Le coin du polar

Vagabondages

Martyn Waites a été, comme beaucoup de ses contemporains, durement marqué par la défaite des mineurs en 1984. Thatcher, Premier ministre en 1979, a conduit la lutte des classes avec tous les moyens à sa disposition, policiers et idéologiques. Elle a mis en œuvre une véritable stratégie de combat que le syndicat des mineurs conduit par Scargill a mis du temps à comprendre. Il faut dire que le dirigeant du syndicat avait demandé en vain la décision d’une grève générale. Comme souvent, elle est tardive mais elle durera tout de même un an. L’âpreté du combat de classe est rendue à travers le parcours de personnages façonné par le conflit lui-même dont un journaliste qui enquête aussi sur son passé. « Né sous les coups » fait l’aller retour entre « avant » et « maintenant » pour dessiner le paysage issu de cette défaite. Un grand roman social.
Difficile, semblait-il, de faire mieux ou différemment. Waites réussit ce tour de force avec « La chambre blanche », l’antichambre de la mort. Même lieu, Newcastle et cette Angleterre – au sens strict – un peu mystérieuse, brumeuse secouée d’éclats de violence et de rire, d’explosions de fraternité et de corruption. Remontons le temps. 1946 pour suivre un leader travailliste qui donne l’impression de vouloir changer la vie en détruisant les taudis et en construisant de grandes cités. L’exclusion, la surexploitation des salariés, le gangstérisme, la corruption. Une fresque sociale de cette ville, des personnages qui incarnent ces concepts pour une intrigue qui même ingrédients du polar, du social pour une grande littérature. La révolte, la colère suinte quasiment à chaque page.

Restons dans cette atmosphère de corruption, de lutte pour le pouvoir et de gangstérisme tout en changeant d’époque. Gérard Delteil, dans le cadre du polar historique, nous entraîne à Florence en 1497 sous le règne du Pape Alexandre VI Borgia via « La conjuration florentine ». Le Pape veut se débarrasser de Savonarole. Un jeune novice est chargé de cette mission. Elle lui ouvrira les yeux sur la réalité. C’est aussi l’histoire d’une prise de conscience en même temps qu’une évocation de cette société étrange où naviguent quelques génies des arts et des lettres. Le basculement du monde est sensible. Et ce monde là trouve quelques échos dans le nôtre. Delteil excelle dans ce passage du présent au passé et du passé au présent sans rien perdre de l’Histoire.
Un pastiche des romans américains polar et Western à la fois, bien informé et drôle. Laurent Whale est à cheval entre l’Anglais et le Français ; Il a choisi le français pour raconter une histoire un peu folle et désordonnée qui part de la saga de Billy the Kid pour arriver à nos jours par l’intermédiaire d’une enquête sur un candidat Républicain à la Maison Blanche. Sa famille aurait spolié Billy qui ne serait pas mort tué par Pat Garrett. Une double sinon triple histoire qui met en scène un ancien du FBI devenu directeur des archives et ses subordonné(e)s en quête de reconnaissance. La série des « Rats de poussière » – bien vu pour des archivistes – commence là et les portraits que dresse l’auteur sont plus vrais que nature. Il s’amuse et nous avec lui en contant des histoires du passé qui ont des effets sur le présent. « Goodbye Billy » est un hommage aux légendes de l’Ouest qu’il revoit et corrige en même temps qu’un « thriller » avec tous les rebondissements nécessaires. Malgré la longueur aucun ennui…
Nicolas Béniès
« Né sous les coups », Rivages/Noir et « La chambre blanche », Rivages/Thriller, Martyn Waites traduit par Alexis Nolent ; « La conjuration florentine », Gérard Delteil, Points/Thriller (inédit) ; « Goodbye Billy, les Rats de poussière », Laurent Whale, Folio Policier.

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