Du côté du second empire…

Une nouvelle venue dans le polar historique.

Irène Chauvy, juriste de formation, historienne par passion a décidé de faire découvrir la France du Second Empire, de ce « Napoléon le Petit » – comme l’avait qualifié Victor Hugo occupé au moment où s’ouvre ce premier épisode, mars 1863, à faire tourner les tables, un peu de spiritisme ne nuira pas au poète -, troisième d’un nom célèbre dans l’Histoire de cette France étrange capable de faire confiance à un auteur de coup d’Etat. Le qualificatif d’Hugo a fait oublier le reste, le contexte, ce capitalisme en train de se construire, un État qui prend une place importante dans l’économie avec la constitution d’un marché intérieur. Le traité de libre échange n’est pas loin avec la Grande-Bretagne. Le libéralisme, en France, s’est toujours teinté d’un interventionnisme nécessaire pour construire chemin fer, voies navigables, réseau routier… Comme de la corruption inhérente à cet interventionnisme. Les « affaires » défraieront durablement les chroniques de cet Empire ainsi que celles de la République, troisième du nom, qui suivra.

Pour nous faire entrer dans ce monde, l’auteure a créé une figure de détective privé, Hadrien Allonfleur, capitaine dans l’escadron des cent-gardes, chargé de la sécurité de l’Empereur et de l’Impératrice. Deux meurtres de domestiques ont été commis pour démarrer une curieuse enquête, « la vengeance volée », un titre qu’il faut prendre dans tous les sens y compris dans la volonté de l’auteure de nous égarer pour mieux décrire l’environnement de ces « souverains » bizarres entourés d’un faste de mauvais augure, capables de décisions arbitraires. Le pouvoir absolu est un mauvais maître.

Elle dévoilera, aussi, les liens entre la France et les Amériques – Napoléon III fera intervenir les troupes françaises au Mexique – ainsi que des histoires de famille, histoires cachées comme il se doit.

On peut discerner un hommage à Edgar Allan Poe dans l’utilisation d’un élément exotique, le singe chez Poe ici… Je vous laisse le découvrir…

Contrairement au détective de Poe capable de toutes les déductions, Sherlock Holmes avant Conan Doyle, le narrateur, Allonfleur lui-même un peu bellâtre, convaincu de son intelligence, se laisse guider par les événements, par ses humeurs, par son goût pour l’alcool – sans pour autant pouvoir évoquer Philip Marlowe, la figure centrale issue de l’imagination de Raymond Chandler. Il a un temps de retard. On ne peut même pas dire qu’il découvre… Une manière ironique de se moquer de ces personnages imbus d’eux-mêmes ou simplement le désir, pour ce premier opus, de présenter les personnages réels et imaginaires qui vont peupler les prochaines enquêtes ? La question reste ouverte. Réponse au prochain épisode. Elle nous a mis l’eau à la bouche. Elle est obligée de nous surprendre…

Nicolas Béniès.

« La vengeance volée », Irène Chauvy, 10/18, Grands détectives.

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