Le coin du polar…historique.

La Toscane corrompue… en 1895.

Un grand détective auteur d’un livre de recettes de cuisine… italienne – pardon des régions de l’Italie -, à grandes moustaches blanches qui enquête en Toscane chez le Baron Roccapendente où il est invité, ce n’est pas commun. Pelligrino Artusi n’est pas seulement une figure de roman. Il est né le 4 août 1820 en Emilie-Romagne. A l’ouverture de cette première aventure, pour les lecteurs français, il est âgé de 75 ans. En cette année 1895 donc, l’Italie existe sur le papier depuis 20 ans et l’unification est loin d’être réalisée. Les vieilles familles – « Le Guépard » raconte sous une autre forme cette même histoire – sont ruinées. Les enfants ne s’en rendent pas compte. Ils ont conservé » la morgue de leur caste sociale alors qu’ils n’en ont plus les moyens. Sous une forme plaisante, sans se prendre au sérieux, Marco Malvadi, chimiste, chanteur lyrique, spécialiste du Baroque et finalement écrivain, met en scène ces personnages en train de quitter la grande scène du monde. Tout commence par l’assassinat du majordome en passe de quitter ses fonctions. On saura le pourquoi comme il se doit à la fin.

Un charme opère fait d’odeurs de cuisine – le titre original « Odore di chiuso » est limpide moins la traduction française « Le mystère de Roccapendente » beaucoup moins vendeur mais la traduction française était impossible -, de recettes et de descriptions comme en loucedé d’une transformation de la société. En même temps, les références à l’Italie de Berlusconi sont visibles, une Italie qui ne se reconnaît plus comme si cette aristocratie plébéienne revenait du royaume des morts. Il faut dire que le mort vivant une figure de notre siècle.

Il faut se méfier de la fausse musique de ce roman qui semble faire peu de cas de lui-même. Se cachent quelques surprises qu’il faut aller chercher.

Nicolas Béniès

« Le mystère de Roccapendente », Marco Malvadi, 10/18 Grands détectives

Complots et meurtres dans l’Angleterre de Élisabeth I

S.J. Parris a créé un personnage, lui aussi « Grands détectives », à partir d’une figure oubliée et redécouverte récemment de la philosophie, l’astrologue Giordano Bruno qui terminera sur le bûcher accusé d’être un hérétique, en 1600. A croire qu’Elle avait choisi la date… Il avait 52 ans. Il avait, avant Galilée, déterminé que c’était la terre qui tournait autour du soleil. L’Eglise catholique ne pouvait supporter un pareil outrage à ses dogmes. L’Inquisition se faisait fort de mettre au pas ces chercheurs destructeurs d’idées toutes faites de la toute puissance d’une Institution.

Parris lui a déjà fait vivre, dans cette même collection, deux aventures « Le prix de l’hérésie » qui narre sa rupture avec l’Église catholique et on errance pour devenir espion au service d’un conseiller de la reine Élisabeth, la première du nom. Dans « Le temps de la prophétie » il entrera dans les bonnes grâces de l’ambassadeur de France pour à la fois le défendre et l’espionner. A chaque fois, il résout quelques affaires de meurtres qui ont de près ou de loin à voir avec l’histoire mouvementée du royaume britannique.

Avec lui, nous entrons dans les mondes de cette fin du 16e siècle. Pour ce dernier opus en date, « Sacrilège » – et on verra que ce titre est mérité à plus d’un – le lecteur pénètre d’abord dans Londres de 1584 pour ensuite découvrir la ville de Cantorbéry où a été assassiné par les séides du roi Henri VIII, le père d’Élisabeth, Thomas Beckett pour avoir refusé d’abjurer sa foi et ses convictions. Ses ossements sont considérés comme porteurs de miracles. Les « papistes » – les catholiques – n’ont pas accepté la nouvelle religion dite anglicane que Henri VIII avait fondé pour évité d’être excommunié.

Avec une fluidité remarquable, Parris – par ailleurs une journaliste du Guardian – décrit ce monde, ses souffrances, ses dogmes, ses croyances mais aussi la possibilité de trouver d’autres voies, d’autres chemins. Ce moment est celui des découvertes, des changements profonds dans la perception du monde. En même temps, elle décrit aussi la condition des femmes – mère et putain comme il se doit – qui n’ont pas de place notamment dans les mondes de la politique ou de la culture. Elles sont considérées comme inférieures. C’est le drame de Sophia Underhill, véritable héroïne de cette « enquête », dont est fou amoureux cette réplique de Bruno qui le conduit à la croire sur parole. Or une femme possède très peu d’armes mais elle sait les utiliser… Un beau portrait de femme, battue et humiliée et qui veut se défendre. Peut-on lui en vouloir ? Peut-il lui en vouloir ? La prochaine enquête devrait la voir revenir, d’autant qu’elle est partie avec un livre qui tient beaucoup à l’esprit de Giordano. Entretemps vous aurez pénétré dans les méandres de cette cathédrale-ville, dans les rouages d’un complot contre la Reine et dans la salle d’un tribunal. De quoi comprendre un peu mieux ces mondes dits de la Renaissance qui voient l’éclosion de l’Art et de l’individu.

Nicolas Béniès.

« Sacrilège », S.J. Parris, 10/18, Grands détectives.

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