JAZZ, Même les Hongrois…

A la découverte d’un nouveau label : BMC

BMC ? Budapest Music Center pour dire que le jazz existe aussi en Hongrie. Des concerts y sont organisés.
Deux albums retiennent l’attention.
Le premier signé Yves Robert et son trio – Bruno Chevillon à la contrebasse et Cyril Atef à la batterie – sobrement intitulé « Inspired » peut-être pour dire que ce jour là c’était un jour faste. A l’écoute on pourrait le penser. Le trombone sait se fondre dans le trio, comme les deux autres. Il faut dire qu’ils avaient l’habitude de jouer ensemble. Ils se permettent d’inventer ou de fabriquer l’instant sans s’abandonner tout en faisant appel à tous les rythmes pour se frayer un chemin, à tous les sons, à toute la technique en se servant de toutes les musiques, arabo-andalouse en particulier sans craindre les emprunts du côté du hip-hop ou du rap pour aller vers la transe, vers l’extase. « Inspiré » par tout ce qui participe de la création musicale.
Le trombone va chercher des harmoniques du côté de Albert Mangelsdorff, le bassiste assure une assise rythmique permettant au batteur transformé souvent en percussionniste de dialoguer avec le tromboniste.
Une musique de notre temps qui ne craint pas la mémoire du passé sans le décomposer ou le recomposer.

Le second est aussi un trio, plus classique et… hongrois ! Peter Rozsnyoi, piano, György Orban, contrebasse et Zoltan Csörsz, batterie – visiblement influencé par Tony Williams – jouent les compositions du pianiste. Un pianiste qui doit beaucoup à Bill Evans comme de sources plus diffuses, plus souterraines qu’il faut rechercher dans la musique contemporaine. La valse est sollicitée comme beaucoup d’autres mesures. Quelque chose de Dave Brubeck passe de temps en temps comme de Thelonious Monk. La marque profonde est celle de Keith Jarrett mais un Keith Jarrett capable de naïveté revenu à ses racines, ces enregistrements pour le label Impulse notamment. Le bassiste fait irrémédiablement penser à Charlie Haden dont il a la dureté du son et la force rythmique.
Ils font la preuve que le jazz hongrois existe. On ne sait pas pour combien de temps en fonction de la scène politique actuelle qui prône plutôt le repli sur soi.
Le trio est soudé, la musique ne déborde pas, chacun y trouve sa place. Un peu plus de folie aurait été bienvenu. Tel que, c’est un excellent disque de trio. Il faut les entendre, les découvrir. Ils en valent la peine.
Le titre de l’album devrait, lui aussi, inciter à l’achat : « A pain of an angel » qu’une traduction libre – si l’on se réfère au slang – pourrait être « que c’est chiant d’être un ange »…
Nicolas Béniès.
« « Inspired », Yves Robert trio, « Pain of an angel », Peter Rozsnyoi trio, BMC

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