part de vos commentaires et questions.

D’abord à propos du « Souffle bleu », le livre publié aux éditions C&F et, partant, sur des sujets intéressant le jazz.

A très bientôt.

 

Nicolas.