Avec Jacques Prévert…

PREVERT, Pour toujours…

Jacques Prévert est né le 4 février 1900, à Neuilly. Il fut sans doute mauvais garçon et surtout piéton de Paris à l’instar d’un Léon Paul Fargue – dont « Le Piéton de Paris » justement et « Méandres » sont réédités chez Gallimard, dans la collection L’imaginaire, pour juger de sa postérité. Saint Germain des Prés, Montparnasse ont été ses quartiers de prédilection. Doté d’un père alcoolique, et d’une mère aux yeux bleus si profonds il vécut l’école buissonnière. Bien ou mal on ne sait. Les deux sans doute comme le reconnaissent ses poèmes aigres-doux. Anar, antimilitariste et anti-flic farouche, il ne pouvait être des bien-pensants. Il ne le fût jamais. La guerre, la première, le cueillit adolescent. Il ne s’en remettra jamais. Après son service militaire à Constantinople et sa rencontre avec Marcel Duhamel qui lui servit de mécène, il vit en oisif avec toute sa tribu jusqu’à la rencontre avec les surréalistes lui ouvrant de nouvelles perspectives. Un écrivain, un poète – il n’aimait pas le terme, un poète, on s’assoit dessus avait-il coutume de dire – mêlant, c’est assez rare, les cultures populaires et savantes. Comme si ce dromadaire – pour ne pas dire chameau – les avait digérées. Un cas. Continuer la lecture

Entretien avec Henri Renaud

SOUVENIRS, SOUVENIRS

Les commémorations liées à la fin de la seconde guerre mondiale se poursuivent. Elles obligent à un retour en arrière sur les années de la guerre et de l’après-guerre. Concernant le domaine du jazz, beaucoup d’erreurs ont été commises. Sous prétexte que les Nazis considéraient cette musique comme « décadente », beaucoup d’auteurs en ont conclu qu’elle avait disparu, et qu’il faudra attendre le débarquement pour la voir réapparaître. Vision fausse. A l’inverse de la réalité. Le jazz n’avait jamais eu autant droit de cité que dans ces années de guerre et d’occupation. Il retrouvait là, dans ce contexte particulier, sa nature. Il exprimait la révolte et la revendication fondamentale de liberté, de dignité. A interroger Christian Bellest – trompettiste à l’époque dans « Le Jazz de Paris » -, il apparaît évident que les concerts de jazz réunissaient plus de monde qu’avant la guerre, et qu’après la guerre. Les « jam-sessions » continuaient, avec des risques. Il fallait éviter les patrouilles pour rentrer chez soi au matin, à cause du couvre feu et de l’absence de laissez-passer, se réfugier sous les porches et compter sur la chance. Cette chance l’a protégée. D’aucuns, dans l’orchestre, étaient engagés dans la Résistance, d’autres non. Mais tous exprimaient leur révolte en jouant cette musique « de sauvages ». Il était souvent en compagnie de Django Reinhardt qui continuait à se produire, protégée par sa réputation et par les amateurs de jazz qui existaient aussi dans l’armée allemande. Par contre, se rappelle encore Bellest, il était interdit de danser. Charles Delaunay qui dirigeait la firme « Swing » semble avoir précédé les désirs des occupants en « francisant » les titres des chansons américaines.1Une façon, sans doute, de se moquer du nazisme…

Le témoignage d’Henri Renaud, que nous publions ci-dessous, montre que les disques américains arrivaient en France, avec une étiquette blanche, et qu’ils étaient reproduits. Personne, par contre, même pas les Américains, ne savait qu’une révolution se préparait, celle du Be Bop, celle de Charlie Parker et de Dizzy Gillespie, à cause du « Pétrillo ban », la grève des enregistrements qui dura de 1942 à 1944. Le choc fut d’importance… Continuer la lecture