Miles, notre contemporain… pour l’éternité !

Miles Davis, tome 2

La collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber propose un Miles 2edeuxième volume pour retracer le parcours de Miles Davis. Né à Saint-Louis dans le Missouri, Miles commence par jouer aux côtés de Charlie Parker et, dans une foulée étrange, de créer un nouveau son, une nouvelle manière de faire vivre la révolution du bebop, parkérienne. Il crée un nonet, en 1948, avec Gil Evans, Gerry Mulligan, John Carisi, John Lewis comme arrangeurs. Plus tard, bien plus tard, Capitol publiera ces faces en LP sous le titre « Birth of The Cool » mais sur le moment cette révolution dans la révolution passera complètement inaperçue.
En 1949, Miles sera salué comme la nouvelle star de la trompette en France lors du troisième festival international du jazz à Paris co-organisé par Charles Delaunay et Boris Vian. L’amitié entre Miles (23 ans) et Boris (28 ans) sera immédiate.
De retour aux États-Unis, c’est la désillusion qui l’attend. OU plutôt personne ne l’attend. Il erre dans cet espace qui ne le reconnaît pas. Comme beaucoup, il sombrera dans la drogue allant de « gig » en « gig », sans orchestre régulier pour payer sa dose. Quelques éclairs malgré tout…

En 1954, il renaît de ses cendres. Par un chef d’œuvre enregistré le 24 décembre 1954, « The Man I Love », un thème maudit des comédies musicales de Gershwin. Un thème lent, dramatique qui ne colle pas avec la vigueur qu’il faut donner à ces comédies musicales. Plusieurs fois George sera obligé de le retirer. Il sera adopté par tous les jazzmen et jazzwomen. Un thème de référence. Un standard du jazz. Ce jour là, Miles va le revisiter en le nourrissant, le fécondant de tous ses déboires, de toutes ses attentes, de tous ses espoirs. En compagnie des deux tiers du MJQ, Milt Jackson au vibraphone, Kenny Clarke, l’inventeur de la batterie moderne et Percy Heath, bassiste rigoureux il grave cette version devenue de référence. Il reste le pianiste, dernier mais loin d’être le moindre dans cette réussite : Thelonious Monk. A un moment donné le pianiste s’arrêtera. Le « trou » de Monk fera couler beaucoup d’encre. Il donne un caractère exceptionnel à cette version et permet à Miles Davis de s’affirmer et d’affirmer son génie. Au festival de Newport de juillet 1965, l’ex-junkie fera un succès et sa carrière était repartie.
Le chemin fut parsemé d’une rencontre fondamentale, celle avec Gil Evans qu’il imposera à Columbia. L’osmose compositeur/trompettiste donnera des résultats qui restent dans toutes les annales. Les suivantes seront plus conjoncturelles tout en permettant au musiciens de se régénérer. Ahmad Jamal qu’il pillera – comme Red Garland son pianiste d’un quintet où John Coltrane et « Philly Joe » Jones tiendront un grand rôle -, Bill Evans qu’il engagera pour réaliser cet album en forme de balise pour tout le jazz, « Kind Of Blue », en 1959. Le sextet, Miles, John Coltrane, « Cannonball » Adderley – qui, de temps en temps, a des accents empruntés à… Eric Dolphy -, Bill Evans (remplacé pour un thème par Wynton Kelly), Paul Chambers, contrebassiste essentiel et Jimmy Cobb, reste dans toutes les mémoires. Ils inventent le modal même si ce n’est pas la première fois que Miles regarde de ce côté là.
Comme à l’habitude, Alain Gerber et Alain Tercinet se partagent les rôles pour faire du livret un vade-mecum permettant d’entrer dans les mondes d’un des génies de ce 20e siècle.
Nicolas Béniès
« Miles Davis, New York – Paris, 1954 – 1960 », volume 2, « The Quintessence »/Frémeaux et associés.
Pour en savoir plus voir Nicolas Béniès « Le souffle bleu » C&F éditions.

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